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Hair'borisation parmi les Géraniums
Date 08/02/2020
Ico Villes, chemins & terrains vagues
Comms 2 commentaires
Geranium robertianum, Herbe-à-Robert, Poitiers bords de Boivre
Herbe-à-Robert en plein Hellfest: cheveux au vent et cornes diaboliques!

Nous avions déjà croisé lors d'un article précédent le Géranium herbe-à-Robert (Geranium robertianum). La sulfureuse Herbe-à-Robert appartient au clan des Geraniaceae. Géranium dérive du grec geranos, la grue, les fruits des Géraniacées présentant généralement des pointes qui évoquent le bec d’un oiseau. A maturité, leurs styles s’enroulent brusquement sous l’effet de la chaleur, catapultant les semences alentour (autochorie).

Geranium dissectum, Géranium découpé, Vouneuil-sous-Biard (86)
Fruits (becs!) du Géranium découpé, Vouneuil-sous-Biard (86)

Géraniacées, Sauvages du Poitou!

Quant aux célèbres fleurs ornementales de nos balcons, injustement nommées «géraniums», elles sont en réalité des Pélargoniums, également membres de cette famille mais originaires d’Afrique du sud, aux fleurs irrégulières. Ils tirent leur nom du grec pelargos, la cigogne… De la botanique à l’ornithologie, il n’y a qu’un tout petit saut de mésange!

Pelargonium sp, Rochechouart (87)
Fleurs irrégulières d'un Pélargonium horticole

Les oiseaux volent haut dans le ciel mais il faut bien qu’ils redescendent parfois.
(True blood, Alan Ball)

La dentelle des feuilles palmatiséquées, pétiolulées, au contour triangulaire de l'Herbe-à-Robert est reconnaissable au premier coup d’œil (attention, Il existe une espèce proche moins commune, le Géranium pourpre, Geranium purpureum, dont la répartition se concentre au sud d'une diagonale allant de Normandie jusqu’en Savoie). Mais on croise bien d'autres géraniums autour des villes, moins évidents à distinguer les uns des autres. On prêtera attention à leurs feuilles, à leurs fleurs, à leurs fruits et surtout à leurs plumes, c'est à dire à la pilosité de ces drôles d'oiseaux. En avant pour un défilé de chignons; et comme de coutume dans le milieu du cheveu, en avant pour une série de jeux de mots capillaires dignes des enseignes de nos salons de coiffure préférés!

Hair'borisons avec Sauvages du Poitou!

Geranium molle, Géranium mou, Poitiers porte de Paris
Géranium mou: le Hair'Hissé

Entamons cette promenade non exhaustive au pays des Géraniums avec le Géranium mou (Geranium molle), une annuelle qui aime la chaleur et colonise les cultures, les bords des routes et les terrains vagues (sols gavés en azote par les amendements ou les pollutions citadines). Plus que le Sauvageon, c'est son coiffeur qui connait un sérieux coup de mou: ses poils sont denses, relachés, de tailles inégales. Ses petites fleurs affichent cinq pétales échancrés. Ses feuilles douces à silhouette ronde sont palmatifides, en cinq à sept lobes, chaque lobe étant lui même divisé en trois à son extrémité.


Geranium rotundifolium, Géranium à feuilles rondes, Poitiers sous Blossac

Géranium à feuilles rondes: le Milit'Hair


Le Géranium à feuilles rondes (Geranium rotundifolium) est une annuelle, qui fréquente les mêmes lieux que le Géranium mou. Il n'est pas rare de les croiser côte à côte, et la confusion est possible. Les feuilles de Geranium rotundifolium présentent aussi des feuilles «rondes» palmatifides. Ses pétales ne sont pas (ou très peu) échancrés, avec un bord presque droit. Son coiffeur a un excellent coup de ciseaux: ses poils sont courts, dressés à la perpendiculaire et assez réguliers (parfois surmontés de minuscules glandes rougeâtres): une jolie brosse!


Geranium pyrenaicum, Géranium des Pyrénées, Angles-sur-l'Anglin (86)

Géranium des Pyrénées: le Fi'Hair


Le Géranium des Pyrénées (Geranium pyrenaicum) est une vivace majestueuse (jusqu'à 50 cm de hauteur) qui, comme son nom ne l'indique pas et contrairement aux ours, fréquente les décombres, les bords des chemins et les sols enrichis en azote. Ses feuilles ont une silhouette rondes à la base (on peut les confondre avec les deux spécimens précédents) et sont de plus en plus petites en haut des tiges. Il s'en distingue par la taille de ses fleurs (jusqu'à 2cm de diamètre) aux pétales nettement échancrés, deux fois plus longs que les sépales. La pilosité de ses pétioles regroupe des poils minuscules et quelques long poils épars: c'est un coiffé décoiffé.


Geranium lucidumn Géranium luisant, Angles-sur-l'Anglin (86)

Géranium luisant: l'Imb'Hair'Be


Le Géranium luisant (Geranium lucidum) est une annuelle qui affectionne les vieux murs; il est plus rare dans le nord est du pays. Lui aussi dresse des feuilles «rondes» palmatifides, mais leur aspect est nettement luisant et charnu. Elles peuvent rougir avec l'âge. Les pétales de ses petites fleurs ne sont pas échancrés, leur bord est arrondi. Ses tiges et ses feuilles sont presque lisses et glabres, parfois rougeâtres. C'est le chauve de la bande!


Geranium dissectum, Géranium découpé, Poitiers bords de Clain

Géranium découpé: Cut Kill'Hair


Avec le Géranium découpé (Geranium dissectum), une annuelle nitrophile, la silhouette des feuilles change de registre: elles sont très découpées (quasiment jusqu'au pétiole), en des lobes linéaires. Cet as du ciseau porte bien son nom! Ses petites fleurs font au plus 5mm et sont brièvement pédonculées. Sur ses pétioles et sur ses feuilles, les poils sont hérissés (parfois glanduleux).


Geranium columbinum, Géranium colombin, Biard (86)

Géranium colombin: Sup'Hair Man


Le Géranium colombin (Geranium columbinum) est une annuelle (parfois bisanuelle) qui dresse également des feuilles très découpées, en des lobes linéaires, mais d'une couleur nettement plus glauque que le Géranum découpé. De plus, ses fleurs sont plus grosses, jusqu'à 10mm, longuement pédonculées. Là aussi, l'observation de sa pilosité peut nous aider: ses poils sont très appliqués sur les pétioles et sur ses feuilles (non glanduleux). Comme superman, c'est un adepte de la gomina!


Ici s'arrête cette série de portraits capillaires. La clientèle des salons de coiffure français mériterait un book bien plus fourni : on recense dans notre pays 27 espèces de Géraniums, le plus souvent nitrophiles (amateurs d'azote). Mais avant que de manquer de pellicule, laissons place à l'objectif de notre lépidoptériste maison, Olivier Pouvreau, qui faute de poux conserve toujours quelques bestioles colorées dans sa forêt de tifs.


Geranium sanguineum, Géranium sanguin, Poitiers Rochers du Porteau Geranium nodosum, Géranium noueux, Lyon (69)

Géranium sanguin (Geranium sanguineum) à gauche;

Géranium noueux (Geranium nodosum) à droite... A suivre!



Le petit monde des Géraniacées


Sur les cheveux de certaines espèces de Géraniums (robertianum, molle, rontudifolium et dissectum) vivent de minuscules chenilles dont l’aspect rappelle celui des cloportes. Elles appartiennent à une petite espèce de Lépidopt'«hair» diurne appelée Collier de corail (Aricia agestis). Pourquoi ce nom? C’est que ce dernier, qu’il soit mâle ou femelle, apparaît décoré d’un superbe collier orange bordant ses ailes.


Aricia agestis, Collier de corail (crédit photo Olivier Pouvreau)

Collier de corail: le mariage de l’entomologie et de la joaillerie.


Cela dit, ce bijou est aussi un piège pour l’observateur car d’autres papillons de la même famille (celle des Lycénidés) exhibent la même breloque (la femelle de l’Azuré commun, Polyommatus icarus par exemple). Conseil de Sauvages du Poitou: méfiez-vous de ces espèces lors de vos identifications sur le terrain!


Aricia agestis, Collier de corail (crédit photo Olivier Pouvreau) Polyommatus icarus, Azuré commun (crédit photo Olivier Pouvreau)

Collier de corail à gauche et Azuré commun femelle à droite: le jeu des différences.


Si le Collier de corail a choisi quelques espèces de géraniums comme plantes nourricières pour ses chenilles, nous ne pouvons pas passer sous silence un autre papillon amateur de Géraniacées: le Brun des pélargoniums (Cacyreus marshalli) dont le nom indique sans équivoque la plante-hôte larvaire.


Cacyreus marshalli, Brun des pélargoniums (crédit photo Olivier Pouvreau)

Brun des pélargoniums: commun en ville non loin des parterres fleuris, des jardinières...


S’il est aujourd’hui bien établi dans le Poitou, son arrivée date de la fin des années 1990 en France, venu d’Afrique du sud par bateaux transportant des pieds de sa plante favorite. Alors, le petit brun, nous direz-vous, est-il une nouvelle espèce invasive? En réalité, si la législation française le considère comme «nuisible», il n’est franchement pas dommageable pour vos jardinières. Et puis avec son dessous marbré et sa petite queue aux ailes postérieures, il ne manque pas d'«Hair»!


Cacyreus marshalli, Brun des pélargoniums (crédit photo Olivier Pouvreau)

Œufs de Brun des pélargoniums sur bouton floral de Pélargonium


Cacyreus marshalli, Brun des pélargoniums (crédit photo Olivier Pouvreau)

Des crottes sur des feuilles de Pélargonium? Le petit brun a encore frappé! Avez-vous trouvé la chenille sur la photo?


Pour aller plus loin:

- Geranium molle : identification assistée par ordinateur

- Geranium rotundifolium : identification assistée par ordinateur

- Geranium pyrenaicum sur Tela-botanica

- Geranium lucidum : identification assistée par ordinateur

- Geranium dissectum : identification assistée par ordinateur

- Geranium columbinum sur Tela-botanica

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Garance voyageuse: la vie en rouge
Date 15/08/2019
Ico Haies & forêts
Comms 4 commentaires

Rubia peregrina, Garance voyageuse, Poitiers bords de Boivre

Garance voyageuse rougissante en hiver


Rubia peregrina (Garance voyageuse) appartient au clan Rubiaceae, de même que les célèbres Gaillets (Galium spp). Les membres de cette famille présentent le plus souvent des tiges carrées, ainsi que des feuilles verticillées, c'est à dire disposées en couronne ou en étoile autour de la tige. Leurs fleurs sont généralement discrètes, à quatre ou cinq pétales. Celles de la Garance voyageuse pointent en été (entre juin et aout) cinq pétales jaunes pâles terminés en pointe. Elles sont réunies en cymes généreuses à l’aisselle des feuilles et à l’extrémité des rameaux, compensant leur discrétion par le feu d'artifice de leur assemblée.


Rubia peregrina, Garance voyageuse, Poitiers bords de Boivre

Fleurs de la Garance voyageuse en été: "Oh la belle verte!"

Peignons ces roses en rouge, du plus éclatant des rouges, il faut les peindre coûte que coûte sans en perdre une goutte!

(Alice au pays des merveilles, Walt Disney)

La Garance voyageuse est une vivace forestière qui aime la lumière et les sols secs. On la croise le long des lisières des forêts sèches, ou dans les bois clairs. Ses feuilles coriaces, brillantes et persistantes rougissent à l'approche de l'hiver. Le genre Rubia emprunte d'ailleurs son nom au latin ruber, rouge: les Garances sont des célèbres plantes tinctoriales. La Garance des teinturiers (Rubia tinctorum) a été largement cultivée, depuis la Grèce antique, son rhizome permettant d'obtenir une teinture rouge pur. La Garance voyageuse a parfois été utilisée en ce sens, mais sans connaitre d’industrialisation, ses racines plus minces offrant un colorant moins vif, rouge-orangé. Vous en conviendrez, il est difficile de se passer d'une touche de (nez) rouge dans la vie... Merci les Garances!


* Pas très drôle / Très drôle


La réalité est moins clownesque: le colorant produit à partir de la Garance des teinturiers a longtemps servi à teindre les pantalons de l'armée française, le rouge «garance» aidant les soldats à reconnaitre leurs pairs dans la fureur des combats. Mais il offrait aussi une cible de premier choix à l'ennemi, ce qui entraina son abandon au profit d'une culotte plus discrète, bleu horizon, à partir de la première guerre mondiale.

Dès le 19ème siècle, la chimie se substitue aux plantes tinctoriales. La Garance des teinturiers reste utilisée de nos jours par les artistes pour fabriquer des encres naturelles, des pigments ou des laques (peintures fines, aquarelles, huiles…).


Rubia peregrina, Garance voyageuse, Poitiers bords de Boivre

Des feuilles verticillées (2 à 5), ovales-lancéolées, persistantes, coriaces et surtout crochues: accroche toi à la Garance voyageuse, j'enlève l'échelle!

- Il serait possible de me coller à vous pendant quelques jours?

- Ah mais toute la vie si vous voulez!

(Taxi 3, Gérard Krawczyk)

Si les feuilles de certains Gaillets (Gaillet gratteron) sont réputées pour leur pouvoir agrippant, la Garance voyageuse n'a pas à rougir de ce côté : les siennes sont bardées d'aiguillons qui accrochent les fourrures des animaux ou les vêtements des promeneurs. La belle est capable de s’agripper au point de vous griffer superficiellement la peau. Ses crochets lui permettent d'ériger sa longue tige (ligneuse à la base, jusqu'à 2 mètres de longueur) vers la lumière en prenant appui sur d'autres végétaux, sur une clôture ou sur un grillage; à l'occasion, ils lui permettent aussi de faire un bout de route grâce à votre bas de pantalon, dispersant peut-être quelques fruits au passage.


Rubia peregrina, Garance voyageuse, Poitiers bords de Boivre

Baies de la Garance voyageuse en automne: "Hep taxi!"


Ses baies lisses et noires à maturité (légèrement toxiques et laxatives pour l'homme) sont surtout destinées à être picorées par les animaux, à commencer par les rouges-gorges. Des oiseaux rouges, forcément, qui propagent les fruits qu'ils consomment en les rejetant via leurs fientes. La Garance voyageuse est une habituée du «taxi crotte» (endozoochorie), empruntant les intestins des volatiles, des chèvres ou des moutons pour parvenir à ses fins. Pourtant, malgré son goût du voyage qu'elle porte jusque dans son nom (peregrina est «l'étrangère» en latin), la Garance voyageuse semble absente dans le nord et le nord-est de la France.


L'endozoochorie ou le taxi-crotte, Sauvages du Poitou!


On raconte que le lait, l'urine, la laine ou même le bec et les os des animaux qui consomment régulièrement la Garance voyageuse se teintent de rouge... Je ne saurais dire si c'est vrai, mais les jeunes feuilles tendres de la Garance voyageuse sont parfois grignotées par le Crache sang (Timarcha tenebricosa). Ce gros coléoptère aux élytres soudées (il est incapable de voler) se nourrit des Gaillets et apparentés. Dérangé ou menacé, il excrète des goutes d'hémolymphe rouge-orangé, une «encre» sanguine au goût peu appétant qui le protège de ses prédateurs. Bref, lui aussi fait dans le vermillon, surtout quand il voit rouge!


Timarcha tenebricosa, Crache-sang, bois de la Brie à Vivonne (86)

Crache-sang sur Garance voyageuse, bois de la Brie à Vivonne (86)


En guise de conclusion, impossible de faire l'impasse sur une célèbre revue qui emprunte le nom de notre Sauvage: depuis 1988, La Garance voyageuse livre directement dans la boite aux lettres de ses abonnés, saisons après saisons, des articles rigoureux, drôles, dessinés, forcément accrocheurs et attachants (Garance oblige) autour du monde végétal. Avis aux apprentis botanistes!


Pour aller plus loin:

- Rubia peregrina sur Tela-botanica

- Numéro de découverte de la revue La Garance Voyageuse

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Circée de Paris: Titi la petite sorcière
Date 01/11/2017
Ico Haies & forêts
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Circaea lutetiana, Circée de Paris, Biard bords de Boivre (86)

Circée de Paris ou «Herbe aux sorcières», Biard bords de Boivre (86)

- Oh! Une sorcière si mignonne...

- Kiki, pour vous servir!

(Kiki la petite sorcière, Hayao Miyazaki)

Circaea lutetiana (Circée de Paris) appartient à la famille Onagraceae, aux côté des Onagres, des Épilobes, des Fushias de nos jardins ou des Jussies (Ludwigia sp), les terribles pirates des étangs et des cours d'eau. Pourtant, à l'heure où les monstres d'Halloween défilent à notre porte, notre Sauvage n'endosse pas un costume de corsaire, mais plutôt celui d'une sorcière: Circaea lutetiana est surtout connue sous le nom d'Herbe aux sorcières... Encore des salades de magiciennes me direz-vous? Que voulez-vous, les sorcières, de même que les curés, furent d'excellentes botanistes en leur temps; il est normale que les Sauvages leur rendent hommage de temps en temps.


Sorcière: la botaniste du Moyen Âge? Sauvages du Poitou!


Prenez garde, Circaea lutetiana n'est pas n'importe quelle sorcière: elle emprunte son nom à Circée (Kirkê en version originale), une puissante magicienne dans la mythologie grecque. Experte en drogues, en poisons et reine des métamorphoses, Cirsée est surtout célèbre pour sa participation au casting de l'Odyssée de Homère, où elle change les compagnons d'Ulysse en porcs. On raconte que ce sont les botanistes Mathias de l'Obel — alias Lobelius — et Jacques Daléchamps avant lui (XVIème siècle) qui désignèrent la plante comme celle utilisée par l'enchanteresse pour préparer la potion permettant de transformer les marins en cochons!


Circaea lutetiana dans Plantarum seu stirpium historia de Mathias de l'Obel (1576)

Circée de Paris (à gauche) dans Plantarum seu stirpium historia de Mathias de l'Obel (1576)


Circaea lutetiana a côtoyé d'autres plantes sorcières dans les grimoires (Mandragore, Morelle...), mais on sait aujourd'hui qu'elle ne se démarque ni pour sa dangerosité, ni pour ses vertus médicinales. Reste qu'elle est fortement tannique et plutôt impropre à la consommation (sans parler du risque de se transformer en cochon?).


Circaea lutetiana, Circée de Paris, Ainhoa (64)

Circée de Paris, Ainhoa (64)

- Bonjour monsieur, y a-t-il une sorcière dans cette ville?

- Non... J'en ai pas vu depuis longtemps.

- Alors je vais m'installer ici! (...) Je me présente: je suis sorcière, je m'appelle Kiki!

(Kiki la petite sorcière, Hayao Miyazaki)

C'est peut-être pour la différencier d'une autre Circée, la Circée des Alpes (Circaea alpina), que notre Sauvage devint la Circée de Paris (lutetiana pour Lutèce, le nom romain de la capitale française), ou en quelque sorte, Titi la petite sorcière! Elle est cependant commune sur l'ensemble du territoire, à l'exception de la région méditerranéenne (protégée en Provence-Alpes-Côte d'Azur). A l'inverse, la Circée des Alpes est rare en France, présente en région méditerranéenne et dans le sud-est seulement.


Circaea lutetiana, Circée de Paris, Biard bords de Boivre (86)

Paire de pétales échancrés des fleurs de la Circée de Paris en été: on observe bien l'ovaire infère, une des caractéristiques du clan Onagraceae.


Circaea lutetiana est une vivace qui recherche les sols riches, humides et ombragés des forêts riveraines (près des rivières et des ruisseaux). Certains auteurs peu enclins à la magie pensent d'ailleurs que sa qualité de «sorcière» serait une déformation de «sourcière», sa présence signalant souvent la proximité d'un point d'eau.


Circaea lutetiana, Circée de Paris, Marçay (86)

Les feuilles opposées, ovales, acuminées, denticulées de la Circée de Paris.


Le port modeste de Circaea lutetiana (une cinquantaine de centimètres) est largement compensé par ses colonies très fournies, en particulier sur les sols fréquentés par l'homme. Ses rhizomes souterrains assurent une expansion efficace, et ses fruits s'agrippent aux animaux de passage, à la manière du Gaillet gratteron, pour se disperser jusque dans les villes et les jardins (voir notre article sur l'epizoochorie). Pour le botaniste hollandais Herman Boerhaave (XVIIIème siècle), la Sauvage est liée à Circée à cause de ses fruits: les semences s'accrochent aux passants comme Circée attrape les voyageurs de passage. Ceux qui ont lu l’Odyssée savent combien Ulysse et ses compagnons ont eu du mal à se défaire de la magicienne, un brin collante; d'autres diront que Circée était juste attachante, à l'image de notre Sauvage, discrète, mais pas moins ensorcelante!


Circaea lutetiana, Circée de Paris, Biard bords de Boivre (86)

Fruits de la Circée de Paris (des capsules velues) qui restent visibles très longtemps en hiver, à l'affut des bas de pantalon des aventuriers.



Pour aller plus loin:

- Circaea lutetiana sur Tela-botanica

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