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Vocabulaire de la botanique (7) : Poacées, herbes, céréales, pelouses et gazons
Date 21/01/2018
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Les joyeuses leçons de Sauvages du Poitou nous ont entrainés jusque là à la poursuite des feuilles simples, des feuilles composées, de l'art délicat de la phyllotaxie (la disposition des feuilles sur la tige), des fleurs régulières, des fleurs irrégulières ainsi que des capitules et des différents types d'inflorescence. C'est une nouvelle enquête botanique qui nous attend aujourd'hui, sur la base de l'ensemble des articles précédents (mieux vaut les réviser un peu avant de continuer). Prêts? 3, 2, 1, générique!

L'univers fascinant des Poacées, Sauvages du Poitou!

La famille
Poaceae (anciennement Graminées) est peut être une des familles les plus anciennes et les plus répandues du règne végétal: 20% de la couverture verte de la planète! C'est aussi la famille la moins visible pour le profane, qui à force de chercher l'orchidée rare, finit par ne plus voir l'océan de chlorophylle tout autour. Les Poacées sont, pour l'observateur commun, l'«herbe» (mais aussi nombre de céréales cultivées par l'homme), partout, de l’Antarctique au Poitou. Pour beaucoup, l'herbe ne constitue guère qu'un décor ennuyeux, une toile de fond dénuée d'intérêt, sur laquelle évoluent les véritables stars de la botanique, les Sauvages à fleurs spectaculaires et colorées.

Poa Annua, Pâturin annuel, Poitiers place Leclerc
Le Pâturin annuel (Poa annua), de loin la Sauvage la plus répandue dans nos villes, à qui la famille Poacée doit son nom: «Poa» est l'«herbe» en grec.

Certes, l'analyse attentive d'une parcelle de gazon peut sembler rébarbative ou difficile au profane. Se pencher sur les Poacées revient un peu à gravir la montagne botanique par la face nord, sans corde et sans piolet. Pourtant, ce clan cache des secrets fascinants et fait preuve, paradoxalement, d'un grand sens de l'élégance: chez ses membres, c'est l'art de la danse qui prévaut aux pétales et aux couleurs ostentatoires. En effet, la reproduction sexuée des Poacées ne repose pas sur le passage des butineurs, mais sur le souffle du vent.
Tous les matins, dès le lever, La Carioca te fais bouger. Et quand tu danses, chaque petit pas te mets en joie pour la journée...
(La cité de la peur, Les Nuls)

Briza media, l'Amourette, Biard aérodrome (86)
L'Amourette commune (Briza media), une petite Poacée plus connue sous les noms de Hochet du vent ou Langue de femme, parce ses petits épillets gigotent sans cesse sous le vent!

L'observation des Poacées repose sur une enquête minutieuse, où le vocabulaire peut nous guider et nous aider à observer des détails invisibles au premier abord. Secret oblige, les membres de ce clan ne sauraient être décrits par des mots trop communs... Ainsi, chez le brin d'herbe, on ne parle pas de tige, mais de chaume. Le chaume est parcouru par des nœuds. Il présente généralement une section ronde et creuse aux entrenœuds, ce qui nous permet de différencier les Poacées de deux autres familles aux allures similaires: les Cyperacées — le clan des Laîches — aux tiges à section pleine et triangulaire, et les Joncacées — le clan des Joncs — aux tiges à section ronde et remplies de moelle.

Des feuilles linéaires, étroites et alternes naissent à partir des nœuds. Les feuilles enveloppent le chaume en formant une gaine, jusqu'à ce que le limbe se sépare de celui-ci. Un exemple valant mieux qu'une longue explication, penchons-nous dans le bac de la tondeuse à gazon, où un crime vient d'être commis:

Anatomie d'un brin d'herbe, Sauvages du Poitou

Essayons d'identifier la victime de notre serial-tondeuse: la première piste se trouve précisément à la frontière de la gaine et de la partie du limbe qui se sépare du chaume: c'est ici que se cache une petite membrane, nommée ligule, qui empêche l'eau, la poussière ou les insectes de pénétrer dans la gaine. La ligule est un indice d'importance, car elle affiche des aspects variés (verte, blanche, simple, découpée, déchirée, poilue...) en fonction de l'espèce observée. La forme (ou l'absence) d'oreillettes est aussi à prendre en considération.

Poacées: ligule et oreillette, Sauvages du Poitou

 Ligule de Dactylis glomerata (Dactyle aggloméré)
Notre victime présente une gaine nettement aplatie, une ligule longue et déchirée et pas d'oreillettes... Nous sommes extrêmement chanceux, car ces maigres indices sont suffisants pour identifier le Dactyle aggloméré (Dactylis glomerata)!

Malheureusement (ou heureusement si vous aimez les défis), ligule et oreillettes ne suffisent généralement pas pour identifier une espèce. Il nous faudra, encore plus que chez les autres Sauvages, croiser un maximum d'indices, en commençant par un examen minutieux des fleurs...

 Ligule de Dactylis glomerata, Dactyle aggloméré, Saint Aignan (41)
Inflorescence (panicule) dense du Dactyle aggloméré dans la force de l'âge: un joyeux fouillis!

Hé oui, les Poacées ne sont pas dépourvues de fleurs! La principale difficulté pour nous, c'est leur miniaturisation et leur densité: la loupe est indispensable pour pouvoir apprécier leurs fleurs, seules ou regroupées par dizaines en épillets. Les épillets sont eux même regroupés en épis compacts (plusieurs fleurs sessiles sur un axe), en grappes, ou plutôt en panicules (des grappes de grappes), l'ordonnance la plus répandue chez les Poacées de France.

L'épillet, Sauvages du Poitou

Accrochez vous mon cher Watson, car c'est là que nous allons commencer à couper l'herbe en quatre: une  enveloppe foliaire, la glume, protège l'ensemble de l'épillet, le regroupement floral élémentaire. Les minuscules fleurs, disposées sur le rachillet, présentent l’attirail sexuel déjà évoqué dans notre article sur les fleurs, à savoir des étamines (dont le filet peut s'allonger de manière spectaculaire à maturité du pollen, atchoum!) et un pistil (ses stigmates poilus lui permettent de récupérer le pollen porté par le vent). La fleur est elle même protégée par une petite enveloppe foliaire, nommée glumelle (ou parfois lemme).

Glume et glumelles (qui sont respectivement l'équivalent des bractées et des sépales chez les autres Sauvages) sont toujours alternes, et souvent prolongées par une arrête, dont la longueur, la disposition (terminale, insérée au milieu...) ou la forme (droite, tordue, vrillée...) est aussi une indication sur l'identité du spécimen observé. Le rôle de cette arrête est de favoriser la propagation des semences, en s'accrochant aux animaux de passage par exemple, ou en aidant la graine à se planter dans le sol.

Lolium multiflorum, Ray-grass d'Italie, Poitiers Chilvert
Ces épillets rangés en épis ne présentent qu'une seule glume (en vert foncé). Les anthères des étamines et les stigmates poilus des pistils dépassent des fleurs et sont faciles à observer. Les arrêtes discrètes qui prolongent les glumelles nous aide à reconnaître le Ray-grass d'Italie (Lolium multiflorum), l'acteur principal des gazons et des pelouses artificielles en France.

Reste à compléter le dossier avec quelques brassées d'indices complémentaires: la Sauvage ressemble-t-elle à une herbe solitaire, ou forme-t-elle des touffes (on dit que son port est cespiteux)? Quelle est l'apparence des feuilles? Dans quel milieu pousse-t-elle?
Holmes, vous ne résoudrez jamais cette enquête.
(Sherlock Holmes, Guy Ritchie)

Chaque détail compte! Se munir d'une règle pour relever des mesures (épillets, arrêtes...) n'est pas superflu, et peut-être (je dis bien peut-être, les Poacées sont assez polymorphes, sans quoi ça serait trop facile), à force d'observations et de déductions, aboutirez-vous à un nom parmi les 150 genres et 470 espèces qui couvrent le sol français, tel le vainqueur extatique d'une partie de Cluedo! Et puisqu'on parle de jouer, que diriez-vous de lancer les dés, et de piocher quelques spécimens sur le pas de notre porte?

Poa annua, Pâturin annuel, Poitiers centre ville

La racine grêle et fibreuse de cette petite sauvage cespiteuse nous indique qu'il s'agit probablement d'une annuelle (ou d'une vivace à vie courte). Le chaume est glabre, les feuilles molles, un peu rugueuses au toucher, plissées en U ou en V. La panicule lâche et peu fournie dresse des rameaux quasiment disposés à angle droit. Les épillets sont aplatis, les fleurs dépassent nettement des glumes, les glumelles sont imbriquées et dénuées d’arêtes. On note la présence d'une ligule courte (environ 3mm), mais pas d'oreillettes.

Il s'agit bien sûr du célèbre Pâturin annuel (Poa annua), en tête du palmarès des Sauvages les plus répandues en milieu citadin. Florissant à n'importe quelle saison, le Pâturin annuel est capable de donner jusqu'à six nouvelles générations par an, avec une capacité d'adaptation qui force l'admiration!

Eragrostis minor, Petit eragrostis, Poitiers Chilvert

Cette petite Sauvage cespiteuse présente des inflorescences en panicules ouvertes et étalées. Les épillets sont plats et comptent une dizaine de fleurs minuscules, très difficiles à décortiquer... On se rabattra sur les gaines, faciles à observer, garnies de poils étalés. La ligule se résume à une rangée de poils. Enfin, le bord des feuilles, lui aussi garnis de poils, est parcouru de petits glandes jaunâtres. Nous sommes en présence du Petit eragrostis (Eragrostis minor), une annuelle, locataire commune des sols sablonneux, des bords des routes ou des voies ferrées.


Hordeum vulgare subsp. distichon, Orge à deux rangs, Poitiers Chilvert

Pour ce dernier spécimen, on remarque une ligule courte, deux longues oreillettes dont les pointes se recouvrent, un épi composés d'un seul épillet fertile (complet) et de deux épillets avortés (incomplets). Les glumes sont prolongées par des arrêtes qui dépassent les fleurs; les glumelles dressent des arrêtes spectaculaires, jusqu'à 20cm! Hum... Notre Sauvage n'en est pas une, mais plutôt une céréale échappée des cultures: l'Orge à deux rangs (Hordeum vulgare subsp. distichon), généralement cultivé pour alimenter les cuves des brasseries.
On a qu'à aller au Winchester pour boire une bonne bière en attendant que les choses se calment.
(Shaun of the Dead, Edgar Wright)

Bière ou limonade, une pause s'impose à ce stade de nos investigations. Une approche efficace des Poacées imposerait de décortiquer, mot par mot, bien d'autres aspects comme les racines ou les fruits, qui feront l'objet de futurs articles sur Sauvages du Poitou. Les premières bases jetées ici devraient toutefois vous permettre de vous essayer à quelques premières identifications, avec l'aide d'une loupe et d'une bonne flore (références en bas d'article). En attendant d'apprivoiser ce vocabulaire, je vous souhaite de ne plus jamais regarder une friche, une pelouse ou un champ de blé d'un œil assoupi et désintéressé, à l'image du Renard du Petit Prince!
Regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé? (...) Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste! Mais (...) ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...  (Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry)
D'autres leçons de botanique consacrées aux fleurs sur Sauvages du Poitou:
- Le vocabulaire de la botanique (4): les fleurs régulières
- Le vocabulaire de la botanique (5): les fleurs irrégulières
- Le vocabulaire de la botanique (6): inflorescences et capitules


Pour aller plus loin:
- Botarela, le rendez-vous incontournable des amoureux de Poacées, complété d'une clé d'identification en ligne par Guillaume Lecointre!

Lectures recommandées:
- Le Guide des graminées, carex, joncs et fougères aux aux éditions Delachaux et Niestlé
- Petite flore de France aux éditions Belin (le chapitre consacré aux Poacées ne présente qu'une petite centaine d’espèces, mais la clé de détermination est agréable pour une première approche)
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (6): inflorescences et capitules
Date 13/11/2017
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Inflorescences et capitules, Sauvages du Poitou

Après les articles consacrés aux fleurs régulières et aux fleurs irrégulières (Papilionacées, Lamiacées, Orchidées...), continuons notre promenade autour des mots qui nous permettent de décrire, et donc d'observer avec acuité, les fleurs de nos Sauvages. Notre vocabulaire est suffisamment fourni pour décrire les organes sexuels des plantes un par un, jusque dans le détail. Reste à prendre un peu de recul pour regarder l'ensemble: l'inflorescence. La fleur est-elle seule et isolée, tel un Robinson perché en haut de son cocotier? Ou les fleurs sont-elles au contraire nombreuses sur la tige, réunies en bande?
Rassemblez vos hommes. On se met en formation...
(Il faut sauver le soldat Ryan, Steven Spielberg)

Les inflorescences simples, Sauvages du Poitou

Grappe: ensemble de fleurs pédicellées sur un axe, le pédicelle étant la petite ramification qui porte la fleur, l'ultime pédoncule en quelque sorte (ex: Cardamine des prés).

Épi: ensemble de fleurs sessiles (dépourvues de pédicelle) sur un axe (ex: Verveine officinale).

Corymbe: les fleurs, aux pédicelles de plus en plus courts au fur et à mesure qu'on se rapproche du sommet, s'épanouissent toutes sur un même plan.

Les inflorescences simples, Sauvages du Poitou

Ombelle: les fleurs sont portées par des pédicelles rayonnants, égaux ou presque (ex: Ail des ours).

Cyme bipare: deux axes secondaires s'insèrent sous l'axe principal.

Cyme unipare: sous l'axe principal s'insère une seule ramification secondaire, qui porte elle-même une ramification, etc. Lorsque l'ensemble dessine une «queue de scorpion», on parle de Cyme scorpioïde (ex: Myosotis des champs).

Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive, et plusieurs combinaisons sont possibles. Vous connaissiez déjà les feuilles simples et les feuilles composées... Voilà maintenant les inflorescences simples et les inflorescences composées!


Les leçons de botanique de Sauvages du Poitou!


Exemple d'inflorescence composée: les grappes de grappes des fleurs du Troène commun (Ligustrum vulgare) qui forment ce qu'on appelle une «panicule». Ce n’est pas les butineurs qui se plaindront d'une telle surenchère, les fleurs du Troène commun étant aussi mellifères que parfumées.


Ligustrum vulgare, Troène commun, Poitiers Chilvert

Panicule dense du Troène commun, Poitiers quartier Chilvert


Il est une famille de Sauvages, les Apiaceae ou «Ombellifères», qui s'est fait une spécialité dans la confection d'ombelles sophistiquées. Certains membres du clan vont jusqu'à afficher des ombelles d'ombelles (on parle plutôt d'ombelles d'ombellules), à l'image de la divine Angélique des bois (Angelica sylvestris):


Angelica sylvestris, Angélique des bois, Poitiers bords de Boivre

Ombelle d'ombellules de l'Angélique des bois, Poitiers bords de Boivre


Je capitule! Vous m'avez conquis sans résistance!

(La Tulipe noire, Christian-Jacque)

Pourtant, même la plus inspirée des Ombellifères ne peut rivaliser avec l'ingéniosité des Asteracées (les «Composées») qui semblent atteindre des sommets d'astuce en matière d'inflorescence. Il faut dire que les Astéracées sont une des familles les plus récentes dans la grande histoire de l'évolution végétale, et qu'elles bénéficient à ce titre des trouvailles les plus modernes en matière de reproduction.


Le coup du capitule, Sauvages du Poitou!


Les Astéracées ont miniaturisé leurs fleurs, de manière à pouvoir en entasser le plus grand nombre sur un seul réceptacle... Jusque-là, rien d'extraordinaire. Mais elles ont aussi conçu un emballage marketing très particulier à destination des butineurs: les minuscules fleurs (les «fleurons») sont regroupées en une inflorescence qui prend l'apparence d'une grosse fleur unique, nommée capitule. Ainsi, certaines fleurs se chargent d'imiter les pétales à la périphérie (les fleurons ligulés), pendant que les autres dessinent un cœur au centre (les fleurons tubuleux). Le butineur, pensant plonger dans une fleur aux rondeurs généreuses, pollinise d'un coup d'un seul une myriade de fleurs...


Le Capitule par Sauvages du Poitou!

Si l'on appelle sépales les feuilles spécialisées qui entourent et protègent une fleur, on appelle bractées les feuilles spécialisées qui entourent et protègent une inflorescence (ou un capitule). La collerette formée par l''ensemble des bractées se nomme involucre.


Difficile de rendre hommage à la richesse des fleurs à capitule en quelques coups de crayons. Les variations sur ce thème sont nombreuses : les fleurons peuvent être stériles, mâles, femelles ou les deux en même temps. Le dessin ci-dessus pourrait illustrer, par exemple, le capitule du Séneçon jacobée, qui présente des fleurons tubuleux hermaphrodites (mâles et femelles) au centre de ses fleurs, et des fleurons ligulés strictement femelles à leur périphérie. 

En terme de pollinisation (et donc de reproduction) les Astéracées ont en quelque sorte initié l'ère industrielle du règne végétal! Marketing, efficacité, industrie... On ne fait pas dans la poésie champêtre, mais remarquez comme les fleurs à capitules vivent en parfaite adéquation avec leur temps (et donc le notre). Sur les 10 sauvages les plus fréquentes dans les villes françaises (source Sauvages de ma rue), la moitié sont des Asteracées: Pissenlit, Laiteron potager, Laitue scariole, Séneçon commun et Vergerette du Canada. Alors si vous découvrez avec cet article les subtilités du capitule, sachez que vous avez forcément observés ceux ci à maintes reprises, et ce depuis votre tendre enfance...


Leucanthemum vulgare, Taraxacum officinale et Lactuca muralis, Vienne (86)

De gauche à droite: capitules de la Marguerite commune, du Pissenlit et de la Laitue des murailles.


Ainsi, la Marguerite commune (Leucanthemum vulgare) présente des fleurons tubuleux jaunes en son centre, et des fleurons ligulés blancs à sa périphérie. «Je t’aime, un peu, passionnément, à la folie…». Vous l'aurez compris, nul amoureux (et surtout nul botaniste)  n'a jamais effeuillé les pétales de la Marguerite: ce sont les fleurons ligulés qu'on effeuille!


Le Pissenlit (Taraxacum officinale) ne possède aucun fleuron tubuleux: chez lui, tous les fleurons sont jaunes et ligulés. Son célèbre capitule, constitué d’innombrables languettes, ressemble un peu aux pompons de notre enfance.


La Laitue des murailles (Lactuca muralis), une locataire des trottoirs et des murs ombragés de nos cités, dresse ses petites fleurs jaunes à 5 pétales à l'entame de l'été... Sauf qu'il ne s'agit pas de fleurs, mais de capitules: ceux-ci sont constitués de 5 fleurons seulement, tous ligulés. L'illusion est totale, l'abeille et l'apprenti botaniste ne peuvent qu'applaudir la magicienne!


Terminons en regardant de près les fleurs de l'Achillée millefeuille (Achillea millefolium), à l'image de ce papillon, un Cuivré commun (Lycaena phlaeas), surpris en flagrant délit de révisions botaniques:


Achillea millefollium, Achillée millefeuille, St Gildas de Rhuis (56)

Achillée millefeuille, St Gildas de Rhuys (56)


Si l'Achillée millefeuille a l'allure d'une Ombellifère, elle n'en a que l'allure: chacune des petites fleurs de ses corymbes est en réalité un capitule constitué de fleurons tubuleux et ligulés blancs. On peut donc dire de la Sauvage (un membre de la famille Asteraceae en réalité) que ses inflorescences (composées) sont des corymbes de capitules... Rien que ça!

T’es comme Superman, mais sans les collants.

(90210 Beverly Hills, Rob Thomas)

Pourtant, même la légendaire Achillée millefeuille s'incline devant l’Edelweiss (Leontopodium nivale), une montagnarde qu'on rencontrera peut être si l'on parvient à passer la barre des 1200 mètres d’altitude (même avec une échelle de pompier, c'est impensable dans le Poitou). L'Edelweiss rassemble des capitules jaunes (composés de fleurons tubuleux) par paquet de cinq ou six, et les entoure d'une couronne de feuilles blanches pointues et duveteuses (des bractées) qui revêtent l'allure de pétales. En somme, l’Edelweiss, une super Sauvage, a inventé le capitule de capitules, le super capitule!


Leontopodium nivale, Edelweiss, Sauvages du Poitou!


D'autres leçons de botanique consacrées aux fleurs sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (4): les fleurs régulières

- Le vocabulaire de la botanique (5): les fleurs irrégulières

- Le vocabulaire de la botanique (7): Poacées, herbes, céréales, pelouses et gazons


Pour aller plus loin:

- L'inflorescence sur Wikipedia.

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (5): fleurs irrégulières
Date 20/10/2017
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Bouquet de fleurs sauvages zygomorphes du Poitou!


Après l'article consacré aux fleurs régulières (les fleurs en tout point symétriques par rapport à leur centre, de forme «classique» et circulaire en somme), il est temps de se pencher vers des spécimens d'apparence plus excentrique: les fleurs irrégulières (ou «zygomorphes») qui apportent avec leurs silhouettes alambiquées un cortège de nouveaux mots. On peut dégager quelques clans de Sauvages emblématiques (mais pas exclusifs) au sein de ce courant botanico-artistique!

On dirait un Picasso période déstructurée!

(Sacré Robin des Bois, Mel Brooks)

Les fleurs irrégulières, Sauvages du Poitou!




La famille Fabaceae (où se côtoient des célébrités telles que les Fèves, Pois, Haricots, Trèfles, Luzernes, Vesces, Gesses...) est une des plus riches en matière de fleurs irrégulières. Et plus particulièrement ses membres qualifiés de «Papilionacés»: c'est dans les filets des amateurs de papillons, mais surtout au fond des cales des voiliers de plaisance (Hisse et ho!) qu'on va attraper les mots nous permettant de décrire leur cinq pétales.


La fleur papilionacée, Sauvages du Poitou

Étendard : le pétale supérieur, généralement le plus large.

Ailes : les deux pétales latéraux.

Carène : ensemble des deux pétales inférieurs.

Medicago arabica, Luzerne d'Arabie, Poitiers Chilvert


Fleurs de la Luzerne d'Arabie (Medicago arabica): une corolle jaune formée d'un étendard (l'imposant pétale supérieur), de deux ailes (les deux courts pétales recourbés en bas, à gauche et à droite) et d'une carène (deux pétales soudés entre eux, en bas au centre).


Vicia faba, Fève cultivée, Poitiers Chilvert


Atterrissage d'une Abeille charpentière (Xylocopa violacea) sur les fleurs de la Fève cultivée (Vicia faba): une corolle formée d'un grand étendard blanc zébré de noir, de deux ailes blanches tachées de noir et d'une carène blanche et discrète (masquée par les deux ailes).


Leptidea sinapis sur Lotus corniculatus, Saint Aignan (41)


La Piéride du lotier (Leptidea sinapis) et le Lotier corniculé (Lotus corniculatus): un papillon et une Papillonacée, forcément inséparables! Le large étendard du Lotier corniculé surplombe les deux ailes (celles-ci peuvent être aussi grandes que l'étendard). Les ailes recouvrent et cachent une carène fortement coudée, telle une petite corne. C’est peut-être de là que la Sauvage tire son nom, corniculatus étant la corne en latin.



T’es mal placé dans la chaîne alimentaire pour faire ta grande gueule!

(L’âge de glace, Chris Wedge et Carlos Saldanha)

Du côté des Lamiaceae (anciennement «Labiées»), représentées par les Menthes, Mélisses, Thyms, Romarins, ou Origans, on puise l'inspiration dans la mythologie grecque: la jeune et séduisante Lamia était l'amante de Zeus. Un jour, la femme du Dieu, Héra la jalouse, tua leur enfant illégitime. Lamia, inconsolable, décida qu'aucune mère n'avait le droit d'être heureuse, et se transforma en un monstre qui mangeait les enfants des autres! Ainsi, les fleurs des Lamiaceae qui évoquent une gueule ouverte doivent leur nom à la terrible ogresse... Leurs pétales deviennent tout naturellement des «lèvres».


Lamiaceae...? Sauvages du Poitou!


Les lèvres se présentent toujours deux par deux: une supérieure et une inférieure (quoi de plus normal pour une bouche). Quant à l'entrée du tube formé par la corolle, elle est désignée comme étant... «La gorge»!


Rosmarinus officinalis, Romarin officinal, Poitiers Chilvert


Fleurs du Romarin officinal (Rosmarinus officinalis) en train d'«avaler» une abeille: la lèvre supérieure de la corolle forme une sorte de «casque» fendu (on appelle «casque» un sépale ou un pétale supérieur recourbé vers l'avant). La lèvre inférieure possède trois lobes, le central plus large et concave: c'est la «piste d'atterrissage» pour les butineurs.


Lamium maculatum, Lamier maculé, Dagneux (01)


Fleurs du Lamier maculé (Lamium maculatum): la corolle forme un tube courbé qui enfle au niveau de la gorge. La lèvre supérieure est entière et un peu poilue sur les bords. La lèvre inférieure a trois lobes: les deux lobes latéraux ne forment guère plus qu'une petite dent de chaque côté. Le grand lobe médian, maculé de rose et de blanc, est comme une grosse langue pendante. Bien souvent, c’est la première chose qui nous frappe lorsqu’on rencontre une Lamiacée : elle nous tire la langue !


Les fleurs zygomorphes des Lamiacées cachent parfois des mécanismes complexes, destinés à favoriser leur reproduction. Ainsi, les butineurs qui s'engouffrent dans les corolles de la Sauge des prés (Salvia pratensis) s'opposent à des «barreaux» qui barrent l'accès au nectar. En forçant le passage, le butineur enclenche une mécanique de contrepoids qui fait pivoter des étamines vers le bas, jusqu'à ce que leur anthère touche le dos de l'insecte pour y déposer le pollen.

Salvia pratensis, Sauvages du Poitou!

Les épaules ainsi saupoudrées, le butineur s'envole vers d'autres fleurs où son dos caressera la «langue de serpent» qui surplombe la fleur, en fait le style recourbé d'un pistil à maturité... Ingénieuse nature!


Salvia pratensis, Sauge des prés, Biard Petit Mazay (86)



Je suis un artiste et mon œuvre c’est moi.

(Hell, Bruno Chiche)

Les Orchidées (Orchidaceae) constituent une grande famille éclectique et c'est probablement en son sein qu'on trouve les artistes les plus perchés! Si le vocabulaire qui permet d'observer leurs chefs d’œuvres devient un poil plus hermétique, le piège réside surtout dans la ressemblance entre pétales et sépales (certains auteurs préfèrent même parler de six tépales), tous richement colorés. Disons qu'une fleur d'Orchidée présente généralement une structure à trois sépales (une première couronne extérieure) et trois pétales (une seconde couronne intérieure), disposés autour d'une pièce centrale nommée «colonne» qui regroupe les organes sexuels de la plante. Plongeons du côté obscur de la botanique:


Fleur de l'orchidée, Sauvages du Poitou!


Le sépale dorsal et les deux pétales latéraux convergent souvent pour former un «casque» protecteur au-dessus de la colonne. L'élément le plus spectaculaire est le pétale inférieur qui sert d'appât et de piste atterrissage pour les butineurs: on nomme celui-ci «labelle». Ce dernier est parfois prolongé d'un éperon vers l'arrière.


Anacamptis morio, Orchis bouffon, Biard aerodrome (86)


Fleurs l'Orchis bouffon (Anacamptis morio): les trois sépales et les deux pétales latéraux, nettement striés, forment un «casque» qui protège la colonne. Le labelle, plus large que long, est maculé en son centre, divisé en trois lobes (les lobes latéraux sont crénelés) et prolongé à l’arrière par un éperon.


C'est généralement une offrande de nectar (lorsqu'il y a un éperon, celui ci en constitue la réserve) qui permet aux Sauvages d'attirer les butineurs dans leurs fleurs. Chez certaines Orchidées, la stratégie est toute autre. Le labelle s'est transformé au fil de l'évolution en une imitation de la seule chose qui compte plus qu'un festin aux yeux d'un insecte: un partenaire pour la reproduction


Ophrys aranifera, Ophrys araignée, Biard aerodrome (86)


Fleur de L'Ophrys araignée (Ophrys aranifera): les trois sépales et les deux pétales latéraux sont verts «feuille». Le labelle est brun, bombé et velouté (pas d'éperon). Il est marqué d'une sorte de «H» au centre; ce genre de motif, nommé «macule», est très significatif lors de l'identification. De loin, le curieux labelle pourrait faire penser au corps d'une araignée... Mais Monsieur Andrena nigroaenea (c'est une abeille) y reconnait plutôt l'abdomen de sa femelle (les phéromones sexuelles dégagées par la Sauvage parachèvent l'illusion) sur lequel il se précipite et se frotte, assurant la pollinisation de l'orchidée!


Orchis anthropophora, Orchis homme pendu, Chasseneuil-du-Poitou (86)


Fleurs de l'Orchis homme pendu (Orchis anthropophora): les trois sépales et les deux pétales latéraux forment ensemble un «casque», pour ne pas dire une tête... Les lobes très découpés du labelle semblent dessiner le corps, les bras et les jambes d'un petit bonhomme! Notez que la Sauvage ne cherche pas spécialement à tromper les randonneurs pour les attirer jusque dans sa corolle: c'est la présence de nectar à la base du labelle qui incite les butineurs à visiter ses fleurs.


Les Orchidées fascinent, et le vocabulaire sophistiqué qui leur est associé (ne serait-ce qu'autour de leurs fleurs) ne saurait être présenté ici de manière exhaustive. Les termes étudiés dans cet article devraient toutefois vous permettre de vous orienter tranquillement vers une carrière d'orchidophile...




Je vous invite à nous retrouver dans un prochain article, où il sera question des inflorescences particulières en grappes, en ombelles, en corymbes ou encore en capitules (pour ne citer que les plus célèbres), et du vocabulaire spécifique aux Poaceae (ou Graminées), des Sauvages aux fleurs très discrètes. To be continued...


D'autres leçons de botanique consacrées aux fleurs sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (4): les fleurs régulières
- Le vocabulaire de la botanique (6): inflorescences et capitules
- Le vocabulaire de la botanique (7): Poacées, herbes, céréales, pelouses et gazons

Pour aller plus loin:

- Société Française d'Orchidophilie de Poitou-Charentes et Vendée

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

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