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Sauvages des haies & forêts
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Lamier jaune: ça sent le loup, le renard et la belette!
Date 05/05/2017
Ico Sauvages des haies & forêts
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Lamium galeobdolon, Lamier jaune, Saint Benoît (86)


Lamium galeobdolon (Lamier jaune) appartient aux Lamiaceae, le clan des Sauvages à fleur en forme de bouche, dont nous avons déjà parlé en long, en large et en travers (de la gorge) sur Sauvages du Poitou (voir notre article consacré à leurs fleurs). Après avoir épinglé une horde de Lamiers aux fleurs pourpres (Lamium purpureum, Lamium maculatum et Lamium hybridum) ou blanches (Lamium album), voilà un nouveau membre du gang des Lamiers qui se distingue en affichant des gueules ouvertes jaune poussin!


Lamium galeobdolon, Lamier jaune, Saint Benoît (86)

Fleur du Lamier jaune: une lèvre supérieure barbue et une lèvre inférieure divisée en trois lobes inégaux et aigus.


Lamium galeobdolon est une vivace qui s'installe sur les sols riches et ombragés des forêts de feuillus, très répandue en France à l’exception de la région méditerranéenne. Ses tiges souterraines ramifiées assurent la pérennité et l'expansion des ses colonies (reproduction végétative), dont les feuilles ovales et dentées se confondent parmi les Orties en l'absence de fleurs (celles des Lamiers ne piquent jamais). Certaines sous espèces, dont la présence est encouragée par les monstres horticoles échappés des jardins, trahissent ce camouflage en affichant des tâches blanches caractéristiques sur leurs feuilles.


Lamium galeobdolon, Lamier jaune, Saint Benoît (86)

Feuilles tachées de blanc du Lamier jaune (Lamium galeobdolon subsp. argentatum), Saint Benoît (86)


Lamium galeobdolon exige le soleil pour montrer ses couleurs: sa floraison est encouragée par les coupes forestières et d'avantage visible le long des lisières ou des chemins de promenade. Fidèle à la réputation des Lamiers, Lamium galeobdolon est une bénédiction pour les bourdons qui sont les mieux lotis pour puiser le nectar caché au fond des gueules ouvertes de la Sauvage.


Lamium galeobdolon, Poitiers bords de Boivre
C'est ce qu'on appelle se jeter dans la gueule du Lamier jaune...

J'entends le loup, le renard et la belette...

(Tri Yann, La jument de Michao)

Comme presque toutes les Lamiacées, les feuilles de Lamium galeobdolon sont parfumés d'une fragrance particulière. Il faut croire que la Sauvage ne remportera pas le prix de la reine du bal, car son nom d’espèce galeobdolon signifie littéralement la «puanteur de la belette» (en grec, galê est la belette, bdolos la puanteur). Je manque malheureusement de vocabulaire pour décrire son parfum et ne saurais reconnaitre une belette par sa simple odeur, mais ne vous arrêtez pas à quelques qualificatifs trop réducteurs tels que «désagréable», «fétide» ou «nauséabond». Certes, l'odeur de Lamium galeobdolon est «sauvage», mais elle est aussi unique, comme le sont les parfums des Lamiacées: une famille qu'il est bon d'apprendre à reconnaître les yeux fermés, à l'aide de son nez! Les feuilles de Lamium galeobdolon sont d'ailleurs comestibles (crues ou cuites)... Mais à l'image de leur odeur, leur appréciation reste une affaire de goût!


Lamium galeobdolon, Sauvages du Poitou!


Lamium galeobdolon, Lamier jaune, Saint Benoît (86)

Feuilles odorantes, ovales, dentées et décussées du Lamier jaune, Saint Benoît (86).


Pour aller plus loin:

- Lamium galeobdolon: identification assistée par ordinateur

- Lamium galeobdolon sur Tela-botanica


Lamium galeobdolon, Lamier jaune, Lusignan (86)

Comme les autre Lamiers, le Lamier jaune s'en remet au peuple fourmi pour disperser ses semences (akènes) sur le territoire (myrmémochorie).

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Asphodèle blanc, le phénix
Date 27/04/2017
Ico Sauvages des haies & forêts
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Asphodelus albus, Asphodèle blanc, Forêt domaniale de Vouillé-Saint-Hilaire (86)


Asphodelus albus (Asphodèle blanc ou Allée en poitevin saintongeais) appartient au clan qui porte son nom Asphodelaceae (ex-Liliaceae). L'origine du nom de la Sauvage semble perdu dans les limbes de l'histoire, remontant probablement à des langues oubliées d'origines non indo-européennes. Il pourrait signifier «sceptre» pour certains auteurs, mais rien n'est moins sûr, même si de nos jours beaucoup appellent encore la Sauvage Bâton blanc ou Bâton royal. Il faut dire que les Asphodèles sont entourés d'une aura fantastique et séculaire, leurs chandelles (jusqu'à 1,50m) couronnées de blanc ne passant guère inaperçues dans le paysage.


Asphodelus albus, Asphodèle blanc, Fontaine-le-Comte (86)

Ça bourdonne dans les fleurs inodores, blanches ou rosées de l'Asphodèle blanche (chacune portant 6 tépales marqués d'une nervure verte).


C'est autour du mois d'avril que les grappes denses des fleurs mellifères d'Asphodelus albus s'offrent aux butineurs. Abondante dans la partie ouest de la France, la Sauvage colonise les lisières forestières et les landes, préférant les sols acides, dégradés par le surpâturage, le piétinement, le soleil brulant ou les incendies répétés... Car si Esteban (des Mystérieuses Cités d'or) est le fils du soleil, l'Asphodèle est probablement celui du feu!

- Tout le monde a besoin d'un hobby...
- Quel est le votre?
- La résurrection.
(Skyfall, Sam Mendes)

Asphodelus albus est une plante pyrophyte (qui aime le feu): les incendies la favorise par rapport à la concurrence. Lorsque le feu ravage une parcelle (ou lors des coupes forestières à blanc), les racines tuberculeuses de l'Asphodèle — qui ressemblent à une botte de radis — supportent sans trembler le passage des flammes. Le paysage mortifère qui s'en suit lui convient à ravir, et l'on voit parfois l'Asphodèle surgir des cendres tel un phénix. Notez que c'est d'ailleurs autour de Pâques, les fêtes de la résurrection dans la tradition chrétienne, que l'Asphodèle montre ses premières fleurs!


Asphodelus albus, Sauvages du Poitou!


Asphodelus albus, Asphodèle blanc, Fontaine-le-Comte (86)

Colonie d'Asphodèle blanc entre forêt silicicole et asphalte brulant de la départementale 611 (Fontaine-le-Comte, 86).


Asphodelus albus est une vivace qui se propage efficacement via ses parties souterraines enfoncées une vingtaine de centimètres sous le niveau du sol, un des secrets de sa résistance au feu. La légende veut que ses racines profondes nourrissent les morts. Jadis, les vivants ont aussi tenté de manger les tubercules en période de disette, cuits dans plusieurs eaux... A vrai dire, ce sont surtout les sangliers qui en raffolent!


Asphodelus albus, Asphodèle blanc, Forêt domaniale de Vouillé-Saint-Hilaire (86)

Fruits foncés et toxiques de l'Asphodèle blanc, Forêt domaniale de Vouillé-Saint-Hilaire (86)


Des racines qui chatouillent les tréfonds, des fleurs flamboyantes dressées vers le ciel: il n'en fallait pas moins pour que l'Asphodèle devienne une Sauvage psychopompe, chargée d'accompagner les défunts dans leur dernier voyage. Dans la Grèce antique, on la plante autour des tombes. La Plaine des Asphodèles est un paysage fantastique de la mythologie grecque, présenté comme une sorte d'oubliette fleurie, quelque part entre enfer et paradis. L'Asphodèle a conservé une partie de son aura ésotérique sur le pourtour méditerranéen: il n'y a pas si longtemps, on célébrait encore les morts dans les cimetières corses en enflammant des épis floraux d'Asphodèle (généralement Asphodelus ramosus) trempés dans l'huile d'olive.


Asphodelus albus, Asphodèle blanc, Fontaine-le-Comte (86)

Depuis le bord de la route, l'Asphodèle blanc vous souhaite un bon voyage... Espérons de tout cœur que ça ne soit pas le dernier (c'est peut-être la sécurité routière qui les a plantés là pour inciter les conducteurs à la prudence)!


Les tiges sèches de l'Asphodèle, récoltées à la fin de l'été, sont remarquables de solidité comme de légèreté (attention lors de la cueillette, il existe une Asphodèle protégée — Asphodelus arrondeaui — du côté de la Bretagne). Elles peuvent servir à la vannerie, au modélisme, d'épées pour les enfants, d'allumettes pour les campeurs ou de cigarettes pour les garnements (à la mode «Viouche»)... Gare, à trop jouer avec l'Asphodèle, le risque d'embrasement n'est jamais bien loin!


Au feu Sauvages du Poitou!


Pour aller plus loin:

- Asphodelus albus: identification assistée par ordinateur

- Asphodelus albus sur Tela-botanica

- L'asphodèle entre ciel et terre, un texte poétique du site Botanique-Jardins-Paysages

- La croustillante légende de Bartolu et de l'Asphodèle (Corse) sur le blog Terres de femmes


Asphodelus albus, Asphodèle blanc, Forêt domaniale de Vouillé-Saint-Hilaire (86)

Touffe de feuilles raides, longues et étroites, pliées en gouttière de l'Asphodèle blanc, un peu à la mode poireau: le «Poireau de chien» ou le «Poireau du diable» sont deux autres surnoms de la Sauvage.

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Lathrée écailleuse: rencontre du troisième type
Date 30/03/2017
Ico Sauvages des haies & forêts
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Lathraea squamaria, Lathrée écailleuse, Biard (86) bords de Boivre


Lathraea squamaria (Lathrée écailleuse ou Clandestine écailleuse) appartient au clan Orobanchaceae dans les classifications récentes (anciennement Scrophulariaceae), au côté des nombreuses Orobanches, des Sauvages qui parasitent d'autre plantes, souvent de manière spécifique (à chaque Orobanche sa victime de prédilection). Autant de plantes dépourvues de chlorophylle et aux silhouettes quelque peu... Extra-terrestres!

- Une chose s'est collée à sa figure.

- Quoi exactement?

- Un organisme...

(Alien, le huitième passager, Ridley Scott)

La Lathrée écailleuse plante généralement ses suçoirs sur les racines du Noisetier commun (Corylus avellana), des Ormes (ulmus sp), de l'Aulne glutineux (Alnus glutinosa) ou du Lierre grimpant (Hedera helix). Mais notre Sauvage ratisse large et peut parasiter d'autres espèces (Épicéa commun, Peuplier tremble, Hêtres, Chênes, Noyers et même la vigne selon certains auteurs...). On la rencontrera dans les milieux respectifs de ses hôtes, avec une nette préférence pour les sols ombragés, frais et humides. Ses tiges, ses écailles (en réalité des feuilles spécialisées dans la mise en réserve ou l'évacuation des substances qu'elle puise) et ses suçoirs sont invisibles au regards. Sous des allures étranges et sommaires en surface, Lathraea squamaria dissimule sous terre des organes imposants et complexes; elle tire d'ailleurs son nom du grec lathraïos signifiant «caché».


Lathraea squamaria par Sauvages du Poitou!

Tiges blanches, «feuilles» écailleuses et suçoirs de la Lathrée écailleuse: sous terre, personne ne vous entend crier!


Au printemps, les rhizomes de Lathraea squamaria produisent (parfois) des fleurs aériennes blanchâtres ou rosées, disposés en épis compacts et recourbés, toutes du même côté. Si l'identification de la plupart de Orobanchacées requiert des compétences aiguisées en botanique alien, les fleurs de notre Lathrée sont caractéristiques et plutôt faciles à reconnaître.


Lathraea squamaria, Lathrée écailleuse, Biard (86) bords de Boivre

Fleurs en épis de la Lathrée écailleuse: un calice velu en cloche d'où dépasse une corolle à deux lèvres... Une Sauvage à nulle autre pareille.


Clandestinité oblige, la floraison de Lathraea squamaria n'est pas garantie chaque année... Si fleurs il y a, celles ci sont pollinisées par les insectes, avant que les fourmis n'en dispersent les graines (myrmécochorie). Les semences (dont la germination semble favorisée par la proximité des racines d'une plante hôte) embraquent suffisamment de réserve pour permettre à la Sauvage de fabriquer ses premiers suçoirs.

Lathraea squamaria, Lathrée écailleuse, Biard (86) bords de Boivre

Lathrée écailleuse au printemps, Biard (86) bords de Boivre


Lathrée écailleuse: dites le avec des fleurs!


Très loin des vagues d'invasion extra-terrestre chères aux romans de science-fiction, Lathraea squamaria se fait en réalité rare dans le pays (la faute à sa discrétion?). Considérée comme une espèce déterminante en Charente, en Charente-Maritime, en Deux-Sèvres et en Vienne, la Sauvage est placée sous divers statuts de protection dans de nombreuses autres départements.

C'est la première fois qu'on rencontre une telle espèce... Il faut le ramener et l'étudier!

(Alien, le huitième passager, Ridley Scott)

Car malgré son statut d'alien, le développement des rares colonies de Lathrea squamaria s'avère plutôt lent et laborieux. La Sauvage ne cause d'ailleurs guère de dommages à ses hôtes. Elle se contente de besoins modestes la plus grande partie de l'année, attendant la montée de sève printanière de l’arbre pour tenter de fleurir et fructifier. Au bout du compte, là où on observe la Sauvage, les hôtes ne semble en rien affaiblis par rapport aux arbres ou arbustes voisins. Alors si vous croisez la Lathrée écailleuse sur votre chemin, n'oubliez pas d’immortaliser l'extraordinaire rencontre en photo... Car en botanique comme en ufologie, seules importent les preuves!


Lathrée écailleuse: I want to blelieve! Sauvages du Poitou


Pour aller plus loin:

- Lathraea squamaria sur Tela-botanica

- Observations anatomiques et biologiques sur le genre Lathrea par E.Chemin (Annales des sciences naturelles - botanique, 1920)


Lathrea Clandestina, Lathrée clandestine, Laval-Renazé (53)

Rencontre du troisième type avec une autre Lathrée à floraison printanière, la Lathrée clandestine (Lathrea clandestina), localisée dans l'ouest de la France seulement.

>Voir le billet et ses commentaires...
 

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