Ico Cours de botanique joyeuse!
Ico Liste des Sauvages par noms
Ico Retrouver une Sauvage par l'image
Ico Villes, chemins & terrains vagues
Ico Prairies
Ico Haies & forêts
Ico Murs et rocailles
Ico Zone humide
Ico Grand banditisme (invasives)
Ico Bestioles
Ico Rencontres et billets d'humeur

Actualité


Insectes pollinisateurs (1): la Sauvage et le coléoptère
Date 06/11/2018
Ico Bestioles
Comms 2 commentaires

Souvenez-vous de notre petite leçon de botanique joyeuse consacrée aux fleurs. Il était question de sexualité et du rôle indispensable des insectes (ou du vent) dans la reproduction des Sauvages:


Etamine, pistil et pollen sur Sauvages du Poitou!


Cette nouvelle série d'articles vous propose d'explorer plus avant les mécanismes de la pollinisation mis en œuvre par les insectes. Laissons Olivier Pouvreau, le lépidoptériste de Sauvages du Poitou, nous conter quelques fables naturalistes, en commençant par celle de la Sauvage et du coléoptère...




Au cours de vos pérégrinations champêtres, il vous est sûrement arrivé de rencontrer une Cétoine dorée (Cetonia aurata), ce coléoptère aux reflets métalliques qui tient autant de l’insecte que du bijou. En vous approchant de la bestiole, accrochée à une Reine-des-prés (Filipendula ulmaria), vous l’avez peut-être vue brouter comme une vache les fleurs de la Sauvage, se remplissant la panse de pollen.


Cetonia aurata sur Filipendula ulmaria, crédit photo: Olivier Pouvreau

Cétoine dorée visitant une Reine-des-prés: la Reine et son joyau!


A première vue, on pourrait croire qu'en tordant ainsi les étamines et le pistil, cette Cétoine castre la plante. En réalité - c’est là un des arrangements géniaux que la nature a concocté - le coléoptère féconde la fleur tout en l'esquintant. En effet, au cours de son broutage, la Cétoine s'est couverte de grains de pollen qui se sont collés sur son corps. Alors, au passage, l'insecte en dépose une partie sur le pistil. Ce phénomène, non recherché par notre Cétoine, parfaitement aléatoire (tout comme le vent, un autre grand pollinisateur), fonde le principe de base de la pollinisation des plantes par les insectes floricoles. Mais celle-ci est plus ou moins efficace et varie selon les différents ordres d’insectes, comme nous le verrons au cours de cette série d'articles dédiés aux pollinisateurs à six pattes.

L'interlocuteur me semble, comment dirais-je... Un peu rustique, le genre agricole.

(Les Tontons flingueurs, Georges Lautner)

Revenons à notre Cétoine et à ses cousins coléoptères. Leur relation de pollinisation avec les fleurs se nomme cantharophilie et correspond, du point de vue de l‘évolution des insectes pollinisateurs, au stade le plus archaïque. Pourquoi? Parce que la plupart des coléoptères possède des pièces buccales de type broyeur, non des langues sophistiquées comme celles des mouches ou des abeilles, encore moins des trompes comme celles des papillons. Autant dire que du point de vue des techniques de prélèvement du nectar, les coléoptères ne font pas dans la dentelle.


La Sauvage et le coléoptère, Sauvages du Poitou!


Tropinota hirta, crédit photo: Olivier Pouvreau

Gros plan sur la bouche (appelée clypeus) de cette Cétoine hérissée (Tropinota hirta): un petit côté bec de canard, une ergonomie de brouteur plus appropriée à la tonte des étamines qu’à l’absorption du nectar.


Notre Cétoine, comme certains coléoptères, ne se nourrit pas de nectar mais de pollen. Les dégâts qu’elle cause aux fleurs ne concernent pas seulement les organes sexuels mais aussi les pétales et d’autres pièces florales, ce qui en fait une pollinisatrice bourrue. Il arrive même que les dégâts causés à la fleur ne soient pas compensés par l’acte de pollinisation; le risque est d'autant plus grand lorsque le coléoptère est glabre, le pollen s'agrippant difficilement sur les insectes non poilus.


Oxythyrea funesta sur Leucanthemum vulgare, crédit photo: Olivier Pouvreau

Duo de Draps mortuaires (Oxythyrea funesta) sur Marguerite commune (Leucanthemum vulgare). Ces cétoines n'ont pas ménagé le capitule de la fleur: étamines, pistils, pétales, tout y passe!


D’autres espèces, comme celles du genre des Cérambycidés (ou longicornes), plus distinguées, se nourrissent tant de pollen (qu’elles ramassent avec leurs mandibules) que de nectar (qu’elles lèchent avec les autres pièces buccales mieux adaptées). Quel est le secret de cette adaptation? Plutôt que d'avoir des mandibules perpendiculaires à l’axe du corps, les longicornes ont un cou et des mâchoires dirigées vers l’avant, dans le prolongement du corps, ce qui leur permet de siroter le nectar en profondeur dans la fleur.


Pseudovadonia livida, crédit photo: Olivier Pouvreau

Les fleurs sont aussi des lieux de rencontre: ici un couple de Pseudovadonies livides (Pseudovadonia livida) dont on note la forme des pièces buccales mieux adaptées au butinage que d'autres coléoptères.


Cerambyx scopolii, crédit photo: Olivier Pouvreau

Ici, un couple de Petits Capricornes (Cerambyx scopolii), des longicornes floricoles… et sans pudeur à table!


Les coléoptères apprécient avant tout les fleurs aux odeurs fortes et fruitées offrant des nectars très sucrés. Les Sauvages les plus visitées présentent des inflorescences larges regroupant des petites fleurs (Apiacées, Sureau, Sorbier…), mais également des fleurs isolées à large corolle (Rosacées, Renonculacées…). D’ailleurs, ne surnomme-t-on pas notre Cétoine dorée «Hanneton des roses»? Par leur planitude et leur ouverture, ces fleurs offrent des pistes d’atterrissage de premier choix, ainsi qu'un accès facilité au pollen et au divin breuvage.


Stenopterus rufus, crédit photo: Olivier Pouvreau

L'inflorescence plate de l'Achillée millefeuille (Achillea millefolium) en fait une Sauvage très courue par les coléoptères. Ce Sténoptère roux (Stenopterus rufus) ne s'y est pas trompé… et l’Achillée non plus : son pollen s'agglomère facilement dans les poils de l’insecte, ce qui lui permet d’être facilement transporté de pistil en pistil.

«Plus lourd que l’air, à peine dirigeable, têtu et ronchonnant, il arrive tout de même au but, avec ses ailes en chocolat.»

(Chapitre «Hanneton» dans «Histoires naturelles», Jules Renard)

Dans nos contrées tempérées, s’ils sont d’indéniables pollinisateurs, les coléoptères n’arrivent cependant pas à la patte des mouches, abeilles et autres papillons car ils sont nettement plus statiques qu’eux. Pourquoi dépenser de l’énergie de fleur en fleur alors que, protégés par leur carapace et leurs sécrétions répulsives, ils peuvent se la couler douce dans les corolles durant des heures? Bref, la cantharophilie, c’est un peu de la pollinisation peinarde: on choisit des fleurs faciles à butiner pour y faire bronzette. Pas étonnant que notre Cétoine soit aussi dorée!


La Sauvage et le coléoptère, Sauvages du Poitou!


Pour aller plus loin:

- La Cétoine dorée (Cetonia aurata) sur le site Quel est cet animal?

- La Cétoine hérissée (Tropinota hirta) sur le site Quel est cet animal?

- Le Drap mortuaire (Oxythyrea funesta) sur le site Quel est cet animal?

- Le Petit Capricorne (Cerambyx scopolii) sur le site Quel est cet animal?

- Le Sténoptère roux (Stenopterus rufus) sur le site Quel est cet animal?

- Les Coléoptères et les fleurs sur le site de l'Inra.

- Le suivi des insectes pollinisateurs avec SPIPOLL (sciences participatives)


Cryptocephalus spp, crédit photo: Olivier Pouvreau

Ces deux espèces de chrysomèles du genre Cryptocephalus passent leur temps en chaise longue sur cette renoncule, transformée en terrasse!

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Quelle fleur (jour) êtes-vous nés? (calendrier républicain)
Date 28/10/2018
Ico Rencontres et billets d'humeur
Comms 7 commentaires

Le 6 octobre 1793, au sortir de la Révolution française, le peuple français las de fêter les saints chrétiens et pressé de dessiner les contours de la République inaugure un nouveau calendrier, dit «républicain». Ce 6 octobre où Saint Bruno devait être célébré (le lendemain du jour rendant hommage à Sainte Fleur, il eût été dommage d'en faire l'impasse), le calendrier et le moine chartreux sont mis au placard alors que le soleil se lève sur le quinzième jour du mois de vendémiaire.


Le calendrier républicain des sauvages!


Vendémiaire est le premier des trois mois de l'automne dans le calendrier républicain, le mois du raisin des vendanges, qui sera suivit par les brouillards de brumaire puis les frissons de frimaire. L'année est alors découpée en douze mois de trente jours chacun et la part belle est faite à la nature: l'hiver traverse les mois de nivôse (la neige), pluviôse (la pluie) et ventôse (le vent). Le printemps se partage entre les mois de germinal (la germination), floréal (les fleurs) et prairial (les prairies). Finalement, l'été exprime l'aboutissement avec les mois de messidor (les moissons) thermidor (les chaleurs) et bien sûr fructidor (les fruits).


Une poésie naturaliste qui a de quoi réjouir les apprentis botanistes que nous sommes. D'autant plus que, cerise sur le gâteau (cerise est le nom du 19ème jour du mois de messidor), ce sont les fleurs qui remplacent les noms de saints du vieux calendrier grégorien. Ainsi, vendémiaire est le mois des Colchiques (4ème jour) ou de l'Amarante (8ème jour), brumaire celui de l’Héliotrope (6ème jour) ou de la Scorsonère (8ème jour), frimaire celui de la Chicorée (3ème jour) ou du Lierre (18ème jour)...


Calendrier républicain, automne (Sauvages du Poitou)
De haut en bas et de gauche à droite: Amarante couchée, Héliotrope d'Europe, Chicorée sauvage et Lierre grimpant.


L'hiver célèbre l'étrange Fragon (3ème jour de pluviôse), la mystérieuse Hellébore (11ème jour de pluviôse), les Lichens (17ème jour de pluviôse) ou le délicieux Mouron (18ème jour de ventôse).


Calendrier républicain, hiver (Sauvages du Poitou)

De haut en bas et de gauche à droite: Fragon, Hellébore fétide, Lichen (Usnea sp) et Mouron des oiseaux.


Le printemps, qui s'ouvre avec les bien nommées Primevères (1er jour de germinal) est une explosion de couleurs où se succèdent les vernales comme le Muguet (7ème jour de floréal) ou les Jacinthes (9ème jour de floréal). Suivent la merveilleuse Fritillaire (22ème jour de floréal) et la divine Angélique (4ème jour de prairial).


Calendrier républicain, printemps (Sauvages du Poitou)

De haut en bas et de gauche à droite: Primevère officinale, Jacinthe des bois, Fritillaire pintade et Angélique des bois.

Enfin, l'été accueille les fleurs des Véroniques (4ème jour de messidor), de la douce Guimauve (16ème jour de thermidor) et bien sûr une débauche de fruits comme la Noisette (22ème jour de fructidor) ou le Marron (29ème jour de fructidor).

Calendrier républicain, été (Sauvages du Poitou)
De haut en bas et de gauche à droite : Véronique de Perse, Guimauve officinale, Noisetier et Marronnier d'Inde.

Peut-être vous demandez-vous sous les auspices quelle fleur êtes vous nés? Ou quelle Sauvage partage avec votre prénom sa journée sur le calendrier? Il est possible de trouver la correspondance entre une date de notre calendrier en vigueur - le grégorien - et celle du calendrier républicain grâce aux calculatrices en ligne; j’utilise celle du site de Patrick Lecoq, un passionné de généalogie. Puis en consultant le rapport historique fait à la Convention nationale relatif au calendrier républicain, trouvez quel acteur du vivant - animal, minéral ou végétal - est célébré en cette journée particulière. Notez qu'on fête également ici et là les outils qui honorent le lien entre l'homme et la nature (serpette, plantoir, arrosoir, ruche...), et que six jours surnommés «les sans culottes» célèbrent la vertu, le génie, le travail, l'opinion (jour où chacun est invité à s'exprimer librement), la récompense (gratitude) et bien sûr la Révolution.


Ainsi et par exemple, le blog Sauvages du Poitou a vu le jour le 17 mars 2015. L'outil proposé par Patrick Lecoq nous indique une correspondance au 26ème jour de ventôse. Dans le calendrier républicain, on découvre que ce jour célèbre notre star des herbes folles, le roi Pissenlit. Ça vous étonne? A vous de partager votre date d'anniversaire fleurie en commentaire de cet article!


Quelle fleur (jour) êtes-vous nés? (Sauvages du Poitou)


Pour aller plus loin :

- Calendrier républicain, document d'archive : rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française.

- Calculatrice pour convertir les dates du calendrier Grégorien en dates du calendrier Républicain.

- Le Calendrier républicain en herbier sur le site Nivose floreal

- Le calendrier républicain sur Wikipedia

>Voir le billet et ses commentaires...
 


Infos blog

Sauvages du Poitou


MP  Mighty Productions
> Blogs
> Sauvages du Poitou
 
RSS       Mentions légales       Comms  Haut de la page