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Lierre grimpant, l'irremplaçable
Date 18/02/2016
Ico Haies & forêts
Comms 4 commentaires

Hedera helix, Lierre grimpant, Poitiers bords de Clain

Lierre grimpant, Poitiers bords de Clain


Hedera helix (Lierre grimpant ou Herre en poitevin-saintongeais) appartient au clan Araliaceae. Si cette famille exotique compte 1300 espèces à travers le monde (essentiellement des arbres, des buissons et des lianes, dont le célèbre Ginseng), elle ne disposait jusqu’ici que d’une unique espèce indigène sur le sol français, mais pas des moindres : le Lierre grimpant. La classification récente lui accorde la compagnie de quelques Hydrocotyles, des plantes aquatiques ou semi-aquatiques.


Hedera vient du latin hedea, la «corde»; helix est la «spirale». Hedera helix évoque le lasso tournoyant des jeunes rameaux à la recherche d'un support à cramponner. Car il n'aura échappé à personne qu'Hedera helix est une liane grimpante. Pour certains, c'est une liane arbustive, pour d'autres, une liane arborescente. Alors, le Lierre grimpant: arbuste ou arbre? Le suspens repose sur les caractéristiques étonnantes du sauvageon... Difficile, à première vue, de le considérer comme un arbre: il est incapable de tenir debout tout seul. Et pourtant, Hedera helix  peut atteindre une hauteur de 30 mètres de haut. La durée de vie d'un seul pied peut dépasser le siècle! Dans les bois, notre regard admiratif se pose généralement sur les grands arbres centenaires, plutôt que sur le Lierre grimpant, omniprésent... Mais derrière un pied de Lierre se cache peut être un des grands doyens de la forêt.


Hedera helix, Sauvages du Poitou!


Ses tiges ligneuses peuvent épaissir jusqu'à 20cm de diamètre... C'est beaucoup et c'est peu, si  on considère la longueur potentielle du végétal (jusqu'à 30 mètres). Son bois blanc, dur et léger, fournit une ressource honorable en ébénisterie ou en vannerie.


Hedera helix, Lierre grimpant, Migné-Auxance (86)

Pied ligneux et épais du Lierre grimpant, Migné-Auxance (86)


Les hommes ont longtemps porté un regard accusateur sur le Sauvageon (de vieilles croyances erronées subsistent encore). Jadis, on pensait jadis le Lierre capable d'étouffer un arbre, jusqu'à ce que mort s'en suive. Aujourd'hui, on comprend mieux son rôle, et on comprend surtout qu'il est un des maillons indispensables à l'équilibre de nos campagnes et de nos forêts.

Pour commencer, le Lierre n'est pas un parasite. Si ses solides crampons s'agrippent aux arbres, ce n'est pas pour en sucer la moelle, mais simplement pour s'ériger vers la lumière.

Hedera helix, Lierre grimpant, Poitiers gare
Crampons du Lierre grimpant, Poitiers quartier gare

En recouvrant l'arbre, le Lierre grimpant assure à celui ci une protection thermique (les écarts thermiques peuvent mettre les troncs à rude épreuve). Mais surtout, son feuillage persistant abrite une faune riche et variée en toute saison. La biodiversité qu'il protège est profitable à tous: à commencer par les oiseaux qui y trouvent un garde-manger toujours rempli et qui assurent de par la même la régulation des populations parasitaires néfastes aux arbres.

Non seulement le Lierre grimpant ne nuit pas aux forêts qu'il envahit, mais celui ci pallie à la rudesse du milieu à la saison froide. On a vu que son feuillage assurait en tout temps un couvert précieux, au sol comme dans les airs. Cerise sur le gâteau, le sauvageon choisit de fleurir après tout le monde, vers la fin de l'automne. Ses fleurs pourvoient les dernières réserves de nourriture aux insectes pollinisateurs avant d'entrer dans le dur de l'hiver.

Hedera helix, Lierre grimpant, Poitiers bords de Cain
Fleurs en étoile à cinq pétales du Lierre grimpant, Poitiers bords de Clain


Si le Lierre grimpant est une bénédiction pour les campagnes et les forêts, c'est encore en ville que sa générosité s'exprime le mieux.

La protection thermique de son couvert fonctionne aussi sur les façades: son feuillage protège les murs de l'érosion des intempéries et régule les écarts de températures usants pour les revêtements (attention, il faut le contrôler près des toitures, car il est capable de soulever des tuiles!). Dans un même ordre d'idée, le Lierre grimpant verdit les vastes surfaces minérales de nos villes qui agissent comme autant de «réservoirs» à chaleur en été et qui sont la cause de micro climats caniculaires.


Hedera helix, Lierre grimpant, Rochefort (17)

Lierre grimpant, une explosion de vie au cœur des villes (Rochefort, 17)


Hedera helix est une Sauvage coriace, qui se contente de trois fois rien (elle a toutefois besoin de soleil et d'un sol riche pour fleurir). Son développement aisé sur terre ou en l'air, en tout lieu, crée des couloirs de circulation et d'échange pour la faune urbaine entre les diverses zones de nature (parcs, jardins, friches, etc.).


Enfin, le Lierre grimpant est une plante dépolluante, capable d’absorber dans l'air des éléments dangereux pour l'homme (comme le benzène des gaz d'échappement).

C’est comme si je ne pouvais pas respirer sans toi.

(Grey’s Anatom, Shonda Rhimes)

Parmi les nombreux butineurs qui comptent sur les fleurs tardives du Lierre grimpant, la Collète du lierre (Colletes hederae), une abeille solitaire qui porte le nom de sa plante favorite, en récolte le pollen pour garnir les loges souterraines qui accueilleront ses larves.


S'il est une caractéristique qui illustre la formidable capacité d'adaptation d'Hedera helix, c'est son feuillage aux mille visages. Le Lierre grimpant est une inépuisable source de divertissement pour celui qui cherche des formes inattendues. Souvenez-vous de notre série d'articles sur la reconnaissance des formes foliaires en botanique: plantez-vous devant un vieux pied de Lierre grimpant et vous aurez toute la matière nécessaire pour commencer un entrainement intensif!


Hedera helix, Lierre grimpant, Poitiers

Échantillon de la palette infiniment variée des feuilles du Lierre grimpant, Poitiers


On considère deux grands types de feuilles du Lierre grimpant (toutes les nuances intermédiaires sont possibles): les feuilles juvéniles, palmées (3 ou 5 lobes plus ou moins prononcés), et les feuilles des rameaux florifères, ovales et aiguës, voir lancéolées.


Les feuilles palmées optimisent la captation de lumière en zone ombragée: pour rappel, le Lierre grimpant a besoin pour fleurir d'une terre riche en matière organique (un sol de type forestier) et surtout d'un bonne dose de soleil (sans expositions aux photons, le pied reste stérile). Au sommet de son escalade, les feuilles lancéolées offrent une moindre prise au vent, et laissent passer la lumière vers les étages inférieures.

Laissons entrer le soleil, la terre vous dit : hello!

(Charlie et la Chocolaterie, Tim Burton)

Les fruits charnus (des drupes), d'abord verts, murissent en hiver et deviennent noirs; les oiseaux, en attendant le retour du printemps, s'en régalent. Les graines germeront au cour de l'été suivant, une fois tombée au sol.


Hedera helix, Lierre grimpant, Poitiers bords de Boivre

Fruits charnus (drupes) du Lierre grimpant à la fin de l'automne: les décorations de Noël sont déjà de sortie?


Chez Hedera helix, les fruits et les feuilles (dans une moindre mesure) sont toxiques. Ce n'est pas une des Sauvage les plus virulentes de la forêt; ses feuilles ont même été utilisées autrefois en tant que remède purgatif. À mois d'être un spécialiste en la matière, on s'abstiendra de consommer la Sauvage, sous quelle que forme que ce soit.


Lasiocampa quercus sur Hedera helix, Poitiers bords de Boivre

Toxique pour l'homme, le Lierre grimpant n'en reste pas moins une aubaine pour la chenille du Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus) au cœur de l'hiver !


Pour rendre un hommage en fanfare au merveilleux Lierre grimpant, et avant de lever le rideau sur une bien curieuse scène de théâtre, je vous propose une toute autre utilisation, garantie 100% inoffensive (à moins que le ridicule tue, mais au dernière nouvelle, ce n'était pas le cas)!


Le sifflet du shérif! (nunus)

Le sifflet du Shérif (ou nunu en poitevin saintongeais)!

Réunir le matériel suivant:

- Un morceau de branche de Noisetier (15 cm de long sur 1,5 cm de diamètre)

- 3 belles feuilles de Lierre grimpant

- Une étoile de shérif (ingrédient optionnel)

Fendre la branche de noisetier sur 4 cm dans le sens de la longueur. Insérer dans la fente 3 belles feuilles de Lierre grimpant superposées. A l'aide d'une lame tranchante, couper très proprement la partie des feuilles qui dépasse de la branche. Souffler de toutes ses forces! Si le sifflet ne produit aucun son, c'est que nos trois «anches» de Lierre grimpant ont été mal taillées; recommencer, et s'appliquer à une découpe nette et précise. Prêts pour une démonstration?



Le petit monde d'Hedera helix


Personnages:

Lierre grimpant centenaire (rôle tenu par Hedera helix).

Azuré des nerpruns femelle (rôle tenu par Celastrina argiolus).


La scène se déroule dans une haie, l'été, quelque part dans le Poitou.


Celastrina argiolus sur Hedera helix, Saint Benoît (86), crédit photo : Olivier Pouvreau


SCÈNE UNIQUE


LIERRE GRIMPANT

Madame, vous revoilà! Sommes-nous déjà en septembre?


AZURÉ DES NERPRUNS

Eh oui, comme toutes les fins d’été, au moment où vous allez fleurir, je viens vous rendre visite!


LIERRE GRIMPANT

Vous ne me manquiez pas!


AZURÉ DES NERPRUNS, ironique

Vous, si. Savez-vous que vous êtes à croquer, même si pour beaucoup, vous n'êtes qu'un infect poison?


LIERRE GRIMPANT

Ce sont vos flatteries qui sont infectes! Il se dit d'ailleurs que vous pondez sur des dizaines de plantes réparties sur quinze familles!


AZURÉ DES NERPRUNS

Dont vous...


LIERRE GRIMPANT

Trop souvent!


AZURÉ DES NERPRUNS

Mais je vous aime!


LIERRE GRIMPANT

Aimez les autres, faites tourner la liste, dispersez-vous, fichez-moi la paix!


AZURÉ DES NERPRUNS

Allons, raisonnons: vos fleurs et votre feuillage sont si luxuriants et mes larves si modestes que mes affaires à votre égard ressemblent davantage à des chatouilles qu'à de cruelles morsures.


LIERRE GRIMPANT
Diable, Madame, que me valent ces raisonnements puisqu'à la fin, c'est moi qu'on mange? Mais, que vois-je, coquine, voici que vous pondez sur mes boutons floraux!

AZURÉ DES NERPRUNS
C'est que je suis pressée! Nous autres, papillons, ne vivons pas des siècles comme vous mais une saison seulement. Alors pestez tant que vous voulez: quoi qu'il advienne, votre immobilité toute végétale vous obligera à souffrir ma descendance!

Elle s'envole.

Celastrina argiolus sur Hedera helix, Saint Benoît (86), crédit photo : Olivier Pouvreau
Azuré des nerpruns pondant sur Lierre grimpant, œuf sur bouton floral



Pour aller plus loin:

- Norb de Sauvages du Poitou raconte le Lierre grimpant au micro de France Bleu Poitou

- Hedera helix sur tela-botanica

- Hedera helix: identification assistée par ordinateur


Lecture recommandée:

- La Hulotte numéro 106 et 107, entièrement consacré au Lierre grimpant


Hedera helix, Lierre grimpant, Ile d'Aix (17)

Le Lierre grimpant, ou comment transformer un piquet de clôture en hôtel-restaurant 5 étoiles pour insectes et oiseaux!



>Voir le billet et ses commentaires...
 

Clématite vigne-blanche, l'Herbe aux gueux
Date 26/11/2015
Ico Haies & forêts
Comms 3 commentaires

Clematis vitalba, Clématite vigne-blanche, Poitiers bords de Boivre

Fruits (akènes) de la Clématite vigne-blanche, Poitiers bords de Boivre


Clematis vitalba (Clématite vigne-blanche ou Viouche en poitevin-saintongeais) est une liane appartenant aux Ranunculaceae, un vaste gang de Sauvages toxiques et bigarrées.


Clematis vient du grec klematis qui signifie «sarment», le rameau grimpant de la vigne dont notre Sauvage a l'allure. Vitalba est la fusion des mots latins vitis et alba, littéralement la «vigne blanche», un nom inspiré de la couleur de ses fleurs et de ses fruits.


Clematis vitalba, Clématite vigne-blanche, Poitiers gare

Fleur de Clématite vigne-blanche: 40 à 80 étamines libres! La fleur ne possède en réalité pas de pétales, mais 4 à 5 sépales blancs qui ressemblent à des pétales (pétaloïdes).


Clematis vitalba est une vivace vigoureuse qui aime la richesse des milieux de type forestiers. Elle apprécie également les excès d'azote des milieux urbains (pollution automobile). En ville, malgré ses airs d'envahisseuse, elle est un atout de taille pour la biodiversité: ses fleurs sont susceptibles d'abriter et de nourrir une faune variée: abeilles, bourdons, papillons...


Horisme vitalbata, Horisme rayé, Poitiers quartier Chilvert Eupithecia haworthiata, Eupithécie de la Clématite, Poitiers quartier Chilvert

L'Horisme rayé (Horisme vitalbata) et l'Eupithécie de la Clématite (Eupithecia haworthiata), parmi les nombreuses créatures fantastiques qui dépendent des Clématites, leur plante hôte.


Ses feuilles composées imparipennées affichent des folioles très polymorphes: généralement ovales, lancéolées, un peu en forme de cœur (cordées) à leur base, tantôt entières, crénelées ou dentées... Une palette de formes bien fournie!


Clematis vitalba, Clématite vigne-blanche, Poitiers quartier gare

Feuilles composées de la Clématite vigne-blanche


Ses fruits plumeux (des akènes surnommés «les cheveux de vierge») restent accrochés longtemps, jusqu'au cœur de l'hiver (alors même que la Sauvage a perdu ses feuilles), comme autant de boules argentées qui attendent d'être dispersés par le vent.


Clematis vitalba, Clématite vigne-blanche, Poitiers bords de Clain

Soleil d'hiver sur les fruits de la Clématite vigne-blanche,

Poitiers bords de Clain


Clématite vigne blanche, Sauvages du Poitou!


Les tiges de Clematis vitalba s'épaississent et se lignifient en vieillissant, formant des lianes enchevêtrées, suffisamment épaisses pour supporter le poids d'un enfant! Une aubaine pour les apprentis Tarzans, ou pour les vanniers qui ont parfois utilisée la Sauvage dans la confection de leurs ouvrages.


Clematis vitalba, Clématite vigne-blanche, Poitiers gare  Clématite vigne-blanche, Dagneux (01)

Liane épaisse de la Clématite vigne-blanche


Les lianes s'appuient sur d'autres végétaux, généralement les arbres, pour grimper jusqu'à la lumière. Pour ce faire, elles doivent combiner longueur (il faut être capable d'atteindre la canopée, aussi haute soit elle), souplesse et surtout légèreté, sans quoi elles risqueraient de s'effondrer sous leur propre gigantisme. Les tiges de Clematis vitalba, loin d'être pleines, sont naturellement percées de trous (visibles à l’œil nu): c'est toujours ça de moins à porter.


Clematis vitalba, Clématite vigne-blanche, Poitiers gare  Clématite vigne-blanche, Poitiers

Tiges poreuses de la Clématite vigne-blanche: le secret de la légèreté?


Clematis vitalba est toxique; un contact cutané avec sa sève est irritant. Autrefois, les mendiants se massaient la peau avec ses feuilles fraiches pour s'infliger des plaies et susciter la pitié des passants. Un marketing masochiste qui va valu à la Sauvage le sobriquet d'«Herbe aux gueux».


Clematis vitalba, Clématite vigne-blanche, Poitiers gare  Clématite vigne-blanche, Poitiers quartier gare

Clématite vigne-blanche, Poitiers quartier gare


On raconte également que les garnements d'antan se frottaient les feuilles de la Sauvage dans les narines: le saignement qui s'en suivait permettant d'obtenir une excuse pour ne pas se rendre à l'école! Les coquins en profitaient pour courir la campagne, et peut être pour fumer une cigarette sauvage faite d'un bout de liane poreuse de Clematis vitalba... Une bien mauvaise idée! Car aux effets toxiques de la fumée se rajoute le risque d'ulcération des lèvres ou de la bouche.

«La Clématite sauvage sèche, qu'on appelait la Viouche, était plus facile à fumer. On trouvait cette plante aux longues ramifications dans les haies ou le long des vieux murs humides. On en coupait des tiges bien sèches de cinq à dix centimètres qu'on allumait à un bout. Les bâtonnets ainsi confectionnés sont parcourus de long canaux longitudinaux au travers desquels on pouvait aspirer l'air par un bout et entretenir, de cette manière, la braise conique coiffant l'autre extrémité de ces cigarettes rustiques. La fumée avait une saveur piquante et, après quelques tirées, la langue était soumise à une insupportable irritation si bien qu'il était rare de consommer jusqu'au bout une tige de Viouche incandescente.»


(extrait de Pique-Boche, jeune Poitevin des années noires de Jean Daniau, éditions Cheminements)

Clématite vigne blanche, Sauvages du Poitou!



Pour aller plus loin:

- Norb raconte la Clématite vigne-blanche au micro de France Bleu Poitou

- Clematis vitalba sur Tela-botanica

- Identification assistée par ordinateur


Clematis flammula, Clématite flamme, Poitiers quartier gare

La Clématite flamme (Clématis flammula) est une autre liane, aux feuilles non dentées, bipennées, et aux fleurs parfumées. Sa répartition est essentiellement méditerranéenne; croisée ici à la gare de Poitiers, les fruits volants de la Sauvage auront peut-être profité d'un train pour faire le voyage!

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Liseron des champs, le serial étrangleur
Date 21/06/2015
Ico Villes, chemins & terrains vagues
Comms 2 commentaires

Convolvulus arvensis, Liseron des champs, Couhé (86)

Liseron des champs, David et Goliath? (Couhé, 86)


Convolvulus arvensis (Liseron des champs ou Veuriée en poitevin-saintongeais) appartient au clan Convolvulaceae, dont les membres sont principalement des plantes grimpantes, des rampantes ou des lianes. Convolvere en latin signifie «enrouler»; une discipline dans laquelle le Liseron est un champion!


Le Sauvageon s'enroule autour des végétaux alentours (ou tout autre support) pour s'élever vers la lumière. La tige du Liseron tournoie  — cherchant quelque chose à agripper  — à une vitesse ahurissante pour un végétal: à pleine croissance, le lasso décrit une rotation complète (dans le sens inverse des aiguilles d'une montre) en 1h 30!

Je voudrais te serrer encore et encore, jusqu’à ne plus savoir si je suis toi ou moi.

(Wild Child, Nick Moore)

Convolvulus arvensis, Liseron des champs, Buxerolles (86)

Feuilles du Liseron des champs: alternes, entières, sagittées ou hastées.


Sa réputation d'étrangleuse de végétaux est peut-être la raison pour laquelle le Liseron des champs a rejoint les limaces dans le hit-parade des mal-aimés au jardin. Ça et le fait que les jardiniers qui lui déclarent la guerre se sentent vite démunis face à sa ténacité... le Liseron des champs est une vivace infatigable, capable de ressusciter à partir du moindre fragment de son rhizome profondément enfoui: le travail du sol à la bêche ou au motoculteur dissémine ses parties souterraines, la multipliant.


Convolvulus arvensis, Liseron des champs, Poitiers bords de Boivre

Coucou végétal, le Liseron des champs adore planter ses fleurs dans des nids qui ne lui appartiennent pas ! (ici sur Daucus carota)


L'homme a dépensé beaucoup d'énergie dans l'invention d'herbicides anti-liserons. Il faut dire que le Sauvageon en a sous la feuille: ses semences, protégées par une épaisse enveloppe, peuvent patienter dans le sol terrestre une cinquantaine d'années avant de germer. Exposées à des doses d'UV plusieurs millions de fois supérieures à celles qui permettent de stériliser l'eau, ses graines sont les seules à conserver leur aptitude a germer! (voir Garance voyageuse n°119). A tel point que la situation commence à se retourner, certaines personnes avisées envisagent d'utiliser le Liseron des champs pour dépolluer des sols contaminés par les métaux lourds et les hydrocarbures (phytoremédiation).


Convolvulus arvensis, Sauvages du Poitou!


Convolvulus arvensis, Liseron des champs, Poitiers Bellejouanne

Fleurs du Liseron des champscorolle composée d'une unique pièce en «entonnoir» (qui semble esquisser cinq pétales), 5 étamines soudées à la corolle entourent 2 carpelles soudés.


Car il se trouve que le Liseron des champs est loin d'être une malédiction. A commencer par ses fleurs mellifères qui savent attendrir même le plus fâché des jardiniers, et dont raffolent les syrphes, gros prédateurs du puceron.


Emmelina monodactyla, Ptérophore du liseron, Poitiers Chilvert

Un Ptérophore commun (Emmelina monodactyla) se pose sur ma feuille à dessin... Ses chenilles boulotent divers Liserons (Convolvulus sp, Calystegia sp, Ipomoea sp), je connais des jardiniers qui ne s'en plaindront pas!


Grâce à ses racines, le Liseron des champs préserve certains types de champignons (les mycorhizes, indispensables à la vie des sols) des terres labourées puis laissées à nue pendant l'hiver. Ses partie souterraines traversent les sols compactés, engorgés d'azote et de fumure (au point d'en devenir indigestes), jusqu'à la couche rocheuse d'où elles remontent les bons oligo-éléments en surface (lorsqu'on l'arrache, on peut utiliser les parties aériennes séchées de la plante pour nourrir le sol). Les jardiniers qui ne ratent jamais une occasion de dire du mal de la Hors-la-loi racontent d'ailleurs que sa racine descend jusqu'aux enfers!


Convolvulus arvensis, Liseron des champs, Poitiers Bellejouanne

Liseron des champs, Poitiers quartier Bellejouanne


Convolvulus arvensis est impropre à la consommation, car fortement laxative; les parties aériennes, en infusion, peuvent d'ailleurs être utilisées comme purgatif (pour activer un transit intestinal bloqué)... Comme quoi, le Liseron a l’art de décoincer les situations stagnantes et pathogènes, pour le sol comme pour l’homme !

Je crois que tu es constipé dans ton cerveau à la con... Ouais. À mon avis t’as un méchant caca bien épais qui t’obstrue l’âme, qui fait bouchon dans ta tête.
(Une arnaque presque parfaite, Rian Johnson)

Calystegia sepium, Liseron des haies, Poitiers bords de Boivre

Fleurs blanches et immaculées du Liseron des haies (Convolvulus sepium), un autre Liseron, qui préfère les sols frais et humides. On le distingue du Liseron des champs de par sa grande taille, et de par les deux bractées lancéolées qui recouvrent le calice à la base des fleurs (absentes chez le Liseron des champs).


Convolvulus soldanella, Liseron des dunes, La Tranche sur Mer (85)

Carte postale de vacances avec le Liseron des dunes (Convolvulus soldanella), une belle Sauvage aux feuilles réniformes et charnues, locataire des sables maritimes de la Manche, de l'Océan et de la Méditerranée.


Pour aller plus loin:

- Convolvulus arvensis sur Tela-botanica

- Convolvulus arvensis: identification assistée par ordinateur

- Convolvulus sepium sur Tela-botanica

- Convolvulus sepium: identification assistée par ordinateur

- Convolvulus soldanella sur Tela-botanica


La méthode anti-Liseron des champs au jardin!

Pour se débarrasser définitivement du Liseron au jardin, priver la Sauvage de lumière en recouvrant chaque pousse avec un cul de canette...

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