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Plantains: le pied au jardin!
Date 19/11/2018
Ico Villes, chemins & terrains vagues
Comms 3 commentaires

Plantago major, Grand Plantain, Poitiers quartier gare

Grand Plantain, Poitiers quartier gare


Plantago major (Grand Plantain) fait office de chef de clan chez les Plantaginaceae, une famille bigarrée qui regroupe des Sauvages aussi diverses que les Véroniques (Veronica spp.), les Digitales (Digitalis spp.), les Linaires (Linaria spp.) ou la délicate Cymbalaire des murs (Cymbalaria muralis)... A moins d'être généticien (ou papillon), difficile de trouver un fil conducteur dans ce grand bazar.


Plantago major, Grand Plantain, Poitiers quartier gare

La célèbre rosette de feuilles ovales et entières, aux nervures parallèles, du Grand Plantain: en réalité, des feuilles alternes disposées en spirale, chaque feuille s'écartant de la précédente selon un angle immuable de 144°.

- A-t-elle l’air pâle ou verte?

- Elle a l’air écrabouillée!

(La fée Clochette, Bradley Raymond)

Le Grand Plantain est une vivace très commune (c'est généralement une des première plantes qu'on apprend à identifier) qui s'installe sur les sols fortement piétinés et baignés de soleil. Un poil masochiste, le Sauvageon s'implante jusque sur les parkings, ou devant une sortie de garage, ses parties aériennes pouvant résister jusqu'au passage d'une roue de voiture.


Si le Grand Plantain préfère les sols tassés, c'est parce que la concurrence s'y fait rare. Mais tous les terrains lui conviennent, jusqu'à 2000 mètres d'altitude. Sa capacité d'adaptation lui a permis de s'exporter jusque dans les colonies européennes au 16ème siècle; les amérindiens l'avaient surnommé White man's footprint, «l'empreinte de l'homme blanc», car sa présence marquait les terres foulées par les européens. Chose amusante, les européens avaient eux-mêmes choisi le nom Plantago pour désigner la Sauvage, planta étant la plante du pied en latin, une référence à la forme de ses feuilles. Des histoires de pied, quoi de plus normal pour un végétal qui se laisse volontiers piétiner?


Plantago major, Grand Plantain, Poitiers quartier Chilvert

Grand sur un sol riche (jusqu'à 50 cm), chétif sur un terrain misérable, résistant à la plupart des herbicides comme aux pollutions urbaines, le Grand Plantain fait partie de ces Sauvages dont la plasticité et la capacité d'adaptation forcent le respect.


Un des secrets de la résistance du Grand Plantain repose sur ses feuilles épaisses. En déchirant une feuille transversalement, on voit apparaitre des fils (correspondants aux nervures) capables de s’allonger tels des élastiques. Les enfants peuvent s'amuser à étirer ces «cordes» végétales, la plus longue remportant le concours, à condition qu'elle ne casse pas. Des feuilles en forme de banjo, un jeu de cordes élastiques: le Grand Plantain a un peu l'allure d'un instrument fantastique. Il est parfois surnommé outre manche Angel's HarpLa harpe des anges»), ou plus récemment Beatles'GuitarLa guitare des Beatles»)!


Plantago major, Sauvages du Poitou!


En France, le genre Plantago rassemble une vingtaine d’espèces. On croisera parmi les plus communes:

Plantago lanceolata, Plantain lancéolé, Vouneuil-sous-Biard (86)
Feuilles longuement lancéolées et inflorescences courtes en épis du Plantain Lancéolé.

Le Plantain lancéolé (Plantago lanceolata) est l'autre célébrité du genre. Vivace, il s'adapte à tout type de sol, son aspect variant en fonction de la situation. Pour le botaniste Gérard Ducerf (Encyclopédie des plantes bio-indicatrices volume 1), ses colonies les plus fournies signent les prairies bien équilibrées (eau, fertilisant, matière organique, activité microbienne...).

Plantago coronopus, Plantain Corne-de-cerf, Poitiers quartier gare
Feuilles finement découpées, comme les bois d'un cerf, du Plantain Corne-de-cerf.

Le Plantain Corne-de-cerf (Plantago coronopus) est une annuelle (ou bisanuelle) des milieux pauvres et sablonneux. On le rencontre sur le littoral, mais aussi dans les villes où il peut se contenter d'un bout de trottoir, d'autant plus que le sel lui convient parfaitement (salage de la voirie en hiver).

Plantago media, Plantain moyen, Vouneuil-sous-Biard
Floraison flashy du Plantain moyen: une excentricité inhabituelle pour le genre discret des Plantains!

Enfin, le Plantain moyen (Plantago media) est une vivace qui ressemble au Grand Plantain. On peut le croiser au bord des chemins, sur les pelouses sèches... Il se distingue de par sa floraison spectaculaire: corolle blanche et étamines rosées ou liliacées.

Plantago major, Grand Plantain, Poitiers bords de Boivre
Inflorescence en épis (surnommée «queue de rat») du Grand Plantain: jusqu'à 10.000 graines par année pour un seul pied. Et autant de munitions pour les garnements qui en font une mitraillette champêtre!

Les graines des Plantains font le régal des oiseaux granivores, une aubaine en milieu citadin. Elles gonflent et deviennent collantes au contact de l'eau, puis se dispersent en adhérant aux chaussures des passants (zoochorie). Jadis, des petites mains récoltaient les tiges fructifères du Grand Plantain (le plus fourni en la matière) pour en faire commerce auprès des éleveurs d'oiseaux: très nourricières, les semences font office de barre énergétique pour les volatiles élevés en cage.

Pour l'homme aussi, les Plantains sont de bonnes comestibles, riches en protéines, en minéraux et en vitamines. Leurs feuilles et leurs graines sont consommées comme des légumes dans de nombreux pays d'Europe. Les feuilles crues du Grand Plantain ou du Plantain lancéolé évoquent un peu le gout des champignons. Le Plantain corne-de-cerf et sa saveur légèrement salée, moins amères que les autres Plantains, est souvent le préféré dans les assiettes.

Plantago major, Grand Plantain, Poitiers quartier gare
Fruits (capsules) du Grand Plantain en hiver: une mangeoire naturelle à oiseaux.

Mais la célébrité des Plantains repose d'avantage sur leurs vertus médicinales que leurs qualités culinaires. La résistance au piétinement du Grand Plantain inspira autrefois la croustillante théorie des signatures (qui voulait que l'aspect d'un végétal exprime ses vertus thérapeutiques): surnommé «La plante des coups», on estimait le Sauvageon capable d'aider à la cicatrisation des vilaines blessures. Autre temps, autres mœurs: la version contemporaine, plus soft, recommande l'application de ses feuilles fraiches pour soulager les piqûres d'insectes ou d'ortie, ou l'application en cataplasme de ses feuilles pour soigner les ampoules du randonneur. Il faut dire que le Plantain est à la fois astringent (asséchant, donc cicatrisants) et émollient (adoucissant, donc anti-inflammatoire): une formule magique, quelque part entre le feu et l'eau!

Si les Plantains ont été considérés comme des panacées au fil de l'histoire, leurs composés chimiques n'intéressent pas seulement les herboristes: on raconte que les chamois blessés se roulent dans le Plantain des Alpes (Plantago alpina) pour soigner leurs plaies. Plus près du Poitou, un gang de chenilles s'intéresse aux substances concentrées dans leurs feuilles; l'heure pour nous d'écouter une nouvelle histoire d'Olivier Pouvreau, le lépidoptériste de Sauvages du Poitou.


Le Petit monde des Plantains


Un terrain abandonné par l’agriculture, une friche, un lieu où la nature reprend ses droits... Voilà un décor idéal pour notre Plantain qui vient jouer les colons. Et avec lui, un papillon que l’on qualifie également d’espèce pionnière: la Mélitée du plantain (Melitaea cinxia). C'est un papillon assez commun sous nos latitudes, que l’on croise d’avril à août en Poitou.


Melitaea cinxia, Mélitée du plantain (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Imago de Mélitée du plantain fraîchement émergé... Tremblez, Plantains!


Vous l’aurez donc compris, avec un nom pareil, notre bestiole compte sur les Plantains pour élever sa progéniture. Au printemps, sitôt qu’elle a repéré un site avec une bonne densité de Plantains, la femelle Mélitée dépose ses œufs en tas de 50 à 300 sous les feuilles. Une fois écloses, les petites chenilles se mettent à tisser une sorte de chapiteau de fortune en toile de soie où elles commencent à se faire les dents. Et si, à force de se bâfrer de feuilles, notre Sauvage est mise à nue, aucun souci: les mini-larves partent à la recherche d’un autre pied de Plantain en filant des corridors de soie.


Melitaea cinxia, Mélitée du plantain (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Chenilles de Mélitée du Plantain ayant tissé leur chapiteau.


Les mois se succèdent. Avec l'arrivée des mauvais jours, les chenilles nées durant l’été (la Mélitée du Plantain produisant deux générations par an, une au printemps et une l’été) se ménagent un nid de feuilles reliées par des fils de soie. Elles y passent l’hiver par groupes de 10 à 60. Puis, au mois de mars de l’année suivante, elles pointent de nouveau le bout de leur nez, même par quelques degrés seulement. Il n’est alors pas rare de les observer en train de se dorer la pilule au soleil, aidées par leur livrée sombre… Si toutefois vous parvenez à les trouver car elles ressemblent alors étrangement aux épis des Plantains en boutons.


Mélitée du Plantain, Sauvages du Poitou!


Melitaea cinxia, Mélitée du plantain (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Parvenus à leur ultime mue, les chenilles de la Mélitée du plantain se dispersent pour aller se nymphoser. A ce moment, il n’est pas rare de les trouver galopant sur les chemins. Celles-ci, trouvées sur une piste cyclable étaient en cours de sauvetage!

- Pâtisseries empoisonnées, beignets mortels, macaron foudroyants...
- Pas mal!
(Astérix et Cléopâtre, René Goscinny et Albert Uderzo)
La Mélitée du plantain ne tire pas simplement de sa plante-hôte larvaire un moyen de se gorger de protéines pour devenir un insecte parfait. Les feuilles des Plantains concentrent deux substances, l’aucubine et le catalpol, qui protègent la plante contre les maladies fongiques et les herbivores. Au moment de la ponte, les femelles Mélitées cherchent les pieds de Plantain qui concentrent le plus ces deux composés (le Plantain lancéolé en est le plus gros producteur) pour que leur chenilles en profitent à leur tour. Ces substances agissent d’ordinaire comme des inhibiteurs de croissance chez la plupart des insectes... Alors que chez nos Mélitées, c’est l’inverse! Et ce n’est pas tout: en absorbant l’aucubine, les chenilles développent une amertume qui les rendent peu appétissantes au goût des prédateurs (araignées, guêpes, punaises, oiseaux...). Enfin, le catalpol améliore les défenses immunitaires des chenilles, permettant à leur organisme «d’étouffer» les œufs pondus dans leur chair par les parasitoïdes (notamment des ichneumons comme Cotesia melitaearum). Il semble même que la relative toxicité du Plantain perdure chez le papillon adulte... Donc avis aux prédateurs: avec le Plantain, risque de plantage!


Notons que deux autres espèces de Mélitées poitevines pondent sur les Plantains (on compte en France une cinquantaine d’espèces de papillons susceptibles de profiter de leurs feuilles): la Mélitée orangée (Melitaea didyma) et la Mélitée des scabieuses (Melitaea parthenoides), toutes deux moins communes que la Mélitée du plantain.


Melitaea didyma, Mélitée orangée (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Imago et chenille de Mélitée orangée


Melitaea parthenoides, Mélitée des scabieuses (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Imago et chenille de Mélitée des scabieuses



Lecture recommandée:

- Éloge du Plantain de Bernard Bertrand aux éditions de Terran


Pour aller plus loin:

- Plantago major sur Tela-botanica

- Plantago lanceolata sur Tela-botanica

- Plantago coronopus sur Tela-botanica

- Plantago media sur Tela-botanica

- L'usage médicinal des Plantains à travers l'histoire sur le blog Books of Dante

- La relation toxique d’une Mélitée avec un Plantain sur le site de Zoom Nature

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Carline commune: sous le soleil exactement
Date 10/09/2018
Ico Prairies
Comms Aucun commentaire

Carline commune, Carlina vulgaris, Buxerolles (86)

Sous le soleil de la Carline commune, Buxerolles (86)


Carlina vulgaris (Carline commune) appartient au vaste clan Asteraceae, celui du roi Pissenlit et de la reine Pâquerette. En la croisant, on pensera surtout à leur garde rapprochée: les «Chardons», une appellation fourre tout derrière laquelle se cache une grande diversité de Sauvages piquantes et mal rasées (Carduus, Cirsium et autres fausses consœurs). Si la Carline se confond parfois avec quelques Cirses défraichis en fin d'été, un œil averti remarquera immédiatement les reflets dorés de ses inflorescences (certains la surnomme Chardon doré), signant l'apothéose solaire de son existence plutôt qu'une fin de carrière.


Carline commune, Carlina vulgaris, Buxerolles (86) Cirsium arvense, Cirse des champs, Buxerolles (86)

Carline commune à gauche versus Cirse des champs (Cirsium arvense) à droite, même site, même jour et même piquants! (Buxerolles, 86)


Il faut dire que les feuilles et les bractées de la Carline commune empruntent leur allure à celles de certains «Chardons»: oblongues, pennatilobées et surtout piquantes. Les bractées externes (sous les inflorescences) forment un enchevêtrement d'épines, quelque part entre la dentelle fine et un instrument de supplice tout droit sorti d'un roman de Clive Barker.


Carline commune, Carlina vulgaris, Buxerolles (86)

Bouton floral de Carline commune: un trésor mellifère sous la garde d'une boule d'épine.


Mais pas de quoi cauchemarder: la Carline commune est une bisanuelle qui pointe ses capitules entre juillet et septembre sur les sols pauvres et secs, dans toute la France. Des lieux chauds et lumineux, fréquentés par nos papillons préférés qui se régalent à butiner la Sauvage très nectarifère. Les abeilles ne sont pas en reste. Par un beau jour d'été, le défilé semble incessant.


Polyommatus bellargus sur Carlina vulgaris , Buxerolles (86)

Azuré bleu céleste (Polyommatus bellargus) et Carline commune: quand le ciel a rendez-vous avec le soleil.

- Il y a des règles que vous devez suivre.

- Oui, et quelles sont ces règles?

- (...) Tenez le éloigné de l’eau. Ne le mouillez pas.

(Gremlins, Joe Dante)

Si les inflorescences de la Carline commune évoquent le soleil, le rapport que la Sauvage entretien avec l'astre de feu est sans équivoque: lui vouant une loyauté absolue, ses capitules ne s'offrent que par temps sec. Réagissant à l'humidité ambiante, ses bractées internes — qui ressemblent à une couronne de pétales — se referment immédiatement au contact de l'eau. En réalité, cette mécanique permet de protéger des intempéries les précieux fleurons (tous tubulés). Autrefois surnommée Herbe à la pluie, la Carline commune pourrait faire office de baromètre naturel. Pour les plus curieux, l'expérience peut se pratiquer à l'aide d'un brumisateur, au risque de vexer notre fleur hydrophobe.



La Carline doit son nom à Carolus, soit Charles. Pour certain auteurs, il s'agirait d'une référence à Charles Quint, à moins que ce ne soit Charlemagne: on raconte qu'un ange offrit au souverain un pied de Carline pour remédier à l'ensemble des maux de l'humanité. Dans d'autres versions, il s'agit de soigner la peste, pas moins. Bref, la Carline, c'est du lourd!


En dehors des contes et légendes, on trouve pourtant de références quant à l'utilisation de la Carline commune (elle est toutefois comestible, croquée à l'occasion par les chèvres et les moutons). La Carline à feuilles d'acanthe (Carlina acanthifolia) et la Carline acaule (Carlina acaulis), deux Sauvages plutôt alpines et courtes sur tige, sont en revanche réputées pour leur vertus culinaires et médicinales; la première pour son goût proche de celui de l'artichaut, la seconde pour ses vertus supposées tonifiantes, stomachiques et diurétiques. Dans le sud du pays, les grandes inflorescences de ces deux espèces sont parfois clouées sur les portes afin de servir de baromètre, leur capitule se refermant à l'approche de la pluie (même après avoir séché).


Météo Carlina, Sauvages du Poitou!


Carline est également un prénom révolutionnaire, fêté le 21ème jour de Thermidor, le mois des chaleurs forcément. Bien plus rare que la Sauvage, son usage n'a jamais transcendé les modes (au summum une vingtaine de petites filles en France en 2003). Alors qui sait, si vous cherchez un prénom original, solaire, pour une petite sauvageonne susceptible de guérir les maux de l'humanité (à l'exception des jours de pluie), l'idée est semée!


Pour aller plus loin:

- Carlina vulgaris sur Tela-botanica

- Carlina vulgaris: identification assistée par ordinateur

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Reine-des-prés: la Spirée qui inspira l'Aspirine
Date 20/08/2018
Ico Zone humide
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Filipendula ulmaria, Reine-des-prés, Nouaillé-Maupertuis (86)

Reine-des-prés, Nouaillé-Maupertuis (86)


Filipendula ulmaria (Reine-des-prés) appartient au clan Rosaceae, celui des Roses et des Ronces bien sûr, mais aussi celui des célèbres Cerisiers, Pommiers, Poiriers et autres géants producteurs de fruits. Une famille incontournable pour l'alimentation humaine, à qui la Reine-des-prés fait honneur, même si sa consommation est aujourd'hui tombé en désuétude: comestible, elle a servi a aromatiser desserts, glaces, boissons, confitures, dentifrices même! Plus simplement, l'infusion de ses fleurs (récoltés avant leur épanouissement puis séchées) présente un parfum proche de l'amande. La tisane de ses parties aériennes (feuilles surtout) vendue dans le commerce, bien qu'agréable, présente moins de saveur.


Des petites fleurs à cinq pétales (réunies en corymbes), des feuilles composées (imparipennées et doublement dentées), des stipules exubérants (demi-circulaires et dentées) sont autant de caractéristiques qui marquent l’appartenance au clan Rosacée.


Filipendula ulmaria, Reine-des-prés, Poitiers bords de Boivre

Filipendula ulmaria: uImaria serait tiré de «Ulmus», l'Orme, ses folioles ressemblant aux feuilles de l'arbre.

Je te laisse en train de barboter et vingt ans après, je te retrouve encore dans l'eau.

(Le Grand Bleu, Luc Besson)

La Reine-des-prés est une vivace qui colonise les prairies humides, les mégaphorbiaies baignées de soleil, les lisières d'aulnaies où elle côtoie d'autres géantes (jusqu'à 1m50 de hauteur pour la Reine-des-prés) comme l'Eupatoire à feuilles de chanvre (Eupatorium cannabinum), l'Angélique sylvestre (Angelica sylvestris) ou la Cardère sauvage (Dipsacus fullonum). Elle signe les sols engorgés en eau et en matière organique végétale: si vous voulez en faire la culture, il vous faudra lui trouver une parcelle fraiche, riche où elle ne connaitra jamais la soif.


Sous terre, les tubercules de la Reine-des-prés (également comestibles, bien qu'amers) semblent pendus à un réseau de fibres: la Sauvage leur doit son nom scientifique Filipendula, littéralement «suspendu à un fil» en latin.


Filipendula ulmaria, Reine-des-prés, Poitiers bords de Boivre

Très mellifère, la Reine-des-prés est aussi surnommée «Plante aux abeilles».


A milieu du 19ème siècle, l'Abbé Obriat (Haute Marne) s'intéresse à l'usage médical de la Reine-des-prés, propulsant la Sauvage au panthéon des grandes médicinales. Le religieux utilise largement la plante — alors connue sous le nom de Spirée (à cause de ses fruits spiralés) — pour ses vertus diurétiques et anti-rhumatismales. D'autres hommes de science poursuivent l'investigation, mettant en évidence l'acide spirique concentré dans la plante, à partir duquel sera synthétisé un des principes actifs les plus célèbres au monde, et de loin le plus consommé: l'acide acétylsalicylique. C'est ce dernier que la firme Bayer dépose (1899) sous le nom d'«Aspirine», en hommage à la «Spirée». Ainsi, à l'aube du 20ème siècle, la Reine-des-prés devient aussi la reine des pharmacies!


Filipendula ulmaria, Reine-des-prés, Poitiers bords de Boivre

Fruits (akènes) en spirale de la Reine-des-prés: La Spirée qui inspira l'Aspirine!

C'est l'heure des médicaments, l'heure des médicaments!

(Vol au-dessus d'un nid de coucou, Miloš Forman)

Même si la Reine-des-prés n'est pas un cachet d'Aspirine, sa consommation est à proscrire pour toute personne qui serait allergique au médicament. Cette précaution étant prise, la Sauvage reste une incontournable des herboristeries (ses sommités fleuries sont inscrites à la liste A de la Pharmacopée française), généralement utilisée dans le traitement des douleurs articulaires mineures, voir des maux de tête, des courbatures ou des états grippaux...


Reine-des-prés ou Belle-des-champs? Sauvages du Poitou!


Ses vertus diurétiques on font également la reine des «tisanes régimes». Rafraichissante dans les cas d'acidité gastrique ou d'ulcères (causés par un excès d'Aspirine?!), on pourrait penser qu'il n'y a guère que les chagrins d'amour qu'elle ne peut soulager (pour soigner ces derniers, songez plutôt à un bouquet de Sauge!).


Certains auteurs reconnaissent des qualités similaires à une autre Spirée, une sœur moins célèbre, peu commune dans le nord de la France: la Spirée filipendule (Filipendula vulgaris). Vivace (25 à 50cm de hauteur), cette dernière préfère les prés secs aux praires humides.

Filipendula vulgaris, Spirée filipendule, Beauvoir (86)
Corymbes rameux et feuilles imparipennées finement découpées de la Spirée filipendule.


Et puisqu'on évoque les liens familiaux, approchons nous d'Olivier Pouvreau, lépidoptériste de Sauvages du Poitou, qui semble avoir repéré quelques paires d'ailes virevoltant autour de notre Reine-des-prés...



Le Petit monde de Filipendula ulmaria


Parmi les nombreux insectes gravitant autour de Filipendula ulmaria, il est un papillon dont le nom est un peu trompeur : le Nacré de la sanguisorbe (Brenthis ino) aurait dû s’appeler Nacré de la reine-des-prés puisque celle-ci correspond à la plante-hôte larvaire préférée de sa chenille.


Brenthis ino, Nacré de la sanguisorbe (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Nacré de la sanguisorbe : une allure générale élancée et une bordure marginale noire continue au dessus des ailes.


Brenthis ino, Nacré de la sanguisorbe (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Nacré de la sanguisorbe : une cellule entièrement jaune au dessous des ailes.


Ce papillon, très rare en Poitou (seulement deux stations connues dans la Vienne), plus commun en altitude (en Auvergne par exemple) est inféodé aux prairies humides où croît sa reine préférée. Le Nacré de la sanguisorbe passe facilement inaperçu car de nombreux voisins lui ressemblent comme deux gouttes d’eau. Le Nacré de la ronce (Brenthis daphne) notamment, assez commun en Poitou, joue son frère jumeau et fait tourner en bourrique les lépidoptéristes en herbe quand il s’agit de les différencier… Aussi, l’équipe de Sauvages du Poitou vous livre quelques clés utiles au cas où vous auriez affaire à ce terrible cas de conscience!


Brenthis daphne, Nacré de la ronce (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Nacré de la ronce : une allure générale ronde et des taches noires marginales distinctes au dessus des ailes.


Brenthis daphne, Nacré de la ronce (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Nacré de la ronce : une cellule envahie de brun au dessous des ailes.




Pour aller plus loin:

- Filipendula ulmaria sur Tela-botanica

- Filipendula ulmaria : identification assistée par ordinateur

- Filipendula vulgaris sur Tela-botanica

- Filipendula vulgaris : identification assistée par ordinateur

- La Reine-des-prés à travers l'histoire sur le blog Books of Dante


Filipendula ulmaria, Reine-des-prés, Poitiers bords de Boivre

Le port forcément royal de la Reine-des-prés, Poitiers bords de Boivre

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