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Dactyle aggloméré, trois doigts de poésie
Date 07/06/2017
Ico Desperados des prairies & jardins
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Dactylis glomerata, Dactyle aggloméré, Poitiers Pont-Achard


Dactylis glomerata (Dactyle aggloméré) appartient aux légions Poaceae, qui représentent sans doute une des familles les plus anciennes et les plus répandues du règne végétal (20% de la couverture végétale de la planète, de l’Antarctique au Poitou!). Et pourtant... Les Poacées, c'est à dire l'herbe, la pelouse, le gazon, au mieux les céréales, ne passionnent guère les foules. C'est à peine si on les remarque sous nos pieds. Quand à l'apprenti botaniste, il préfère souvent les laisser de côté, ce clan étant réputé difficile d’accès et ses membres nombreux et ardus à identifier.
Holmes, vous ne résoudrez jamais cette enquête...
(Sherlock Holmes, Guy Ritchie)

Il est vrai que l'examen attentif d'un brin d'herbe revient un peu à tenter de couper un cheveux en quatre: les Poacées sont passées Maîtres dans l'art de la miniaturisation. Chez elles, le vent fait office de butineur et la danse des minuscules pièces florales tient lieu de parade nuptiale. C'est un chef d’œuvre de mécanique de précision qui attend l’observateur persévérant! Je vous recommande de (re)visiter notre article consacré à leurs inflorescences et au vocabulaire associé avant de vous lancer à la rencontre de notre Sauvage du jour.

Dactylis glomerata, Dactyle aggloméré, Poitiers bords de Boivre
Pour reconnaître le Dactyle aggloméré, il suffit de savoir compter jusqu'à trois!

Mais pas de panique, Dactylis glomerata est plutôt aisé à reconnaitre, et ce avec ou sans loupe! Son nom vient du grec daktulos, le «doigt», peut-être à cause de l’extrémité des épis (ou panicules) de la Sauvage, qui forme une sorte de gros doigt (ou pouce) suivi de deux doigts plus petits. Chaque doigt est composé d'un groupe d'épillets serrés et fournis, d'où le Dactyle «aggloméré» ou «pelotonné».

Les trois doigts du Dactyle aggloméré, Sauvages du Poitou!

Dans une autre version, le nom de la sauvage viendrait du «dactyle», un élément métrique en poésie qui désigne une syllabe accentuée suivie de deux syllabes brèves, à l'image des trois phalanges d'un doigt: la première est longue, les deux suivantes courtes. Prononcez son nom à haute voix pour le retenir: DA-cty-le: une syllabe très accentuée suivie de deux syllabes plus discrètes!

Dactylis glomerata, Dactyle aggloméré, Saint Agnan (41)
Inflorescence verdâtre-violacée du Dactyle aggloméré: les étamines au filet très allongé à maturité confient leur pollen au vent

D'autres détails peuvent nous renseigner: la tige de Dactylis glomerata (ou plutôt son chaume) est recouverte d'une gaine aplatie, comme si la Sauvage était passée sous presse. Enfin, la ligule longue et déchirée est caractéristique.

Dactylis glomerata, Dactyle aggloméré, Poitiers bords de Boivre
Feuille large, ligule longue et déchirée et gaine aplatie du Dactyle aggloméré

Que les botanistes aguerris en mal d'aventures se rassurent, Dactylis glomerata reste une espèce éminemment complexe: au laboratoire, la Sauvage présente un patrimoine génétique variable, et les débats à son sujet sont loin d'êtres terminés: et si ce taxon n'était que le brin d'herbe qui cache la forêt? Les sous espèces sont nombreuses, même si le tri est quasiment impossible sur le terrain... La biblique Flora Gallica nous propose par exemple d'observer la micro rugosité des feuilles à la lumière rasante et au grossissement x100 pour reconnaitre la méditerranéenne D.glomerata subsp. hispanica!

Dactylis glomerata, Dactyle aggloméré, Poitiers bords de Boivre
Colonie de Dactyle aggloméré les long des routes, Poitiers bords de Boivre

Loin des laboratoires, Dactylis glomerata est une vivace très commune qui installe ses touffes dans les prairies baignées de soleil, aux bords des routes et des chemins, sur des sols riches en azote (amendements des culture et/ou pollution automobile). Grâce à son système racinaire dense et puissant qui capte l'humidité en profondeur, la Sauvage reste verte jusqu'au cœur de l'été, quand le parterre autour semble réduit à l'état de paillasson cramoisi.


Les Poacées: un monde discret, omniprésent et très vivant: Malachie à deux points (Malachius bipustulatus), un coléoptère qui ne raterait pour rien au monde le festin de pollen offert par le Dactyle aggloméré à la belle saison!
S’il était allergique aux graminées, ça le rendrait plus attachant je trouve.
(L’âge de glace, Chris Wedge et Carlos Saldanha)
Dactylis glomerata est une plante riche en protéines. Si ses touffes grossières sont considérées comme de vulgaires herbes folles au jardin, la Sauvage est une fourragère appréciée dans les prairies de fauche ou les pâturages. Sa résistance à la sécheresse rend sa culture aisée (elle ne craint guère que l'humidité et quelques maladies cryptogamiques, dont le célèbre Ergot du seigle), pour le plus grand bonheur des éleveurs, mais aussi pour celui des vendeurs de mouchoirs: le pollen de Dactylis glomerata, hautement volatile, est en partie responsable des concerts d'éternuements et des rivières de larmes de ceux qui souffrent du rhume des foins à la belle saison!

Dactylis glomerata, Sauvages du Poitou!


Le petit monde de Dactylis glomerata


Comme bon nombre de graminées, le Dactyle aggloméré… agglomère bon nombre de papillons qui s’en nourrissent! Entre juin et juillet, dans les lisières forestières et les friches du Poitou, il accueille notamment la chenille d’un papillon aussi minuscule qu’abondant: l’Hespérie de la houque (Thymelicus sylvestris). Celle-ci fait partie d’une grande famille dont les membres ont un aspect si ressemblant les uns des autres que le seul critère fiable pour les distinguer est la reconnaissance de la forme des parties génitales des mâles!

Thymelicus sylvestris, Hespérie de la houque (crédit photo: Olivier Pouvreau)
Hespérie de la houque: des ailes en «biplan» inimitables!

Pas de panique pour notre petite Hespérie, que l’on pourrait seulement confondre avec sa cousine l’Hespérie du dactyle (Thymelicus lineola), une autre mangeuse de dactyle outre-Manche. Les distinguer est un jeu d’enfant, à condition d'aimer les contorsions et de savoir approcher les papillons sans leur faire peur: il faut parvenir à se positionner face à elles afin de vérifier le dessous de l’extrémité de leurs antennes. Si elles sont fauves, il s’agit de l’Hespérie de la houque. Si elles sont noires, vous avez affaire à l’Hespérie du dactyle. Comme avec les Poacées, l'enquête repose sur l'observation des détails!


Bout des antennes fauve à gauche pour l'Hespérie de la Houque, versus bout des antennes noir à droite pour l'Hespérie du Dactyle.

Le Dactyle aggloméré est bien pratique à l’Hespérie de la Houque: la gaine foliaire aplatie de la Sauvage permet au papillon d’y pondre et d'y cacher ses œufs à l’abri des regards. Mieux encore, elle servira d’abri à la chenille qui y passera l’hiver. Celle ci poursuivra sa croissance au printemps, logeant d’abord dans une feuille pliée en gouttière puis, plus grande, se tenant allongée sur le dessus des feuilles: une chenille verte et longue sur une feuille verte et longue reste le meilleur moyen pour passer la belle saison en toute quiétude, loin des importuns.

Thymelicus sylvestris, Hespérie de la houque (crédit photo: Olivier Pouvreau)
Hespérie de la Houque (photo Olivier Pouvreau)


Pour aller plus loin:
- Dactylis glomerata sur Tela-botanica
- Dactylis glomerata sur Botarela

Pistius truncatus sur Dactylis glomerata, Béruges (86)
  Thomise tronqué (Pistius truncatus) sur Dactyle aggloméré: une incroyable araignée caméléon qui prend la couleur de l'inflorescence où elle se tient en embuscade!
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (7) : Poacées, herbes, céréales, pelouses et gazons
Date 29/11/2016
Ico Cours de botanique pour les indiens!
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Les joyeuses leçons de Sauvages du Poitou nous ont entrainés jusque là à la poursuite des feuilles simples, des feuilles composées, de l'art délicat de la phyllotaxie (la disposition des feuilles sur la tige), des fleurs régulières, des fleurs irrégulières ainsi que des capitules et des différents types d'inflorescence. C'est une nouvelle enquête botanique qui nous attend aujourd'hui, sur la base de l'ensemble des articles précédents (mieux vaut les réviser un peu avant de continuer). Prêts? 3, 2, 1, générique!

L'univers fascinant des Poacées, Sauvages du Poitou!

La famille
Poaceae (anciennement Graminées) est peut être une des familles les plus anciennes et les plus répandues du règne végétal (20% de la couverture végétale de la planète!). C'est aussi la famille la moins visible pour le profane, qui à force de chercher l'orchidée rare, finit par ne plus voir l'océan de chlorophylle autour. Les Poacées sont, pour l'observateur commun, l'«herbe» (mais aussi nombre de céréales cultivées par l'homme), partout, de l’Antarctique au Poitou. Pour beaucoup, l'herbe ne constitue guère qu'un décor ennuyeux, une toile de fond dénuée d'intérêt, sur laquelle évoluent les véritables stars de la botanique, les Sauvages à fleurs spectaculaires et colorées...

Poa Annua, Pâturin annuel, Poitiers place Leclerc
Le Pâturin annuel (Poa annua), de loin la Sauvage la plus répandue dans nos villes, à qui la famille Poacée doit son nom: «Poa» est l'«herbe» en grec.

Certes, l'analyse attentive d'une parcelle de gazon peut sembler rébarbative ou difficile au profane. Se pencher sur les Poacées revient un peu à gravir la montagne botanique par la face nord, sans corde et sans piolet! Pourtant, ce clan cache des secrets fascinants et fait preuve, paradoxalement, d'un grand sens de l'élégance: chez ses membres, c'est l'art de la danse qui prévaut aux pétales et aux couleurs ostentatoires. En effet, la reproduction sexuée des Poacées ne repose pas sur le passage des butineurs, mais sur le souffle du vent.
Tous les matins, dès le lever, La Carioca te fais bouger. Et quand tu danses, chaque petit pas te mets en joie pour la journée...
(La cité de la peur, Les Nuls)

Briza media, l'Amourette, Biard aérodrome (86)
L'Amourette commune (Briza media), une Poacée également connue sous les noms de Hochet du vent ou de Langue de femme, parce ses petits épillets gigotent sans cesse sous le vent!

L'observation des Poacées repose sur une enquête minutieuse, où le vocabulaire peut nous guider et nous aider à observer des détails invisibles au premier abord. Secret oblige, les membres du clan Poaceae ne sauraient être décrits par des mots trop communs... Ainsi, chez le brin d'herbe, on ne parle pas de tige, mais de chaume. Le chaume est parcouru par des nœuds. Il présente généralement une section ronde et creuse aux entrenœuds (ce qui nous permet de différencier les Poacées de deux autres familles aux allures similaires, les Cyperacées — le clan des Laîches — aux tiges à section pleine et triangulaire, et les Joncacées — le clan des Joncs — aux tiges à section ronde et remplies de moelle).

Des feuilles linéaires, étroites et alternes naissent à partir des nœuds. Les feuilles enveloppent le chaume en formant une gaine, jusqu'à ce que le limbe se sépare de celui ci. Un exemple valant mieux qu'une longue explication, penchons nous dans le bac de la tondeuse à gazon, où un crime vient d'être commis:

Anatomie d'un brin d'herbe, Sauvages du Poitou

Essayons d'identifier la victime de notre serial-tondeuse: la première piste se trouve précisément à la frontière de la gaine et de la partie du limbe qui se sépare du chaume: c'est ici que se cache une petite membrane, nommée ligule, qui empêche l'eau, la poussière ou les insectes de pénétrer dans la gaine... La ligule est un indice d'importance, car elle affiche des aspects variés (verte, blanche, simple, découpée, déchirée, poilue...) en fonction de l'espèce observée. La forme (ou l'absence) d'oreillettes est aussi à prendre en considération.

Poacées: ligule et oreillette, Sauvages du Poitou

 Ligule de Dactylis glomerata (Dactyle aggloméré)
Notre victime présente une gaine nettement aplatie, une ligule longue et déchirée et pas d'oreillettes... Nous sommes extrêmement chanceux, car ces maigres indices sont suffisants pour identifier le Dactyle aggloméré (Dactylis glomerata)!

Malheureusement (ou heureusement si vous aimez les défis), Ligule et oreillettes ne suffisent généralement pas pour identifier une espèce. Il nous faudra, encore plus que chez les autres Sauvages, croiser un maximum d'indices, en commençant par un examen minutieux des fleurs...

 Ligule de Dactylis glomerata, Dactyle aggloméré, Saint Aignan (41)
Inflorescence (panicule) dense du Dactyle aggloméré dans la force de l'âge: un joyeux fouillis!

Hé oui, les Poacées ne sont pas dépourvues de fleurs! La principale difficulté pour nous, c'est leur miniaturisation et leur densité: la loupe est indispensable pour pouvoir apprécier les fleurs, seules ou regroupées par dizaines en épillets... Les épillets sont eux même regroupés en épis compacts (plusieurs fleurs sessiles sur un axe), en grappes, ou plutôt en panicules (des grappes de grappes), le cas le plus répandu pour les Poacées de France.

L'épillet, Sauvages du Poitou

Accrochez vous mon cher Watson, car c'est là que nous allons commencer à couper l'herbe en quatre! Une  enveloppe foliaire, la glume, protège l'ensemble de l'épillet, le regroupement floral élémentaire. Les minuscules fleurs, disposées sur le rachillet, présentent l’attirail sexuel déjà évoqué dans notre article sur les fleurs, à savoir des étamines (dont le filet peut s'allonger de manière spectaculaire à maturité du pollen, atchoum!) et un pistil (ses stigmates poilus lui permettent de récupérer le pollen porté par le vent). La fleur est elle même protégée par une petite enveloppe foliaire, nommée glumelle (ou parfois lemme).

Glume et glumelles (qui sont respectivement l'équivalent des bractées et des sépales chez les autres Sauvages) sont toujours alternes, et souvent prolongées par une arrête, dont la longueur, la disposition (terminale, insérée au milieu...) ou la forme (droite, tordue, vrillée...) est aussi une indication sur l'identité du spécimen observé. Le rôle de cette arrête est de favoriser la propagation des semences, en s'accrochant aux animaux de passage par exemple, ou en aidant la graine à se planter dans le sol.

Lolium multiflorum, Ray-grass d'Italie, Poitiers Chilvert
Ces épillets rangés en épis ne présentent qu'une seule glume (en vert foncé). Les anthères des étamines et les stigmates poilus des pistils dépassent des fleurs et sont faciles à observer. Les arrêtes discrètes qui prolongent les glumelles nous aide à reconnaître le Ray-grass d'Italie (Lolium multiflorum), l'acteur principal des gazons et des pelouses artificielles en France!

Reste à compléter le dossier avec quelques brassées d'indices complémentaires: la Sauvage ressemble-t-elle à une herbe solitaire, ou forme-t-elle des touffes (on dit que son port est cespiteux)? Quelle est l'apparence des feuilles? Dans quel milieu pousse-t-elle?
Holmes, vous ne résoudrez jamais cette enquête.
(Sherlock Holmes, Guy Ritchie)

Chaque détail compte! Se munir d'une règle pour relever des mesures (épillets, arrêtes...) n'est pas superflu, et peut être (je dis bien peut-être, les Poacées sont assez polymorphes, sans quoi ça serait trop facile), à force d'observations et de déductions, aboutirez-vous à un nom parmi les 150 genres et 470 espèces qui couvrent le sol français, tel le vainqueur extatique d'une partie de Cluedo titanesque! Et puisqu'on parle de jouer, que diriez-vous de lancer les dés, et de piocher quelques spécimens sur le pas de la porte?

Poa annua, Pâturin annuel, Poitiers centre ville

La racine grêle et fibreuse de cette petite sauvage cespiteuse nous indique qu'il s'agit probablement d'une annuelle (ou d'une vivace à vie courte). Le chaume est glabre, les feuilles molles, un peu rugueuses au toucher, plissées en U ou en V. La panicule lâche et peu fournie dresse des rameaux quasiment disposés à angle droit. Les épillets sont aplatis, les fleurs dépassent nettement des glumes, les glumelles sont imbriquées et dénuées d’arêtes. On note la présence d'une ligule courte (environ 3mm), mais pas d'oreillettes.

Il s'agit bien sûr du célèbre Pâturin annuel (Poa annua), en tête du palmarès des Sauvages les plus répandues en milieu citadin. Florissant à n'importe quelle saison, le Pâturin annuel est capable de donner jusqu'à six nouvelles générations par an, avec une capacité d'adaptation qui force l'admiration!

Eragrostis minor, Petit eragrostis, Poitiers Chilvert

Cette petite Sauvage cespiteuse présente des inflorescences en panicules ouvertes et étalées. Les épillets sont plats et comptent une dizaine de fleurs minuscules, très difficiles à décortiquer... On se rabattra sur les gaines, faciles à observer, garnies de poils étalés. La ligule se résume à une rangée de poils. Enfin, le bord des feuilles, lui aussi garnis de poils, est parcouru de petits glandes jaunâtres. Nous sommes en présence du Petit eragrostis (Eragrostis minor), une annuelle, locataire commune des sols sablonneux, des bords des routes ou des voies ferrées.


Hordeum vulgare subsp. distichon, Orge à deux rangs, Poitiers Chilvert

Pour ce dernier spécimen, on remarque une ligule courte, deux longues oreillettes dont les pointes se recouvrent, un épi composés d'un seul épillet fertile (complet) et de deux épillets avortés (incomplets). Les glumes sont prolongées par des arrêtes qui dépassent les fleurs; les glumelles dressent des arrêtes spectaculaires, jusqu'à 20cm! Hum... Notre Sauvage n'en est pas une, mais plutôt une céréale échappée des cultures: l'Orge à deux rangs (Hordeum vulgare subsp. distichon), généralement cultivé pour alimenter les cuves des brasseries.
On a qu'à aller au Winchester pour boire une bonne bière en attendant que les choses se calment.
(Shaun of the Dead, Edgar Wright)

Bière ou limonade, une pause s'impose à ce stade de nos investigations. Une approche efficace des Poacées imposerait de décortiquer, mot par mot, bien d'autres aspects comme les racines ou les fruits, qui feront l'objet de futurs articles sur Sauvages du Poitou. Les premières bases jetées ici devraient toutefois vous permettre de vous essayer à quelques premières identifications, avec l'aide d'une loupe et d'une bonne flore (références en bas d'article). En attendant d'apprivoiser ce vocabulaire, je vous souhaite de ne plus jamais regarder une friche, une pelouse ou un champ de blé d'un œil assoupi et désintéressé, à l'image du Renard du Petit Prince!
Regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé? (...) Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste! Mais (...) ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...  (Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry)
D'autres leçons de botanique consacrées aux fleurs sur Sauvages du Poitou:
- Le vocabulaire de la botanique (4): les fleurs régulières
- Le vocabulaire de la botanique (5): les fleurs irrégulières
- Le vocabulaire de la botanique (6): inflorescences et capitules


Pour aller plus loin:
- Botarela, le rendez-vous incontournable des amoureux de Poacées, complété d'une clé d'identification en ligne par Guillaume Lecointre!

Lectures recommandées:
- Le Guide des graminées, carex, joncs et fougères aux aux éditions Delachaux et Niestlé
- Petite flore de France aux éditions Belin (le chapitre consacré aux Poacées ne présente qu'une petite centaine d’espèces, mais la clé de détermination est agréable pour une première approche)
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Familles de la flore française (Game of thrones et botanique, épisode 3)
Date 29/10/2016
Ico Cours de botanique pour les indiens!
Comms 3 commentaires

Cet article fait suite à deux épisodes déjà publiés, consacrés aux grandes familles en botanique. Nous avions croisé dans le premier les prestigieuses lignées Asterceae, Poaceae, Fabaceae, Rosaceae et Brassicaceae. Le second nous avait présenté les clans Apiaceae, Caryophyllaceae, Lamiaceae, Liliaceae, Ranunculaceae et Orchidaceae. Le feuilleton continue, avec six nouvelles familles plus modestes en terme d’espèces présentes sur le sol français, mais tout aussi remarquables de par leurs spécificités...


House Boraginaceae, Sauvages du Poitou!

Une barbe monumentale le couvrait des pommettes aux cuisses, tant et si bien qu’on pouvait difficilement dire où s’achevait le poil et où débutait la fourrure.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Boraginacées (100 espèces en France) présentent souvent des tiges et des feuilles recouvertes de poils rudes. Leur nom viendrait du latin burra, la «burre», une étoffe en laine rêche et grossière qui habillait jadis les moines. Leurs inflorescences affichent souvent un bleu céleste, intense, et forment une sorte de queue de «scorpion» (cyme scorpioïde, voir l'article consacré au sujet).


Borrago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain
Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain


C'est la clan de la Bourrache officinale (Borrago officinalis), symbole ancestral du courage, de la piquante et généreuse Vipérine commune (Echium vulgare), mais aussi des Myosotis (Myosotis sp), qui font office de bardes délicats dans cette fratrie de poilus au grand cœur!


Myosotis arvensis, Myosotis des champs, Poitiers bords de Clain

La «queue de scorpion» poilue du discret Myosotis des champs.


House Rubiaceae, Sauvages du Poitou!

En fait d’objets de valeur, je ne possède rien d’autre qu'une couronne.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Rubiacées (75 espèces en France) se distinguent de par leurs tiges carrées (tout ce qui a une tige carré n'est donc pas forcément une Lamiacée!), et surtout par leurs feuilles verticillées, c'est à dire disposées en couronnes ou en étoiles autour de la tige. Leurs fleurs sont généralement discrètes, à l'image des petites fleurs des nombreux Gaillets (Gallium sp) ou de la Garance voyageuse (Rubia peregrina).


Rubia peregrina, Garance voyageuse, Poitiers bords de Boivre

Feuilles coriaces, agrippantes et verticillées de la Garance voyageuse.


Les Rubiacées comptent dans leurs rangs des membres exotiques très célèbres: les Caféiers (Coffea sp). Ces derniers sont bien trop capricieux pour pouvoir tolérer les saisons françaises... Dommage pour nous, mais notez que les petits fruits du Gaillet gratteron (Galium aparine) grillés à sec, écrasés et finalement mis à bouillir dans de l'eau fournissent un excellent succédané de café... Un goût de famille?


Café de Gaillet gratteron, une recette Sauvages du Poitou!

Gaillet gratteron: le café à la française!


House Campanulaceae, Sauvages du Poitou!

Une douzaine de clochettes tintaient pour peu qu’il bougeât... C’est-à-dire en permanence, car il ne tenait guère en place.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Campanulacées (64 espèces en France) se distinguent par leurs fleurs à cinq pétales soudés, dont la corolle forme souvent une cloche: campanula est la «clochette» en latin. Leur tige renferme généralement un latex. C'est le clan des nombreuses Campanules (Campanula sp), difficiles à différencier (et pourtant, chaque cloche à son ton!), ou encore celui des Raiponces (Phyteuma sp).


Campanula portenschlagiana, Campanule des purailles, Poitiers Chilvert

Les clochettes du Campanule des murailles (Campanula portenschlagiana).


House Amaranthaceae, Sauvages du Poitou!


Dans les classifications les plus récentes, les Amaranthacées intègrent dans leurs rangs l'ensemble des Chenopodiacées. On retiendra les tendances suivantes pour ces deux clans (réunis aujourd'hui sous une seule et même bannière, Amaranthaceae): leurs fleurs, très petites, sont généralement dénuées de pétales (c'est donc avec l'aide des feuilles et des fruits qu'on les identifiera). Leurs feuilles sont généralement entières, pointues (elles dessinent parfois des flèches ou des hallebardes) et longuement pétiolées. Nombre d'entre elles affectionnent les terrains salés ou les sols riches en nitrates, ce qui en fait des locataires privilégiées des côtes, des rivages ou simplement des lieux fréquentés par l'homme.
Les bras costauds gouvernent ce monde: hors de cela, tu te goberges d’illusions.
(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

C'est le clan des Chénopodes (Chenopodium sp), des Arroches (Atriplex sp) ou des Amarantes (Amaranthus sp)... Des végétaux souvent bons pour la soupe! On ne s'étonnera donc pas de trouver dans ce clan de célèbres espèces potagères, cultivées pour leurs feuilles ou leurs graines, comme les Épinards, les Betteraves, les Bettes ou les Quinoas... Et les hommes trouveront peut-être parmi d'autres Amaranthacées des alliées de premier choix pour réanimer leur agriculture moribonde: la culture de certaines espèces d'Amarantes, par exemple, est déjà d'actualité en Afrique. Celles ci sont plus fournies en protéines que le soja, riches en vitamines A, C et en sels minéraux. Elles tolèrent les sols pauvres, secs (leur culture ne demande pas beaucoup d'eau), se montrent extrêmement résistantes face aux prédateurs et aux maladies. Certains ont accusé Popeye, le marin qui semblait tirer sa force d'une poignée d'Épinards, de charlatan... Mais après tout, le régime de Popeye n'était peut-être pas si farfelu (si les Épinards ne sont pas forcément riches en fer, ils restent eux aussi très fournis en vitamines et en minéraux)!


Amaranthus deflexus, Amarante couchée, Poitiers quartier gare

Minuscules fleurs vertes en panicule de l'Amarante couchée (Amaranthus deflexus), indétrônable bodybuildeuse du macadam et des trottoirs!


House Euphorbiaceae, Sauvages du Poitou!


Les Euphorbiacées (60 espèces en France) sont généralement glabres. Elles se distinguent par le suc laiteux, nommé latex, contenu dans leur tige, et par leurs l'originalité de leurs fleurs (généralement vertes ou jaunâtres, dénuées de pétales) organisées en ombelles. Une photographie valant mieux que de fastidieuses explications, l'observation de quelques membres de ce clan devraient vous permettre d'intégrer sans peine leur touche très... Personnelle!


De gauche à droite: Euphorbe d'Irlande (Euphorbia hiberna), Euphorbe petit-cyprès (Euphorbia cyparissias) et Euphorbe réveil matin (Euphorbia helioscopia).

- Comment, alors?

- Par le seul autre moyen : la magie!

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

C'est la famille des nombreuses Euphorbes (Euphorbia sp), mais aussi celle des Mercuriales (Mercurialis sp). Les latex des Euphorbes sont généralement toxiques et irritants par simple contact cutané. Mais ils intéressent souvent la médecine ou l'industrie pour les secrets qu'ils renferment, comme le latex de la discrète Euphorbe des jardins (Euphorbia peplus), dont on tire une substance utilisée pour des chimiothérapies (le mébutate d'ingenol), ou celui de l'Hévéa (Hevea brasiliensis), une Euphorbiacée originaire d'Amazonie, à partir duquel on fabrique le caoutchouc. C'est d'ailleurs à un ancestral médecin, Euphorbus (Grèce, 40-19 av. J.-C.), que cette famille doit son nom... Nul doute, les scientifiques feront à l'avenir de nombreuses autres découvertes en fouillant les entrailles de ce clan!


House Crassulaceae, Sauvages du Poitou!


Les Crassulacées (50 espèces en France) sont des végétaux glabres, à feuilles ou à tiges charnues. Leurs feuilles sont généralement simples, entières, sessiles ou munies d'un court pétiole. Leurs fleurs peuvent présenter des aspect variés, mais arbore souvent 5 pétales et 5 sépales. C'est le clan des nombreux Sédums (Sedum sp), délicats à différencier, mais aussi celui des Joubarbes (Sempervivum sp) ou du célèbre Nombril de Vénus (Umbilicus rupestris).


Umbilicus rupestris, Nombril de Vénus, Laval (53)

Feuilles ronds et charnues du Nombril de Vénus à flanc de falaise!

Je serai bientôt grosse, je vous le promets. J’en prie la Mère d’En-Haut, tous les soirs.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

On désigne souvent les membres de ce clan comme étant des plantes «grasses», «succulentes» ou «crassulescentes»; trois synonymes pour exprimer leurs vertes rondeurs (crassus signifie «épais» en latin). Leurs organes enflés et gorgés de suc assurent leur survie en situation misérable ou aride; c'est pourquoi elles colonisent les lieux misérables, souvent bien exposés: rochers, sables, murs ou toits. A travers le monde, les Crassulacées font parties des championnes de la survie en milieu hostile!


Ainsi se termine notre tour d'horizon des principales familles en botanique pour le territoire français. Vous vous en doutez, ce n'est que la face émergée de l'iceberg: les clans des Sauvages sont très nombreux, bigarrés, fascinants de par leurs coutumes, même lorsque qu'il ne sont composés que par un unique membre (comme le clan Aquifoliaceae dont le seul représentant en France est le Houx, Ilex aquifolium). Mais refermons cette trilogie fantasy pour l'heure et gageons que les Sauvages nous inspirerons d'autres thèmes hauts en couleur pour les prochains cours de botanique!


Lectures recommandées:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

- Petite flore de France aux éditions Belin, une flore élégante et une clé d'identification astucieuse qui met l'accent sur la reconnaissance des familles.

- Cours de botanique en ligne par Joël Raynaud: Classifications chez les angiospermes


Et pour le plaisir, le fil rouge de notre article...

- Le cycle fantasy Le Trône de fer par George R. R. Martin!


>Voir le billet et ses commentaires...
 

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