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Actualité


Anémone sylvie: un printemps à la fois
Date 19/03/2017
Ico Sauvages des haies & forêts
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Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre


Anemone nemorosa (Anémone sylvie ou Anémone des bois) appartient au clan éclectique Ranunculaceae, dont la plupart des membres sont toxiques et recherchent la proximité de l'eau (rena est la «grenouille en latin). Anemone nemorosa n'échappe guère aux traditions familiales: sa consommation est proscrite pour l'homme comme pour les animaux, sa sève fraîche pouvant même provoquer des dermites de contact... On raconte que les habitants du Kamtschatka (Russie) badigeonnaient leurs flèches avec le suc extrait de ses racines pour les rendre mortelles!

Elle vit avec la forêt et mourra avec elle.

(Princesse Mononoké, Hayao Miyazaki)

Si l'Anémone des bois ne recherche pas à avoir les pieds dans l'eau, elle colonise les terres toujours fraiches des sous bois de feuillus. Rappelons au passage que le prénom Sylvie qu'on attribue à la Sauvage trouve ses origines dans le latin silva, la «forêt».


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre

Les fleurs de l'Anémone des bois bardées d'étamines, comme de coutume chez les renonculacées.


Forestière oblige, Anemone nemorosa programme sa floraison tôt dans l'année, dès le mois de mars: il s'agit de profiter des premiers rayons de soleil avant que le milieu ne se ferme avec le retour du feuillage des grands arbres. Histoire de ne pas perdre un photon, ses fleurs blanches suivent la course du soleil tout au long de la journée, un excellent moyen pour réfléchir la lumière et aguicher les premiers butineurs. Ces derniers ne sont d'ailleurs pas légions et la Sauvage doit se contenter de syrphes ou de minuscules coléoptères, d'autant plus que ses fleurs dénuées de nectar n'attirent guère les abeilles et les bourdons affamés au sortir de l'hiver.


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre

Par mauvais temps, les fleurs de l'Anémone des bois referment leur pétales (en fait des sépales «pétaloïdes») et se tournent vers le bas afin de protéger leur pollen. Notez le trio de folioles palmatisequées sous chaque fleur unique.


Anemone nemorosa est une vivace (elle peut vivre plus d'une dizaine d'année) qui boucle son spectacle en quelques mois: fleurs, tiges et feuilles disparaissent bien avant l'arrivée de l'été. Sous le couvert impénétrable des forêts, la Sauvage attend sous terre le retour de la lumière programmé au printemps suivant. Seule sa souche subsiste, et c'est d'ailleurs à partir de ses parties souterraines qu'Anemone nemorosa assure discrètement sa reproduction végétative, bien plus efficace que sa reproduction sexuée.


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre
Anémone des bois (en blanc) et Petite Pervenche (en bleu) au printemps, «copines comme cochons»!

A l'image de sa meilleure copine, la Petite Pervenche (Vinca minor), l'Anémone des bois est capable d'occuper d'imposantes parcelles. Ses colonies les plus importantes attestent de l'ancienneté de la forêt (sa souche traçante croît de 2 à 3 centimètres par an). Ses fleurs se déplacent au fur et à mesure de l'avancée de son rhizome, n'apparaissant pas au même endroit d'une année sur l'autre... Qui a dit que l'immobilité est une caractéristique du monde végétal?


Tous en forme avec l'Anémone des bois, Sauvages du Poitou!


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre

Colonie d'Anémone des bois dans les forêts au bord de la Boivre, Biard (86)


Plus près de l'eau, on peut parfois apercevoir aux alentours des colonies d'Anémones des bois une autre renonculacée, l'Isopyre faux-pigamon (Isopyrum thalictroides), qui fleurit à la même saison. Cette dernière risque fort de passer inaperçue avec ses petites fleurs blanches, regroupées en inflorescences lâches. Les feuilles trilobées de l'Isopyre faux-pigamon (à la manière des ancolies) ne peuvent être confondues avec les feuilles palmatiséquées (en 3 à 5 segments) de l'Anémone des bois. L'Isopyre faux-pigamon est une Sauvage à la silhouette délicate, peu commune en France (absente au nord et dans la région méditerranéenne), à côté de laquelle il serait dommage de passer d'un œil blasé par tant de blanc!

Isopyrum thalictroides, Isopyre faux-pigamon, Biard bords de Boivre
Isopyre faux-pigamon (au premier plan) et Anémone des bois (au second plan): deux sœurs vernales (printanières), locataires des forêts toujours fraîches (mais jamais engorgées).
Le bon bois a toujours des fourmis!
(Proverbe camerounais)

Les fruits de l'Anémone des bois sont de petits akènes poilus regroupés au bout d'une tige recourbée. Surplombés d'un appendice huileux (élaiosome), le fruits appâtent les fourmis qui entrainent les générations futures vers de nouveaux horizons et de nouvelles aventures forestières (myrmécochorie)!


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Dagneux (01)

Fruits de l'Anémone des bois, Dagneux (01)


Pour aller plus loin:

- Anemone nemorosa sur Tela-botanica

- Anemone nemorosa: identification assistée par ordinateur

- Isopyrum thalictroides sur Tela-botanica

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Drave de printemps: la prophétie des beaux jours
Date 09/03/2017
Ico Fugitives des murailles
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Draba verna, Drave de printemps, Poitiers Chilvert


Draba verna (Drave de printemps) appartient à la famille Brassicaceae (ex Crucifères), dont les membres présentent des fleurs à quatre pétales «en croix». En la croisant sur le trottoir, on pensera immédiatement à ses sœurs les plus urbaines: Cardamine hérissée (Cardamine hirsuta), Capselle bourse à Pasteur (Capsella bursa-pastoris) ou Arabette des dames (Arabidopsis thaliana)...

- À quand le printemps a votre avis?

- Je le prédis pour le 21 Mars.

- Ha ha, oui, ça serait chouette!

(Un Jour sans fin, Harold Ramis)

Hirondelle, Drave de printemps, Spring is coming!


Draba verna est aux vieux murs, aux pelouses rases et aux trottoirs ce que les hirondelles sont au ciel: l'annonciatrice du retour du printemps. Ses grappes de fleurs éphémère s'observe entre la fin de l'hiver et le mois d'avril. Mais cette prophète des beaux jours reste bien discrète et on risque fort de lui marcher dessus avant que de l'entendre: Draba verna est une des Sauvages les plus précoces de nos villes, mais aussi une des plus petites (une dizaine de centimètres pour les spécimens les plus costauds)!


Draba verna, Drave de printemps, Poitiers Chilvert

Une vie à ras les gravillons avec la Drave de printemps (Poitiers quartier Chilvert)!


Un examen superficiel pourrait laisser penser que les minuscules fleurs blanches de Draba verna affiche huit pétales. Il n'en est rien: la Sauvage fait honneur aux armoiries de son clan en brandissant quatre pétales seulement, mais si profondément échancrés qu'ils semblent doublés. Reste à attendre une éclaircie pour observer ses atouts, les fleurs ne s'ouvrant qu'en présence d'un ciel lumineux et sans nuages.


Draba verna, Drave de printemps, Poitiers Chilvert

Fruits ovales et fleurs de la Drave de Printemps: 4 pétales profondément échancrés, 6 étamines autour du pistil au centre.


Draba verna réserve souvent des surprises à ses observateurs. Polymorphe, la belle présente des variations (pilosité, taille des fleurs...) d'une localité à une autre, pouvant laisser croire aux botanistes les plus aguerris qu'ils viennent peut-être de dénicher le Saint Graal du macadam: une nouvelle espèce! Le piège est redoutable même sous les microscopes, certaines populations pouvant afficher leurs différences jusque dans le décompte de leurs chromosomes.


Draba verna, Drave de printemps, Poitiers Chilvert

Feuilles spatulées de la Drave de printemps en rosette (jamais de feuilles caulinaires).


Il faut dire que la Sauvage dispose de peu de temps pour tenter de se reproduire, l'univers minéral qu'elle fréquente devenant un enfer aride dès la fin de sa première saison. Annuelle trop précoce pour pouvoir compter sur les butineurs, Draba verna est une Sauvages autogame qui assure toute seule sa pollinisation en un temps record (la plante est capable de se féconder elle même). Ses parties aériennes disparaitront complètement avant l'arrivée de l'été.


La variabilité de ses populations repose plus sur d'éventuelles mutations que sur le brassage génétique entre individus, ce qui peut expliquer pourquoi ses populations semblent «fixer» localement leurs spécificités avec le temps, telles de nouvelles espèces (les mutations pertinentes vis-à-vis du milieu risquant moins de se diluer au fil des générations que dans le jeu des croisements).

La mutation, c’est la clé de notre évolution. C’est elle qui nous a mené de l’état de simple cellule à l’espèce dominante sur notre planète!

(X-Men, Bryan Singe)

Alexis Jordan, botaniste lyonnais du 19ème siècle, collectionna dans son jardin des spécimens de Draba verna issus d'horizons variés. Après 30 années de culture, il dénombrait pas moins de 200 groupes différents pouvant répondre à la définition d’espèce (des groupes d'individus interféconds entre eux et morphologiquement proche mais peu enclins à se reproduire avec les membres des autres groupes). Nul doute que la Sauvage n'a pas finit d'alimenter les débats universitaires et botaniques...


Mais plutôt que de couper les tiges en quatre, retenons que chaque plante est unique et mérite qu'on lui prête notre attention!


Chaque Sauvage est unique! Sauvages du Poitou


Draba verna, Drave de printemps, Poitiers Chilvert

Les fruits de la Drave de printemps, guère plus impressionnants que les capsules d'une mousse! Le vent se chargera de disperser les minuscules graines...


Malgré sa discrétion, Draba verna est bien présente sur les cinq continents habités. Nommée Whitlowgrass par les anglophpones à cause des adorables tapis formés par ses colonies (littéralement «la petite herbe blanche»), la Sauvage chante le printemps dans toutes les langues, tout autour du globe!


Pour aller plus loin:

- Draba verna: identification assistée par ordinateur

- Draba verna sur Tela-botanica

- La théorie de la mutation et les travaux d'Alexis Jordan par Hector Lebrun


Draba verna, Drave de printemps, Poitiers Chilvert

Drave de printemps, Poitiers quartier Chilvert

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Petite Pervenche, la madeleine de Rousseau
Date 27/02/2017
Ico Sauvages des haies & forêts
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Vinca minor, Petite Pervenche, Poitiers bords de Boivre

Le bleu intense de la Petite Pervenche, Biard (86) bords de Boivre


Vinca minor (Petite pervenche, Violette de serpent ou Feuilles-douces en poitevin-saintongeais) appartient au clan cosmopolite Apocynaceae, dont certains membres connaissent un franc succès dans les jardins et serres d'ornement: Laurier rose (Nerium oleander), Frangipaniers (Plumeria sp.) et autres Roses du désert (Adenium obesum)... La Petite Pervenche n'est pas en reste: le tapis de son feuillage persistant est un grand classique des massifs ombragés. Elle doit d'ailleurs son nom triomphant (Vinco est «vaincre» en latin) à ses feuilles toujours vertes, quelle que soit la saison.

La victoire appartient à celui qui y croit le plus et surtout le plus longtemps.

(Pearl Harbor, Michael Bay)

Vinca minor, Petite Pervenche, Poitiers bords de Boivre

Feuilles glabres, coriaces et luisantes de la Petite Pervenche.


Devant sa floraison printanière, un ami me confia un jour que la belle ressemblait plus à «une gentille fleur de grand-mère» qu'à une hors-la-loi du Grand Ouest. L'aura de tendresse de Vinca minor évoque pour beaucoup les jardins fleuris de l'enfance. Dans ses Confessions, Jean-Jacques Rousseau en fait même sa «madeleine de Proust» avant l'heure, la Sauvage lui évoquant le souvenir de ses toutes premières leçons de botanique prodiguées par Madame de Warens, sa tutrice:

"Trente ans se sont passés sans que j'aie revu de la Pervenche, ou que j'y aie fait attention. En 1764 (...), nous montions une petite montagne (...). Je commençais alors d'herboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons je pousse un cri de joie! Ah voilà de la pervenche! Et c'en étoit en effet."

La Pervenche de Rousseau, Sauvages du Poitou!


En milieu naturel, les colonies de notre «gentille» Sauvage peuvent marquer les lieux autrefois habités par l'homme: Vinca minor est une plante intéressante pour les archéologues en herbe (à l'image de la Mélisse officinale), indiquant à l'occasion l'emplacement d'anciens sites gaulois ou mérovingiens.


Vinca minor, Petite Pervenche, Biard bords de Boivre

Petite Pervenche, Biard (86) bords de Boivre


Il faut dire qu'une fois installée quelque part, Vinca minor peut subsister pendant des siècles: vivace très rustique, elle drageonne efficacement et ses longues tiges rampantes (jusqu'à 2m de longueur) marcottent naturellement. En milieu forestier, la Sauvage ne compte guère que sur la reproduction végétative, sa floraison restant timide et sa fructification rare (elle profitera de lumière dégagée lors des coupes de bois pour s'exprimer plus ostensiblement). Pourtant, sur les sols frais et riches en humus, ses feuilles coriaces peuvent former de vastes tapis en toute saison qui n'ont rien à envier à ceux du Lierre grimpant, c'est dire! Dans son Encyclopédie des plantes bio-indicatrices (vol. 3), Gérard Ducerf remarque:

"Elle peut subsister très longtemps, des années, des siècle, là où elle a été plantée, sans jamais devenir envahissante."

Loin de moi l'idée de contredire les travaux du botaniste, ni de traiter d'envahissante notre tendre fleur, mais force est de constater que la Sauvage peut coloniser à elle seule des zones très étendues! A vrai dire, la belle n'a rien d'une conquérante: ses faibles capacités de reproduction sexuée n'aident pas à la dispersion de ses colonies en sous bois et les jardiniers parviennent sans trop de peine à freiner ses ardeurs dans leurs massifs.


Vinca minor, Petite Pervenche, Biard bords de Boivre

Petite Pervenche à perte de vue! (Biard, 86)

Elle a les yeux bleus comme du canard WC.

(Les Beaux Gosses, Riad Sattouf)

On croise le plus souvent deux Pervenches très proches l'une de l'autre, la petite et la grande. Si la Petite Pervenche (Vinca minor) recherche la fraîcheur sous-bois, la Grande Pervenche (Vinca major) supporte d'avantage les terres sèches et les rayons du soleil. La Grande Pervenche présentent des fleurs et des feuilles un peu plus larges. C'est leur calice qui nous permettra de différencier les deux sœurs avec assurance: les sépales sont courts chez la Petite Pervenche, longs chez la Grande Pervenche.


Vinca minor et Vinca major, Petite et Grande Pervenche, Poitiers

Sépales courts pour la Petite Pervenche (au milieu), longs pour la Grande Pervenche (à droite)


Comme le Laurier rose (Nerium oleander), son cousin domestiqué, Vinca minor est toxique de par les alcaloïdes présents dans ses feuilles. La Sauvage, alors plus connue sous le nom de «Violette de sorciers», n'en fut pas moins recherchée par le passé: elle entrait dans la composition des philtres d'amour au Moyen-âge (la faute à ses longues tiges en lasso qui «attachent» les amoureux?), puis fut pendant longtemps prescrite dans le traitement des maladies pulmonaires. Entre des mains expertes, Vinca minor est utilisée de nos jours dans le traitement de troubles neurologiques, la vincamine extraite des ses feuilles permettant de favoriser l’oxygénation et l'afflux sanguin au cerveau.


Retenons enfin que la Petite Pervenche fut longtemps liée aux rites funéraires: les lianes de la «Violette des morts» (un autre de ses surnoms) couronnaient les défunts ou décoraient les tombes au Moyen-âge... Qui sait, la Sauvage exprimait peut-être déjà de tendres souvenirs, telle une boite de «madeleines de Rousseau» déposée sur la sépulture d'un être cher?


Pour aller plus loin:

- Identification assistée par ordinateur

- Vinca minor sur Tela-botanica

- Usage médical de la Petite Pervenche à travers l'histoire sur le blog Books of Dante


Vinca major, Grande Pervenche, Poitiers Bellejouanne

Grande Pervenche évadée d'un jardin, Poitiers quartier Bellejouanne

>Voir le billet et ses commentaires...
 


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