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Lichens: une histoire d'amour et d'eau fraîche
Date 04/11/2016
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Cet article fait suite à une sortie «lichens» organisée par l'association Vienne Nature fin octobre 2016, sur le site du Granit de Ligugé (86). Un grand merci à la botaniste Guenièvre Dicev qui animait l'excursion, et à tous les animateurs nature de France et de Navarre qui ouvrent les portes d'univers fascinants et méconnus au grand public!


Lichens: une histoire d'amour et d'eau fraîche!

Parle moi de l’amour sur ta planète...

(Pretty Little Liars, I. Marlene King)

Je vous propose de faire un court détour dans notre parcours botanique, le temps d'un article consacré à l'univers des lichens, qui ne nous rendra guère plus savants qu'avant sa lecture (je n'ai malheureusement rien d'un lichénologue), mais qui j'espère aiguisera notre curiosité et nous donnera envie d'aller fouiller un peu plus loin. Les lichens font partie de ce que certains surnomment la «biodiversité négligée»; une expression élégante pour désigner la part de nature qui ne passionne pas les foules, bien qu'omniprésente, belle et débordante. Regardez un peu autour de vous, les lichens sont partout! Sur les murs, les trottoirs, les rochers, les arbres, au sol... On en recense près de 2000 sortes en France, et de nouveaux lichens sont découverts chaque année.


Le mot «lichen» vient du grec leikhen désignant, en dermatologie, un dartre, c'est à dire une lésion colorée de la peau. Une comparaison peu flatteuse (les lichens n'ont rien d'une maladie et ne nuisent pas à leurs supports, minéraux ou végétaux, bien au contraire) qui s'inspire de l'apparence de certains lichens qualifiés de crustacés, parce qu'ils semblent incrustés à leur support.


Rhizocarpon geographicum, le lichen géographique, Ligugé (86)

Un lichen crustacé: Rhizocarpon geographicum, surnommé le «Lichen géographique». En milieu montagneux, ce lichen permet de suivre le mouvement des glaciers, sa taille indiquant depuis combien de temps la glace a déserté la roche.


Un lichen est une symbiose, c'est à dire une association autonome, intime et durable entre des espèces différentes. Dans le cas du lichen la symbiose réunit au moins un champignon (nommé mycobionte) et des cellules chlorophylliennes capables de photosynthèse (algues et/ou cyanobactéries, nommées phytobionte). Un lichen est donc une famille à lui tout seul, à l'image des célèbres coraux (les coraux sont une association entre des algues et des animaux, les polypes).


Lichen: une histoire d'amour entre un champignon et une algue!


Dans ce mariage réussi, chaque partie remplit son rôle tout en subvenant aux besoins du partenaire. Les champignons (qui constituent plus de 90% du lichen) assurent le support, la protection, les sels minéraux et le milieu humide indispensable aux algues. Ces dernières partagent les nutriments (amidons ou lipides) issus de la photosynthèse. Et comme l'union fait la force, champignons et algues deviennent capables de prouesses inédites qu'ils ne pourraient accomplir s'ils étaient isolés, produisant par exemple des antibiotiques protecteurs, utiles au lichen comme à l'arbre qui le supporte.


Si l'ensemble du lichen peut se fragmenter ou se propager par reproduction végétative, les champignons seuls sont capables de reproduction sexuée, leurs spores dispersées par le vent devant dénicher et séduire une algue là où elles atterrissent pour espérer former un nouveau lichen!


Xanthoria sp, aérodrome de Biard (86)

Les disques à la surface de ce lichen (Xanthoria sp) sont ses organes de reproduction sexuée, nommés «apothécies», d'où jaillissent les spores célibataire du (des) champignon(s) en quête d'une algue à séduire.


Ainsi organisés, les lichens sont prêts à faire face aux situations les plus improbables: haute montagne, bords de mer, lave refroidie... D'autant plus qu'il sont très patients (ils peuvent stopper temporairement leur croissance en cas de coup dur) et peu gourmands. Certains lichens sont capables de trouver leur subsistance dans la roche même, le champignon lichenisé parvenant à en extraire les minéraux. La plupart des lichens se contentent du peu qu'ils trouvent dans la poussière, la rosée du matin ou les gouttes de pluie. Bref, les lichens vivent littéralement d'amour et d'eau fraîche!


Dès lors, on comprend pourquoi les lichens sont capables de coloniser un monde minéral, préparant le terrain aux mousses qui viennent à leur suite, et offrant finalement le substrat qui permet à l'ensemble du règne végétal de se déployer.


Jurassic park sur un vieux mur à Poitiers

Pas besoin d'une machine à remonter le temps pour être témoin de la grande épopée végétale: roches, lichens, mousses, plantes pionnières... Un vieux mur près de chez vous, une loupe, un soupçon de curiosité, et c'est le début d'un fabuleux voyage!


Si les lichens sont capables d'insuffler la vie à un paysage aussi moribond qu'un cailloux, chaque lichen se montre particulièrement exigeant quant à son milieu de prédilection (on reconnait bien là le caractère capricieux des champignons!). Certains préfèrent les roches siliceuses, d'autres les roches calcaires, les troncs des feuillus ou des conifères, la sécheresse ou l'humidité...


Usnea sp, Usnée, Ligugé (86)

Une petite Usnée (Usnea sp) au bord du chemin? Inspirez, c'est peut-être le moment de prendre un bol d'air...


La plupart des lichens sont sensibles à la qualité de l'air. C'est pourquoi une faible diversité de lichens indique souvent un environnement pollué, où il ne fait pas bon respirer! A l'inverse, certains lichens sont les indicateurs d'un environnement sain, telles certaines Usnées (Usnea sp), dont les «barbiches» pendues aux branches peuvent être le signe indien d'un air pur et montagnard.


Lichens, Biard aérodrome (86)

En regardant d'un peu plus près un gang de lichens sur une branche, vous observerez surement une diversité ahurissante de spécimens, de formes, de textures et de couleurs au centimètre carré! A l'extrême gauche, les lanières verdâtre dessus, blanches dessous d'Evernia prunastri, plus connu sous le nom de «Mousse de Chêne», un lichen utilisé dans la composition des parfums boisés (parfumerie et savonnerie).


La diversité des lichens s'exprime dans leurs formes multiples et spectaculaires. Leur thalle (c'est ainsi qu'on appelle un appareil végétatif ne possédant ni feuilles, ni tiges, ni racines) peut être crustacé (comme incrusté dans son support), foliacé (formant des sortes de «feuilles»), squamuleux (formant des «écailles», à mi chemin entre crustacé et foliacé), fruticuleux (formant des «lanières»), complexe (formant des «jambes» ou des «pieds»), gélatineux...


Cladonia sp, Poitiers bords de Boivre

Les incroyables «pieds» dressés (qu'on apelle podetium) d'un lichen complexe (Cladonia sp) sur un vieux mur à Poitiers.


L'identification précise d'un lichen est un travail minutieux qui repose sur l'utilisation d'une loupe, voir d'un microscope. Néanmoins, on peut déjà dégrossir le terrain et prendre plaisir à observer leur variété autour de nous, avec l'aide d'un ouvrage adéquat (voir liens en bas d'article) et d'un minimum de vocabulaire. A la loupe, La partie visible (le thalle) d'un lichen pourrait se décrire ainsi:


Le thalle des lichens, Sauvages du Poitou!

Cortex supérieur : couche supérieure protectrice (la peau en quelque sorte).

Cils : ils permettent au lichen de retenir l'eau ou la rosée.

Apothécies : ce sont les organes de reproduction sexuée, des «coupoles» d'où jaillissent les spores du champignon lichénisé.

Soralies ou isidies : ce sont les minuscules organes de reproduction végétative qui permettent au lichen de se propager. On parle de soralies lorsqu'il s'agit de «déchirures» granuleuses à la surface du cortex, d'une couleur différente que celle du thalle, ou d'isidies lorsqu'il s'agit de petits bourgeons recouverts par le cortex, et dont la couleur est donc identique au thalle.

Cortex inférieur : suivant les formes, couche inférieure protectrice, qui porte les rhizines, les «fausses racines» qui permettent au lichen de s'accrocher à son support. Entre le cortex supérieur et inférieur se trouve généralement la couche algale et la couche formée par les champignons, nommée médulle, mélangées ou disposées en «lasagnes» l'une sur l'autre.

Pertusaria amara, Ligugé (86)

Le thalle recouvert de soralies granuleuses de Pertusaria amara, un lichen crustacé que l'on identifie entre autres signes à son goût fortement amer (attention, les lichens sont généralement toxiques, il suffit de l'effleurer du bout du doigt avant de porter le doigt à sa langue).


Ici s'arrêtent nos premiers pas timides et prudents dans le monde des lichens... Mais déjà, nous pouvons commencer à sentir que même lorsque nous sommes acculés face à un mur misérable, et en l'absence de toute végétation, jamais la vie ne cesse de nous offrir son incroyable récital!


Pour aller plus loin:

- Description des lichens de France sur le site de l'Association Française de Lichénologie

- Zoom sur les lichens sur le site de Bourgogne nature

- Les lichens sur Wikipedia


Lectures recommandées:

- Guides des lichens de France aux éditions Belin, trois volumes: lichens des arbres, lichens des sols, lichens des roches.

- L'évolution vue par un botaniste de Jean-Marie Pelt (éditions Fayard)


Cladonia sp, Ligugé (86)

Un tapis de lichens (Cladonia sp) recouvrant le sol granitique et ingrat du site du Granit à Ligugé (86), où l'on recensait 70 espèces de lichens différents dans un inventaire datant des années 70!

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Corydale jaunâtre, la pélerine
Date 11/08/2016
Ico Murs et rocailles
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Pseudofumaria alba, Corydale jaunâtre, Nouaillé-Maupertuis (86)

Corydale jaunâtre, mur de l'abbaye de Nouaillé-Maupertuis (86)


Pseudofumaria alba (Corydale jaunâtre) appartient au clan Papaveraceae, au côté des Pavots, des Coquelicots, de la Grande Chélidoine ou des Fumeterres avec qui l'air de famille est le plus flagrant; au point que la Sauvage en est devenu Pseudofumaria, une «pseudo Fumeterre»! En français, on l'appelle plus volontiers Corydale qui vient du grec corydallos, l'«alouette», un volatile au doigt postérieur particulièrement long: une référence aux larges éperons des fleurs de la Sauvage (pour rappel, un éperon est est une extension de la corolle d'une fleur, formant un tube allongé).


Pseudofumaria alba, Corydale jaunâtre, Nouaillé-Maupertuis (86)
Fleurs de la Cordyale jaunâtre: corolle en tube, prolongée d'un éperon courbé vers le bas, formée de 4 pétales.


Pseudofumaria alba est une Sauvage qui trouve ses origines vers la chaîne des Balkans. C'est en tant que plante ornementale qu'elle s'est invitée jusque dans les jardins et les rocailles françaises (et dans le reste de l'Europe), d'où elle s'échappe parfois pour flâner le long des trottoirs. La belle n'a rien d'une envahisseuse et reste une voyageuse discrète, qu'on croisera avec plaisir ici et là en milieu citadin.


Pseudofumaria alba, Corydale jaunâtre, Poitiers Chilvert

La Corydale jaunâtre, des Balkans jusqu'au Poitou!

- C’est marrant, j’aurais juré que les montagnes rocheuses étaient plus rocheuses que ça.

- Ouais, ils racontent vraiment n’importe quoi à la télé.

(Dumb and Dumber, Bobby et Peter Farrelly)

Pseudofumaria alba est une vivace (à la vie courte) qui s'installe sur les roches, les murs, les toits, où elle côtoie lézardes et lézards et retrouve un peu la saveur de ses montagnes natales. Ses grappes de fleurs tubulées s'affichent entre avril et juillet, comme autant de petits capuchons blancs de pèlerins!


Pseudofumaria alba, Corydale jaunâtre, Poitiers Chilvert

Feuille de la Corydale jaunâtrealternes, de forme générale triangulaire, bi ou tripennées.


Ses feuilles persistantes, délicatement découpées rappellent certaines fougères, comme Asplenium ruta-muraria. Pseudofumaria alba en possède la grâce et l'apparente fragilité... A vrai dire, la Sauvage ne craint pas grand chose, si ce n'est les sécheresse trop prolongées et les assauts des limaces affamées au printemps. Elle se contente d'un bout de mur calcaire ou de trottoir et ne tremble jamais devant les grands froids.


Corydale jaunâtre, Nouaillé-Maupertuis (86)


A la fin de l'été, les fruits pointus (des capsules) de Pseudofumaria alba renferment de nombreuses graines (contrairement à ceux de ses sœurs Fumeterres qui n'en contienne qu'une seule). C'est à dos de fourmis que la Sauvage perpétue son pèlerinage le long de nos trottoirs et de nos murs: les insectes en emportent les semences (celle ci est munie d'une excroissance appétissante, l'élaïosome), dispersant les générations futures, d'une fissure à une autre.


Pseudofumaria alba, Corydale jaunâtre, Nouaillé-Maupertuis (86)
Fruits de la Corydale jaunâtre tombés au sol, bientôt la suite du voyage?


Pseudofumaria alba, la pélerine! Sauvages du Poitou


Pseudofumaria lutea, Corydale jaune, Nouaillé-Maupertuis (86)

Corydale jaune (Pseudofumaria lutea), une autre pèlerine du clan Papaveraceae que l'on peut trouver ici et là en Poitou (ici au pied de l'abbaye de Nouaillé-Maupertuis dans la Vienne).


Pour aller plus loin:

- Pseudofumaria alba sur Tela botanica

- Pseudofumaria lutea sur Tela-botanica


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Origan commun, le philtre d'amour
Date 03/06/2016
Ico Villes, chemins & terrains vagues
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Origanum vulgare, Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillère

Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillère


Origanum vulgare (Origan commun ou Marjelène en poitevin-saintongeais) appartient à la grande famille Lamiaceae, dont les membres présentent des tiges à section carrée et des fleurs en forme de bouche (voir l'article complet sur le sujet pour la petite histoire).


Son nom vient des mots grecs Oros et Ganos, respectivement «montagne» et «éclat». Origanum vulgare est donc la «beauté des montagnes», et on se demande bien pourquoi, dans la mesure où la Sauvage trouve probablement ses origines autour du bassin méditerranéen (elle peut cependant pousser jusqu'à 2000 mètres d'altitude).

- C’est marrant, j’aurais juré que les montagnes rocheuses étaient plus rocheuses que ça.

- Ouais, ils racontent vraiment n’importe quoi à la télé.

(Dumb & Dumber, Frères Farrelly)

Origanum vulgare, Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillère

Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillère


De ses origines méditerranéennes, Origanum vulgare a gardé le goût des sols rocheux, arides, des rocailles bien exposées au soleil (un simple mur peut lui suffire!). La Sauvage est vivace et coriace: elle supporte des température jusqu'à -15°C l'hiver et ne connait quasiment ni maladies , ni prédateurs dans des conditions ordinaires (on peut tout de même citer les chenilles de l'Azuré du serpolet, voir plus bas).


Origanum vulgare, Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillère

Fleurs de l'Origan commun: quatre étamines saillantes (deux d'entre elles dépassent nettement au dessus des lèvres) se dressent depuis une corolle formée d'une lèvre supérieure plane et échancrée et d'une lèvre inférieure étalée et trilobée.


Les fleurs roses d'Origanum vulgare, très mellifères, apparaissent au cœur de l'été; la Sauvages est visitée par les abeilles jusqu'en septembre.


Origanum vulgare, Origan commun, Poitiers bords de Boivre

Feuilles de l'Origan commun: opposées, entières (ou vaguement denticulées), ovales ou elliptiques.


Origanum vulgare se récolte (et se consomme) comme le Thym: on fait sécher les parties aériennes de la plante (sans les racines) en bouquets, pendus la tête en bas, dans un local bien aéré.


A vrai dire, en cuisine, Origanum vulgare a d'avantage d'odeur qu'il n'a de goût... L'Origan préconisé dans les recettes est généralement issu d'une autre Sauvage méditerranéenne, l'Origan marjolaine (Origanum majorana), cultivée chez nous comme une aromatique annuelle: une sudiste qui ne survit pas à l'humidité et au froid des hivers picto-charentais (mais réchauffement climatique oblige, les temps peuvent changer!).


Pour profiter pleinement de la saveur d'Origanum vulgare, notre Origan sauvage et local, le mieux reste d'emprunter la recette du «thé solaire» au botaniste François Couplan: placer la plante dans une gamelle pleine d'eau et laisser quelques heures en plein soleil; dans ce mode d'infusion délicat (et poétique), les substances les plus volatiles seules sont extraites...


Tasse de thé solaire à l'Origan commun

Tasse de thé solaire à l'Origan commun


Côté pharmacie, Origanum vulgare est une Sauvage tannique (asséchante) qui facilite la digestion et possède des vertus antiseptiques (particulièrement contre les infections respiratoires), toujours à l'image du célèbre Thym.


On a autrefois considéré l'Origan comme un philtre d'amour: quelques feuilles jetées discrètement dans l'assiette de son (ou sa) bien-aimé(e) pouvaient faire pencher son cœur du bon côté. On lui prêtait même des vertus aphrodisiaques pendant l'antiquité... Des considérations qui semblent aujourd'hui bien excentriques, mais pensez y (et gardez la tête froide) la prochaine fois que vous vous retrouvez en tête à tête devant une pizza parfumée à l'Origan!


Origan commun, Sauvages du Poitou!



Le petit monde d'Origanum Vulgare


Un petit papillon de jour, l’Azuré du serpolet (Phengaris arion), se délecte lui aussi de la Sauvage, mais moins pour ses vertus digestives que pour se taper la cloche… Au début de l’été, la femelle pond ses œufs sur la corolle de la plante. La chenille naît un mois plus tard avant de s’enfoncer dans le bouton de la fleur pour s’y cacher. A l’issue de sa troisième mue, la chenille se laisse finalement tomber au sol et attend d’être récupérée par les fourmis (du genre Myrmica) qui l’embarquent jusque dans leur fourmilière. Le secret de notre petite chenille pour ne pas finir hachée en steak tartare par une paire de mandibules? Elle sécrète un miellat qui régale et nourrit les fourmis! Cette association tourne à la symbiose sur le principe: «Voilà un sucre d’orge; en échange, protège moi des parasites et des prédateurs!».

Phengaris arion, Azuré du serpolet, crédit photo: Springfield
Madame Azuré du serpolet en train de pondre sur les fleurs de l'Origan commun

Seulement voilà… La chenille établit sa cantine dans la fourmilière en dévorant œufs et couvain des propriétaires, en échange de ses douceurs qui tournent la tête aux fourmis. Mieux encore: les chenilles émettent des stridulations identiques à celles que produisent les fourmis entre elles pour communiquer. L'imitatrice ne se contente pas de copier le chant des ouvrières: elle se fait passer pour la reine, se hissant en haut de l’échelle sociale afin de bénéficier d’un traitement de faveur. La dévoreuse passe l’hiver dans la fourmilière, s’y métamorphose puis s’envole avant que ses hôtes ne découvrent le subterfuge.
- Je suis quasiment sûr que nous avons affaire à un serial killer.
- Un quoi ?
- Un tueur en série.
- Ah! Un serial killer!
( La cité de la peur, les Nuls)
A sa décharge, l’Azuré du serpolet est une espèce protégée qui se raréfie en France. Sa disparition est due à la nécessité pour le papillon de bénéficier dans son milieu tant de ses plantes hôtes (Origan commun ou Thym serpolet) que d’un nombre suffisant de fourmilières de Myrmica. En Poitou-Charentes, elle est considérée comme assez rare. Aussi, si vous la croisez, admirez la magie de son vol bleu, rapide et nerveux, et oubliez ses mœurs de hors-la-loi!

La recette de l'Azuré du Serpolet, Sauvages du Poitou!


Pour aller plus loin:

- Origanum vulgare sur Tela-botanica


Origanum vulgare, Origan commun, Ensoulesse (86)

Origan commun à la fin de l'été: les fleurs disparaissent peu à peu, reste le spectacle fascinant des bractées pourpres.

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