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Lycope d'Europe: loup y es-tu?
Date 01/10/2017
Ico Zone humide
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Lycopus europaeus, Lycope d'Europe, Bois de Saint Pierre (86)

Lycope d'Europe, Bois de Saint Pierre (86)


Lycopus europaeus (Lycope d'Europe ou  parfois Chanvre d'eau) appartient aux Lamiaceae, le clan des Sauvages à tige carrée et à fleurs en forme de bouche ouverte (voir notre article complet sur ce sujet), qui semblent avaler les butineurs qui les visitent. Pourtant, difficile de traiter le Lycope d'Europe de «grande gueule», tant ses fleurs se font discrètes (les abeilles ne la boudent pas pour autant). Ceux qui souhaitent profiter de son spectacle entre juillet et septembre n'oublieront pas de se munir d'une loupe!


Lycopus europaeus, Lycope d'Europe, Poitiers bords de Clain

Réunies à l’aisselle des feuilles, les minuscules corolles blanches ponctuées de rouge du Lycope d'Europe.

A toutes les unités, le loup est dans la bergerie. Le loup est dans la bergerie. Terminé.

(Taxi, Gérard Pirès)

Faute d'avoir une gueule de loup, il faut croire que le Lycope en a les pieds. Son nom vient du grec lycos, le loup, et podos, le pied, une référence à la forme de ses feuilles (Pied-de-loup est son nom en poitevin-saintongeais). La comparaison reste tirée par les poils... Les botanistes qui baptisèrent la Sauvage n'avaient probablement pas croisé un loup, ni relu le Petit Chaperon Rouge, depuis fort longtemps.


Lycopus europaeus, le Pied-de-loup! Sauvages du Poitou


Lycopus europaeus, Lycope d'Europe, Poitiers bords de Clain

Feuilles lancéolées et profondément dentées du Lycope d'Europe: Loup y es-tu?


Le Lycope d'Europe est une plante vivace qui colonise les zones humides, les bords des rivières les marécages... Peu exigeante quant à son exposition (même si elle semble préférer la lumière), la Sauvage s'attache avant tout à avoir les pieds dans ou près de l'eau. Ses souches rampantes assurent un développement efficace: ses colonies sont généralement bien fournies dans tout le pays, au cœur des aulnaies, des saulaies, des peupleraies ou des roselières.


Depuis le début du 20ème siècle, Le Lycope d'Europe a traversé l'océan (peut-être via cargo, voir notre article sur l'anthropocorie) pour s'installer, sans invitation et sans visa, en Amérique du Nord. Elle côtoie aujourd'hui les Lycopes «locaux» dans la région des Grands Lacs (Sud Canada et États-Unis). Cette expansion — somme toute modeste car récente — est surveillée de près. Ainsi, le Lycope d'Europe a rejoint outre-Atlantique le catalogue des plantes invasives au côté de la Salicaire (Lythrum salicaria) et du Populage des marais (Caltha palustris). Ainsi va la vie des grandes voyageuses: fleurs innocentes ici, terreurs là-bas... Et vice versa!


Lycopus europaeus, Lycope d'Europe, Poitiers bords de Clain

Le Lycope d'Europe, une Sauvage dite hélophyte: semi-aquatique, elle est heureuse les pieds dans l'eau, mais garde la tête et les feuilles au dessus de la surface.


Contrairement à la plupart des Lamiacées, le Lycope d'Europe ne présente aucune qualité aromatique. Malgré son absence de parfum, la Sauvage montre de fortes qualités médicinales: elle est fortement tannique et serait fébrifuge. Le Lycope d'Europe permet de traiter les problèmes d’hyperthyroïdie et les nodules thyroïdiens, mais son usage (et son dosage) requiert des mains savantes. Dès lors, on évitera de la consommer en salade, même si la Sauvage n'est pas une dangereuse toxique à proprement parler.


Lycopus europaeus, Lycope d'Europe, Poitiers bords de Boivre

Lycope d'Europe, Poitiers bords de Boivre

Quand on parle du loup, on en voit le masque.

(The Dark Knight Rises, Christopher Nolan)

C'est surtout en tant que plante tinctoriale que le Lycope d'Europe s'est taillé une «sombre» réputation: la Sauvage est une des rares sauvages capable de fournir un colorant noir. L'infusion de ses parties aériennes permettait autrefois de teindre les laines, voir la peau ou les cheveux. Outre manche, le Lycope d'Europe est d'ailleurs nommé Gypsywort (littéralement «l'herbe aux gitans»), peut-être à cause de l'usage qu'en faisaient les gitans, qui s'assombrissaient la peau pour feindre des origines mystérieuses et exotiques! Colorant pour les textile, maquillage, le Lycope d'Europe serait-il aussi capable de fournir de l'encre pour mes feutres?


Les procédés d'extraction de colorants naturels sont précis et complexes (il faudrait prendre en compte la période de récolte, la qualité de l'eau, rajouter d'autres ingrédients pour assurer le mordant et donner de la consistance, etc.). Malgré mon ignorance en la matière, difficile de résister à l'expérience, toute hasardeuse qu'elle soit... Une infusion de feuilles hachées de Pied-de-loup portée longuement à ébullition, une plume taillée à même un bambou, voilà qui devrait suffire à lancer un courant artistique prometteur. Après le classicisme, le romantisme, le surréalisme, entrons dans l'âge du Sauvagisme?


Lycopus europaeus, alias Pied-de-loup, une Sauvage tinctoriale!

Loup calligraphié à l'encre pâlichonne de Pied-de-loup!


Pour aller plus loin:

- Lycopus europaeus sur Tela-botanica

- Lycopus europaeus: identification assistée par ordinateur

- Pour les anglophones, une étude intéressante sur l'expansion des plantes invasives au sud du Québec.


Lycopus europaeus, Lycope d'Europe, Poitiers bords de Boivre

Les petites fleurs produisant rarement des pastèques, c'est à l'intérieur des calices persistants que l'on dénichera les petits fruits du Lycope d'Europe, rangés par quatre: une constante chez les Lamiaceae.

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Eupatoire à feuilles de chanvre: Legalize It?
Date 21/09/2017
Ico Zone humide
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 Araschnia levana sur Eupatorium cannabinum, Biard bords de Boivre

Eupatoire à feuilles de chanvre, un festival reggae pour les papillons! (Carte géographique, Araschnia levana)


Eupatorium cannabinum (Eupatoire à feuilles de chanvre) appartient aux Asteraceae, le vaste clan des Sauvages à capitules et à fruits plumeux, celui du roi Pissenlit et de la reine Pâquerette. Selon certains auteurs, c'est à un tout autre souverain que l'Eupatoire emprunterait son nom de genre: celui de Mithridate VI Eupator (132-63 av.J.-C.). La tentative d'assassinat étant une tradition familiale chez les Mithridate, le roi s'intéressait de près à l'herboristerie, ne serait-ce que pour ne pas finir empoisonné par son entourage. On raconte qu'il consommait régulièrement diverses substances toxiques, à petite dose, afin de développer une résistance à leur égard; bien sûr, Mithridate «le grand» s'intéressait aussi à leurs antidotes. Plusieurs Sauvages ont hérité du nom du roi botaniste, à l'image de notre Eupatoire à feuilles de chanvre, qu'on a considéré jadis comme un remède aux morsures de serpent.


La Pyrale du buis (Cydalima perspectalis) observe de près les petits capitules allongés (chacun composés d'une dizaine de fleurs au plus), réunis en corymbes ramifiés, de l'Eupatoire à feuilles de chanvre.


La Sauvage doit son nom d’espèce (cannabinum ou «chanvrine» en français) à ses feuilles composées (en 3 à 5 folioles pétiolulées) et dentées, qui évoquent un peu les feuilles du cannabis. A vrai dire, cette comparaison reste un poil suspecte... Voir stupéfiante!


Eupatorium cannabinum, Legalize it! Sauvages du Poitou


Faut-il le préciser: malgré son nom, l'Eupatoire à feuilles de chanvre ne gagne pas à être fumée. Ni mangée d'ailleurs: à cause de la présence d'alcaloïdes, elle serait légèrement toxique (c'est à dire à dire à très forte dose ou en cas de consommation régulière). Les animaux la boudent généralement, à l'exception des chèvres qui manquent rarement d’appétit quel que soit la salade.


Eupatorium cannabinum, Eupatoire à feuilles de chanvre, Poitiers bords de Boivre

Feuilles de l'Eupatoire à feuilles de chanvre: Legalize It?


L'Eupatoire à feuilles de chanvre est une vivace pionnière caractéristique des marais, des bords des fossés et des lisières forestières humides. C'est une des «signatures» des mégaphorbiaies: dessinant les frontières entre zone humide et forêt, les mégaphorbiaies sont des prairies inondables peuplées d'une végétation dense, haute, luxuriante et colorée. Des milieux où la biodiversité explose, et où les naturalistes aiment flâner bottes aux pieds et appareil photo en bandoulière (voir également notre article «Le bonheur est dans la prairie humide»).


Eupatorium cannabinum, Eupatoire à feuilles de chanvre, Poitiers bords de Boivre

L'Eupatoire à feuilles de chanvre à l'ombre des Frêne et des Aulnes, quelque part entre rivière et forêt: un coin de paradis pour les amoureux de nature!

On n'est pas là pour se faire engueuler on est là pour voir le défilé!

(Boris Vian)

L'Eupatoire à feuilles de chanvre participe très généreusement au grand festin des praires humides: bien que n'intéressant pas spécialement les abeilles, la Sauvage est un véritable aimant à papillons. Sa richesse en nectar, le rose de ses fleurs, les plateformes d’atterrissage de ses corymbes sont autant d'atouts aux yeux et aux antennes des rhopalocères. A la belle saison, n'hésitez pas à planter votre chaise à ses côtés: 14 juillet ou non, défilé et feux d'artifices colorés sont assurés tout l'été! Les plus chanceux inviteront directement la Sauvage dans leur jardin, pour peu qu'ils disposent d'un coin de terre riche et humide, et pourrons alors remiser leur télévision au placard.


Vanessa atalanta sur Eupatorium cannabinum, Buxerolles (86) Aglais io sur Eupatorium cannabinum, Biard bords de Boivre Pyronia tithonus sur Eupatorium cannabinum, Biard bords de Boivre

Vulcain (Vanessa atalanta), Paon du jour (Aglais io) et Amaryllis (Pyronia tithonus) défilent sur le boulevard Eupatoire à feuilles de chanvre!


Une croyance populaire veut que les cerfs blessés au combat de l'amour soignent leurs plaies en se frottant contre la Sauvage. Ainsi, l'Eupatoire à feuilles de chanvre serait cicatrisante en usage externe (feuilles fraiches). En usage interne, feuilles et racines (infusion, décoction, poudres...) seraient digestives (des études récentes tendent à montrer que son usage faciliterait effectivement la sécrétion de la bile), stimulante pour le système immunitaire, anti-inflammatoire... La Sauvage est aussi une plante tinctoriale, permettant d'obtenir un colorant, à mi-chemin entre le jaune et le vert clair (la coloration dépend de la période de récolte).


Une palette bien fournie sur laquelle se sont greffé au cours des siècles de nombreuses légendes: portée sur soi, l'Eupatoire à feuilles de chanvre est sensée booster notre potentiel de séduction. Ainsi, on conseillait aux femmes d'en glisser un brin sous leur jupe les soirs de bal... Et qui sait, faute de ramener un(e) prétendant(e) à la maison, la méthode reste peut-être un bon moyen de s'offrir la compagnie d'une bande de papillons!


Eupatoire à feuilles de chanvre, soyez la reine (le roi) du bal! Sauvages du Poitou


Pour aller plus loin:

- Eupatorium cannabinum sur Tela botanica

- Eupatorium cannabinum: identification assistée par ordinateur

- L'entomofaune de l'Eupatoire chanvrine par André Lopez, sur le site de Société d'Etude des Sciences Naturelles de Béziers (page 9)

- L'Eupatoire à feuilles de chanvre: utilisation médicinale à travers l'histoire sur le blog Books of Dante


Eupatorium cannabinum, Eupatoire à feuilles de chanvre, Poitiers bords de Clain

Les fruits de l'Eupatoire à feuilles de chanvre en automne, Poitiers bords de Clain

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (4): fleurs régulières
Date 07/09/2017
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Bouquet de fleurs sauvages régulières du Poitou!

Fleurs sauvages régulières (en tout point symétriques par rapport à leur centre)


Après la trilogie consacrée à l'étude du vocabulaire relatif aux feuilles en botanique, je vous propose de ressortir nos dictionnaires pour nous intéresser à la partie la plus solaire de nos Sauvages: la fleur. Si on devait définir cette dernière simplement, on pourrait dire:

Fleur: partie d'un végétal (souvent odorante et richement colorée) chargée de donner le sourire aux hommes et aux butineurs qui la contemplent.

Ce ne serait pas faux, mais incomplet. Pour que l'émerveillement soit total, il nous faut avancer plus loin... Ce qu'on appelle fleur renvoie à l'ensemble des organes de reproduction de la plante, ainsi que les diverses coquetteries qui les embellissent et les complètent.


Il faut se souvenir que tout ce qui est vert ne présente forcément de véritables fleurs (une fleur «vraie» est une fleur qui regroupe à la fois les organes de reproduction, mais aussi tous les accessoires sophistiqués — que nous allons énumérer dans cet article — qui les accompagnent). Les plantes à fleurs vraies (les angiospermes) sont apparues récemment dans la grande histoire de la vie, les premières remontant probablement au crétacé, il y a seulement une grosse centaine de millions d'années.


Bienvenue à Botanic Park avec Sauvages du Poitou!


Le plus souvent, les fleurs présentent à la fois des organes mâles et des organes femelles (lorsque c'est le cas, la fleur est dite «hermaphrodite»). Aussi, pour commencer notre exploration, emportons un couple de mots dans notre besace: Madame pistil et Monsieur étamine.


Le pistil est l'appareil reproducteur femelle de la fleur, les étamines en sont les organes mâles. La langue française n'étant pas à un traquenard près, notez que le pistil (femelle) est un nom masculin, alors que l'étamine (mâle) est un nom féminin. A ce point, deux voies s'offrent à vous: soit le simple souvenir de ce piège vous aide à retenir qui est qui, soit vous vous perdez définitivement! Reste à espérer que cette astuce orientera votre esprit dans la bonne direction...


Pistil et étamines, Sauvages du Poitou


Chaque fleur présente ses particularités, mais nous pouvons déjà imaginer une fleur «théorique», simple, comme la dessinerait un enfant :


La fleur théorique, Sauvages du Poitou

Pédoncule: petite tige ou «queue» qui porte la fleur ou l’inflorescence.

Réceptacle: sommet élargi du pédoncule sur lequel sont insérées les pièces florales.

Sépales: feuilles spécialisées qui supportent et protègent la fleur (l'ensemble des sépales est nommé calice).

Pétales: pièces chargées de protéger la fleur et surtout de la rendre attrayante pour les butineurs (l'ensemble des pétales est nommé corolle).

Retenez surtout deux points: les sépales sont des petites feuilles spécialisées (le plus souvent vertes) qui supportent et assurent un rôle de protection vis à vis du reste de la fleur, avant (et parfois même après) l'ouverture de celle ci.

Le rôle des sépales, Sauvages du Poitou

Les pétales sont aussi des feuilles spécialisées, aux formes variées et colorées. Leur rôle principal est d'attirer les insectes: chaque pétale est un panneau publicitaire à destination des butineurs!

Le rôle des pétales, Sauvages du Poitou!

Si l'on se penche d'un peu plus près sur ce puzzle, on observe d'autres pièces: les étamines (également appelées androcée, littéralement andros oikos «la maison de l'homme» en grec) sont composées d'une sorte de tige, appelée filet, au bout de laquelle se dresse l'anthère, un réservoir à pollen (le pollen est une sorte de véhicule dans lequel voyagent les spermatozoïdes, grâce au vent ou aux insectes).


Au centre de la fleur se trouvent un ou plusieurs carpelles. Chaque carpelle est une enveloppe foliaire qui protège un ovaire (contenant les ovules) surmonté d'un tube, le style. Ce dernier se termine en une extrémité visqueuse, le stigmate, chargé de capturer les grains de pollen qui lui passent sous le nez. C'est l'ensemble des carpelles qu'on appelle pistil (ou gynécée, littéralement gunè oikos, «la maison de la femme»). Résumons en image:


Psitil, carpelle et étamine, Sauvages du Poitou

L'ovaire peut être disposé au dessus des sépales et des pétales, auquel cas on dit qu'il est supère (et non pas super!): c'est par exemple le cas au potager pour les tomates, sur lesquelles on observe à maturité un fruit, issu de l'ovaire, placé au dessus des sépales. A l'inverse, un ovaire placé sous les sépales et les pétales est dit infère: c'est par exemple le cas sur les fleurs femelles des courgettes, où l'ovaire sous la fleur affiche une taille impressionnante (c'est lui qui grossira pour devenir une courgette après fécondation).


Ovaire supère et infère au potager, Sauvages du Poitou!

Elles sont belles mes tomates (ovaire supère), elles sont belles mes courgettes (ovaire infère)!


Il se peut que l'étude de ces mots savants vous procurent moins de plaisir qu'une promenade au grand air. Ce vocabulaire se révèle pourtant très utile lors de nos efforts d’identification sur le terrain: les mots vont nous aider à prêter attention a d'infimes détails (c'est peu de le dire, n'oubliez pas de vous munir d'une loupe), comme autant de signes indiens. En avant pour les travaux pratiques!


Vinca minor et Vinca major, Petite et Grande Pervenche, Poitiers


Petite pervenche (Vinca minor): la corolle présente cinq pétales tronqués au sommet, disposés au bout d'un «tube». Les cinq étamines et le pistil (tous très velus) sont difficiles à observer, car cachés à l'intérieur de la partie tubulaire de la corolle. C'est le calice qui va nous intéresser ici: les cinq sépales sont courts chez la Petite Pervenche (photo du centre), mais allongés chez la Grande Pervenche (Vinca major, photo de droite). Un élément qui va nous permettre (avec l'observation des feuilles) de distinguer l'une et l'autre.


Convolvulus arvensis, Liseron des champs, Poitiers Bellejouanne


Liseron des champs (Convolvulus arvensis): corolle composée d'une unique pièce en «entonnoir» (qui semble esquisser cinq pétales), cinq étamines soudées à la corolle entourent le pistil (constitué de deux carpelles soudés) au centre. Ces indices peuvent déjà nous mettre sur la piste du clan Convolvulaceae, dont les membres sont principalement des plantes grimpantes, des rampantes ou des lianes (Convolvere signifie «enrouler» en latin).


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers Bellejouanne


Hellébore fétide (Helleborus foetidus): cette Sauvage qui fleurit à la fin de l'hiver illustre bien le rôle protecteur des sépales. Ses grosses «clochettes» sont en réalité constituées de cinq sépales (bordés de rouge) chargés de protéger le reste de la fleur planquée à l'intérieur, bien à l'abri des intempéries et de la neige. Je vous l'accorde, ces sépales ressemblent fort à des pétales... On les qualifie pour cette raison de pétaloïdes! Les cinq véritables pétales se cachent sous les sépales. Ils ressemblent à des «cornets» et sont tous remplis d'un précieux nectar; les pétales ne sont guère visibles vus du ciel, mais ils remplissent leur rôle d’appât à butineurs en se comportant comme des cornes d'abondance. Le gynécée au centre est entouré par une armée d'étamines, bien plus longues que les pétales et disposées en spirale.


Hypericum perforatum, Millepertuis perforé, Poitiers Chilvert

Millepertuis perforé (Hypericum perforatum): cinq pétales à la symétrie imparfaite, denticulés d'un seul côté, ponctués de noir, trente à soixante étamines soudées entre elles par leur base entourent trois carpelles soudés entre eux (les trois styles divergent franchement). Ces signes (et d'autres, il convient toujours de croiser plusieurs éléments d'identification) nous mettent sur la piste du Millepertuis perforé, le seul parmi les nombreux Millepertuis à présenter de fortes qualités médicinales (anti-dépresseur).

Ornithogalum umbellatum, Ornithogale en ombelle, Poitiers brods de Boivre

Ornithogale en ombelle (Ornithogalum ombellatum): voilà un cas intriguant... Si vous observez les six pétales, blancs au dessus, verts «feuille» en dessous, vous serez bien en peine de dire s'il s'agit de pétales ou de sépales. Lorsque pétales et sépales sont indifférenciés, les botanistes ne tranchent pas, mais parlent plutôt... De tépales! Notez aussi les filets aplatis des six étamines libres (non soudées entre elles) qui entourent le pistil. Les Ornithogales empruntent leur nom à une expression grecque: ornithos est l'oiseau, gala le lait. Le lait d'oiseau étant chose fantastique, il désignait chez les grecs une chose rare et merveilleuse!

Colchicum autumnale, Colchique d'automne, Vouneuil sous Biard (86)

Les fleurs du Colchique d'automne (Colchicum autumnale) paraissent à la fin de l’été («Colchiques dans les prés, fleurissent, fleurissent, Colchiques dans les prés, c’est la fin de…»). Dépourvues de feuilles (feuilles et fruits sont visibles au printemps seulement), leurs fleurs reposent mollement au sol au bout d’une sorte de tige tubuleuse (la spathe). Elles aussi sont formées de six tépales: en fait trois pétales roses et trois sépales de même couleur et de même aspect. Six étamines, insérées sur deux niveaux différents, entourent trois styles aux stigmates recourbés en crochet. Une signature qui nous permettra de différencier Colchiques et Crocus, ces derniers affichant seulement trois étamines et un seul style.

Reste à digérer cette aventure en miniature avant d'aborder, dans un prochain article, quelques cas particuliers d'orfèvrerie végétale: les fleurs irrégulières (à la symétrie non radiale), les capitules et autres organisations spécifiques des inflorescences... En attendant, prenez votre temps et suivez les abeilles, elles connaissent forcément le chemin!

Suite des leçons de botanique consacrées aux fleurs sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (5): les fleurs irrégulières

- Le vocabulaire de la botanique (6): inflorescences et capitules

- Le vocabulaire de la botanique (7): Poacées, herbes, céréales, pelouses et gazons


Pour aller plus loin:

- La fleur sur Wikipedia

- La fleur sur Tela-botanica

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

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