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Le petit jardin du hasard (plantes pionnières)
Date 26/02/2019
Ico Rencontres et billets d'humeur
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On appelle «plantes pionnières» les Sauvages qui colonisent avant les autres un terrain fraichement perturbé (à cause d'un éboulement, d'un incendie, d'un chantier, de la mise en culture récente d'une parcelle...). De telles plantes sont souvent de grandes aventurières, capables de pousser sans sourciller malgré un environnement peu propice à la vie (pauvreté du sol, manque d'eau ou de lumière...). Cette conquête est le tout premier stade d'une longue succession écologique qui tend finalement vers le retour des arbres et de la forêt. Car à l'exact opposé de l’espèce humaine, la nature a l'heureuse tendance à transformer les déserts en jungles fertiles. Ainsi, un parking abandonné, laissé à lui même, tend finalement à redevenir forêt, celle-ci étant l'aboutissement et le point d'équilibre (nommé climax) de tout milieu naturel libéré de ses entraves.

Vous seriez surprise de voir ce avec quoi on peut vivre.

(Docteur House, David Shore)

Mais ne brulons pas les étapes et revenons au commencement: on pourrait partir à la rencontre de nos pionnières en visitant des paysages hostiles à la végétation: terres nues, rocailles, macadam... Les parterres citadins que l'on foule au quotidien sont de bons terrain pour observer l'art de la conquête végétale: lichens, mousses, puis cortège des Sauvages... Inlassablement, la vie répète la même partition, depuis sa victoire sur le minéral il y a 500 millions d'années jusqu'à l'assaut d'un trottoir devant votre arrêt de bus.


Forest is coming! Sauvages du Poitou

* La forêt arrive !


Je vous propose une expérience sur ce thème bien plus absurde, mais je l’espère, tout aussi inspirante: laissons les aventurières venir à nous! Le protocole est assez simple à réaliser puisqu'il s'agit de mettre en place un semblant de misère et de voir ce qu'il advient. Libre à vous d'adapter le principe à votre sauce, il ne s'agit dans le fond que de s'émerveiller à partir de trois fois rien, ce qui est souvent la première étape de toute grande carrière naturaliste!


Le petit jardin du hasard (1), Sauvages du Poitou!


L'idéal eut été de partir d'un simple caillou et d'attendre le premiers lichens, mais il m'aurait fallu plus d'une vie pour vous livrer cet article. Un récipient rempli de sable ou de graviers permettrait probablement à un substrat de s'installer au fil du temps; le jeu tentera peut-être les plus patients. Partons plutôt d'un substrat déjà bien établi: remplissons quelques godets d'un terreau quelconque. Les plus pressés ramasseront de la terre au bord d'un chemin, en des endroits variés, récoltant de par là même un stock de semences aussi prometteur qu'aléatoire.


Le petit jardin du hasard (2), Sauvages du Poitou!


Les pots sont placés dans des endroits différents (exposition, environnement...), au jardin ou au balcon, et laissés aux bons soins de la météo et du temps qui passe. La terre séchant très rapidement dans les pots ou les godets, un petit coup d’arrosoir de temps en temps favorisera la l'accueil des invitées à venir.


Le petit jardin du hasard (3), Sauvages du Poitou!

L'Euphorbe omblette (Euphorbia peplus), première surprise dans notre petit jardin du hasard!


Le jeu ne manque pas de sel et de magie: nous voilà les heureux propriétaires de mini-jardins dans lesquels on ne plante rien, mais où la vie pointera surement le bout de son nez! La vie surgira autant de l’extérieur que du sol lui même: la terre, toute quelconque qu'elle soit, comporte déjà son lot de semences invisibles en dormance. De plus, les graines peuvent compter sur leurs propres agences de voyage pour atteindre d'elles-mêmes les terra incongnita ainsi laissées à leur disposition (voir notre article sur le Grand voyage des Sauvages).

Le petit jardin du hasard (4), Sauvages du Poitou!
Un akène volant de Pissenlit échoue dans un godet: une promesse de naissance à venir?

Rendez-vous dans quelques semaines/mois/années pour partager nos découvertes (via le Facebook, le Twitter ou l'Instagram de Sauvages du Poitou, vous avez l'embarras du choix)? On pourra même échanger nos doubles, comme on échangeait jadis les images autocollantes des albums Panini. Bonne pioche!

Véronique de Perse, Gaillet Gratteron, Cardamine hérissée et Oxalis corniculé: un tirage printanier ordinaire, mais tellement réjouissant!
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (9) : bourgeons
Date 18/12/2018
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Arbres et bourgeons en hiver, Sauvages du Poitou!

De gauche à droite et de haut en bas: Chêne pubescent, Saule marsault, Cornouiller sanguin, Aubépine à un style, Figuier commun et Noisetier.

Grandir apporte tellement d’inconvénients... Et de poussées de boutons!

(Peter Pan, Paul John Hogan)

Continuant notre tour d'horizon du vocabulaire permettant de décrire les plantes (feuilles simples ou composées, leur disposition sur la tige, fleurs régulières ou irrégulières, leur agencement en inflorescence, fruits), cet article vous propose une nouvelle activité propice en cette saison de repos végétal, mais pas de repos des méninges: l'observation des bourgeons.


Chez nos Sauvages, les bourgeons correspondent à de petites excroissances, composées de très jeunes pièces foliaires, qui peuvent évoluer pour donner naissance à un rameau feuillé ou à une fleur. On distingue le bourgeon apical (ou terminal), situé au sommet de la tige et les bourgeons axillaires, situés en dessous, aux aisselles des feuilles.


Bourgeons violets d'un rameau d'Aulne glutineux (Alnus vulgaris): l'apical en haut, les axillaires en dessous, à l'aisselle des feuilles.


Le développement d'une tige ou d'un rameau (principal ou secondaire) se fait via le bourgeon apical: c'est lui le patron. Dessous, les bourgeons axillaires attendent généralement leur heure, en embuscade. Le bourgeon apical libère une hormone végétale (l'auxine) qui inhibe leur croissance. De plus, il s’octroie une bonne partie des substances nutritives, au détriment des autres bourgeons. Si le bourgeon apical vient à disparaitre (arraché par une tempête, taillé, tondu, mordu...), les bourgeons axillaires les plus proches en profitent pour prendre le relais, devenant à leur tour des bourgeons apicaux chargés d'assurer le développement de leur propre rameau. Une plante peut aussi organiser un putsch en «destituant» un bourgeon apical (par le jeu des hormones végétales). Cette hiérarchie pleine de rebondissements s'appelle la dominance apicale.

- Aller, tout le monde va se coucher!

- Mais chef c'est le début de l'après-midi...

- J'veux pas le savoir, bonne nuit!

(RRRrrrr!!!, Alain Chabat)

Ainsi, plus la dominance apicale est forte, plus le végétal présente une silhouette triangulaire et un centre de gravité près du sol: depuis le sommet de son rameau, le bourgeon apical exerce son autorité sur les bourgeons les plus proches de lui, paralysés par la trouille (1). A l'inverse, plus le patron est complaisant, plus le végétal est ramifié, chaque bourgeon s'exprimant de son côté (2 et 3).


La dominance apicale, Sauvages du Poitou!


Le «style managérial» des bourgeons (autoritaire, participatif, permissif...) varie en fonction des espèces et façonne le port d'une plante, c'est à dire sa silhouette générale (bien sûr, l'environnement et les aléas de la vie participent aussi); une allure qu'il est utile de remarquer dans nos efforts d'identification.


Molène, Verbascum sp., Vouneuil-sous-Biard

Dominance apicale chez la Molène (Verbascum sp.): «Chef oui chef!»



Dominance apicale chez la Mercuriale annuelle (Mercurialis annua), ou l'art du management participatif. Son port ramifié nous permet de la différencier de la Mercuriale vivace (Mercurialis perennis) qui ne tolère aucune ramification.


La nature étant bâtie sur des exceptions, les végétaux ne présentent pas tous des bourgeons terminaux, la croissance pouvant se faire via les bourgeons axillaires seuls. Dans d'autres cas rares (les Palmiers par exemple), ce sont les bourgeons axillaires qui sont absents, la croissance étant assurée par un unique bourgeon terminal... Une stratégie hautement risquée: gare à la décapitation! Il existe également des bourgeons qui peuvent pousser n'importe où sur la tige, sur les rhizomes, sur les racines ou même sur les feuilles, qu'on qualifie d'adventifs.


Tilia sp, Tilleul, Poitiers bords de Boivre
Sur le tronc d'un Tilleul (Tilia sp.), ce petit rameau naît d'un bourgeon caché sous l'écorce. Soit ce bourgeon est apparu spontanément (suite à une blessure), auquel cas on dit qu'il est adventif; soit ce bourgeon est un vieux bourgeon axillaire en dormance qui a fini par être recouvert par l'écorce au fil des ans, auquel cas on dit qu'il est proventif. Bourgeons adventifs et proventifs permettent la régénération de l'arbre en cas de coupe sévère: ce sont les roues de secours!

Jusqu'à présent, les leçons de botanique joyeuse de Sauvages du Poitou se sont surtout intéressées aux détails morphologiques des végétaux, utiles sur le terrain car visibles à l’œil nu. Le bourgeon va nous permettre d'aller un peu plus loin et d'évoquer (en toute simplicité) quelques notions d'anatomie végétale, c'est à dire de dévoiler quelques secrets intimes de nos Sauvages. Très schématiquement, on pourrait représenter le bourgeon nu d'un végétal ainsi:


Le Bourgeon, Sauvages du Poitou!


Le bourgeon est un concentré de rameau feuillé, en miniature: on retrouve des nœuds, des entrenœuds, des ébauches de feuilles et leurs bourgeons axillaires associés. Ce minuscule paquet est rembourré d'un duvet cotonneux, la bourre, qui protège son contenu des rigueurs de l'hiver.


Au printemps suivant, lors du «débourrement», le bourgeon révèle sa véritable nature: un minuscule rameau feuillé se déploie. Le nouveau rameau grandit sous l'effet de l'allongement cellulaire, les jeunes entrenœuds pouvant plus ou moins s'étirer en fonction de l’espèce (les vieilles ramifications perdent cette souplesse). Puis le rameau, fier de ce nouveau prolongement, reprend sa croissance inexorable par le haut, grâce au travail incessant de son bourgeon apical que seul l'hiver freine.


Ailanthe, Ailanthus altissima, Poitiers bords de Clain

Sous les petits bourgeons hémisphériques de l'Ailanthe (Ailanthus altissima), les cicatrices foliaires en forme de cœur laissées par les feuilles qui sont tombées en automne. Au printemps suivant, le rameau qui naîtra de chaque bourgeon sera équipé de nouvelles feuilles. Ainsi, une feuille qui est tombée n'est jamais remplacée au même endroit, mais compensée par d'autres feuilles, qui apparaissent sur de nouveaux rameaux.


Au cœur du bourgeon, se cache un précieux trésor, emmitouflé parmi les ébauches d'organes: le méristème. Il s'agit d'un petit paquet de cellules indifférenciées, très actives. C'est le méristème qui a fabriqué le bourgeon et c'est lui qui fabriquera les rameaux, les feuilles et donc les bourgeons à venir, dupliquant indéfiniment le même schéma, depuis le bourgeon originel issu de la graine: le bourgeon devient rameau portant des bourgeons qui deviennent rameaux portant des bourgeons qui deviennent rameaux...

Tant qu’on ne choisit pas, tout le reste est possible.

(Mr. Nobody, Jaco Van Dormael)

Mieux encore: la force du végétal, c'est que rien n'est programmé à l'avance. Le méristème n'a pas encore choisit son orientation définitive. Son devenir est incertain, il peut devenir un nouveau rameau feuillé comme on l'a vu, mais aussi une fleur, en fonction des besoins et de la situation.


Bourgeon et méristème, Sauvages du Poitou!


Bien sûr, le méristème ne s'en remet pas au hasard pour décider de sa future vocation. Il est guidé par les régulateurs hormonaux de la plante qui assurent le rôle d'architecte et de chef de chantier. Ceux-ci distribuent les rôles, destinant certains bourgeons au développement du végétal (tige ou rameau) et d'autres à sa reproduction (fleur). En fonction des espèces, il faut commencer par réunir un certain nombre de conditions (âge et maturité de la plante, nombre d’entrenœuds, température, durée du jour...) pour qu'une floraison soit envisageable. Si c'est le choix de la fleur qui l'emporte, la croissance végétative du rameau arrive à son terme... Place à la sexualité! Notez que dans le fond, une fleur n’est jamais qu’un rameau « atrophié » munis de feuilles modifiées et optimisées pour la reproduction (voir notre article consacré aux fleurs).


Ainsi, la plante conserve tout au long de sa vie, et en tout point, la possibilité de modifier sa stratégie (continuer de pousser ou non, de grandir ici plutôt que là, de se reproduire ou non...). Les plantes n'ont pas la possibilité de se mouvoir comme les animaux, mais elles compensent grâce à une grande souplesse structurelle: face à une situation critique, l'animal bouge, la plante s'adapte!


Platanus x hispanica, Platane commun, Poitiers bords de Boivre
L'unique écaille soudée - sorte de carapace protectrice - du bourgeon du Platane commun (Platanus x hispanica).


Sous nos latitudes, les bourgeons des espèces ligneuses sont recouverts, à quelques exceptions près, d'écailles (ce n'est jamais le cas chez les herbacées) qui font office de carapace protectrice pour le précieux méristème. Il s'agit de feuilles modifiées, plus ou moins dures, imperméables à l'eau, chargées de préserver la promesse de rameau ou de fleur face aux rigueurs climatiques (le bourgeon est fortement déshydraté pour limiter au maximum les risques de gel).


La diversité d'aspect des bourgeons peut nous aider à identifier les arbres et arbustes au cœur de l'hiver, nous offrant de surcroît un spectacle très réjouissant. Avis aux amateurs de macrophotographie!


Pour ce faire, on prendra soin de noter le nombre d'écailles et la manière dont elles s'imbriquent, leur forme, leur couleur, leur texture (enduit, pilosité...) et bien sûr, comme pour les feuilles, la disposition des bourgeons sur les rameaux: sont-ils alternes ou opposés? Sous les bourgeons, les cicatrices foliaires ont des signatures caractéristiques qu'il est intéressant d'observer. Enfin on notera l'aspect des taches colorées sur l'écorce, nommées lenticelles (sortes de pores qui permettent la respiration de l'arbre). N'oubliez pas vos thermos, nous partons sans tarder pour une courte promenade, à la fraîche...


Fraxinus excelsior, Frêne élevé, Poitiers bords de Boivre
Bourgeons opposés aux écailles sombres et veloutées du Frêne élevé (Fraxinus excelsior), un des plus faciles à reconnaître!

Bougeons d'Erables (Acer spp), Poitiers bords de Boivre
Les bourgeons opposés de quatre Érables (respectivement): Érable de Montpellier (Acer monspessulanum, un peu aigus, 10-12 écailles brun foncé à marge sombre, poilues sur les bords) / Érable champêtre (Acer campestre, 4-6 écailles brun clair à marge ciliée blanchâtre) / Érable sycomore (Acer pseudoplatanus, 6-8 écailles vertes liserées de brun) / Érable plane (Acer platanoides, 4-6 écailles, renfermant un suc laiteux).

Fagus sylvatica, Hêtre commun, Poitiers bords de Boivre Carpinus betulus, Charme, Poitiers bords de Boivre
Comment différencier le Charme du Hêtre quand il n'y a ni poils, ni dents? Sur les jeunes rameaux, les bourgeons alternes et fusiformes du Hêtre commun (Fagus sylvatica) divergent nettement. Ceux du Charme (Carpinus betulus) sont appliqués contre les rameaux.

Sambucus nigra, Sureau noir, Poitiers bords de Boivre)
Les grosses lenticelles protubérantes - un peu comme des verrues - marquent l'écorce du Sureau noir (Sambucus nigra). Impatients, ses bourgeons rougeâtres, opposés, tous axillaires, débourrent au moindre redoux, sans attendre le printemps.

Juglans regia, Noyer commun, Poitiers bords de Boivre
Les cicatrices foliaires en forme de cœur du Noyer commun (Juglans regia) sont marquées d'un «U»; une signature qui nous permet de différencier Noyer et Ailanthe (voir plus haut) en hiver.

Aesculus hippocastanum, Marronnier d’Inde, Poitiers bords de Boivre
Les gros bourgeons opposés brun-rouge du Marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum) sont collants au toucher : leurs écailles sont recouvertes d'une substance résineuse, la propolis, une Super Glue utile aux abeilles pour l’entretien de leurs ruches.

Viburnum lantana, Viorne lantane, Poitiers bords de Boivre Viburnum lantana, Viorne lantane, Poitiers bords de Boivre

En l'absence d'écailles, on dit que le bourgeon est nu. C'est le cas (peu courant pour les arbres et les arbustes sous nos latitudes) des bourgeons opposés, couverts de poils gris, de la Viorne lantane (Viburnum lantana). On distingue sur le second cliché le renflement caractéristique du  bourgeon en passe de devenir fleur.


D'autres leçons de botanique joyeuse sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique : les feuilles, première leçon

- Le vocabulaire de la botanique : les fleurs, première leçon

- Le vocabulaire de la botanique : les fruits

- Le vocabulaire de la botanique : racines et rhizomes

Pour aller plus loin:

- La dominance apicale chez les Molènes sur le site Zoom Nature

- L'appareil végétatif des végétaux supérieurs par Jean-Marie Savoie

- Le système caulinaire sur le site Plantes et botanique


Référence bibliographique:
- Bourgeons et rameaux, un guide de Bernd Schulz
- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques
- Dans la peau d'une plante de Catherine Lenne
- La botanique pour les jardiniers de Brian Capon

Un grand merci à Dominique Provost (Vienne Nature/Société botanique du Centre Ouest), botaniste tout terrain 365 jours sur 365, qui m'a initié aux joies et aux frissons de la botanique hivernale ;)
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Carotte Sauvage: le palace à insectes
Date 28/07/2018
Ico Prairies
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Daucus carotta, Carotte sauvage, Poitiers bords de Boivre

Bractées caractéristiques de la Carotte Sauvage, Poitiers bords de Boivre


Daucus carota (Carotte sauvage ou Pascanade en poitevin-saintongeais) appartient aux Apiaceae (ex Ombellifères), le clan des Sauvages aux fleurs à cinq pétales disposées en «ombelles». Une famille mi ange mi démon, dans laquelle on croise de nombreuses autres espèces domestiquées par l'homme comme le Céleri (Apium graveolens), le Panais (Pastinaca sativa), le Persil (Petroselinum crispum) ou la divine Angélique officinale (Angelica archangelica)... Mais aussi quelques terreurs comme la titanesque et brûlante Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) ou la Grande Ciguë (Conium maculatum), une célèbre empoisonneuse.


Daucus carotta, Carotte sauvage, Poitiers bords de Boivre

Feuille alternes et généralement bipennatiséquées de la Carotte sauvage qui dégagent une odeur typique au froissement.


La Carotte sauvage affectionne les sols riches, chauds (elle est nettement thermophile), baignés de soleil. Elle brandit ses fleurs en parasol en été, jusqu'à un bon mètre de hauteur, puis compte sur les animaux de passage pour disséminer ses fruits crochus (des diakènes) qui s'accrochent aux fourrures ou vêtements des animaux de passage (epizoochorie). Chétive à flanc de mur ou de falaise, basse en terrain régulièrement fauché: la Sauvage est très polymorphe et possède une surprenante capacité d'adaptation à son environnement.


Daucus carotta, Carotte sauvage, Sauvages du Poitou
Un aller simple à dos de basket pour les fruits de la Carotte sauvage!

Il resterait pas dans cette ville un genre d’hôtel trois étoiles avec des draps propres, de bons oreillers et un room service?

(Il faut sauver le soldat Ryan, Steven Spielberg)

Au jardin, Daucus carota est le centre de toutes les attentions: elle abrite ou nourrit guêpes, abeilles solitaires, syrphes, coléoptères (leptures, œdémères, téléphores), araignées en embuscade... Ses fleurs offrent un nectar et un pollen abondants et faciles d'accès.


Le petit monde de la Carotte sauvage, Daucus carota, Poitiers bords de Boivre
L'heureuse clientèle de la Carotte sauvage! De haut en bas et de gauche à droite:  Sauterelle ponctuée (Leptophyes punctatissima), Ectophasia crassipennis, Téléphore fauve (Rhagonycha fulva) et Thomise variable (Misumena vatia).


L'inflorescence de la Carotte Sauvage se replie à maturité pour former un panier miniature. Un nid douillet dans lequel se cache (entre autres) la Punaise arlequin (Graphosoma italicum), rayée de rouge et noir, qui se régale de la sève de l'Ombellifère. De leur côté, les oiseaux apprécient les graines de la Sauvage et boulottent au passage quelques locataires à six pattes sur les tables dressées en ombelles. Les volatiles délaissent cependant les Punaises arlequin à cause de leur tenue de groom, le rouge évoquant une certaine toxicité et les rayures un danger potentiel (guêpes, frelons...).


Graphosoma italicum et Daucus carota, Poitiers bords de Boivre

Une tenue rouge et noir pour la Punaise arlequin sur son luxueux lit de Carotte sauvage!

Palace, la vie en première classe,
Palace, moins de stress, plus de strass, (...)
Eh oui, ça c'est Palace!
(Palace, Jean-Michel Ribes)
On a donc grand intérêt à tolérer la belle au jardin, où elle est un véritable palace pour la faune et où elle se ressème naturellement. De mon expérience, le contrôle de son expansion — c'est à dire son arrachage au besoin — reste plutôt aisé (en tout cas guère plus compliqué que de récolter des Carottes).

Daucus carota, le palace à insectes! Sauvages du Poitou

Comme toute destination touristique qui se respecte, la Carotte sauvage arbore fièrement son enseigne: on observe parfois au cœur de ses inflorescences une minuscule fleur sombre (rouge, bordeaux ou brune), surnommée la «Mouche de la Carotte», chargée d'attirer la clientèle des butineurs (rien à voir avec la véritable Mouche de la Carotte, Psila rosae, une ravageuse redoutée des jardiniers).


Au centre des inflorescences de la Carotte sauvage: la (fausse) «Mouche de la Carotte».

Au potager, la Sauvage côtoiera peut-être ses semblables domestiquées. L’espèce Daucus carota regroupe de nombreuses sous-espèces très diversifiées: si Daucus carota, la Sauvage, est souvent annuelle (pas toujours), les carottes cultivées par les jardiniers du monde entier (Daucus carota subsp. sativus var sativus, une des 12 sous-espèces) sont bisannuelles. Elles produisent leur délicieuse partie souterraine la première année, puis fleurissent l'année suivante pour assurer leur reproduction... Ce qui arrive rarement dans la mesure où elles se font généralement croquer entre temps. La carotte cultivée est le résultat de nombreuses années de recherche et de tâtonnement par l'homme qui a hybridé les spécimens sauvages les plus intéressants par pollinisations croisées.


Daucus carota, Carotte sauvage, Poitiers gare

Carotte sauvage sur un mur perchée, Poitiers quartier gare.

Tu vois, la liberté c’est de pouvoir manger des carottes râpées dans l’emballage.

(Camping, Fabien Onteniente)

La racine de Daucus carota est comestible (bien qu'un peu plus fibreuse et amère que la carotte cultivée). Elle n'a d'intérêt gustatif que si elle est récoltée avant floraison. Malheureusement, sans ses fleurs caractéristiques, il est difficile de distinguer les Carottes sauvages de ses consœurs ombellifères mortelles (Ciguë...). L'odeur agréable et les poils hirsutes (recouvrant la tige et les feuilles) sont des indices pour identifier le bon légume, mais d'une manière générale, la cueillette des ombellifères est un sport extrême (et donc dangereux) qui exige une certaine expertise botanique.


Daucus carota, Carotte sauvage, Poitiers bords de Boivre

Les ombelles d'ombellules de la Carotte sauvage, Poitiers bords de Boivre


Daucus carota, la Sauvage, a été introduites dans les jardins bien avant l'«invention» (conjointe de l'homme et de la nature) des célèbres légumes oranges. A l'époque, il n'était pas tant question d'en faire son menu, mais plutôt de profiter de ses vertus médicinales: une infusion de graines de carotte serait diurétique, faciliterait la digestion et régulerait les fonction intestinales.


Tout le monde connait la réputation des carottes: elles donneraient un teint hâlé à la peau et rendraient aimable. Il est vrai que la racine est riche en carotène (qui stimule la mélanine qui protège la peau de l'exposition au soleil), mais il faudrait un régime sévère sur plusieurs mois pour voir apparaître un début de bronzage; quant à sa faculté à rendre aimable, elle vient sans doute de cette vieille tradition qui consiste à montrer une carotte à un âne bougon pour le faire avancer, tout sourire!


Daucus carota, Sauvages du Poitou !


Finalement, un palace ne mérite cette appellation que si la population qui le fréquente est à la hauteur du décorum. Confions le mot de la fin à Olivier Pouvreau, le lépidoptériste de Sauvages du Poitou vêtu pour l'occasion de son costume de majordome, pour nous présenter un des clients les plus prestigieux des établissements Daucus Carota...



Le petit monde de Daucus carota


Il vous est déjà peut-être arrivé de trouver une splendide chenille verte à rayures noire et orange boulottant vos pieds de carottes. Si c’est le cas, il s’agit de celle du Machaon (Papilio machaon), un papillon tout aussi spectaculaire de par sa taille et ses motifs. Le Machaon appartient au genre Papilio, un gang de Sauvages constamment sur son 31. Son crédo? La classe sinon rien!


Machaon, Papilio machaon (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Chenille de Machaon avant la nymphose.


A le voir voler, le Machaon me fait penser à la réunion d’un insecte et d’un oiseau. Il déambule d’un vol plutôt tranquille, toujours élégant, avec des battements d’ailes amples et, me semble-t-il, sans ces courts planés typiques du Flambé (Iphiclides podalirius), son cousin classieux avec qui on le confond souvent.


Machaon, Papilio machaon (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Le Machaon: quelque part entre l’insecte et l’oiseau.


Pour pondre, la femelle Machaon inspecte les Carottes, mais aussi le Fenouil, le Persil, l’Aneth… Plantes les plus souvent choisies dans nos régions parmi plus de 40 espèces d’Apiacées recensées en Europe. La chenille qui s’en nourrira, outre sa tenue de spectacle toujours impeccable, se fait aussi prestidigitatrice: si on la dérange, elle déploie un appendice orange exhalant une odeur fétide situé à l’arrière de sa tête… Ce curieux organe s’appelle osmétérium. Notre magicienne peut même aller jusqu’à baver un liquide noir pour repousser les casse-pieds environnants. Vous me direz que, pour une fois, le Machaon ne verse pas dans le standing de l’entomologie chic.


Machaon, Papilio machaon (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Œuf de Machaon: aux racines de l'élégance...


En Poitou, le Machaon papillonne en deux générations d’avril à septembre. Cet endimanché permanent n’est pas très exigeant dans le choix de ses lieux de vol mais semble préférer les biotopes chauds et secs, les milieux ouverts, les allées forestières, les jardins. Alors si vous criez haro sur une chenille de machaon mâchouillant une feuille de vos chères carottes, n’oubliez pas cet aphorisme que les machaons aiment à se rappeler de génération en génération: «jardinier, dans ton code de bonne conduite, ne nous fait pas croire que les carottes sont cuites!»


Machaon, Papilio machaon (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Parmi les nombreuses fleurs butinées, le Machaon préfère celles de couleur pourpre, rose ou bleue. Ici, on dirait qu'il tente de séduire un Trèfle des prés !




Pour aller plus loin:
- Identification assistée par ordinateur
- Daucus carota sur Tela-botanica


Daucus carota, Carotte sauvage, Poitiers bords de Boivre

La tendresse chez les Carottes sauvages...

>Voir le billet et ses commentaires...
 

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