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Haies & forêts
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Buisson ardent: allumer le feu!
Date 09/07/2016
Ico Haies & forêts
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Pyracantha coccinea, Buisson ardent, Sauvages du Poitou


Pyracantha coccinea (Buisson ardent) est un arbuste épineux de la noble famille Rosaceae, le clan des fraisiers, mûriers, framboisiers, mais aussi de célèbres géants comme les cerisiers, pommiers, pêchers, pruniers... La Sauvage est une indigène importée en France dans la seconde moitié du 19ème siècle, à des fins ornementales, ou pour constituer des haies «défensives» (c'est à dire infranchissables pour nombre d'animaux, à commencer par l'homme!). Elle s'est aujourd'hui échappée des jardins et il n'est pas rare de la croiser (ou de croiser ses hybrides et ses cultivars) au détour d'une friche, d'une haie ou en lisière de forêt.


Son nom Pyracantha vient du grec Pyros, le feu: celui de ses fruits oranges, jaunes ou rouges vifs (des drupes) qui embrasent le paysage à l'automne.

On va leur mettre le feu. Je peux vous dire que Johnny Hallyday au Stade de France, à côté c’est un Playmobil dans un évier!

(Podium, Yann Moix)

Pyracantha coccinea, Buisson ardent, Poitiers quartier Chilvert

Buisson ardent: une coulée de lave végétale.


Si notre Buisson ardent ressemble aux Cotoenasters lorsqu'il est en fruit, d'autres arbustes de son clan, il en diffère par la fine dentelure de ses feuilles épaisses, et surtout par ses épines affutées (les Cotoenasters en sont démunis) qui peuvent provoquer des piqures très douloureuses... Acantha en grec signifie d'ailleurs «épine»: Pyracantha est, littéralement, l'«épine de feu»!


Cotoenaster versus Pyracantha coccinea, Poitiers bords de Clain

Cotoenastier (à gauche) versus Buisson ardent (à droite), Poitiers bords de Clain


Les rameaux flamboyants de Pyracantha coccinea se dressent jusqu'à 3 mètres de hauteur («coccinea» est l'«écarlate» en latin); mais qui dit fruit dit forcément fleur... Bien avant de s'embraser, c'est à dire dès la fin du printemps, l'arbuste offre un autre spectacle: Pyracantha coccinea étale ses branches autour de lui comme autant de bras parfumés et mellifères...


Fleurs en corymbes du Buisson ardent, Poitiers bords de Clain

Si un Buisson ardent vous tend la branche, gare à ses épines!


Des tentacules chargées de fleurs blanches qui régalent les abeilles, les cétoines (des coléoptères) et les incroyables phasmes (des insectes dont le corps imite la forme de brindilles pour se dissimuler).


Clonopsis gallica, Phasme gaulois, Poitiers rochers du Porteau (crédit photo: Olivier pouvreau)

Phasme gaulois (Clonopsis gallica), Poitiers rochers du Porteau


Ce sont finalement les grives, les merles et les rouges-gorges qui se régalent de ses fruits (légèrement toxiques pour l'homme) à l'automne. Les oiseaux profitent de l'abri défensif que le buisson épineux leur procure, y établissant parfois leur nid. Les fruits consommés par les volatiles assurent la dispersion des graines sur de grandes distances, et c'est sans doute la voie des airs qu'a choisit Pyracantha coccinea pour s'évader des jardins particuliers.


Buisson ardent, Poitiers bords de Clain

Feuilles persitantes, obovales et denticulées du Buisson ardent, Poitiers bords de Clain

Et l'Ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, du milieu d'un buisson, et il regarda, et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.

(Bible, Exode 3:2)

Son nom vernaculaire, Buisson ardent, s'inspire d'un épisode biblique célèbre, où Moïse, en train de mener son troupeau, tombe nez à nez avec un miracle flamboyant: un buisson qui brûle sans brûler!

Pyracantha coccinea, Sauvages du Poitou

Peut être que notre temps se prête moins aux miracles, car de nos jours, le Buisson ardent court un gros risque d'embrasement: Pyracantha coccinea, comme quelques autres membres de sa famille (les Cotoneasters mais aussi les Aubépines, Poiriers, Pommiers, Cognassiers, Néfliers...), est sensible à une maladie bactérienne (Erwinia amylovora) qui «brûle» par dessèchement et flétrissement les végétaux touchés, pouvant les tuer rapidement. Triste ironie du sort pour notre Buisson ardent: la redoutable bactérie est surnommée le «feu bactérien».


Pyracantha coccinea subit aujourd'hui une double peine, puisque l'arbuste est sous le coup d'une interdiction à la plantation (sauf dérogation particulière) par arrêté ministériel, l'objectif étant de limiter au maximum la présence des végétaux susceptibles d'abriter et de propager la bactérie pour tenter d'endiguer sa progression sur le territoire français.

O Ciel, que sens-je? Un feu invisible me brule! Je n'en puis plus et tout mon corps devient un brasier ardent! AAAaaah!

(Dom Juan, Molière)

Pyracantha coccinea, Buisson ardent, Poitiers bords de Clain

Buisson ardent, le brasier végétal! Poitiers bords de Clain


Pour aller plus loin:

- Pyracantha coccinea sur Tela-botanica

- Arrêté ministeriel interdisant la plantation des végétaux sensibles au feu bactérien en vigueur au 1er Juin 2016.


Buisson ardent, Poitiers bords de Clain

Fleurs en corymbes du Buisson ardent, Poitiers bords de Clain

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Bourrache officinale, la brave
Date 23/03/2016
Ico Haies & forêts
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Borago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers quartier Chilvert

Bourrache officinale, Poitiers quartier Chilvert


Borago officinalis (Bourrache officinale ou Borage en poitevin-saintongeais) fait office de chef de clan chez les Boraginaceae, dont les membres affichent souvent un système pileux très développé (Consoudes, Buglosses, Vipérines, Myosotis...)! Son nom viendrait du latin burra, la «burre», une étoffe en laine grossière qui habillait les moines: une référence à la texture de ses feuilles rêches, garnies de poils durs.


Borago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain

Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain


Borago officinalis est une anuelle à croissance rapide. Elle aime l'eau, les sols riches en matière organique et les nitrates. Elle commence sa floraison dès que le pied atteint une quinzaine de centimètres (ce qui ne l'empêche pas de continuer à grandir ensuite): comme toute annuelle qui se respecte, la Sauvage vit dans l'urgence de la reproduction! En tout et pour tout, Borago officinalis est capable de fleurir 8 à 10 mois dans l'année...

La semaine des annuelles! Sauvages du Poitou
Ainsi, Borago officinalis disperse une multitude de graines, qui parviennent à maturité en des temps successifs et qui germent sans grandes difficultés. Si les conditions sont clémentes, la belle prend parfois des airs d'envahisseuse avec ses nouvelles pousses qui pointent autour du pied mère dès le mois de juin, et ce jusqu'aux premiers frimas de novembre. Le gel finit par nettoyer le terrain... Le reste des graines, ainsi que les pousses fraîches issues des derniers semis assurent le renouveau au printemps suivant (les jeunes rosettes de feuilles sont plus résistantes au froid; Borago officinalis est de ce point de vue parfois considérée comme une bisanuelle). Bref, une fois en place, la Bourrache quittera difficilement le terrain...

Borago officinalis, Bourrache officinale, Poiters quartier Chilvert
Fruits de la Bourrache (tetrakènes), Poitiers quartier Chilvert

Si vous achetez un sachet de graines pour l'introduire chez vous, il y a fort à parier que vous n'aurez plus jamais besoin de racheter d'autres semences! Et si la Sauvage prend un peu trop ses aises, pas d'inquiétude, ses pousses reste faciles à contrôler via un arrachage manuel.
 
Le peuple fourmi qui apprécie la teneur en huile des graines aide la Sauvage à se propager sur le territoire en trimbalant ses fruits jusque dans les fourmilières.

Borago officinalis, Bourrache officinale, Poiters bords de Clain

Inflorescences caractéristiques (cyme scorpioïde) de la Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain


Phacélie, Bourrache et Vipérine: les bars à nectar! Sauvags du Poitou


Borago officinalis est une plante mellifère de première classe, au même titre que la Phacélie (Phacelia tanacetifolia) et la Vipérine (Echium vulgare), deux autres membres du clan Boraginaceae) semées par les apiculteurs pour booster la production. Les abeilles en raffolent, et c'est leur faire un beau cadeau que d'entretenir quelques pieds au jardin.


Borago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain

Fleur de Bourrache officinale: 5 sépales, une corolle bleu intense à 5 lobes, 5 étamines en cône autour du pistil.


Borago officinalis est une célèbre comestible: elle a été (et est encore) cultivée pour ses feuilles, ses fleurs ou ses graines. Des études récentes révèlent pourtant la présence d'alcaloïdes hépatotoxiques (concentrés dans la feuille et les tiges) susceptibles d'augmenter les risques de tumeur au foie (de même que chez la Consoude). Certes, personne n'est jamais tombé raide mort en croquant la belle; n'empêche que la considérer comme un met inoffensif est discutable (disons qu'il faudrait aussi considérer qu'un verre de vin est complétement inoffensif). S'il n'y a pas de quoi la rayer définitivement des assiettes, il convient de ne pas faire de Borago officinalis un régime soutenu et régulier.


Borago officinalis, Bourrache officinale, Poiters bords de Clain

Feuilles hérissées de poils piquants de la Bourrache officinale: alternes, les supérieures sessiles et embrassantes (à gauche), les inférieures ovales et longuement pétiolées (à droite).


La Sauvage a pourtant été cultivée en tant que légume dans bon nombre de pays d'Europe (Espagne et Pays-bas par exemple), même si elle constitue rarement un plat principal; elle est généralement utilisée en accompagnement ou en assaisonnement dans les recettes. Crue, en salade (gare aux poils piquants!), Borago officinalis présente un léger goût iodé (certains diraient un goût d'huitre) inimitable.

- C’est la dernière fois que j’achète des fruits chez toi Tom! C’est ce que tu appelles frais? Il y avait plus de petites créatures poilues dans tes fruits qu’il n’y avait de fruit. Tu devrais ouvrir une boucherie, pas une épicerie.

(Arnaques, crimes et botanique, Guy Ritchie)

Ses feuilles peuvent ainsi agrémenter une omelette ou une soupe (gardez à l'esprit leur relative toxicité)... On peut aussi les faire frire en beignet, salés ou sucrés (en Grande Bretagne, on en fait d'excellent desserts au miel). Quant aux fleurs, inoffensives et comestibles (vous pouvez vous lâcher), elles sont très en vogue dans les restaurants où elles décorent agréablement les plats!


Borago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain

Colonie de Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain


Au fil de l'histoire, Borago officinalis s'est taillée une solide réputation de plante médicinale. Grecs et romains considéraient la Sauvage comme une source... De courage et de joie. Les fleurs de la plante, macérées dans du vin, étaient consommées pour se donner du baume au cœur avant la bataille, ou pour guérir les esprits mélancoliques. Certains auteurs rapprochent le nom Bourrache du celte barrach, «courage», peut-être parce que la Sauvage insufflait la bravoure à celui qui la mangeait ou la portait à sa boutonnière.


Borago officinalis, la brave! Sauvages du Poitou


Borago officinalis a aussi été utilisée en médecine populaire pour soigner et adoucir la toux (peut-être à cause de sa richesse en mucilage lorsqu'elle est cueillie fraîche), ou pour ses pouvoirs sudorifiques (pour d'autres, c'est là que se trouve l'origine de son nom: abû araqBourrache — signifiant «père de la sueur» en arabe).


En usage externe, la Sauvage est aujourd'hui proposée sous la forme d'une huile (onéreuse) tirée de ses graines, qui présenterait des vertus adoucissantes, assouplissantes et revitalisantes... Bref, une caresse et un véritable élixir de jouvence pour la peau!



Le petit monde de Borago officinalis


Est-ce parce qu'elle a l'air suspecte, mal rasée et un poil toxique que la Bourrache n'attire presque aucune chenille de papillon de jour? Allez savoir... Toutefois, nous avons dit «presque»: il arrive que notre sauvage régale la chenille du Petit Nacré (Issoria lathonia), même si elle est loin d'égaler les Violettes, largement préférées par le papillon. La Bourrache n'est ainsi pas souvent citée dans la littérature comme plante-hôte larvaire du Petit Nacré. En Provence, le fait est avéré mais il demeure rare («La vie des papillons» de Tristan Lafranchis, 2015). Dans l'ouest de la France, seules deux observations en 1897 et 1912 attestent cette «relation» entre Bourrache et Petit Nacré ! («La lettre de l'Atlas Entomologique Régional n°14», mars 2001).


Issoria lathonia, Petit Nacré, Chastreix (63), crédit photo: Springfield

Le Petit Nacré, ici sur une Centaurée (Centaurea sp), recto verso!




Pour aller plus loin:

- Identification assistée par ordinateur

-Borago officinalis sur Tela-botanica


Lecture recommandée:

- La bourrache, une étoile au jardin de Bernard Bertrand (éditions de Terran)


Borago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers Chilvert

Une Bourrache blanche? Peu courant, mais pas impossible... Quand on vous dit que la couleur est un critère d'identification peu fiable en botanique!

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Hellébore fétide, la psychiatre
Date 04/03/2016
Ico Haies & forêts
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Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Vouneuil-sous-Biard (86)

Hellébore fétide, Vouneuil-sous-Biard (86)


Helleborus foetidus (Hellébore fétide, Pied-de-griffon ou Herbe-à-pointes en poitevin saintongeais) appartient au vaste clan Ranunculaceae, dont les membres sont souvent réputés pour leur toxicité. La Sauvage fait honore au clan jusque dans son nom, puisque Helleborus vient du grec helein, «faire périr» et bora, «pâture» ou «nourriture»: elle est potentiellement mortelle pour l'homme. D'un autre côté, la «fétide» ne risque guère de tromper les gourmands, ses feuilles froissées dégageant une odeur peu amène.


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Vouneuil-sous-Biard (86)

Hellébore fétide, Poitiers quartier Bellejouanne


Helleborus foetidus est une vivace qui s'affiche en hiver, dans les forêts clairsemées, les lisières forestières, les haies... Bref, les sols riches en matière organique, plutôt secs, où percent un minimum de lumière. Au cœur des paysages dégarnis de la basse saison, la Sauvage attire inévitablement les regards; il faut dire que son allure excentrique et ses fleurs pendues comme des clochettes détonnent (ses fleurs en cloches sont un moyen de prémunir ses organes sexuels des dégâts que pourraient causer les chutes de neige).

L'hiver s'installe doucement dans la nuit,

La neige est reine à son tour.

Un royaume de solitude,

Ma place est là pour toujours...

(La Reine des neiges, Disney)

Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers Bellejouanne

Feuille composée pédalée et dentée de l'Hellébore fétide, Poitiers quartier Bellejouanne


Les fleurs d'Helleborus foetidus, observées à la loupe, affichent un ensemble peu conforme: la partie extérieure de la «clochette» est constituée en réalité de cinq sépales (bordés de rouge), c'est à dire de cinq petites feuilles particulières jouant un rôle de protection. Le reste de la fleur se trouve à l'intérieur, bien à l’abri.

La fleur présente cinq courts pétales en forme de «cornet», qui renferment tous un précieux nectar, autour d'une armée d'étamines (bien plus longues que les pétales). Chez les Sauvages, les pétales servent généralement à attirer les butineurs, de par leurs formes et leurs couleurs (rappelons au passage que lorsque les fleurs sont vertes pour l'homme, elles paraissent jaunes pour une abeille). Ceux d'Helleborus foetidus ne sont guère visibles vus du ciel; ils remplissent tout de même leur rôle d’appât, en se comportant comme de véritables cornes d'abondance!
Ah? Parce que vous comptez organiser un grand festin ici?
(Le grand chef, Henri Verneuil)

Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers Bellejouanne
Sous les sépales de l'Hellébore fétide, Poitiers quartier Bellejouanne

Si les fleurs vertes d'Helleborus foetidus étonnent plus qu'elles ne séduisent, celles-ci s'avèrent très mellifères. Sa présence hors saison est importante pour nombre d'insectes, la Sauvage étant visitée en premier lieu par des diptères (mouches, moucherons, syrphes, moustiques, taons...).

Helleborus foetidus ne fleurit qu'à partir de sa seconde année (le plus souvent lors de sa cinquième année). Elle ne refleurit ensuite qu'une seule année supplémentaire... Avant de se faner définitivement.

Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers Chilvert

Hellébore fétide: pas besoin de moon boots!


Les fruits qui pointent au cœur des sépales sont équipés d'une excroissance (élaïosome) dont raffolent les fourmis. Ces dernières emportent les graines jusque dans leur fourmilière (ou abandonnent leur fardeau en cours de route) pour en extraire la manne; la Sauvage profite du voyage pour propager ses rejetons sur le territoire.


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers bords de Boivre

Fruits (follicules) de l'Hellébore fétide, Poitiers bords de Boivre


En un temps où l'homme n'était guère à un empoisonnement près, Helleborus foetidus aurait été utilisé pour traiter les cas de démence (ainsi que dans certains rituels d'exorcisme)... Peut-être que certains d'entre vous se souviennent avoir récité un jour ces quelques vers:

Rien ne sert de courir; il faut partir à point:

Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.

«Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point

Sitôt que moi ce but. - Sitôt? Êtes-vous sage?

Repartit l'animal léger:

Ma commère, il vous faut purger

Avec quatre grains d'ellébore.

- Sage ou non, je parie encore.»

(Le Lièvre et la tortue, Jean de La Fontaine)

Le Lièvre utilise sans doute une expression en vogue à l'époque, «il vous faut purger avec quatre grains d'ellébore», invitant la tortue à soigner ses folles ambitions via une thérapie végétale lourde (avec quatre grains — ou quatre mesures — d'une telle potion, la tortue risque surtout de reposer d'un sommeil raisonnable et définitif!).

Helleborus foetidus, Sauvages du Poitou!

Même le génial Peyo y va de sa référence dans Les Schtroumpfs noirs, où le Grand Schtroumpf tente de guérir, à l'aide de la Sauvage, un mal mystérieux et contagieux qui rend fou les habitants de son village!


Le grand schtroumpf et l'hellebore! (Peyo, D.R.)

Les Schtroumpfs noirs (Peyo, 1963)


A vrai dire, il est difficile de savoir à quoi faisait référence nos ancêtres (et le Grand Schtroumpf) lorsqu'ils parlaient d'«Ellebore»: Helleborus foetidus (Hellébore fétide), Helleborus viridis (Hellébore vert), Helleborus niger (Hellébore noir, la célèbre Rose de Noël) ou même Veratrum album (Varaire, parfois surnommé Hellébore blanc)? Et quelle que soit la plante qu'ils récoltaient, il est encore plus difficile de comprendre en quoi la médication pouvait soulager la folie!


Helleborus niger, Rose de Noël, Bressuire (79)

Une autre Hellébore: la Rose de Noël, château de Bressuire (79)


Le voyageur et botaniste français Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) proposait une hypothèse malicieuse: les documents les plus anciens racontent que c'est autour de la ville d'Anticyre que les grecs récoltaient l’Hellébore pour soigner les mélancoliques (on dit aussi qu'un habitant de cette cité soigna Hercule de la démence grâce à la Sauvage). Pour Tournefort, la guérison ne venait peut être pas de la plante: la beauté enchanteresse d'Anticyre et la magnificence du paysage alentour suffisaient sans doute à influencer positivement les esprits qui s'y promenaient!

Si vous avez de la peine, si la vie est méchante avec vous, réfugiez-vous au cœur de la forêt, elle ne vous décevra jamais.

(Sissi, Ernst Marischka)

Si son usage médical périlleux est vite tombé aux oubliettes, Helleborus foetidus a longtemps conservé une aura de magie. Avec sa dégaine abracadabrante, la Sauvage a alimenté nombre de superstitions croustillantes: on la pendait dans les porcheries, les étables ou les bergeries pour éloigner les maladies, les serpents, les rats ou les crapauds (accusés de téter les chèvres!); on disait de la poudre confectionnée à partir de ses racines qu'elle pouvait rendre invisible le sorcier qui la piétinait... Mais gare aux apprentis mages: c'est dans les racines de la Sauvage que se concentre la plus grande dangerosité (70g de racine sèche suffisent à tuer un bœuf).


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers bords de Boivre

Hellébore fétide, une forestière qui apprécie la lumière.



Pour aller plus loin:

- Norb de Sauvages du Poitou raconte l'Hellébore fétide au micro de France Bleu Poitou

- Helleborus foetidus sur Tela-botanica

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