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Grande Consoude: la traumatologue

Date 29/09/2019
Ico Zone humide
Comms 2 commentaires

Symphytum officinale, Grande Consoude, Poitiers bords de Clain

Colonie de Grande Consoude, Poitiers bords de Clain


Symphytum officinale (Grande Consoude) appartient à la famille Boraginaceae, aux côtés de la Bourrache officinale (Borrago officinalis), de la Vipérine commune (Echium vulgare) ou des Myosotis. Les membres de ce clan présentent souvent des inflorescences caractéristiques en «queue de scorpion» (cyme scorpioïde) et sont souvent couverts de poils raides: les Boraginacées doivent leur nom au latin burra, la «burre», une étoffe en laine rêche et grossière qui habillait autrefois les moines. Ainsi, les feuilles et les tiges anguleuses de la Grande Consoude sont vêtues d'une moumoute de poils hérissés non piquants.


Symphytum officinale, Grande Consoude, Poitiers bords de Clain

Inflorescence en «queue de scorpion» de la Grande Consoude: des fleurs à 5 sépales et 5 pétales soudés en un tube.


La Grande Consoude est une vivace imposante (jusqu'à 120 centimètres de hauteur) qui s'installe de préférence dans les prés ou les boisements humides, à proximité de l'eau (rivières, étangs, marais...). Ses fleurs affichent des couleurs variées suivant les colonies (blanches, jaunes, roses, purpurines...). De plus, comme souvent chez les Boraginacées (voir notre article sur les Myosotis), la coloration des fleurs peut varier en fonction de leur maturité, indiquant aux insectes quelle corolle il convient de visiter en priorité.

Yo-ho, quel bonheur d’être un voleur! On vide les coffres et les pichets!

(Peter Pan, Walt Disney)

Les fleurs de la Grande Consoude présentent une caractéristique peu banale: les organes sexuels (pistil et étamines) bénéficient d'une double protection, celle du tube formé par les pétales, mais aussi celle de cinq écailles qui les recouvrent à l'intérieur de la corolle. Autant dire que cette forteresse met à mal certains butineurs invités par les couleurs et le parfum de la Sauvage (imperceptible pour l'homme). Les insectes munis d'une longue trompe tirent leur épingle du jeu, mais ce sont le plus souvent les bourdons qui profitent du trésor mellifère: ceux-ci peuvent forcer le passage, ou mieux, percer directement la base de la corolle grâce à leurs mandibules pour atteindre le précieux nectar.


Symphytum officinale, Grande Consoude, Poitiers bords de Boivre

A l'intérieur du coffre-fort des fleurs de la Grande Consoude, 5 écailles forment un cône protecteur autour des organes sexuels.


Sauvages du Poitou: au voleur!


Une fois la corolle fracturée depuis l’extérieur par les bourdons, d'autres insectes profitent de l'ouverture. C'est là un véritable braquage végétal, puisque la Grande Consoude est délestée de son butin sans que les insectes ne viennent se frotter à ses organes sexuels. La Grande Consoude n'est donc pas une bonne reproductrice sexuée, la faute au blindage interne de ses fleurs! Heureusement, elle compense par une capacité de reproduction végétative très efficace qui lui permet de coloniser rapidement les espaces propices (sol profond, riche et humide). Championne du bouturage, elle peut aisément repartir depuis le moindre fragment de racine.


Symphytum officinale, Grande Consoude, Beauvoir (86)

Bourdon fracturant la corolle de la Grande consoude par l’extérieur: au voleur!


De par sa biomasse imposante et sa vigueur, la Grande Consoude a été considérée comme une fourragère généreuse, apte à nourrir veau, vache, cochon, couvée... Autrefois, l'homme consommait parfois ses racines (pelées et cuites à l'eau) et surtout ses feuilles au goût légèrement iodé qui peuvent faire office de «filet de poisson végétal» (pané, testé et approuvé). Aujourd'hui, on considère qu'une consommation exagérée ou régulière de la Sauvage serait dangereuse pour l'homme, à cause de la présence d’alcaloïdes hépatotoxiques, particulièrement dans ses racines. La Grande Consoude rejoint donc la liste des aliments sympathiques-mais-dont-il-ne-faut-pas-abuser (quelque part entre les chips Springles et les fraises Tagada?).


Symphytum officinale, Grande Consoude, Poitiers bords de Boivre
Feuilles entières, lancéolées et rêches de la Grande Consoude: un filet de sole végétal qu'il ne faut pas confondre avec les feuilles douces et très toxiques des Digitales (Digitalis spp)!

Pour ces même raisons, l'usage médical de la Grande Consoude ne retient aujourd'hui que les applications externes, abandonnant les usages internes. La réputation cicatrisante, analgésiante et anti-inflammatoire de la Sauvage à traversé les siècles depuis l'Antiquité: elle était utilisée pour soigner les fractures, les entorses, les élongations, etc. La Consoude tire son nom du latin consolida: elle est celle qui consolide et répare les os brisés. Son nom scientifique, Symphytum, dérive du grec symphyô qui signifie «réunir», «souder».

La Consoude sur Sauvages du Poitou!

La Grande Consoude doit peut-être sa réputation à la présence d’allantoïne qui favorise et accélère la prolifération des cellules. Ce sont le plus souvent les racines qui étaient utilisées, en cataplasme après décoction; aujourd'hui, on la trouve commercialisée sous forme de baume ou de pommade pour soigner toute sorte de bobos, qu'ils soient bénins, grands, de Paris ou d'ailleurs.

Symphytum officinale, Grande Consoude, Poitiers bords de Boivre
Grande Consoude: des feuilles sessiles longuement décurrentes sur une tige anguleuse.

S'il est un endroit où les vertus de la Grande Consoude font l'unanimité, c'est encore au jardin. En plus que de proposer une floraison mellifère, spectaculaire chez certains cultivars ou espèces horticoles, la Sauvage permet de confectionner un purin magique pour le potager qui ferait passer la potion de Panoramix pour une simple tisane.

Les racines de la Grande Consoude s'enfoncent jusqu'à deux mètres de profondeur dans le sol, puisant des éléments minéraux inaccessibles à la plupart des herbacés. Emmagasinés dans son imposante biomasse, ces éléments peuvent être restitués en surface lors de la décomposition des feuilles. Ainsi, le purin de Consoude est un complément au célèbre purin d'Ortie, le premier apportant de la potasse et des éléments minéraux, le second de l'azote (à utiliser en alternance, dilués au 1/10 dans l'eau). L'un comme l'autre sont d'excellents engrais verts ou accélérateurs de compost.

Symphytum officinale, Grande Consoude, Poitiers bords de Boivre
Fruits lisses et brillants (tetrakènes) de la Grande Consoude.


Si la Grande Ortie manque rarement dans les jardins particuliers, la présence de la Grande Consoude est plus anecdotique. Il convient donc de l'importer si on veut la garder à portée de ciseaux. Il suffit pour l'inviter de prélever un morceau de tige et un bout de racine, puis de la replanter sur un sol profond. Mais en terrain propice, la belle peut se montrer envahissante et difficile à déloger une fois en place. C'est pourquoi on préfère généralement à la Grande Consoude des spécimens sélectionnés pour leur générosité, leur robustesse et leur stérilité (ils ne se ressèment pas). La variété la plus célèbre dans les potagers se nomme Bocking 14, un cultivar stérile de l'hybride fertile Symphytum x uplandicum, croisement entre Symphytum officinale, la Grande Consoude, et Symphytum asperum, la Consoude Hérissée... Dans la nature comme en horticulture, les métissages font lois!


Symphytum x uplandicum, Poitiers quartier Chilvert

Symphytum x uplandicum, un hybride qui se naturalise ici et là. Polymorphe, il mélange les caractéristiques de ses deux parents: feuilles peu décurrentes (feuilles longuement décurrentes chez l'Officinale / non décurrentes chez l'Hérissée), poils un peu piquants (non piquants chez l'Officinale / très piquants chez l'Hérissée).


Pour aller plus loin:

- Symphytum officinale sur Tela-botanica

- Symphytum officinale: identification assistée par ordinateur

- La Consoude est-elle toxique? sur le site passeportsante.net


Lecture recommandée:

- La Consoude, trésor du jardin de Bernard Bertrand (éditions de Terran)


Symphytum tuberosum, Consoude tubéreuse, Exireuil 79 (Puits d'Enfer)

Consoude tubéreuse (Symphytum tuberosum): une autre espèce indigène discrète (20 à 60 centimètres de hauteur) à la tige ronde et aux fleurs toujours jaunes claires. Sa répartition se limite à la moitié sud de la France.



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Mot-clefs de ce billet...
Boraginaceae comestible médicinale

Commentaires


Yves   03/10/2019 16:47:01
Bonjour Norb ! Concernant la couleur des fleurs de la Grande Consoude, peut-on dire qu'elle varie du blanc au pourpre en fonction de la maturité de la fleur (la couleur étant liée aux anthocyanes et au pH) ? Peut-on dire alors qu'une fleur blanche est toute jeune et une rouge à son apogée avec donc un maximum de nectar ?
Norb   03/10/2019 20:37:44
Bonjour Yves. Les Boraginacées sont effectivement coutumières de ce genre de variation de couleur en fonction de la maturité de la fleur. Mais la palette des possibles de la Grande Consoude est très variée: en fonction des colonies (ainsi qu'en fonction de la nature du sol j'imagine), on peut rencontrer des spécimens aux couleurs changeantes, ou strictement blanchâtres, jaunâtres, rouges ou bleues... On observe parfois un phénomène de ce genre, plus subtil, au bout des pétales: la plante adopte une coloration un peu plus vive au bout du tube de la corolle, comme pour inciter les butineurs à prendre la porte d'entrée, plutôt que de tenter un "braquage"!

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