Ico Liste des Sauvages par noms
Ico Retrouver une Sauvage par l'image
Ico Initiation à la botanique joyeuse!
Ico Villes, chemins & terrains vagues
Ico Prairies
Ico Haies & forêts
Ico Murs et rocailles
Ico Zone humide
Ico Grand banditisme (invasives)
Ico Bestioles
Ico Rencontres et billets d'humeur

Prairies
Tri  


1 2 3 4 ... 15
Coquelicots et Pavots: trafic de stups!
Date 12/05/2019
Ico Prairies

Papaver rhoeas, Coquelicot, Biard aéroport (86)

Coquelicots: le bonheur est-il dans le pré?


Papaver rhoeas (Coquelicot) est probablement le membre le plus connu de la petite famille Papaveraceae, un clan dans lequel s'affiche quelques spécimens déjà croisés dans les pages de Sauvages du Poitou, tels que la Grande Chélidoine (Chelidonium majus) ou le Pavot californien (Eschscholzia californica). Ces sauvages affichent des fleurs spectaculaires et éphémères à quatre pétales (chiffonnées dans leur bouton), flanquées d’une bardée d’étamines. Les célèbres Fumeterres et autres Corydales ont également rejoint ce clan à l'issu d'un des derniers mercatos de la botanique (classification APG III).

- Qu’est ce que vous êtes belle Georgette quand vous rougissez. On dirait une fleur des champs.

(Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Jean-Pierre Jeunet)

Le nom Coquelicot viendrait tout simplement de «Cocorico», le chant du coq, les pétales de la Sauvage ayant emprunté la couleur et la forme de la crête du volatile. Une couleur dont il est possible d'extraire un colorant rouge pâle. Le Coquelicot est une candidate tinctoriale évidente: il suffit de presser ses pétales entre ses doigts pour en entrevoir le potentiel rosé.

Papaver rhoeas, Coquelicot, Biard (86)
Certaines légendes racontent que le Coquelicot a pris sa couleur sur les terres ensanglantées et ravagées par Gengis Khan au 12ème siècle: le Coquelicot qui aime les sol perturbés était une des premières à refleurir sur les champs de bataille.

Si notre coq végétal fleure bon la volaille et la ferme, c'est peut-être parce qu’il fait office de délégué de classe chez les plantes messicoles. Messicole signifie littéralement «qui habite les moissons». A l’image de la superbe Nielle des blés (Agrostemma githago) ou des Bleuets (Centaurea cyanus), le Coquelicot est une Sauvage d'origine étrangère qui s'est naturalisée en France grâce aux cultures céréalières d'hiver. Les messicoles se sont installées autour des champs régulièrement retournés et perturbés, le rythme des labours et des récoltes offrant un partenaire idéal à leur cycle de vie (elles sont pour la plupart annuelles)... Jusqu'à la deuxième moitié du 20ème siècle.

Les nouvelles cultures (maïs, tournesol...), la mécanisation des moyens de désherbage, l’apport d'engrais (favorisant d'autres candidates nitrophiles) et l'usage intempestif d'herbicides leur est défavorable depuis quelques décennies. Une espèce messicole du Poitou-Charentes sur trois a aujourd’hui disparu depuis plusieurs dizaines d’années.

Papaver rhoeas, Coquelicot, Biard aéroport (86)

Sépales velus du Coquelicot qui tombent à la floraison, Biard (86)


Nous voulons de Coquelicots! Sauvages du Poitou

L'appel associatif lancé à la fin de l'été 2018 «Nous voulons des coquelicots» est un des reflets du souhait d'évolution vers une agriculture qui s'harmoniserait avec la flore et la faune associée (paradoxalement, le Coquelicot est une messicole particulièrement résistante aux herbicides). Ainsi, le Coquelicot redevient une fleur épinglée à la boutonnière, à l'image de celle portée par les anglais au sortir de la première guerre mondiale pour honorer les vétérans et les héros morts au combat. Le Coquelicot était la Sauvage reine des champs de bataille: le sol labouré par les obus leur offrait un terrain proche des champs retournés par les tracteurs.

Et puisqu'on évoque nos amis anglais, impossible de ne pas prononcer à haute voix le nom du Coquelicot outre-Manche: Poppy. Il est «la poupée», peut-être à cause des petits personnages qu'on peut confectionner à partir de ses fleurs, de quelques brins d'herbe et d'un soupçon de magie...


Papaver rhoeas alias Poppy! Sauvages du Poitou

On retourne les pétales, les attachant avec une tige de plantain pour former la taille et les bras. Une brindille plantée sous la jupe fait office de deuxième jambe... Hello Poppy!


Étrangement, la toxicité du Coquelicot est souvent exagérée. J'ai pour ma part grandi avec la consigne de me laver les mains après avoir joué avec ses pétales rouges, sous peine de finir ma journée sous le joug d'une effroyable colique... D'autres agrémentent les plats ou les pains de ses graines, quand ils ne décorent pas les salades avec ses fleurs. Alors, le coquelicot est-il comestible ou non?


Papaver rhoeas, Coquelicot, Biard aéroport (86)

Quand le Coquelicot dévoile sa cape de Superman... Aurait-il quelques supers pouvoirs?

- Tu t'y connais un peu en cocaïne?

(Scarface, Brian De Palma)

Pour le quidam, Coquelicots et Pavots, c'est un peu Schtroumpf vert et vert Schtroumpf (en fait Schtroumpf rouge et rouge Schtroumpf): les espèces les plus communes, regroupées sous le genre Papaver, sont souvent confondues. Presque toutes contiennent un cocktail d'alcaloïdes aux propriétés somnifères, sédatives ou analgésiques, potentiellement toxiques à forte dose. En réalité, il faudrait considérer les substances narcotiques concernées espèce par espèce (l'ouvrage Opium Poppy: Botany, Chemistry, and Pharmacology de L.D. Kapoor est riche d'informations en la matière).


Papaver somniferum, Pavot officinal, Poitiers quartier Chilvert

Fleur éphémère du Pavot officinal au jardin: de nombreuses variétés ont été développées par l'horticulture, pour le plaisir des yeux.


La dangerosité supposée des Coquelicots viendrait d'une confusion avec celle du Pavot officinal (Papaver somniferum). Ce dernier renferme une grande concentration d'alcaloïdes opiacés, telles la codéine ou la morphine, surtout chez certaines variétés cultivées dans ce but. On extrait l'opium à partir de son latex, dont les produits dérivés médicinaux ou narcotiques (héroïne...)  sont connus pour la forte dépendance qu'ils développent chez leurs consommateurs. Le Pavot officinal, souvent planté au jardin pour la beauté de ses fleurs éphémères, peut donc légitimement être considéré comme étant toxique, à commencer par ses tiges et ses capsules, les feuilles renfermant peu de latex.


Accroc aux Coquelicots? Sauvages du Poitou!


Papaver vient du celtique papa signifiant «bouillie», parce que l'on mélangeait autrefois les graines du Pavot officinal dans la bouillie des enfants pour mieux les faire dormir. Les graines du Pavot officinal ne présentent théoriquement aucun risque: ce sont d'ailleurs ces mêmes graines, dépourvues d'alcaloïdes, qu'on utilise en cuisine (là aussi, des variétés ont été sélectionnées en ce sens). En pratique, il arrive cependant que les graines soient souillées par le latex des capsules lors de leur préparation. Des études récentes révèlent la présence, certes minime, de morphine jusque dans les urines des amateurs de pain aux graines de pavot (voir cet article du Monde)... Pas de quoi se priver d'une tranche de pain bien sûr!


Papaver rhoeas, Coquelicot, Biard aéroport (86)

Les feuilles du Coquelicot, généralement alternes, présentent des formes très variables, souvent fortement découpées.


De son côté, notre Coquelicot (Papaver rhoeas) contient aussi une belle palette d'alcaloïdes. La morphine en fait partie, mais dans une proportion infime et seulement au niveau des capsules. Chez lui, c'est surtout la rhoeadine qui importe, présente dans toutes les parties de la plante, des racines jusqu'aux pétales. L'usage de ses pétales, recensés dans la liste A de la pharmacopée française, lui reconnait un léger pouvoir sédatif et calmant, mais pas soporifique. Il n'est donc pas complètement innocent mais son usage ponctuel ne recèle à priori pas de grands dangers (quelques cas d'intolérances ont été évoqués ici et là). Ses jeunes feuilles ou ses boutons floraux sont d'ailleurs consommées, crus ou cuits, dans de nombreux pays (confère Le Régal végétal de l'ethnobotaniste François Couplan). La prudence nous invite à ne pas en consommer un plein saladier ou en faire des cures prolongées. Reste à ne pas le confondre avec d’autres espèces proches…


Papaver dubium, Pavot douteux, Poitiers quartier Chilvert

Mais quel est ce Coquelicot? Quand le Pavot douteux (Papaver dubium) nous fait douter... Notez les poils appliqués sur la tige, contre des poils hérissés chez le Coquelicot.


Le genre Papaver est riche de 8 espèces en France (110 dans le monde). On peut mentionner: le Pavot douteux (Papaver dubium), commun en tout lieu, ou le Pavot argémone (Papaver argemone) et le Pavot hybride (Papaver hybridum), deux messicoles moins répandues. Ces Pavots se rapprochent sensiblement du Coquelicot en apparence comme en qualités. En cas de confusion, leur consommation raisonnable ou ponctuelle ne présente pas de risques, même si le Pavot douteux peut nous insuffler quelques doutes de par sa teneur en aporéine (le botaniste Paul-Victor Fournier le considère comme potentiellement toxique). Surtout, il serait dommage de croquer le Pavot argémone ou le Pavot hybride, tant leurs rangs se parsèment au fil des années, à l'image de la plupart des messicoles.


Papaver spp, Sauvages du Poitou!


Alors comment distinguer les Coquelicots/Pavots les plus courants? Le critère d'identification le plus abordable repose sur l'observation des capsules: elles sont en forme de vase et glabres chez P.Rhoeas (1), allongées et glabres chez P.dubium (2), allongées et hérissées chez P.agremone (3), courtes, arrondies et hérissées chez P.hybridum (4).


Aylax papaveris sur Papaver dubium, Poitiers quartier gare

Si l’identification des Pavots repose en partie sur leurs capsules, une petite guêpe (Aylax papaveris) peut brouiller les pistes. En pondant dans les fruits, elle provoque une « galle » (ici sur Papaver dubium) qui fait enfler la capsule jusqu’à trois fois sa taille ! A l’intérieur du fruit atrophié, plusieurs loges servent d’abri et de garde-manger bien rempli aux larves de l’insecte.


Pour aller plus loin:

- Papaver Rhoeas sur Tela-botanica

- Papaver Rhoeas: identification assistée sur ordinateur

- Papaver dubium sur Tela-botanica

- Papaver dubium: identification assistée sur ordinateur

- Le coquelicot, un emblème anti-pesticide ambigu? sur Zoom Nature

- Le Coquelicot à travers l'histoire sur le blog Books of Dante


Lecture recommandée:

- Le Coquelicot poète des champs de Bertrand Bernard

- Plantes de poilus de Denis Richard

- Opium Poppy: Botany, Chemistry, and Pharmacology de L.D. Kapoor

Papaver rhoeas, Coquelicot, Poitiers quartier gare

Coquelicot: il est interdit de franchir la ligne blanche!

 

Promenade au pays des Véroniques
Date 08/01/2019
Ico Villes, chemins & terrains vagues

Veronica persica, Véronique de Perse, Poitiers bords de Boivre

Véronique de Perse, Poitiers bords de Boivre


Veronica persica (Véronique de Perse ou Arrouil en poitevin-saintongeais) appartient aux Plantaginaceae. Ce clan réunit des sauvages très diverses sous la houlette des Plantains qui font office de chefs de famille. Au delà du patrimoine génétique, difficile de trouver des points communs entre une Véronique, un Plantain, une Digitale, une Linaire ou la belle Cymbalaire des murs... L'exercice serait peut-être plus évident si nous étions des papillons: la Mélitée du Plantain  abandonne ses chenilles aux Plantains comme à quelques Véroniques, la Mélitée orangée oscille entre Plantains, Linaires, Digitales ou Véroniques. Comme quoi, dans le domaine de la botanique, les insectes possèdent un feeling qui nous fait parfois défaut!


La Véronique de Perse est probablement la plus répandue et la plus connue de son genre. Annuelle, elle fleurit presque toute l'année (de mars à octobre, parfois au-delà lors des hivers doux), de partout, même si sa préférence va aux sols riches en azote et en matière organique comme les potagers et les terres cultivées.


Veronica persica, Véronique de Perse, Poitiers bords de Boivre

Feuilles larges, rondes à ovales et dentées de la Véronique de Perse.

L’évasion est un droit, je dirais même plus, un devoir!

(Mesrine: l’Instinct de mort, Jean-François Richet)

L'introduction de la Véronique de Perse en Europe est pourtant récente, située autour du 19ème siècle. Originaire du Sud-Ouest de l'Asie, on raconte qu'elle se serait évadée du célèbre jardin botanique de Karlsruhe en Allemagne (les jardins botaniques du monde entier sont de formidables vecteurs de propagations pour nos indomptables Sauvages). Sa naturalisation rapide et sa prolifération repose sur sa capacité à fleuri, à grainer et à germer quatre saisons sur quatre, en toutes circonstances.


Plusieurs éléments peuvent nous aider à identifier la fugitive: la Véronique de Perse présente un port couché sur le sol. Ses fleurs solitaires, d'un bleu délavé, sont perchées au bout d'un long pédoncule qui dépasse largement les feuilles. Finalement, les fruits (composés de deux lobes très divergents) sont aplatis, velues (non glanduleuses), plus larges que longs.

Veronica persica, Véronique de Perse, Poitiers Rochers du Porteau
Fruits (capsules) en cœur de la Véronique de Perse: une déclaration d'amour.

Véroniques, Sauvages du Poitou!

Les Veroniques sont des plantes basses qui affichent le plus souvent ce type de fleurs à quatre pétales inégaux, d'où pendent deux étamines comme une jolie paire de boucles d'oreille. On recense une quarantaine d’espèces sur le territoire français, dont la détermination n'est pas toujours aisée. Le temps passé à dénicher et à reconnaitre les Veronica est largement récompensé par le spectacle de leurs floraisons. Parmi les plus célèbres (ou les plus communes):


Veronica officinalis, Véronique officinale, Biard (86)

Véronique officinale, la médicinale.


La Véronique officinale (Veronica officinalis) est une vivace qui pousse sur les sols secs et pauvres, dans les prairies ou les cultures. Ses feuilles ovales ou obovales sont mollement velues et finement dentées en scie; ses fleurs sont réunies en grappes grêles (presque en épis).


Au 18ème siècle, la Véronique officinale se substitue au thé chinois, le temps d'une mode, d'où son surnom de Thé d'Europe. Sur ce dernier point, les avis divergent: c'est peut-être la Véronique petit-chêne (Veronica chamaedrys, voir ci-dessous) qui fut un breuvage tendance, à moins que ce ne soit la Véronique des montagnes (Veronica montana) qui dégage une odeur de thé en séchant. Le manque de précision anatomique des documents d'époque ne permet malheureusement pas de faire le tri dans notre tasse.

De nos jours, la Véronique officinale est pourtant la seule de son genre à être considérée comme plante médicinale par la pharmacopée française. L'infusion de ses sommités fleuries est réputée tonique, expectorante, diurétique et surtout digestive. Autrefois, elle fut utilisée en application externe pour soigner les plaies ou les maladies de peau chroniques, comme la gale ou la lèpre. C'est d'ailleurs à Sainte Véronique que les toutes les Veronica empruntent leur nom: la légende raconte que Véronique, une femme pieuse de Jérusalem, essuya à l'aide d'un tissu le visage du Christ lors de son ascension au Calvaire. Le visage du Christ s'imprima sur le linge, devenu relique sacrée (la «Sainte face»). Véronique aurait ensuite guérit miraculeusement l'empereur Tibère de la lèpre en lui révélant le tissu...


Sainte Véronique, Sauvages du Poitou!


Veronica chamaedrys, Véronique petit-chêne, Poitiers bords de Boivre

Véronique petit-chêne, la forestière.


La Véronique petit-chêne (Veronica chamaedrys) colonise les bords des routes ombragés, les haies et les forêts, car elle affectionne les sols frais. C'est une vivace qui fleurit à la belle saison, entre mai et juillet. Son port est rampant, mais ses tiges, parcourues par deux lignes de poils opposées, se redresse lors de la floraison. Ses larges feuilles rondes à ovales sont opposées, sessiles, grossièrement dentées (certains auteurs les décrives comme étant sinuées, à la manière des feuilles d'un chêne). Le contraste du bleu intense de ses pétales avec le blanc de la collerette blanche au centre de la fleur et sa paire d'étamines ostentatoires suffisent généralement à épater le promeneur tout en nous mettant sur la bonne piste.

Veronica arvensis, Véronique des champs, Poitiers le Porteau
Véronique des champs, la lilliputienne.

La Véronique des champs (Veronica arvensis) est une petite annuelle qui fréquente le plus souvent les sols riches et sarclés, les jardins, les potagers, mais parfois aussi les rochers ou les trottoirs. Elle fleurit une grande partie de l'année, d'avril jusqu'à octobre. La discrète se distingue avant tout par la miniaturisation de ses fleurs bleues, souvent réunies par grappes en haut de la tige: 2 à 3mm seulement, une taille de fourmi et une merveille qu'il convient de découvrir à la loupe.

Veronica arvensis, Véronique des champs, Angles-sur-l'Anglin (86)
Véronique des champs, Angles-sur-l'Anglin (86)

La taille des fleurs de la Véronique des champs est un handicap pour attirer les butineurs, mais la Sauvage compense le manque de visites par sa capacité d'auto-fécondation (autogamie). Elle assure également une impressionnante production de graines: chaque fleur deviendra une capsule à maturité, contenant une vingtaine de graines... Un plant à pleine maturité pouvant porter jusqu'à une bonne centaine de capsules! Ses larges feuilles rondes à ovales sont dentées, poilues, les supérieures sessiles et embrassantes. Dans la grappe terminale (qui s'allonge au cours du temps) se mélangent des bractées entières et lancéolées qui dépassent largement les fleurs.

Veronica hederifolia, Véronique à feuilles de Lierre, Poitiers bords de Clain
Véronique à feuilles de Lierre, l'imitatrice.

La Véronique à feuilles de Lierre (Veronica hederifolia) est une petite annuelle qui aime les sols forestiers riches en matière organique végétale et les cultures amendées. Ceci dit, au regard de sa taille, un bout de mur mousseux peut tout à fait lui suffire! Ses feuilles sont découpées en 3 ou 5 lobes, avec un lobe terminal proéminent: elle ressemble à une sorte de feuille de Lierre grimpant dans une version bonzaï. Depuis sa tige rampante, elle dresse de minuscules fleurs solitaires (une fleur par pédoncule), à la gorge blanche, entre mars et juillet.

A l'image de la Véronique des champs, la Véronique à feuilles de Lierre compense la discrétion de ses fleurs par l'auto-fécondation. Le pédoncule qui porte la fleur se recourbe vers le sol à maturité pour rapprocher le fruit du sol et de le rendre accessible aux fourmis. Ces dernière emportent les graines (équipées d'un appendice huileux et nutritif), les dispersant sur le territoire. Ce mode de propagation (myrmécochorie) est répandu chez les Véroniques.

Les Véroniques sur Sauvages du Poitou !


Terminons notre promenade en un bouquet final de Véroniques qui, loin d'être exhaustif, illustre la richesse, la diversité et la beauté du genre. A vous de jouer, «attrapez-les toutes» comme le propose la devise des chasseurs de Pokémon! Un conseil avant de partir: pensez à photographier les capsules et à observer de près la pilosité de la plante avant de consulter votre flore préférée, ce sont souvent des critères discriminants pour les cas les plus ardus.


Veronica cymbalaria, Véronique cymbalaire, Poitiers centre

Véronique faux mouron d'eau (Veronica anagalloides), une locataire des zones humides, et Véronique cymbalaire (Veronica cymbalaria), une habituée des littoraux atlantiques et méditerranéens, ici égarée sur un trottoir à Poitiers!


Veronica spicata, Véronique en épi, Chaumont sur Loire (41) Veronica polita, Véronique luisante, Poitiers bords de Clain

Véronique en épi (Veronica spicata), plutôt montagnarde en France à l'état naturel, aux inflorescences spectaculaires, et Véronique luisante (Veronica polita), une adventice plus discrète que la Véronique de Perse, aux feuilles presque luisantes, aux capsules non aplaties recouvertes de poils glanduleux.


Veronica prostrata, Véronique couchée, Vouneuil-sous-Biard (86) Veronica serpyllifolia, Véronique à feuilles de serpolet, Biard (86)

Véronique couchée (Veronica prostrata), une locataire des pelouses calcaires sèches, et Véronique à feuilles de serpolet (Veronica serpyllifolia), une belle adventice des jardins.


Pour aller plus loin:

- Veronica persica sur Tela-botanica

- Veronica persica : identification assistée par ordinateur

- Lusus floral dans le genre Veronica sur le blog du Corbeau curieux (d'autres articles consacrés au genre Veronica sur ce site)
- La Véronique officinale à travers l'histoire sur le blog Books of Dante
- Le thé de l'Europe, ou les propriétés des Véroniques par Nicolas Andry de Boisregard (1704)
 

Carline commune: sous le soleil exactement
Date 10/09/2018
Ico Prairies

Carline commune, Carlina vulgaris, Buxerolles (86)

Sous le soleil de la Carline commune, Buxerolles (86)


Carlina vulgaris (Carline commune) appartient au vaste clan Asteraceae, celui du roi Pissenlit et de la reine Pâquerette. En la croisant, on pensera surtout à leur garde rapprochée: les «Chardons», une appellation fourre tout derrière laquelle se cache une grande diversité de Sauvages piquantes et mal rasées (Carduus, Cirsium et autres fausses consœurs). Si la Carline se confond parfois avec quelques Cirses défraichis en fin d'été, un œil averti remarquera immédiatement les reflets dorés de ses inflorescences (certains la surnomme Chardon doré), signant l'apothéose solaire de son existence plutôt qu'une fin de carrière.


Carline commune, Carlina vulgaris, Buxerolles (86) Cirsium arvense, Cirse des champs, Buxerolles (86)

Carline commune à gauche versus Cirse des champs (Cirsium arvense) à droite, même site, même jour et même piquants! (Buxerolles, 86)


Il faut dire que les feuilles et les bractées de la Carline commune empruntent leur allure à celles de certains «Chardons»: oblongues, pennatilobées et surtout piquantes. Les bractées externes (sous les inflorescences) forment un enchevêtrement d'épines, quelque part entre la dentelle fine et un instrument de supplice tout droit sorti d'un roman de Clive Barker.


Carline commune, Carlina vulgaris, Buxerolles (86)

Bouton floral de Carline commune: un trésor mellifère sous la garde d'une boule d'épine.


Mais pas de quoi cauchemarder: la Carline commune est une bisanuelle qui pointe ses capitules entre juillet et septembre sur les sols pauvres et secs, dans toute la France. Des lieux chauds et lumineux, fréquentés par nos papillons préférés qui se régalent à butiner la Sauvage très nectarifère. Les abeilles ne sont pas en reste. Par un beau jour d'été, le défilé semble incessant.


Polyommatus bellargus sur Carlina vulgaris , Buxerolles (86)

Azuré bleu céleste (Polyommatus bellargus) et Carline commune: quand le ciel a rendez-vous avec le soleil.

- Il y a des règles que vous devez suivre.

- Oui, et quelles sont ces règles?

- (...) Tenez le éloigné de l’eau. Ne le mouillez pas.

(Gremlins, Joe Dante)

Si les inflorescences de la Carline commune évoquent le soleil, le rapport que la Sauvage entretien avec l'astre de feu est sans équivoque: lui vouant une loyauté absolue, ses capitules ne s'offrent que par temps sec. Réagissant à l'humidité ambiante, ses bractées internes — qui ressemblent à une couronne de pétales — se referment immédiatement au contact de l'eau. En réalité, cette mécanique permet de protéger des intempéries les précieux fleurons (tous tubulés). Autrefois surnommée Herbe à la pluie, la Carline commune pourrait faire office de baromètre naturel. Pour les plus curieux, l'expérience peut se pratiquer à l'aide d'un brumisateur, au risque de vexer notre fleur hydrophobe.



La Carline doit son nom à Carolus, soit Charles. Pour certain auteurs, il s'agirait d'une référence à Charles Quint, à moins que ce ne soit Charlemagne: on raconte qu'un ange offrit au souverain un pied de Carline pour remédier à l'ensemble des maux de l'humanité. Dans d'autres versions, il s'agit de soigner la peste, pas moins. Bref, la Carline, c'est du lourd!


En dehors des contes et légendes, on trouve pourtant de références quant à l'utilisation de la Carline commune (elle est toutefois comestible, croquée à l'occasion par les chèvres et les moutons). La Carline à feuilles d'acanthe (Carlina acanthifolia) et la Carline acaule (Carlina acaulis), deux Sauvages plutôt alpines et courtes sur tige, sont en revanche réputées pour leur vertus culinaires et médicinales; la première pour son goût proche de celui de l'artichaut, la seconde pour ses vertus supposées tonifiantes, stomachiques et diurétiques. Dans le sud du pays, les grandes inflorescences de ces deux espèces sont parfois clouées sur les portes afin de servir de baromètre, leur capitule se refermant à l'approche de la pluie (même après avoir séché).


Météo Carlina, Sauvages du Poitou!


Carline est également un prénom révolutionnaire, fêté le 21ème jour de Thermidor, le mois des chaleurs forcément. Bien plus rare que la Sauvage, son usage n'a jamais transcendé les modes (au summum une vingtaine de petites filles en France en 2003). Alors qui sait, si vous cherchez un prénom original, solaire, pour une petite sauvageonne susceptible de guérir les maux de l'humanité (à l'exception des jours de pluie), l'idée est semée!


Pour aller plus loin:

- Carlina vulgaris sur Tela-botanica

- Carlina vulgaris: identification assistée par ordinateur

 

1 2 3 4 ... 15

MP  Mighty Productions
> Blogs
> Sauvages du Poitou
> Prairies
 
RSS       Mentions légales       Comms  Haut de la page