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Le bonheur est dans la prairie humide
Date 25/09/2016
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Cet article fait écho à une sortie terrain, sur le thème de la (re)découverte des bords de Boivre, organisée par l'association du Triton de Vouneuil fin septembre 2016, animée par le technicien de rivière Nicolas Hutin. Protéger la nature, c'est aussi prendre le temps d'éduquer, de raconter et d'expliquer, encore et encore... Un grand merci à eux!

Populus sp, Peuplier du culture, bords de Boivre à Vouneuil-sous-Biard (86)

Bords de Boivre à Vouneuil-sous-Biard (86): des souches qui annoncent la fin du règne sans partage des grands Peupliers...


Dans le département de la Vienne, les habitant des communes de Poitiers et de Vouneuil-sous-Biard n'ont sans doute pas manqué les chantiers récents qui ont bouleversé les «forêts» longeant la Boivre (sous-affluent de la Loire par le Clain puis la Vienne). Peut-être même que certains d'entre eux se sont attristés en voyant les arbres abattus, laissant place à un paysage chaotique et dépouillé... Les apparences sont heureusement trompeuses, puisque c'est bien un travail de restauration des zones humides, et plus précisément des prairies humides, qui est en cours sur ces parcelles. L'occasion pour nous de revenir sur les particularités de ces coins de paradis pour les naturalistes en tout genre, et sur les étapes de leur renaissance.


Zone humide, le paradis des naturalistes et des moustiques!


Une zone humide est un milieu, comme son nom l'indique, marquée par l'eau, que celle ci soit présente de manière permanente (courante ou dormante) ou temporaire (zones inondables). L'eau seule ne saurait suffire à la définir: c'est également un milieu signé par une faune et une flore riches et singulières. En France, les zones humides ont reculées de 70% en un siècle, principalement face à l'urbanisation, aux drainages intensifs ou à l’avancée des  cultures (particulièrement celle du maïs, gourmande en eau). Il faut dire qu'aux yeux de nombre de gens, les zones humides représentent encore des espaces insalubres et improductifs (si ce n'est en larves de moustiques). Il n'en est rien: la zone humide est le milieu de la richesse et de la biodiversité par excellence!

Tous les trésors ne sont pas d'argent et d'or!

(Pirates des Caraïbes, la malédiction du Black Pearl, Gore Verbinski)

Les rôles des zones humides sont aujourd'hui mieux connus: en plus d'abriter une biodiversité exceptionnelle, elles régulent les flux d'eau (absorbant les excédants d'eau et redistribuant en période de sécheresse), dépolluent naturellement les eaux (particulièrement les nitrates issus de l'agriculture intensive), et offrent à l'observateur attentif un spectacle inégalé, le marais poitevin — huitième merveille du monde — en étant la preuve la plus touristique (même si le tourisme est une force comme une faiblesse dans la gestion des espaces naturels).


Populus sp, Peuplier du culture, bords de Boivre à Poitiers (86)

Les bords de Boivre à Poitiers, des forêts très «artificielles»: c'est même écrit dessus...


Au bord de la Boivre (comme ailleurs en France), les cultures de Peupliers (des arbres qui apprécient l'eau) ont colonisé une grande partie des zone humides. Des peupleraies où il fait certes bon se promener et observer la nature, mais où la monotonie de l'environnement reste un frein à la pleine expression du vivant.


Melasoma populi, Chrysomèle du peuplier, Poitiers bords de Boivre

La Chrysomèle du peuplier (Melasoma populi) risque fort de regretter la peupleraie, sa cantine géante!


Lorsque la peupleraie arrive à maturité, c'est l'heure pour l'exploitant de récolter le fruit (ou plutôt le bois) de son investissement. Ce qui va nous intéresser, c'est la suite des évènements: la volonté affichée ici n'étant pas de démarrer une nouvelle peupleraie, mais plutôt de favoriser la renaissance de zones humides dans toute leur ampleur.


Prairies humides: un monde riche en couleurs (Guimauve officinale, Épilobe hérissée et Eupatoire à feuilles de chanvre)


Vous vous en doutez, il existe sur le territoire français divers types de zones humides (des landes au marais, en passant par les tourbières...). Dans notre cas, l’objectif vise plus précisément la restauration de prairies humides, terrain de prédilection de sauvages spécifiques, vivaces et hautes (jusqu'à 2m), telles la Guimauve officinale (Althaea officinalis), l’Épilobe hérissée (Epilobium hirsutum), ou l'Eupatoire à feuilles de chanvre (Eupatorium cannabinum) pour les plus courantes... Qui sait, les plus chanceux croiseront peut-être à l'avenir sur ces parcelles la Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), dont les populations ne cessent de reculer en France, faute de trouver prairie à son bulbe!


Fritillaria meleagris, Fritillaire pintade, Saint Benoît (86)

Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), la reine des prairies humides poitevines!


Les prairies humides correspondent généralement à des zones ouvertes, pas ou très peu arborées, inondables, quelques semaines ou mois dans l'année; le sol y est souvent riche en nutriments (dépôt des alluvions), baigné par la lumière comme par l'eau. Au bord de la Boivre, dans les semaines qui suivent l’abatage des Peupliers, les rayons du soleil touchent le sol et les signes du renouveau pointent déjà. Sur la photo ci dessous, des jeunes pousses de Reine des prés (Filipendula ulmaria, au premier plan) et d'une Laîche (Carex sp, en arrière plan), deux locataires ordinaires de ce type d'habitat, se fraient un passage parmi les copeaux de bois fraichement déchiquetés.


Jeunes pousses de Reine des prés (Filipendula ulmaria) et de Laîche (Carex sp) après l'abatage des peupliers à Vouneuil-sous-Biard (86).


La prairie humide est donc un écosystème riche, spécifique de par sa flore et de par sa faune. Malheureusement, son équilibre reste précaire faute de soins adéquats, ce qui explique sa disparition progressive sur le territoire français. En effet, en plus des facteurs précités (urbanisation, drainages, cultures...), les prairies humides tendent à disparaitre lorsque l'homme les abandonne...


Étrange paradoxe que celui d'une zone naturelle dont la pérennité repose sur une intervention humaine! Allez savoir, ce sont peut-être les grands herbivores qui entretenaient jadis de tels espaces... Toujours est-il que de nos jours, faute de pâturages spécifiques (comme par exemple celui de la vache Maraîchine pour le marais poitevin), ou faute de fauches raisonnées, une prairie humide évolue vers d'autres milieux, où s'invitent les rejetons ligneux des géants du règne végétal: les arbres.

«Depuis 400 millions d'années, la nature comble les lacs et étangs de façon à mettre "hors d'eau" et permettre à la forêt de s'installer.»

(Encyclopédie des plantes bio-indicatrices vol 2 de Gérard Ducerf)

Ainsi, faute de pâturage ou de fauche, recommence une vieille et fascinante histoire, avec l'apparition du bois tendres et souples des Saules. Suivent sans tarder des arbres plus robustes, tels les Aulnes, rois ancestraux des rivières (bénéfiques pour le maintien des berges). Le couvert arboré s'épaissit, le milieu se ferme à la lumière. En même temps, l'apport de matières organiques ne cesse d'augmenter (chute des feuilles) et le niveau du sol se surélève peu à peu, perdant progressivement sa qualité humide. Le milieu se rapproche finalement d'une forêt alluviale, où les Frênes entament leur règne!


Salix sp, Alnus glutinosa et Fraxinus excelsior, bords de Boivre (86)

De gauche à droite: Saule (Salix sp), Aulne glutineux (Alnus glutinosa) et Frêne commun (Fraxinus excelsior) au bord de la Boivre (86).


Ce n'est qu'un conte rapide et mal dégrossi parmi les possibles, dont le déroulement pourrait être bouleversé par un millier d'évènements inattendus. Bien sûr, une saulaie, une aulnaie ou une frênaie représentent des milieux tout aussi précieux et importants qu'une prairie humide. L'important étant de comprendre que les écosystèmes sont des espaces vivants et changeants, à jamais susceptibles d'échapper à notre bon vouloir; il ne s'agit pas de privilégier tel milieu par rapport à un autre, mais plutôt de préserver, avec humilité et souplesse, leur diversité, et de par la même le champ des possibles pour la faune et la flore. A chacun d'entre nous incombe le lent (mais délicieux) apprentissage qui nous permet peu à peu de découvrir l'ampleur de cette diversité, de la reconnaître (des années d'idées reçues nous ont souvent éloignés de tout bon sens), de l'encourager et au bout du compte d'en tomber amoureux!


Lectures recommandées:

- Guide des plantes des milieux humides aux éditions Belin

- Les plantes sauvages et leurs milieux en Poitou Charentes d'Yves Baron


Liens recommandés:

- Association le Triton de Vouneuil, pour découvrir la patrimoine naturel de Vouneuil-sous-Biard et ses environs.

- La fiche du site de la Vallée de la Boivre, une Zones Naturelles d'Intérêt Écologique Faunistique et Floristique (86)

Oiseaux nicheurs en France, le déclin... Sauvages du Poitou


Les prairies humides, ce n'est pas que pour les fleurs...  Ci-dessous, trois exemples d'aménagements favorisant le retour de la faune après les chantiers de coupe: ici et là, des souches mourantes et des tas de bois serviront d'abri aux insectes et aux animaux (comme les chauves souris ou les hérissons). A l'arrière plan, des «chandelles» (des troncs morts laissés sur pied) sont érigées comme autant de totems érigés aux dieux Pics (Pics verts, etc.)!


Souches, tas de bois et chandelles, Vouneuil-sous-Biard (86).

Après l'exploitation de la Peupleraie à Vouneuil-sous-Biard (86)


Angelica sylvestris, Angélique sylvestre, Poitiers bords de Boivre

Addenda aout 2017 : un peu moins d'un an après la rédaction de cet article, la nature a repris ses droits sur les bords de Boivre. L'Angélique sylvestre (Angelica sylvestris) domine une prairie humide très fleurie et grouillante de vie!


Lycaena dispar, Cuivré des marais, Poitiers bords de Boivre

Addenda aout 2018 : deux ans après la rédaction de cet article, le retour du Cuivré des marais (Lycaena dispar), protégé en France, qui retrouve sont habitat. Une conclusion on ne peut plus heureuse!

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Sauvages de Poitiers avec Dominique Provost (avril 2016)
Date 30/04/2016
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Sauvages de Poitiers avec Dominique Provost (avril 2016)

Botanique urbaine avec Dominique Provost (à gauche), Poitiers, avril 2016.


Je vous racontais il y a peu la sortie botanique de début printemps avec Yves Baron. La belle saison est lancée, et les rendez-vous s'enchainent! Je reviens de nouveau sur une promenade urbaine... Il faut dire que cette fois, à l'initiative de la librairie la Bruyère Vagabonde, les poitevins sont conviés à découvrir les «Sauvages de Poitiers»! Il en faut généralement moins pour m'enthousiasmer, et c'est donc armé d'un calepin, d'un appareil photo et d'un sourire grand jusqu'aux oreilles que je rejoins notre guide, Dominique Provost, botaniste amatrice et éclairée depuis plus de 30 ans, à qui votre humble serviteur doit ses quelques connaissances sur le sujet.


Dominique attend le groupe sur le parking du jardin des plantes à Poitiers. Le grand parc nous aguiche au loin avec ses parterres de fleurs multicolores et ses serres exotiques... Mais c'est mal connaître la botaniste que de s'imaginer parcourant les allées du jardin des plantes, travaillées au cordeau par les jardiniers de la ville!

Sauvages du Poitou!

Ce sont les Sauvages qui nous intéressent aujourd'hui, la flore spontanée que nul main n'a semée. Pas la peine de s'éloigner, une fissure dans le macadam suffit pour commencer l'aventure: quelques spécimens malmenés et chétifs de Pâturin annuel (Poa annua), de Céraiste aggloméré (Cerastium glomeratum), de Sabline à feuille de serpolet (Arenaria serpyllifolia) ou de Véronique des champs (Veronica arvensis), à peine reconnaissables, constituent notre première rencontre. Dur... On attaque la montagne botanique par la face nord!

- Je ne crois pas que j’y arriverais.

- Vous pensez que ce sera difficile?

- Très.

- Et bien ce n’est pas «Mission Difficile», c’est «Mission Impossible». Difficile serait un jeu d’enfant pour vous...

(Mission impossible II, John Woo)

C'est surtout l'occasion de voir comment la nature exprime sa richesse et sa générosité jusque dans la moindre brèche. Heureusement, trois pas plus loin, une pelouse fraîchement tondue nous permet d'observer quelques spécimens familiers, sans trop se pencher:


Grand Plantain, Benoîte urbaine, Trèfle rampant et Pâquerette, Poitiers jardin des plantes


De gauche à droite: le Grand Plantain (Plantago major) plaque ses rosettes au sol, dont les feuilles (en application sur la peau) peuvent servir à soulager une piqure d'insecte. La Benoîte urbaine (Geum urbanum) pointe ses feuilles, mais pas encore ses fleurs jaunes. Pas de fleurs non plus pour le Trèfle rampant (Trifolium repens), mais c'est l'occasion de rappeler à que cette Sauvage est une des plus grandes fournisseuses de nectar de nos cités: retarder les tontes lorsqu'elle monte en fleur est un beau geste à l'égard des butineurs. De son côté, la Pâquerette (Bellis perennis) sait faire profil bas afin de passer sous les lames des tondeuses!


Plus près de la route, on plonge dans une une ambiance presque forestière, à l'ombre des géants des villes comme le Robinier faux acacia (Robinia pseudoacacia), l'Érable sycomore (Acer pseudoplatanus) ou le Sureau noir (Sambucus nigra).


Cerfeuil des bois, Cerfeuil penché, Mélique à une fleur et Lierre grimpant, Poitiers jardin des plantes


De gauche à droite: le Cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris) dresse ses ombelles, nombreuses et précoces. Le Cerfeuil penché (Chaerophyllum temulum), un autre membre de la famille des Ombellifères, lui ressemble comme deux gouttes d'eau: les poils qui le recouvrent de bas en haut nous permettent de le distinguer de sa fausse jumelle. La Mélique à une fleur (Melica uniflora) séduit malgré sa discrétion, pendant que Dominique nous rappelle les nombreux bienfaits du Lierre grimpant (Hedera helix) qui protège l'écorce des arbres sur lesquels il grimpe.


On s'échappe enfin du parking, le long du jardin des plantes, mais sans toutefois franchir les grilles du parc: la nature nous réserve déjà bien des surprises à même les murs, sous bonne garde de la Pariétaire de Judée (Parieteria judaica) et de la Cymbalaire des murs (Cymbalaria muralis), omniprésentes.


Vergerette de Sumatra, Doradille des murailles, Grande Chélidoine et Figuier, Poitiers jardin des plantes


De gauche à droite: une pousse de Vergerette de Sumatra (Erigeron sumatrensis) nous rappelle que les Sauvages urbaines sont souvent de grandes voyageuses! Et pas seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps, avec la Capillaire des murailles (Asplenium trichomanes), une fougère, témoin de la grande histoire végétale... On fait couler un peu de latex jaune depuis les tiges de La Grande Chelidoine (Chelidonium majus), corrosif, mais jadis réputé pour brûler les verrues. Un jeune rameau de Figuier (Ficus carica) prouve l'aptitude de cet arbre à s'installer n'importe où, n'importe comment!

- Mais qu’est-ce que vous faites ici?!

- On est dans un pays libre non?

(Snatch, Guy Ritchie)

Il suffit de traverser la route pour rejoindre les bords du Clain. Ici logent de nombreuses Sauvages à «bouton d'or» de la famille Renonculacée, dont le nom vient du latin rena — «grenouille» — et exprime le goût pour l'humidité des membres du clan: la Ficaire (Ranunculus ficaria), la Renoncule bulbeuse (Ranunculus bulbosus), la Renoncule rampante (Ranunculus repens) ou encore la Renoncule à petites fleurs (Ranunculus parviflorus)... D'autres pirates nous attendent:


Orobanche, Cresson amphibie, Renouée du Japon et Grande Berce, Poitiers bords de Clain


De gauche à droite: une Orobanche (Orobanche picridis, probablement), une plante dépourvue de chlorophylle, parasite les racines d'un pied de Picride fausse épervière juste à côté (Picris hieracioides, non photographié). Le Cresson amphibie (Rorippa amphibia) prend la température du Clain du bout des tiges. Quelques jeunes pousses de l'ennemi végétal numéro un, alias Renouée du Japon (Reynoutria japonica), laisse présager une cohabitation difficile avec les autres locataires de la rive... Non loin, Dominique nous rappelle que les fleurs à venir de la Grande Berce (Heracleum sphondylium) sont un festin pour nombre d'insectes, et qu'il peut être précieux d'en conserver quelques pieds au jardin.


Reste pour le groupe à traverser le centre ville minéral de Poitiers, afin de rejoindre la librairie organisatrice. Pas de quoi décourager les apprentis botanistes qui en profitent pour dénicher quelques spécimens supplémentaires:


Cardamine hérissée, Frasier de Duchesne, Laiteron maraicher et Laitue Scariole, Poitiers centre


De gauche à droite: La Cardamine hérissée (Cardamine hirsuta) est une Sauvage commune des villes de France; lorsqu'elle s’épanouit au jardin, elle se révèle être une excellente salade au goût piquant. Un Fraisier de Duchesne (Duchesnea indica) semble égaré sur l’asphalte, loin des allées forestières humides qu'il colonise habituellement (et loin de son continent asiatique d'origine)... Le Laiteron maraicher (Sonchus oleraceus) tire son nom du suc laiteux qui parcourt ses tiges. la Laitue scariole (Lactuca serriola), «mère» des Laitues cultivées, nous rappelle que les Sauvages sont à l'origine de toutes les inventions alimentaires et médicales de l'humanité: nos herbes folles sont un réservoir génétique inépuisable, qu'il convient de protéger pour l'avenir!


Bouquet sauvage à la librairie poitevine de la Bruyère Vagabonde.

A l'arrivée, livres, thé, gâteaux et bouquet sauvage... Merci à Véronique Gauduchon de la Bruyère Vagabonde (31, rue Édouard Grimaux à Poitiers)!


La liste des espèces présentées dans cet article ne serait être exhaustive! De mémoire, ont aussi été observées ce jour là, dans les mêmes secteurs: le Brome stérile (Bromus sterilis), le Dactyle aggloméré (Dactylis glomerata), de nombreux Geraniums sauvages (G.robertianum, G.dissectum, G.columbinum, G.molle, G.rontundifolium), l'Erodium à feuille de ciguë (Erodium cicutarium), le Gaillet gratteron (Galium aparine), la Garance voyageuse (Rubia peregrina), le Muscari à grappe (Muscari neglectum), la Pimprenelle (Poterium sanguisorba), le Pissenlit (Taraxacum sect. Ruderalia), la Lampsane commune (Lapsana communis), le Laiteron épineux (Sonchus asper), la Picride fausse vipérine (Picris echioides), la Laitue vireuse (Lactuca virosa), le Séneçon commun (Senecio vulgaris), le Séneçon jacobée (Jacobaea vulgaris), le Chardon des champs (Cirsium arvense), le Chardon commun (Cirsium vulgare), la Petite Bardane (Arctium minus), l'Eupatoire à feuille de chanvre (Eupatorium cannabinum), le Mouron des oiseaux (Stellaria media), le Céraiste des champs (Cerastium arvense), le Myosotis des champs (Myosotis arvensis), l'Euphorbe des jardins (Euphorbia peplus), la Mercuriale annuelle (Mercurialis annua), la Clématite vigne blanche (Clematis vitalba), le Lamier pourpre (Lamium purpureum), l'Alliaire (Alliaria petiolata), l'Arabette des dames (Arabidopsis thaliana), la Drave des murs (Draba muralis), la Cardamine impatiente (Cardamine impatiens), la Cardamine des prés (Cardamine pratensis), la Capselle bourse à pasteur (Capsella bursa-pastoris), le Sysimbre officinal (Sisymbrium officinale), la Bryone dioïque (Bryonia dioica), le Liseron des haies (Calystegia sepium), la Violette hérissée (Viola hirta), la Violette de Rivinus (Viola riviniana), l'Oxalis corniculé (Oxalis corniculata), la Luzerne d'Arabie (Medicago arabica), la Luzerne lupuline (Medicago lupulina), le Trèfle des prés (Trifolium pratense), la Vesce cultivée (Vicia sativa), la Grande Ortie (Urtica Dioica), la Cardère sauvage (Dipsacus fullonum), la Campanule à feuille d'ortie (Campanula trachelium), le Plantain lancéolé (Plantago lanceolata), la Véronique de Perse (Veronica persica), le Buddleja du père David (Buddleja davidii), l'Oseille crépue (Rumex crispus), le Compagnon blanc (Silene latifolia), la Douce-amère (Solanum dulcamara), l'Iris fétide (Iris foetidissima), la Scolopendre (Asplenium scolopendrium), la Fougère mâle (Dryopteris filix-mas)...


Consulter le relevé complet des espèces observées en suivant ce lien, un grand merci à Dominique Provost!

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Promenade botanique avec Yves Baron (Poitiers, sous Blossac, avril 2016)
Date 16/04/2016
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Yves Baron et ses étudiants, Poitiers Avril 2016

Yves Baron et ses étudiants, (Poitiers, avril 2016)


Yves Baron, ancien maître de conférences en biologie végétale à l’université de Poitiers, fait son retour sur le terrain pour guider une vingtaine d'apprentis naturalistes, le temps d'une promenade organisée et encadrée par l'association Vienne Nature. C'est au parc de Blossac que le botaniste retrouve ses étudiants, enthousiastes malgré la pluie... L'occasion pour Yves Baron de glisser un premier conseil: pour herboriser par mauvais temps, mieux vaut s'équiper d'un crayon à papier, seul ustensile nous permettant de prendre des notes sous les gouttes!


Botanisons sous la pluie!

Pour herboriser sous la pluie, n'oublions pas notre crayon à papier!


Le parc de Blossac à Poitiers n'est que le point de départ de la promenade. Yves Baron en profite pour exprimer ses regrets devant l'agencement de ce grand «jardin à la française»: la nature y est caricaturée, contrainte et bien rangée. «Il n'est pas nécessaire de travailler la nature pour la mettre en valeur, celle ci est belle toute seule!».

Les hommes disent qu'ils l'embellissent (la nature), et moi je trouve qu'ils la défigurent.

(Jean-Jacques Rousseau, Correspondance)

Une séance d'herborisation au cœur du parc serait d'une simplicité enfantine tant la biodiversité y est réduite à peau de chagrin... C'est donc aux pieds des murailles du parc, tout près de la route, que le botaniste entraine ses étudiants, afin de se rapprocher de la nature que nul jardinier ne façonne.


Sauge fausse-verveine, Pâquerette, Dame d'onze heures et Renoncule à petites fleurs, Poitiers sous Blossac


De gauche à droite: au bord de la chaussée, la Sauge fausse-verveine (Salvia verbenaca) commence tout juste à pointer ses fleurs violettes. Pâquerettes (Bellis perennis) et Dames d'Onze heures (Ornithogalum ombellatum) n'ouvrent guère leurs fleurs en ce jour, la faute au ciel couvert et au mauvais temps... De son côté, la Renoncule à petites fleurs (Ranunculus parviflorus), qui tire son nom de famille du latin latin rena — «grenouille» — affiche nettement son affection pour l'eau!


Maeron, Savonnier, Pariétaire de Judée, Centranthe rouge, Poitiers sous Blossac


De gauche à droite: une colonie de Macerons (Smyrnium olusatrum, un vieux légume oublié) s'est installée sous Blossac, près d'un Savonnier (Koelreuteria paniculata), un arbre importé d'Asie (photo automne 2015). Sur les murailles autour, la Pariétaire de Judée (Parieteria judaica) squatte la moindre fissure. La Centranthe rouge (Centranthus ruber), profitant du micro climat méditerranéen sous les remparts, offre déjà ses fleurs rouges ou blanches aux butineurs.


Véronique à feuille de Lierre, Ruine de Rome, Gaillet Gratteron, Herbe-à-Robert, Poitiers sous Blossac


De gauche à droite: à flanc de falaise, les fleurs de la Véronique à feuille de Lierre (Veronica hederifolia) nous incitent à sortir les loupes; on croisera d'autres Véroniques au cours de la promenade (Veronica persica et la liliputienne Veronica arvensis). La délicate Ruine de Rome (Cymbalaria muralis) séduit le groupe et fait crépiter les flashs des appareils photos! Il faut se pencher pour contempler les petites étoiles blanches du Gaillet gratteron (Gallium aparine) qui nous agrippe les manches au passage avec ses feuilles crochues. Non loin, les Geraniums font une réunion de famille: Geranium rotundifolium, Geranium dissectum et Geranium robertianum (ou Herbe-à-Robert, ici en photo).


Yves Baron entraine le groupe sur le chemin de la Cagouillère qui relie le parc de Blossac aux bords de Clain, se faufilant entre deux murets richement habités: l'un exposé au nord et l'autre plein sud. L'occasion pour le botaniste de rappeler à quel point l'exposition au soleil dessine le paysage: sur un même spot, à quelques mètres de distance, une végétation montagnarde (nord) peut faire face à une végétation méditerranéenne (sud).
Côté nord, côté sud... Sauvages du Poitou
Capillaire des murailles, Ceterach, Rue des murailles, Poitiers chemin de la cagouillère

De gauche à droite: côté ombre, les Aspleniums ont colonisé la place; la Capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) affiche sa dentelle, le Ceterach (Asplenium ceterach) montre son aptitude à s'installer en tout lieux (il préfère d'ordinaire les lieux secs et ensoleillés) et la Rue des murailles (Asplenium ruta-muraria) cache bien son appartenance au clan Fougère.

Millepertuis perforé, Giroflée des murailles, Fenouil commun, Grande Camomille, Poitiers chemin de la Cagouillière

De gauche à droite: côté soleil, le Millepertuis perforé (Hypericum perforatum) ne présente pour l'heure que de jeunes pousses, dont les feuilles semblent déjà criblées de mille trous. Les fleurs jaunes de la Giroflée des murailles (Erysimum cheiri) dominent crânement la vallée du Clain. On respire le parfum de quelques pieds de Fenouil commun (Foeniculum vulgare) qui semblent échappés des potagers alentours... Ils rivalisent en fragrance avec la Grande Camomille (ou Tanaisie matricaire, Tanacetum parthenium), délicieusement camphrée.

Rue fétide, Ruta graveolens, Poitiers chemin de la Cagouillère
Rue fétide, Poitiers Chemin de la Cagouillère

La Rue fétide (Ruta graveolens) est probablement la plante la plus rare observée ce jour: Malgré les nombreuses années à arpenter le territoire, Yves Baron n'en connait à Poitiers que quelques pieds à l'état sauvage! Ce sous-arbrisseau à l'odeur peu amène était utilisée autrefois comme un puissant abortif, se taillant une réputation peu enviable... Il conviendrait aujourd'hui d'en protéger les derniers spécimens poitevins.

Cardamine hérissée, Laitue scarole, Clématite vigne-blanche, Bryone dioïque, Poitiers chemin de la Cagouillère


De gauche à droite: on s'amuse avec la Cardamine hérissée (Cardamine hirsuta), une petite annuelle dont les fruits (siliques) nous explosent dans les mains. La Laitue scarole (Lactuca serriola), surnommé «plante boussole» par Yves Baron, tord ses feuilles pour nous indiquer l'axe Nord-Sud. Les jeune pousses de Viouche, ou Clématite vigne-blanche (Clematis vitalba) nous donnent l'occasion de raviver quelques souvenirs d'enfance, les pastiches de cigares que l'on confectionnait avec ses lianes épaisses. Enfin, Yves Baron nous invite à tester la promptitude des vrilles de la Bryone dioïque (Bryonia dioica), capables de s'enrouler autour d'un doigt qui les touche... En quelques minutes à peine!

Nature peut tout et fait tout.

(Michel de Montaigne, Essais)

Le botaniste en profite pour insister sur le génie des plantes sous nos pieds. Quand l'homme regarde la nature, il s'intéresse généralement aux grands arbres, plutôt qu'à la multitude des herbacées aux pieds des troncs. Et pourtant... «Small is beautiful»! les petites Sauvages sont ahurissantes d'inventivité: plantes aquatiques, plantes carnivores...


Bien sûr, n'oublions pas pour autant de lever les yeux. C'est d'ailleurs en observant de jeunes arbres (un AmandierPrunus dulcis — et un Petit OrmeUlmus minor —) plantés à flanc de falaise que le groupe découvre une invitée surprise, perchée à trois mètres de hauteur!


Yves Baron et ses étudiants, Poitiers Avril 2016

Yves Baron et ses étudiants sur le point de dénicher un trésor! (Poitiers, Avril 2016)


Yves Baron ne connaissait que quelques spots d'observation isolés du Pastel des teinturiers (Isatis tinctoria) autour de Poitiers... En voilà un nouveau! Les feuilles de cette Sauvage originaire d'Asie et d'Europe de l'est permettent de confectionner un colorant bleu. Les rares spécimens que l'on rencontre aujourd'hui témoignent de leur importation volontaire au 19ème siècle: elles permirent à l'industrie textile de remplacer l'indigo des Antilles pendant le blocus anglais. Merveilleuses Vagabondes, infatigables voyageuses à travers l'histoire et la géographie, à travers le temps et l'espace!


Isatis tinctoria, Pastel des teinturiers, Poitiers chemin de la Cagouillère

Pastel des teinturiers, Poitiers chemin de la Cagouillère


La liste des espèces présentées dans cet article ne serait être exhaustive! De mémoire, ont aussi été observées ce jour là: le Pâturin annuel (Poa annua), le Brome stérile (Bromus sterilis), le Muscari à grappe (Muscari neglectum), la Marguerite commune (Leucanthemum vulgare), le Laiteron potager (Sonchus oleraceus), la Mâche doucette (Vallerianella locusta), la Petite Pimprenelle (Poterium sanguisorba), le Séneçon commun (Senecio vulgaris), le Séneçon du cap (Senecio inaequidens), la Vergerette du Canada (Erigeron canadensis), l'Euphorbe des jardins (Euphorbia peplus), la Mercuriale annuelle (Mercurialis annua), le Lamier pourpre (Lamium purpureum), l’Épiaire droite (Stachys recta), l'Origan commun (Origanum vulgare), le Marube commun (Marubium vulgare), la Saxifrage à trois doigts (Saxifraga tridactylites), l'Arabette des dames (Arabidopsis thaliana), l'Oxalis corniculé (Oxalis corniculata), la Bourrache officinale (Borago officinalis), la Fumeterre officinale (Fumaria officinalis), le Cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris), la Grande Chelidoine (Chelidonium majus), le Pavot douteux (Papaver dubium), le Compagnon blanc (Silene latifolia), le Céraiste aggloméré (Cerastium glomeratum), divers Sedums (Sedum album et d'autres espèces peu évidentes à déterminer en l'absence de fleurs)...


Suivre ce lien pour consulter le compte rendu de François Lefebvre (un grand merci à lui!)  de Vienne Nature avec la liste complète des espèces observées.


Pour aller plus loin:

- Récit de promenade botanique avec Yves Baron (Poitiers, rochers du Porteau, mai 2017)

- Entretien avec Yves Baron dans la revue Actualité en Poitou-Charentes.


Lectures recommandées:

- Les plantes sauvages et leurs milieux en Poitou-Charentes d'Yves Baron.

- Mon herbier du Poitou de Anne Richard.

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