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Cours de botanique pour les indiens!
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Vocabulaire de la botanique (2): nervures et feuilles composées
Date 20/07/2017
Ico Cours de botanique pour les indiens!
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Les cours de botanique de Sauvages du Poitou!


Cet article fait suite au premier billet consacré aux mots de la botanique, «décrire les feuilles (1)». Nous avions, en première exploration, découvert le vocabulaire rocambolesque relatif aux feuilles simples. Pour rappel, une feuille se présente ainsi à nos yeux:


Sauvages du Poitou: la feuille


Regardons maintenant le dessin des nervures qui parcourent le limbe: on appelle nervure principale la nervure qui prolonge le pétiole (c'est généralement la plus épaisse). Les nervures qui s'y rattachent sont les nervures secondaires, celles qui se rattachent à ces dernières les nervures tertiaires, etc. Un peu comme un grand fleuve, ses rivières et leurs petits affluents! La comparaison est intéressante, car chez une plante, la sève élaborée (issue de la photosynthèse) prend sa source au niveau des feuilles avant de s'écouler vers le reste de la plante (à l'inverse de la sève brute qui prend sa source dans les racines pour monter vers la plante et les feuilles).


La géographie, c'est quand même plus simple avec une carte épinglée au mur!


Les nervures des feuilles, Sauvages du Poitou


Pennées: nervures secondaires opposées deux par deux, de chaque côté d'un axe (comme des arrêtes de poisson).

Palmées: nervures primaires bifurquant depuis un seul point, comme les doigts autour de la paume de la main.

Pédalées: deux nervures principales divergent depuis le bout du pétiole.

Parallèles: nervures orientées dans l'axe de la feuille, sans intersection.

Arquées: nervures secondaires arquées vers le sommet de la feuille.

Réticulées: nervures formant un réseau complexe.


Sur la base de cette carte (aux trésors?), partons dénicher les adjectifs qui en découlent, afin de décrire des feuilles toujours plus spectaculaires... Forcément, le vocabulaire aussi risque de devenir spectaculaire!

L'exercice devrait vous rappeler les briques de LEGO de notre enfance: les mots s'emboitent. Si la feuille présente des nervures pennées et des lobes peu marqués, on peut dire qu'elle est pennatilobée. Le même raisonnement avec une feuille aux nervures palmées aurait abouti à une feuille palmatilobée (palmée et lobée).

La botanique? Une partie de plaisir... Et de LEGO!

Ouvrons le coffre à jouets! Le début du mot décrit les nervures, comme vu précédemment:
Penna...: nervures pennées.
Palma...: nervures palmées.
Péda...: nervures pédalées.
La fin du mot décrit la nature et/ou l'amplitude du découpage de la feuille:
...lobée: feuille doucement lobée.
...fide: feuille découpée (environ jusqu'à la moitié du limbe).
...partite: feuille fortement découpée (au-delà de la moitié du limbe).
...sequée: feuille découpée jusqu'à la nervure principale (ou quasiment).
Ce qui nous donne par exemple (comme lors d'une partie de Scrabble, toutes les combinaisons sont possibles):

Les formes des feuilles, Sauvages du Poitou

Les feuilles au découpage le plus prononcé («-séquées») sont quasiment divisées en plusieurs parties séparées. Il suffirait de pousser le découpage d'un millimètre pour obtenir une feuille constituée de plus petites feuilles, distinctes les unes des autres (les «folioles»): une telle feuille est dite «composée». Notez qu'en pratique, ainsi que pour nombre d'auteurs respectables, feuille «-séquée» et feuille composée sont synonymes.


Notre carte des nervures est également utile pour comprendre le vocabulaire propre aux feuilles composées:


Feuilles composées, Sauvages du Poitou


Composée imparipennée : pennée et composée d'un nombre de folioles impair (présence d'une foliole au sommet).

Composée paripennée : pennée et composée d'un nombre de folioles pair (absence de foliole au sommet).

Composée pectinée : composée de fines lamelles disposées de part et d'autre de l'axe (comme un peigne).


Feuilles composées, Sauvages du Poitou


Composée palmée : composée de plusieurs folioles partant en éventail depuis le sommet du pétiole.

Composée trifoliée : composée de trois folioles (comme le célèbre Trèfle).

Composée pédalée : chaque foliole semble rattachée au petit pétiole (le pétiolule) du foliole précédent.


Ce n'est pas tout: une feuille composée pennée, dont chaque partie (ou foliole) est elle même composée de plusieurs petites parties (les foliolules), est dite bipennée (elle est pennée deux fois)... Et si les foliolules sont eux même composées? La feuille est tripennée!


Feuilles bipennées et tripennées, Sauvages du Poitou

Comment savoir s'il l'on observe plusieurs feuilles simples ou une seule feuille composée? C'est la présence ou non d'un petit bourgeon à la base du pétiole qui peut nous renseigner (munissez vous d'une loupe): à chaque feuille correspond un bourgeon (dont elle est issue). Si on trouve un bourgeon à l'origine de chaque feuille, il s'agit de plusieurs feuilles simples. Si pour plusieurs limbes distincts, on ne trouve qu'un seul bourgeon, c'est une seule et unique feuille composée.

Si vous êtes arrivé à ce point de l'article, vous méritez une récompense. Fermez les yeux (pas trop) et imaginez une feuille dont les nervures sont pennées, et dont les échancrures atteignent (ou presque) la nervure centrale. On pourrait donc dire qu'elle est pennatiséquée. Mais voilà, chaque partie dessinée par les échancrures est aussi découpée en de plus petites parties... Elles mêmes découpées en de minuscules parties... Holà, je crois qu'on tient un mot compte triple: tripennatiséquée!


Tripennatiséquée... Mot comptre triple!

Ne jouez jamais au Scrabble contre un botaniste!


Si vous avez compris le truc, vous pouvez explorer les guides botaniques en essayant de dessiner ou de traduire mentalement les descriptions en image. Reste à observer de plus près les particularités du pétiole et la disposition des feuilles sur la tige... Dans un prochain article! Car pour l'heure, je vous propose une promenade digestive...


Primula vulgaris, Primevère acaule, Poitiers bords de Boivre

Primevère acaule (Primula vulgaris): feuilles simples, inégalement denticulées, obovales (plus larges au sommet qu’à la base), à nervures réticulées.


Clematis vitalba, Clématite vigne blanche, Poitiers gare

Clematis vitalba, Clématite vigne blanche, Poitiers gare

La Clématite vigne blanche (Clematis vitalba) nous permet de rentrer en douceur dans le monde des feuilles composées, tout en révisant le vocabulaire étudié lors de l'article précédent : ses feuilles composées imparipennées affichent des folioles très polymorphes: ovales ou lancéolées, cordées ou non, entières, crénelées ou dentées... Une palette aussi variée que fournie!


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers bords de Boivre

Feuilles abracadabrantes d'une Sauvage qui ne l'est pas moins, l'Hellébore fétide (Helleborus foetidus): composées pédalées en 7 à 11 folioles lancéolées et dentées.


Vicia sativa, Vesce commune, Poitiers bords de Boivre

Vesce commune (Vicia sativa): feuilles composées paripennées en 6 à 10 paires de folioles légèrement tronquées ou échancrées. En réalité, la vrille au sommet de la feuille est aussi une foliole, même si elle est complètement transformée; c'est pourquoi on peut lire dans les ouvrages les plus tatillons que la feuille de la Vesce commune est... Imparipennée!


Phacelia tanacetifolia, Phacélie à feuilles de Tanaisie, Poitiers Chilvert

Phacélie à feuilles de Tanaisie (Phacelia tanacetifolia): feuilles deltoïdes, composées imparipennées en folioles eux mêmes pennatipartites.


Geranium robertianum, Herbe-à-Robert, Poitiers bords de Boivre

Herbe-à-Robert (Geranium robertianum): feuilles deltoïdes ou polygonales, palmatiséquées en 3 à 5 segments eux mêmes pennatifides. A ce stade, la gymnastique cérébrale commence à devenir diabolique pour les apprentis botanistes que nous sommes… Quoi de plus normal pour cette Sauvage surnommée «Fourchette du diable» (à cause des longues pointes qui terminent ses duo de fruits)?


Ne vous découragez pas si votre cerveau fume un peu: lorsqu'on compare les descriptions proposées dans les guides et les flores, on découvre qu'il n'existe pas une seule et unique bonne manière de décrire un végétal: tous les moyens sont bons! On fait comme on peut, avec le vocabulaire dont on dispose, l'objectif étant de rapprocher son discours au plus près de ce qui se présente à nous et surtout de réussir à se faire comprendre.


Sur ce, je vous souhaite d'agréables promenades botaniques... Entre deux victoires écrasantes au Scrabble!


D'autres leçons de botanique consacrées aux feuilles sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (1): feuilles simples

- Le vocabulaire de la botanique (3): pétiole et phyllotaxie


Pour aller plus loin:

- La feuille sur Wikipedia

- Les formes foliaires sur Wikipédia

- Description générale de la feuille sur le site des Jardins du Gué

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (1): feuilles simples
Date 10/07/2017
Ico Cours de botanique pour les indiens!
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Ce billet est le premier d'une catégorie d'articles sur le blog, «La botanique pour les indiens», qui sera consacrée à l'initiation sauvage et décomplexée de la biologie végétale. L'occasion, j’espère, de faire quelques découvertes dignes de l'université de magie de Poudlard (l'école du jeune sorcier Harry Potter)... Car l'étude du vivant est rarement chose ennuyante!


La botanique est magique sur Sauvages du Poitou!


La botanique, à l’image de toutes les vénérables sciences, a composé son propre langage. L’initiation au monde végétal commence donc par l’apprentissage de ce dialecte savant, ce dernier n'ayant pas été inventé pour réjouir une poignée de vieux professeurs scotchés devant des herbiers séculaires, mais bel et bien pour servir le quidam curieux et amoureux de nature ! Et ce à plusieurs titres :


Premièrement, le vocabulaire nous permet de raconter aux autres ce que nous voyons... On ne peut guère se contenter de dire d'une feuille qu'elle est verte, ovale ou pointue : la nature possède un sens artistique infiniment développé, qu'il convient d'exprimer avec grande finesse !


Pour les apprentis que nous sommes, c'est aussi la possibilité de lire les descriptions proposées dans les livres et guides d'identification, et d'aller au delà des simples photographies qui s'avèrent souvent insuffisantes pour partir à la rencontre d'un spécimen inconnu.


Enfin et surtout, les mots guident notre pensée et notre attention : pour le profane, une feuille est verte, ovale ou pointue ; mais celui qui dispose d'un vocabulaire plus fourni remarquera d’emblée d'autres caractéristiques importantes : la feuille est-elle entière ou crénelée ? Hastée ou sagittée ? Est-elle sessile, embrasse-t-elle la tige ? Le simple fait d'étudier ces définitions nous incite à prêter attention à de nouveaux détails. Et quoi de plus merveilleux que pouvoir explorer jusque dans ses détails ?


Au bout du compte, chaque mot appris fait apparaitre à nos yeux un phénomène nouveau... Étudier le vocabulaire de la botanique revient à apprendre la magie ! Paradoxalement, c'est l'expérience et la connaissance qui nous permettent de renouer avec le regard émerveillé et contagieux de l’enfance, qui s’étonne à chaque instant devant le spectacle toujours renouvelé de la nature à jamais extraordinaire et omniprésente.

- Je suis un super tchatcheur, vous savez! Je tchatche depuis au moins... Je sais pas exactement depuis quand, mais ça fait des années et j’ai un paquet de mots dans mon vocabulaire... Comme «abivore», par exemple.
- Et qu’est ce que ça veut dire?
- C’est quelqu’un qui mange des abeilles.
- Ah bon.
(Skins, Jamie Brittain et Bryan Elsley)

Dans cette première série de planches, nous nous intéressons à la forme des feuilles (ou plus exactement, à la forme de la partie principale et aplatie de la feuille qu'on appelle le limbe).


Sauvages du Poitou: la feuille


Notez au passage la notion de stipules : deux petites feuilles situées de part et d’autre du pétiole, miniaturisées ou absentes chez certaines espèces.


Nous commençons avec des adjectifs permettant de décrire des feuilles «simples», c'est à dire des feuilles dont le limbe est composé d'une seule et unique partie continue (une seule foliole). Et si les feuilles sont simples, le vocabulaire qui leur est associé ne l’est pas toujours… Notre imagination (dans imagination se cache le mot image) sera d’une grande aide pour mémoriser les planches suivantes :


Les formes des feuilles n°1, Sauvages du Poitou


Orbiculaire : de forme circulaire.

Elliptique : de forme ovale.

Réniforme : en forme de rein ou de haricot (arrondie au sommet).


Les formes des feuilles n°2, Sauvages du Poitou


Deltoïde : de forme triangulaire.

Spatulée : en forme de spatule (arrondie au sommet, graduellement rétrécie à la base).

Cunéiforme : en forme de triangle inversé.


Les formes des feuilles n°3, Sauvages du Poitou


Lancéolée : en pointe aux deux extrémités, plus large du côté de la base.

Cordée : dont la base forme deux arrondis, à l’image d'un cœur.

Ovale : en forme d’œuf (plus large à la base qu'au sommet).


Les formes des feuilles n°4, Sauvages du Poitou


Oblancéolée : en pointe aux deux extrémités, plus large du côté du sommet.

Obcordée : dont le sommet forme deux arrondis, à l'image d'un cœur.

Obovale : en forme d’œuf (plus large au sommet qu'à la base).


Les formes des feuilles n°5, Sauvages du Poitou


Aciculaire : en forme d'aiguille.

Oblongue : allongée, base et sommet presque parallèles ou arrondis.

Linéaire : allongée et étroite, bords parallèles.


Les formes des feuilles n°6, Sauvages du Poitou


Panduriforme : étranglée ou échancrée sur les côtés, à l'image d'un violon.

Sagittée : dont la base présente deux lobes étroits, en forme de fer de flèche.

Hastée : dont la base présente deux lobes divergents, en forme de fer de hallebarde.


Les formes des feuilles n°7, Sauvages du Poitou


Ensiforme: en forme de glaive, épaisse le long de la nervure centrale, tranchante sur les bords.

Lyrée: dont le lobe supérieur est arrondi et plus grand que les lobes inférieurs, à l’image d’une lyre.

Falciforme: en forme de faux.


Les formes des feuilles n°8, Sauvages du Poitou


Rhomboïdale : en forme de trapèze.

Flabellée : en forme d’éventail, semi circulaire.

Tronquée : dont le sommet est comme coupé.


Les formes des feuilles n°9, Sauvages du Poitou


Aristée : dont le sommet se termine par une arête (pointe longue et dure).

Acuminée : dont le sommet se termine brusquement en pointe.

Émarginée : dont le sommet est taillé en angle rentrant, comme coupé aux ciseaux.


La vie rentrant difficilement dans des cases bien rangées, un terme n'exclut pas forcément les autres. C'est pourquoi il est recommandé d'user et d'abuser de ce vocabulaire en combinant autant de mots que nécessaire pour parvenir à décrire ce qui se présente sous nos yeux (Quelle est la forme générale de la feuille? Comment est sa base? Son sommet?). Et avant de faire nos premiers travaux pratiques, observons également le bord du limbe (la marge):


Les bords des feuilles, Sauvages du Poitou


La liste est loin d'être exhaustive... Déjà, ces quelques définitions en appellent d'autres! Par exemple, en fonction du nombre de lobes sur le bord de la feuille, on parle de feuille bilobée (2 lobes), triolobée (3 lobes), quadrilobée (4 lobes), pentalobée (5 lobes ), etc. Le réservoir à mots semble inépuisable!


Afin d'éviter toute indigestion cérébrale, le vocabulaire relatifs aux feuilles «composées» — c'est à dire les feuilles dont le limbe est fractionnée en plusieurs parties distinctes (plusieurs folioles) —, les particularités des nervures, celles du pétiole ainsi que la dispositions des feuilles sur la tige seront abordées dans de futurs articles. Car il est maintenant grand temps de faire l'école buissonnière! Prêts pour quelques travaux pratiques sur le terrain?

Allium ursinum, Ail des ours, Poitiers bords de Clain
Ail des ours (Allium ursinum): feuilles entières, ovales (plus larges à la base qu'au sommet) et plus précisément lancéolées... C'est plutôt facile pour commencer, et en plus, c'est délicieux!

Glechoma hederacea, Lierre terrestre, Poitiers Chilvert
Lierre terrestre (Glechoma hederacea) sur le pas de ma porte: feuilles crénelées, de forme générale quasi orbiculaire (circulaire), réniformes ou cordées.


Les feuilles de l’Iris des marais (Iris pseudacorus), la sauvage qui inspira le symbole royal de la fleur de Lys, dresse de longues feuilles entières, linéaires et ensiformes, pointues et effilées comme des glaives !

Arum italicum, Gouet d'Italie, Poitiers bords de Boivre
Gouet d'Italie (Arum italicum): feuilles entières, de forme générale deltoïde (triangulaire), hastées telles le fer d'une hallebarde.


Urtica dioica, Grande Ortie, Poitiers gare

Tout le monde connait les feuilles de la Grande Ortie (Urtica dioica): fortement dentées, ovales (plus larges à la base qu'au sommet), deltoïdes (triangulaire), acuminées, légèrement cordées à la base… Et bien sûr piquantes !


Rumex pulcher, Patience violon, Lyon Tête d'or

La Patience violon (Rumex pulcher) doit son nom vernaculaire à ses feuilles oblongues, cordées, panduriformes, c'est à dire rétrécies à la taille comme la caisse de résonance d’un violon.


Amaranthus blitum, Amarante livide, Poitiers Chilvert

L'Amarante livide (Amaranthus blitum), autrefois légume cultivé aujourd'hui vagabonde, dresse des feuilles ovales ou rhomboïdales, nettement émarginées.


C'est à vous de jouer les indiens maintenant, je vous souhaite une excellente promenade, à bientôt pour la suite!


Suite des leçons de botanique consacrées aux feuilles sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (2): nervures et feuilles composées

- Le vocabulaire de la botanique (3): pétiole et phyllotaxie


Pour aller plus loin :

- Les formes foliaires sur Wikipédia

- Description générale de la feuille sur le site des Jardins du Gué

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:
- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Grimoires, flores et herbiers: trésors du Fonds ancien
Date 20/02/2017
Ico Cours de botanique pour les indiens!
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Angelica sp, Matthiole, 1566

Divines Angéliques d'après Matthiole (1565)


En plein cœur de février, plusieurs botanistes se retrouvent sur le campus de Poitiers... Une Sauvage précoce et rare aurait-elle été repérée près d'un parking? Pas vraiment, même si les capitules discrets du Senecio vulgaris, solitaires et banals en cette saison, suffisent à leur ravissement. C'est un tout autre genre de trésors, faits d'encre et de papier, qui attirent ces passionnés de nature: Anne-Sophie Traineau-Durozoy, conservatrice du Fonds ancien de la Bibliothèque universitaire de Poitiers, ouvre les portes de sa caverne aux merveilles pour présenter plusieurs grimoires botaniques, sélectionnés parmi les 40.000 ouvrages qui reposent sur les rayonnages.

Tous les murs étaient couverts d’étagères, et toutes les étagères chargées de livres. Et les livres étaient tous, ou presque, des livres anciens, des livres de magie!

(Jonathan Strange et Mr Norrell, Susanna Clarke)

Anne-Sophie Traineau-Durozoy enclenche la machine à remonter le temps en propulsant ses invités dans la première moitié du 16ème siècle. En ce temps, les auteurs naturalistes cherchent avant tout à copier, collecter et compiler le savoir des anciens, à commencer par ceux de Théophraste et Dioscoride, aux origines grecques de la botanique et de la phytothérapie. Dans un élan d'audace, les auteurs du 16ème se risquent parfois à compléter de leur propre observations les textes fondateurs, sans chercher à critiquer ou à réinventer l'approche. Les imprimés les plus anciens présentés ce jour là restent impénétrables: rédigés en latin et non illustrés, ils passent respectueusement de main en main, inspirant peu de commentaires...


Les livres en latin... Sauvages du Poitou!


Les premières gravures marquantes de cette visite guidée surgissent d'ouvrages rédigés par le botaniste italien Pierre André Matthiole («Commentaires de M. Pierre-Andre Matthiole, medecin senois, sur les six livres de P. Dioscoride», 1565 et 1566). Au 16ème siècle, les illustrateurs cherchent à produire un travail esthétique et pragmatique (fleurs et fruits peuvent apparaitre simultanément sur un même spécimen) plutôt qu'une reproduction fidèle de la réalité. La technique de la gravure sur bois impose un trait épais. Au bout du compte, les dessins semblent un brin fantastiques, dignes d'un comic strip anachronique: loin de paraître vieillottes, les vignettes semblent au contraire sortir d'une bande dessinée contemporaine!


Umbilicus rupestris, Matthiole, 1566

L'incroyable Nombril-de-Vénus (Umbilicus rupestris) version Matthiole (1565), un sérieux prétendant pour le Fauve d'Or du festival d'Angoulème?


L'illustrateur des ouvrages de Matthiole s'autorise une autre fantaisie: chaque plante est escortée d'une joyeuse farandole d'insectes virevoltant. Les tableaux respirent la vie, loin des planches froides que la rigueur anatomique encouragera les siècles suivants.


Taraxacum officinale, Matthiole, 1566

Le Pissenlit (Taraxacum officinale) et autres Astéracées version Matthiole (1566), un coup de crayon qui fleure bon la biodiversité!


Bien sûr, toute science requiert rigueur et précision. Dès le 17ème siècle, les illustrations gagnent en netteté: la gravure sur cuivre l'emporte sur le bois, les traits s'affinent. Les artistes cherchent à traduire le réel. Le détail est roi, le microscope vient d'ailleurs de faire son apparition dans les laboratoires. C'est une période cruciale et féconde dans l'approche naturaliste: fini le «copier/coller», on révise et on critique les textes fondateurs mâchés et remâchés. A ce point, tout reste à (ré)inventer, à l'image du botaniste français Joseph Pitton de Tournefort qui sème les premières graines de la classification binominale dans ses ouvrages (un nom de genre et un nom d’espèce pour chaque plante).


Ruta muraria, Joseph Pitton de Tournefort, 1719

Rue des murailles (Ruta muraria) dans «Institutiones rei herbariae» de Joseph Pitton de Tournefort (1719)... Un trait précis qui n'incite pas franchement à la rigolade!


Le monde s'ouvre, les explorateurs ramènent de leurs voyages en terra incognita des plantes et des bestiaires fantastiques. C'est l'époque des cabinets de curiosités; les sciences sont à la mode, des Jardins du Rois jusqu'aux diners mondains. Cet incroyable barnum raisonne jusque dans les ouvrages botaniques où se croisent plantes banales et exotiques, pissenlits et ananas! Cette curiosité insatiable se prolonge au 18ème, siècle éclairé et encyclopédique s'il en est un. L'effort de vulgarisation permet au plus grand nombre de s'initier aux joies de l'herborisation. Les noms vernaculaires (français) complètent les noms latins dans les flores. Les gravures, toujours plus fines et coloriées à la main, sont éblouissantes, à l'image des lichens de l'ouvrage du botaniste allemand Georg-Franz Hoffmann (1790-1801) qui semblent incrustés à même le papier.


Lichen par Hoffmann, 1790-1801


Lichen par Hoffmann, 1790-1801

Apothécies en trompe l’œil de lichens dans «Descriptio et adumbratio plantarum e classe cryptogamica Linnaei quae lichenes dicuntur» de Georg-Franz Hoffmann (1790-1801)


«Flora Parisiensis» (1776-1783) du botaniste français Pierre Bulliard est un bon exemple du mariage réussit entre rigueur scientifique et excellence artistique. Le scientifique étudia l'art de l'illustration naturaliste auprès de François Nicolas Martinet, l'auteur des gravures des ouvrage du comte de Buffon, intendant des jardins du roi. Les dessins de Bulliard attrapent l’œil comme un Gaillet grateron accroche un bas de pantalon!


Galium aparine, Pierre Buillard (1776-1783)

Gaillet Grateron (Galium aparine) dans «Flora Parisiensis» de Pierre Bulliard (1776-1783)


En guise de conclusion, Anne-Sophie Traineau-Durozoy propose à ses invités d'ouvrir un dernier coffre à trésor. Le Fonds Ancien de la Bibliothèque universitaire de Poitiers détient une collection d'aquarelles inédites signées Marie Corneille, une naturaliste locale de la fin du 19ème siècle dont on ne sait rien. Dès les premières planches, je pense aux propos du botaniste français Francis Hallé:

«Il me semble indispensable d'aller à la rencontre de chaque plante en prenant le temps de la regarder, un crayon à la main. Aucune photographie ne peut remplacer cette lenteur nécessaire, cette intimité avec ce qu'on dessine.»

Bellis perennis, dessin de Marie Corneille (1875, Niort)
Pâquerette (Bellis perenis) par Marie Corneille, 1875 à Niort

Le travail de Marie Corneille atteste de son sens de l'observation, de son expertise, de sa patience et de son goût de la nature. Chaque page arrache des soupirs admiratifs aux botanistes qui s'amusent à identifier les spécimens d'après peintures, tant ils semblent frais et bien vivants!


Dominique Provost, Fabien Zunino, Yves Baron... La fine fleure de la botanique poitevine découvre les œuvres de Marie Corneille, illustre artiste, botaniste... Et inconnue!

- On m’avait dit, monsieur, que votre bibliothèque était une des merveilles du monde moderne. Toutefois, je ne l’imaginais pas à moitié aussi fournie.
(Jonathan Strange et Mr Norrell, Susanna Clarke)
Ce court aperçu est loin de citer l'ensemble des ouvrages présentés lors de cette rencontre. La salle de lecture du Fonds ancien de la bibliothèque universitaire de Poitiers est ouverte à tous et gratuite: libre à vous d'aller toucher, sentir et contempler l'ensemble de ces vénérables grimoires, témoins de la grande aventure botanique à travers les siècles.

Araschnia levana par August Johann Rösel von Rosenhof et Christian Friedrich Carl Kleemann (1746-1761)
Carte géographique (Araschnia levana) dans «Der monatlich-herausgegebenen Insecten-Belustigung» par August Johann Rösel von Rosenhof et Christian Friedrich Carl Kleemann (1746-1761). Le Fonds ancien côté entomologie, une autre mine d'or à creuser!

Et puisqu'une bonne nouvelle en appelle une autre: Sauvages du Poitou accueillera dorénavant dans ses pages, entre deux comics strips tricotés à la main, de somptueuses gravures anciennes, dénichées et numérisées par les équipes du Fonds Anciens.

Dragons des bibliothèques: les gardiens des trésors de papier!
Merci à Anne-Sophie, Élise, Olivier et à tous les dragons qui veillent sur les trésors d'encre et de papier!

Pour aller plus loin:

- Site du Fonds ancien de la bibliothèque universitaire de Poitiers

- «Commentaires de M. Pierre-Andre Matthiole, medecin senois, sur les six livres de P. Dioscoride» sur Gallica (BNF)

- «Institutiones rei herbariae» de Joseph Pitton de Tournefort sur Gallica (BNF)

- Ouvrages de Georg-Franz Hoffmann consultables en ligne

- «Flora Parisiensis» de Pierre Bulliard sur Gallica (BNF)

- L’Herbier de Pierre Bulliard, une première dans l’édition scientifique (article de la Bibliothèque Inter Université de Paris)

- «Der monatlich-herausgegebenen Insecten-Belustigung» par August Johann Rösel von Rosenhof et Christian Friedrich Carl Kleemann sur E-Rara

- L'herbier de Mademoiselle Corneille, un article de l'Université de Poitiers


Himantoglossum hircinum par Marie Corneille (1879 à Saint-Florent)

Orchis bouc (Himantoglossum hircinum) par Marie Corneille, 1879 à Saint-Florent (79)


>Voir le billet et ses commentaires...
 

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