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Actualité


Grande Ortie: les papillons d'abord! (vanesses)
Date 17/01/2017
Ico Vagabondes des chemins & terrains vagues
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Urtica dioica, Grande Ortie, Poitiers gare

Grande Ortie: une compagne généreuse, fidèle et piquante!


Urtica dioica (Grande Ortie ou Ortige en poitevin-saintongeais) fait office de chef de clan chez les Urticaceae. Voilà probablement la Sauvage la plus emblématique des milieux habités par l'homme, une rudérale que tout le monde connaît intimement depuis l'enfance (ouch! Urtica est issu du latin urere, «brûler»). Nul besoin de revenir sur ses qualités gustatives, tant les meilleurs cuisiniers s'y sont déjà frottés, pour notre plus grand plaisir. Pour ma part, c'est encore en soupe, avec quelques pommes de terre, que je la préfère (vos recettes personnelles sont bien sûr les bienvenues, en commentaires de cet article).


L'usage médical populaire d'Urtica dioica reste un peu moins connu, mais il n'étonnera personne: la première médication de l'homme reste son alimentation, et une Sauvage riche en protéines et en fer comme l'Ortie a forcément retenu les attentions. Urtica dioica fut consommée pour ses vertus fortifiantes, régulatrices pour le transit, dépuratives, ou même aphrodisiaques (voir liens en bas d'article). Mais la Sauvage a aussi été utilisée à des fins bien plus exotiques, telle la flagellation des atouts masculins pour traiter l'impuissance (50 nuances de verts)!


Colonie de Grande Ortie, Poitiers bords de Boivre

Colonie de Grande Ortie, Poitiers bords de Boivre


Les fibres d'Urtica dioica ont été utilisées par l'homme dans la confection de cordages ou de vêtements (sacs, pulls ou même chaussettes). Une utilisation ancestrale, puisque la momie Ötzi retrouvée dans les glaces des Alpes italiennes en 1991 (surnommée «Hibernatus» en France) était équipée d'un fourreau à couteau en fibres d'orties (Hibernatus vivait probablement entre 3350 et 3100 avant Jésus Christ).

- L'hiberné a été identifié.

- Et bien tant mieux. Mais je ne vois pas en quoi cela peut me concerner...

- Vous connaissez la famille de l'hiberné... C'est une famille qui vous touche de près. De très près.

- De très près? Vous m'intriguez...

(Hibernatus, Edouard Molinar)

Enfin, le purin d'ortie (macération de feuilles dans de l'eau) est sans doute la plus célèbre des potions magiques des jardiniers, utilisée tantôt comme herbicide, tantôt comme répulsif à insectes ou comme engrais azoté (tout est une question de dosage). Bref, Urtica dioica est pour l'homme une Sauvage à tout faire, un couteau suisse végétal!


Urtica dioica, Grande Ortie, Poitiers bords de Boivre

Jeune pousse deviendra grande (Grande Ortie, jusqu'à 2m de hauteur à maturité), Poitiers bords de Boivre


Pourtant, Urtica dioica est souvent regardée comme une «mauvaise herbe»; une considération récente, car la Sauvage a été cultivée comme un légume jusqu'à la moitié du 20ème siècle. La faute à ses piquants ou à sa vigueur dans les milieux colonisés par l'homme? Urtica dioica est une vivace qui prend ses aises sur les sols déséquilibrés par l'activité humaine, riches en éléments organiques, en fer (du fumier et un vieux tas de ferraille sont un coin de paradis pour elle) ou saturés en nitrates (issus des pollutions et des amendements agricoles).


Capable de se propager rapidement via ses souches traçantes, Urtica dioica se ressème abondamment via ses fleurs mâles et femelles disposées sur des pieds différents (elle est dioïque) que le vent pollinise. C'est d'ailleurs le meilleur moyen de distinguer la Grande Ortie de l'Ortie brûlante (Urtica urens), une fausse jumelle plus petite (entre 20 et 60 cm seulement), annuelle, qui présente côte à côte sur un même pied fleurs mâles et fleurs femelles.


Urtica dioica, Grande Ortie, Poitiers bords de Clain

Savez-vous reconnaître Monsieur et Madame Grande Ortie? À gauche, les fleurs femelles, avec leur stigmate en «pinceau» et leur port retombant. À droite, les fleurs mâles avec leur port dressé à maturité.


Soyons honnêtes, il convient parfois de freiner les ardeurs de la Grande Ortie dans les zones anthropisées, ne serait-ce que pour encourager d'autres espèces de Sauvages moins compétitives. N'empêche qu'au jardin, la faute à la soupe et au purin, ses colonies sont toujours trop maigres pour celui qui sait l'apprécier à sa juste valeur! Et malgré sa nature débordante, elle possède un atout de taille pour la biodiversité...


Urtica dioica, Grande Ortie, Saint Aignan (41)

Caché à l'abri des hommes et des animaux, sur ou sous les feuilles de la Grande Ortie!


Urtica dioica est un véritable hôtel, ou une véritable pouponnière, pour un nombre ahurissant d’espèces. Ses colonies forment des «villes à insectes», abritant papillons, chenilles, coléoptères, mouches ou autres punaises (ainsi que tous leurs prédateurs)... A cause de son pouvoir urticant, Urtica dioica n'intéresse guère les ruminants, et constitue un refuge sûr. Sa richesse en azote offre les ressources qui permettent à ses convives de trouver les protéines nécessaires à leur croissance.


Si la présence trop banale de la Sauvage le long des routes ne vous réjouit plus, approchez vous d'un peu plus près pour (re)découvrir l'univers surprenant qui se cache sous ses feuilles. Difficile d'être exhaustif sur ce thème, mais profitions de l'occasion pour quitter le domaine de la botanique et laisser Olivier Pouvreau, notre lépidoptériste maison (c'est à lui que nous devons les encarts «Le petit monde de...» sur Sauvages du Poitou), guider la promenade en nous présentant quelques spécimens emblématiques qui rampent et volent autour de ce vert continent; l'occasion de rappeler que chaque Sauvage est une planète autour de laquelle gravite une myriade d'habitants!


Urtica dioica, printemps et été! Sauvages du Poitou


En France, les massifs d'Orties bien exposés au soleil peuvent servir de lieux de ponte à cinq espèces de papillons de jour, appartenant à un groupe appelé vanesses (Vanessa).


Avec sa tenue flamboyante, le Paon du jour (Aglais io) est sans doute le spécimen le plus remarquable de ce clan: ses ocelles rappellent les plumes du paon (d'où son nom) et peuvent dissuader les prédateurs de s'approcher. En effet, en ouvrant et en fermant rapidement ses ailes, le Paon du jour laisse paraître ses jolies taches comme quatre yeux menaçants! Cette espèce est commune, profitant d'une bonne adaptation tant à la campagne qu'à la ville, où elle butine les fleurs ornementales des jardins.


Aglais io, Paon du jour, Puy-de-Dôme (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Paon du jour butinant, tous ocelles dehors!


Le nom vernaculaire du Vulcain (Vanessa atalanta) résulte du dieu romain du feu, de la forge et des volcans: une allusion aux bandes flamboyantes de ses ailes rappelant le fer porté à incandescence par le forgeron. Il est la vanesse la plus commune en Poitou, facilement observable toute l'année, y compris lors des journées d'hiver les plus ensoleillées (lorsque la température atteint 15 degrés, ce qui arrive de plus en plus régulièrement, réchauffement climatique oblige).


Vanessa atalanta, Vulcain, Vienne (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Vulcain mâle surveillant son territoire... Gare aux autres mâles qui le franchiraient!


Le nom de cette curieuse espèce qu'est le Robert-le-Diable (Polygonia c-album) vient d'un personnage légendaire du Moyen âge, en raison de sa couleur feu et de la découpe de ses ailes. L'homochromie de son revers lui permet de ressembler à une feuille morte une fois posé, les ailes repliées. Ce camouflage a néanmoins ses limites: un «C» blanc visible aux ailes postérieures (qui lui a valu son nom latin et son autre nom vernaculaire, le Gamma, troisième lettre de l'alphabet grec) peut le trahir à qui sait observer... Robert le Diable n'est pas très exigeant quant à ses lieux de vol, ce qui le rend assez commun. Il peut aussi se révéler sans-gêne, n'hésitant pas à se servir du promeneur comme d'un reposoir!


Polygonia c-album, Robert-le-Diable, Vienne (crédits photos: Olivier Pouvreau)

De gauche à droite: Robert-le-diable en insolation au printemps, Robert-le-diable déguisé en feuille morte et Robert-le-diable apprivoisé!


La Carte géographique (Araschnia levana) est la plus petite des vanesses, jamais abondante mais néanmoins assez commune dans les stations humides où pousse l'Ortie (dans les mégaphorbiaies par exemple). Au 19ème siècle, son aire de répartition se limitait au quart nord-est de la France puis elle s'est accrue jusqu'à occuper presque tout le territoire au cours du 20ème siècle, ce qui constitue l'extension la plus spectaculaire (de surcroît inexpliquée) des espèces françaises de rhopalocères (terme scientifique désignant la majeure partie des papillons diurnes). La grande particularité de la Carte géographique est de présenter deux formes saisonnières très différentes dans l'année (l'espèce est dite «bivoltine», c'est-à-dire qu'elle produit deux générations par an): une forme orangée au printemps (forme dite levana) et une forme noire avec une bande blanche en été (forme dite prorsa). Linné lui même — Saint-Père des naturalistes — fut trompé par ce dimorphisme: il décrivait ces deux aspects comme relevant de deux espèces différentes... Amorçant un grand débat parmi les premiers lépidoptéristes!


Araschnia levana sur Urtica dioica, Vienne (crédits photos: Olivier Pouvreau et Sauvages du Poitou)

Robe de printemps (à gauche) et robe d'été (à droite) de la Carte géographique.


Quant au nom Carte géographique, il n'est pas issu du talent de l'espèce à la conquête territoriale; il est dû à l'entomologiste Engramelle qui décrivit en 1779 le dessin du revers des ailes du papillon comme «des chemins et des rivières sur un plan».


Araschnia levana, Carte géographique, Vienne (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Le revers façon «carte IGN» de la robe de la Carte géographique!


Autrefois répandue, la Petite tortue (Aglais urticae) s'est considérablement raréfiée en plaine (et donc dans le Poitou) depuis la grande sécheresse de 1976, mais d'autres causes sont avancées: réchauffement climatique, parasitoïdes... (Voir l'article de l'entomologiste Vincent Albouy sur ce sujet)

- Il y a longtemps qu’il est parti, Shérif?

- J’en sais rien... (...)

- Oh! Shérif! On l’a manqué de peu! Il faut qu’on signale ça à la radio!

- D’accord! Mais qu’est-ce qu’on signale?

(No Country for Old Men, Joel et Ethan Coen)

Aglais urticae, Petite Tortue, Lot (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Regardez-moi bien dans le blanc des yeux: comme je me fais rare dans les plaines de l'Ouest, si vous me trouvez, signalez-moi auprès de Sauvages du Poitou! (Petite Tortue)


En France, Urtica dioica est une plante-hôte larvaire de choix pour les cinq papillons précités. Elle est exclusive chez le Paon du jour, la Carte géographique et quasi-exclusive chez la Petite tortue (qui tire directement son nom latin, Aglais urticae, de celui de l'Ortie). De son côté, le Vulcain peut localement déposer ses œufs sur les Pariétaires (Parieteria sp, une autre Urticaceae). Le Robert-le-diable  quant à lui semble placer l'Ortie à son menu au même rang que le Houblon (Humulus lupulus) et diverses espèces d'Ormes (Ulmus sp).


Les femelles de vanesses ont l'habitude de pondre en petits tas de dizaines à plusieurs centaines d’œufs sur le revers des feuilles de leur plante préférée. Ces œufs possèdent tous des côtes marquées, autre caractéristique du groupe. Les pontes les plus étonnantes (et uniques chez les rhopalocères de France) sont probablement celles de la Carte géographique: elles ressemblent à des guirlandes de 6 à 20 œufs suspendus dans le vide (voir cette vidéo du naturaliste André Lequet)... Dame Nature étant toujours prévoyante, l’œuf situé au bout du chapelet éclot heureusement le premier!


Inachis io sur Urtica dioica, Saint Aignan (41)

Nid de soie et crottes des chenilles du Paon du jour


Les chenilles de Paon du jour, de la Petite tortue et de la Carte géographique vivent en colonies au sein de toiles de soie jusqu'à leur dernier stade de développement (4 ou 5 stades selon les espèces) durant lequel elles s'éparpillent pour se nymphoser. Celles du Robert le diable et du Vulcain sont solitaires. Toutes les chenilles de vanesses portent des épines (scolies) caractéristiques. Les nids les plus faciles à repérer sont probablement ceux du Paon du jour (c'est en tout cas ceux que l'équipe de Sauvages du Poitou ont le plus croisés), reconnaissables à la défoliation des Orties, aux résidus de toiles, aux mues des chenilles et à leurs nombreuses crottes.


Le vol des vanesses est typique, même de loin: rectiligne, puissant, nerveux, avec des séquences planées, les ailes bien à l'horizontale. La poursuite de deux mâles de Vulcains est spectaculaire (lorsqu'un mâle atteint le territoire d'un autre), mêlant planés, accélérations, brusques crochets, envolées «en chandelle»... On est loin du vol papillonnant, palpitant et quelque peu confus de bon nombre d'espèces de papillons.


Papillonner comme un papillon, vanesser comme une vanesse!


Les motifs des vanesses sont si remarquables qu'ils permettent facilement de les identifier. Le Paon du jour et le Vulcain sont reconnaissables au premier coup d’œil. Toutefois, l'identification peut se compliquer lorsque les vanesses sont observées les ailes fermées, leur dessous leur conférant un aspect cryptique de feuille morte; un camouflage bien utile car, mis à par la Carte géographique (et la majorité des papillons, qui passent l'hiver à l'état de chenille ou de chrysalide), les vanesses françaises hibernent durant 4 à 9 mois à l'état adulte, les ailes fermées pour passer inaperçues auprès des prédateurs (rongeurs, oiseaux…). Les imagos (papillons adultes) qui hibernent reprennent leur activité au début du printemps, dès février-mars dans nos régions.


Aglais io, Paon du jour, Vienne (crédit photo: Olivier Pouvreau)

Paon du jour en hibernation dans la cave d'Olivier. En frottant ses ailes antérieures sur les postérieures, le papillon produit un son grinçant et des ultrasons qui peuvent mettre en déroute les rongeurs, ses prédateurs!


Aussi, au retour de la belle saison (et même durant les journées douces d'hiver), près des piquantes colonies de la Grande Ortie (mais pas seulement bien sûr), si devant vous passent quatre splendides ailes à toute vitesse: vanesse!


Pour aller plus loin :

- Urtica dioica sur Tela-botanica

- Des idées recettes d'Ortie originales sur le blog Sauvagement bon

- Utilisation de l'Ortie à travers l'histoire sur le blog Books of Dante

- Détails sur l'utilisation de l'Ortie à des fins thérapeutiques sur le site Phytomania


Lectures recommandées:

- Les secrets de l'Ortie de Bernard Bertrand aux éditions de Terran, la bible de l'Ortie!

- Fleurs et insectes de Margot et Roland Spohn, éditions Delachaux et Niestlé


Urtica dioica par Pierre Bulliard (Flora Parisiensis, 1776)


Grande Ortie griffée d’après nature dans Flora Parisiensis de Pierre Bulliard (1776), une gravure dénichée parmi les ouvrages naturalistes conservés par le fonds ancien de la bibliothèque universitaires de Poitiers... Autant de trésors à retrouver dans les pages de Sauvages du Poitou à partir de février 2017, affaire à suivre!

>Voir le billet et ses commentaires...
 

En 2017, moins de pesticides, plus de Sauvages!
Date 05/01/2017
Ico Le laboratoire du Shérif
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Bonne année 2017 sans pesticides avec Sauvags du Poitou!


Cet début d'année 2017 est marqué par l'entrée en vigueur de l'interdiction de l’usage des produits phytosanitaires par l’État, les collectivités locales et établissements publics pour l’entretien des espaces verts, des chemins de promenades, des forêts, et des voiries (à l'exception des terrain de sport, des cimetières et de quelques zones de voiries sensibles). Autre changement du côté des particuliers: les pesticides ne pourront plus être mis à disposition dans les rayons «libre service» des jardineries... Tant mieux, même si les fongicides, herbicides et insecticides pourront toujours êtres vendus moyennant quelques mises en scène habiles (comptoir avec vendeur homologué, borne d'information vidéo, etc). Reste que les particuliers seront aussi rattrapés la loi interdisant le recours aux pesticides dans deux ans, au 1er janvier 2019.


A Chauvigny dans la Vienne (86), les Sauvages sont les bienvenues!

À l'entrée de la petite commune de Chauvigny dans la Vienne (86), on affiche fièrement son amour des Sauvages...


Heureusement, nombre de municipalités n'ont pas attendu janvier 2017 pour tendre la main aux fleurs, aux abeilles ou aux oiseaux. Que les armées gauloises réfractaires à la nature libérée et à ses hordes de ravageurs se rassurent: les communes pionnières du «zéro phyto» se portent bien et n'ont pas sombré face aux assauts conjoints des orties, des ronces et des pissenlits! Mais alors, comment défendre la pureté des pelouses anglaises et du macadam sans user de l'arme atomique?

Tu sens cette odeur? C'est le napalm fiston. Il n'y a rien d'autre au monde qui ait cette odeur-là. J'adore respirer l'odeur du napalm au petit matin...

(Apocalypse now, Francis Ford Coppola)

La palette des stratégies appliquées par les municipalités françaises est d'ores et déjà bien fournie. Finis les épandages généralisés, il s'agit maintenant de réfléchir au cas par cas, en fonction des milieux et des situations: c'est ce qu'on appelle la «gestion différenciée».


Les municipalités peuvent avoir recours ici et là à des produits qualifiés de «peu risqués» ou validés par l'agriculture biologique (pyrèthre, vinaigre...). Ces derniers sont autorisés, mais conservent localement et temporairement l'effet d'une bombe au napalm sur la flore et la petite faune associée (sans toutefois contaminer durablement les sols et les nappes phréatiques). À consommer avec modération, en gardant ce vieil adage à l'esprit: c'est la dose qui fait le poison (et non la couleur)!


C'est vert et c'est bio, mais ça peut aussi faire bobo!


Ailleurs, on peut traquer l'herbe folle armé d'outils tapageurs (tondeuses, rotofils, broyeurs, désherbeurs thermiques, etc). Les bonnes vielles méthodes des jardiniers du dimanche sont mises au goût du jour: binette pour les gaillards, couverts (paillage) pour les cagnards!

Les villes peuvent demander un coup de main à leurs habitants, à condition de les avoir formés auparavant... Sans quoi le quidam risque de puiser dans sa réserve personnelle de Roundup pour «nettoyer» le pas de sa porte (le cru 2016 étant particulièrement fourni après le grand déstockage des jardineries).

Une société c’est comme une montgolfière: pour qu’elle décolle, faut lâcher du lest de temps en temps...

(Les trois frère, Bernard Campan et Didier Bourdon)

Enfin et surtout, on peut laisser pousser (et/ou semer et planter) la vie là où c'est possible, pour la plus grande joie des butineurs. La ville se redessine, laissant bonne place à la flore: ici du macadam pour les voitures, là des fleurs pour les papillons. Entre les deux, les amoureux de nature que nous sommes!


Zéro pesticides dans nos villes et nos villages! Sauvages du Poitou

Les communes zéro phyto s'extirpe de la grisaille!


Le retour de la végétation en zone urbaine présente d’innombrables qualités (retour de la faune associée, régulation du climat, stabilisation des sols, évacuation des eaux, épuration... Voir notre article Sauvages de ma rue). Pourtant, la grande difficulté pour les collectivités reste le regard critique du citoyen (c'est à dire de l'électeur), qui a tendance à penser qu'une colonie de pissenlits au pied d'un mur n'a guère plus d'élégance et d'intérêt qu'un sac poubelle éventré. «Les Sauvages, c'est sale et ça attire les serpents» me confiait un ancien devant un bout de haie occupée par les ronces... Si seulement, des serpents, il n'y en a plus guère!


Legalize it! par Sauvages du Poitou


Il est urgent de raconter la nature, au delà des sempiternelle cases du nuisible et de l'utile. Un discours unique ne saurait exprimer la multiplicité et l'ampleur du vivant: c'est donc à chacun (collectivités, associations, nous tous...) d'y aller de sa voix afin de partager ses découvertes et ses connaissances en famille, entre amis, entre collègues ou entre voisins. C'est aussi ça la démarche zéro phyto: on cause un peu moins football, un peu plus pétales, un peu moins babioles, un peu plus bestioles!


Botanique party in Poitou!

À Poitiers, rencontrez les Sauvages lors des promenades botaniques gratuites animées par Yves Baron, Dominique Provost (Vienne nature) ou lors des sorties Sauvages de ma rue!


Pour 2017, je vous souhaite une année sans poisons ni empoisonneurs, pleine de nature, d'histoires et de rencontres... Puissions nous profiter du spectacle du vivant jusque sur le pas de notre porte!


Pour préparer le printemps 2017, les Sauvages sèment leurs dessins dans les boîtes aux lettres du Poitou: vous aussi, adoptez un Pissenlit!


En 2017, adoptez un Pissenlit avec Sauvages du Poitou!


En 2017, adoptez un Pissenlit avec Sauvages du Poitou!


Le fichier source du prospectus ci dessus (PDF format A3) peut être téléchargé via ce lien.


Revue de presse:

- Les prospectus de Sauvages du Poitou à l'honneur sur l'antenne de France Bleu Poitou


Pour poursuivre la lecture sur Sauvages du Poitou:

- Laisser pousser la mauvaise herbe, la poésie et l'imagination!

- Les 10 Sauvages communes qu'on ne désherbera plus au jardin


>Voir le billet et ses commentaires...
 

Un conte de Noël: Fragon, le petit balayeur
Date 21/12/2016
Ico Sauvages des haies & forêts
Comms 2 commentaires

Ruscus aculeatus, Fragon, Poitiers bords de Boivre


Ruscus aculeatus (Fragon ou Fregeon en poitevin-saintongeais) appartient à la famille Asparagaceae (ex Liliaceae) dans les classifications récentes. La Sauvage doit son nom de clan aux Asperges; difficile au premier coup d’œil de trouver un air de famille dans cet assemblage hétéroclite, où Fragon et Asperges côtoient les Agaves, les Scilles, les Jacinthes ou les Muscaris! À ce jour, la mise en ordre des anciennes Liliaceés ressemble à un jeu de chaises musicales sur fond de sables mouvants, et la partie est loin d'être terminée...

Je vais ranger la forêt...

(RRRrrrr!!!,  Alain Chabat)

Peu importe, le Fragon brille avant tout pour son originalité, et non pour ses ressemblances avec telle ou telle Sauvage. Mais si l'on devait lui trouver un faux frère dans le règne végétal, ce serait plutôt le Houx (Ilex aquifolium de la famille Aquifoliaceae). Si bien que Ruscus aculeatus est surnommé Petit Houx, et que son nom de Fragon dérive du bas latin frisco, l’appellation gauloise du Houx. Si le Houx est un petit arbre, le Fragon n'est qu'un sous-arbrisseau, forcément vivace, qui aime les sols ombragés et bien drainés des forêts de plaine et de montagne.


Ruscus aculeatus, Fragon, Poitiers bords de Boivre

Fragon, trop grand pour être une herbacée, trop petit pour être un arbuste: tel est le triste sort du sous-arbrisseau!


Mais on aurait tort de trop rapprocher Houx et Fragon; non parce que leurs feuilles persistantes ne se ressemblent pas (celles du Houx présentent des bords onduleux et épineux), mais surtout parce que le Fragon n'a pas de feuilles! Approchez Mesdames et Messieurs, le Fragon est un véritable phénomène de foire...

Le Fragon: un véritable phénomène de foire!

Les feuilles de Fragon n'est sont pas, elles sont en réalité des rameaux aplatis, nommés cladodes. On pourrait s'étonner d'une telle distinction, d'autant plus que les cladodes assurent bel et bien la photosynthèse... Mais lorsqu'on se penche vers la Sauvage pour chercher ses fleurs mâles ou femelles (disposées sur des pieds différents, le Fragon est dioïque), une drôle de surprise nous attend:

Ruscus aculeatus, Fragon, Poitiers bords de Boivre

Fleur verdâtre (3 pétales et 3 sépales) du Fragon, portée par un cladode, c'est à dire un rameau aplati tel une feuille.


Seuls des tiges ou des rameaux peuvent supporter des fleurs. CQFD: si les feuilles du Fragon portent les fleurs, c'est qu'elles ne sont pas des feuilles! Mais en botanique comme en magie, rien n'est jamais définitivement tranché: le Fragon a bien des feuilles, mais pas là où on s'attend à les trouver. La petite épine disposée au bout de chaque cladode est une feuille, si réduite qu'elle ne peut plus assurer ses fonctions chlorophylliennes (c'est souvent le cas chez les Asparagaceae). En quelque sorte, chez le Fragon, les feuilles sont des rameaux et les épines sont des feuilles!


Ruscus aculeatus, Fragon, Poitiers bords de Boivre

Les fruits du Fragon au cœur de l'hiver poitevin! (Poitiers bords de Boivre)


C'est au cœur de l'hiver que l'excentricité du Fragon est la plus manifeste: les baies rouges des pieds femelles suspendus aux cladodes donnent l'impression de léviter à quelques centimètres de la tige. Un œil peu averti les confondra peut être avec les fruits du Houx, et la branche terminera dans un salon à la veille de Noël, décorant le manteau de la cheminée.


Joyeux Noël avec Sauvages du Poitou!

Les Sauvages de mon jardin (Fragon, Lierre grimpant, Clématite vigne-blanche, Cotonéaster...) vous souhaitent un joyeux Noël!


Si le goût de la cueillette vous prend, soyez vigilant: le Fragon est un plante commune dans l'ouest (c'est le cas en Poitou) et le sud du pays, mais tend à se raréfier au centre, et surtout à l'est et au nord de la France. Le Fragon est même placé sous divers statuts de protection dans plusieurs régions et départements. Renseignez vous avant de lui soustraire quelques branches, il se pourrait que vous soyez tombé sur un trésor qui mérite la plus grande bienveillance.


Ruscus aculeatus, Fragon, Poitiers bords de Boivre

Fragon dans la force de l'âge: qui s'y frotte s'y qui pique! (Poitiers bords de Boivre)


Si votre territoire le permet, le prélèvement d'une poignée de rameaux (avec modération, la croissance du Fragon étant somme toute assez lente) peut vous permettre de fabriquer un balai de fortune, ou un hérisson de ramonage pour entretenir la cheminée. Le Fragon est d'ailleurs nommé Butcher’s broom («balai du boucher») outre manche (à balai): on pensait autrefois qu'en plus de servir d'ustensile de ménage, les parties aériennes de la Sauvage contenaient une huile essentielle capable de freiner la prolifération des bactéries. Idéal pour nettoyer le plan de travail d'un coupeur de steak! Mais peut-être préférerez vous simplement placer quelques tiges sur votre panier à provision, les épines tenant à l'écart les souris chatouilleuses.


Ruscus aculeatus, Fragon, un balai sauvage!

Mon fidèle balai de sorcier en Fragon et Noisetier, dont l'unique pouvoir connu à ce jour est de rassembler les feuilles mortes sur le pas de ma porte!


Les «feuilles» et fruits rouges du Fragon sont légèrement toxiques (certaines personnes consomment ses jeunes pousses ou «turions», cuites comme des asperges, mais je n'ai jamais tenté la recette). La Sauvage, et plus particulièrement son rhizome qui exhale une légère odeur de térébenthine, est utilisée en médecine populaire: réputée tonifiante pour le système veineux, elle est parfois prescrite en décoction pour traiter les jambes lourdes, les varices, les œdèmes, les hémorroïdes ou les engelures (voir liens en bas d'article)...

En revanche, les fruits du Fragon sont toujours bienvenues à la table des oiseaux. En croquant les baies, puis en rejetant les graines contenues dans leurs fientes, les volatiles permettent à la Sauvage de de disperser sur le territoire (endozoochorie).

Né phénomène de foire, tour à tour balayeur, ramoneur, guérisseur, et finalement voyageur à dos de crotte d'oiseau... La chronique des mille vies du Fragon, quelque part entre Charles Dickens et Paul Auster,  a surement de quoi égayer nos longues veillées d'hiver!

Pour aller plus loin:

- Ruscus aculeatus sur Tela-Botanica

- Un article du blog Books of Dante sur l'usage médicinal du Fragon Petit Houx à travers l'histoire

- Composition chimique et propriétés du Fragon sur le site Phytomania

>Voir le billet et ses commentaires...
 


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