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Vocabulaire de la botanique (8) : des fruits, des pommes, des poires et des scoubidous!
Date 14/10/2018
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Fruits ou faux fruits? Sauvages du Poitou!


Forts de notre vocabulaire permettant de décrire les feuilles simples ou composées, leur disposition sur la tige, les fleurs régulières, irrégulières et leur agencement (inflorescences), nous sommes fin prêts à aborder l'automne, saison des fruits s'il en est une. Si les fleurs l'emportent généralement dans le cœur des promeneurs, les fruits qui leurs succèdent n'en sont pas moins pourvus d'élégance ou d'ingéniosité: souvenez-vous de notre comédie musicale consacrée aux grand voyage des semences, où il était question des milles et une ruses inventées par les Sauvages pour propulser leurs graines vers de nouveaux horizons.

Au jour, on est partis chez moi discuter de l'amour et des fruits (...)

Des pommes, des poires et des scoubidoubi-ou ah!

(Des pommes des poires, Sacha Distel)

En botanique, le fruit est un organe végétal contenant une ou plusieurs graines. Il est issu de la transformation du pistil - c'est à dire du (ou des) carpelle(s) - après la fécondation des ovules. Souvenez-vous de notre fleur «vraie»: après fécondation, les ovules deviennent des graines alors que les parois carpellaires deviennent l'enveloppe protectrice des graines qu'on appelle péricarpe. Considérons une cerise:


La Cerise, un fruit simple... Sauvages du Poitou!


Si la cerise est un fruit simple (ce qui n'enlève rien à ses qualités), la métamorphose d'autres fruits peut-être plus tarabiscotée. Ainsi, chez la fraise, la partie charnue est issue de la transformation du réceptacle floral. Les petits points jaunes à sa surface correspondent à chaque carpelle et sont pour ainsi dire les véritables fruits... Pour la fraise, on parle de «faux fruit», car ce qu'on considère communément comme étant le fruit ne résulte pas seulement de la transformation du pistil.


Fraise: vrai fruit ou faux fruit? Sauvages du Poitou!


Coupons maintenant les cheveux en quatre, ou plus exactement une pomme en deux. La partie que l'on croque se compose de l'ancien réceptacle floral ET de la paroi carpellaire, formant ensemble une masse charnue continue.


Mangez des pommes avec Sauvages du Poitou!


Le péricarpe (l'ensemble de l'enveloppe protectrice des graines) est toujours formé de trois couches distinctes. Dans le cas de cette pomme, la première couche est la peau à l'extérieure, ou épicarpe. La seconde est la partie médiane charnue, ou mésocarpe. Enfin, au cœur, l'endocarpe cartilagineux délimite les loges qui renferment les graines.


Vous frôlez la compotée de méninges? Ce vocabulaire de base nous sera pourtant très utile pour définir les fruits. Retenons aussi que de nombreux scénarios sont possibles: il arrive même que des parties de la fleur soient recyclées en des gadgets surprenants. Par exemple, chaque style des fleurs de la Clématite vigne blanche (Clematis vitalba) devient un appendice plumeux qui permettra au fruit de voyager avec le vent (anémochorie).


Clematis vitalba, Clématite vigne blanche, Vouneuil-sous-Biard (86)

La crête iroquoise des akènes plumeux de la Clématite vigne blanche


Mais laissons pour l'heure le récit de ces incroyables métamorphoses pour observer quelques spécimens sauvages sur le terrain. On distingue deux grands types de fruits: les fruits charnus et les fruits secs.


Les fruits charnus, Sauvages du Poitou!


Les fruits charnus sont de deux sortes: les drupes et les baies. C'est la qualité de l'endocarpe, la couche la plus proche de la graine, qui nous permet de distinguer l'une de l'autre. Si l'endocarpe est dur, autrement dit si un noyau protège les graines, c'est une drupe (cerise, olive, noix...). A l'inverse, si l'endocarpe est tendre, autrement dit si la graine est directement en contact avec la partie charnue, c'est une baie (tomate, raisin, concombre...).


Prunus spinosa, Prunellier, Biard (86) Arum italicum, Gouet d'Italie, Poitiers bords de Boivre

Drupes du Prunellier (Prunus spinosa) à gauche versus baies toxiques du Gouet d'Italie (Arum italicum) à droite.


A moins d'autopsier minutieusement les fruits, la distinction n'est pas toujours pas évidente... De plus, certains spécimens viennent compliquer l'examen. Une datte ou un avocat, pour les exemples les plus connus, ne possèdent pas de noyau, mais une grosse graine très dure: ce sont des baies. Une mûre est composée d'un amas de petits «fruits» contenant un minuscule noyau (suffisamment gros pour se coincer dans nos dents). On parle dans ce cas d'un amas de drupes, ou plus exactement de polydrupe.


Rubus sp, Ronce, Poitiers quartier Chilvert

Fruit de la Ronce (Rubus sp): une polydrupe... La mûre (l'amour?) est plus fort que tout!


Intéressons-nous maintenant aux fruits secs; pas tant les raisins ou les bananes séchées que vous cachez dans votre besace, mais aux fruits dont le péricarpe est constitué de tissus durs et minces. Là aussi, on distingue deux sortes de fruits secs: les fruits secs déhiscents et les fruits secs indéhiscents.


Fruits secs, Sauvages du Poitou!


Les fruits secs déhiscents sont des fruits secs qui s'ouvrent spontanément pour libérer leurs graines, avant même d'être tombé sur le sol. La palette des possibilités est riche, on ne donnera ici que quelques exemples courants:


Coronille changeante, Coronilla varia, Buxerolles (86)

La gousse (que les botanistes appellent aussi «légume», ça se complique sur la carte du menu) est typique des «légumineuses» et s'ouvre par deux fentes de chaque côté. Ici les gousses toxiques de la Coronille changeante (Coronilla varia).


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers bords de Boivre

La follicule, qui ne s'ouvre que par une seule fente. Ici, les follicules de l’Hellébore fétide (Helleborus foetidus).


Enfin, la capsule qui s'ouvre selon des fentes (ou des dents, des pores, des clapets, des couvercles...) multiples, spécifiques et/ou successives... A titre d'exemple et pour faire court - les capsules mériteraient un article à elles seules - ne citons ici que la modalité d'ouverture la plus courante chez les capsules des Brassicacées, nommées siliques.


Le silique, Sauvages du Poitou
(1) Au cœur de l'ovaire, une loge unique renferme les graines. (2) Pendant la maturation du fruit, une cloison se forme, délimitant deux loges distinctes. (3) Les parois externes se fendent et se soulèvent progressivement, du bas vers le haut, puis se détachent. (4) Reste la cloison qui porte les graines. Ces dernières ne tardent pas à se disperser.

Alliaria petiolata, Alliaire, Poitiers bords de Boivre
Silique de l'Alliaire (Alliaria petiolata)

De l'autre côté, les fruits secs indéhiscents sont des fruits secs qui ne s'ouvrent pas spontanément pour libérer leurs graines. Il faudra donc que l'embryon de la plante déchire son enveloppe en germant ou que l'enveloppe se décompose. Le plus grand représentant des fruits secs indéhiscents est l'akène, qui est constitué d'une graine unique (on parlera plutôt de caryopse chez les Poacées).


Chez les Astéracées, l’akène est souvent équipé de soies (réunies en un bouquet nommé aigrette) permettant aux semences de voler. Le fruit étant un critère d’identification important, il n’est pas rare de lire dans les flores des descriptifs poussés sur leur aspect: sont-ils lisses, ridés, glabres, pubescents…? De même, on peut dépeindre avec précision jusqu’aux soies d’un akène volant: sont-elles lisses, denticulées, plumeuses (hérissées de poils fins)…?


Akènes des Asteracées au jardin, Sauvages du Poitou!

Observons quelques akènes pris au piège dans une toile d'araignée au jardin... de haut en bas et de gauche à droite: plumeux pour la Picride éperviaire (Picris hieracioides) / Rougeâtres, surmontés d'un long pied qui porte les soies plumeuses pour la Picride fausse viéprine (Helminthotheca echioides) / Ovales, écrasés et surmontés de plusieurs rangées de soies lisses pour le Laiteron potager (Sonchus oleraceus) / Allongés avec un sommet épineux, surmontés d'un long pied qui porte les soies lisses pour le roi Pissenlit (Taraxacum sect. Ruderalia).


Acer platanoides, Erable plane, Sauvages du Poitou!

Lorsque l'akène porte une grosse aile membraneuse (formée par le péricarpe), on parle de samare. Ici, on s'marre avec les samares de l’Érable plane (Acer platanoides)!

Malva sylvestris, Grande Mauve, Poitiers quartier Chilvert
Enfin, lorsque le fruit est réuni plusieurs loges contenant chacune une graine, qui se séparent à maturité en autant d'akènes, on parle de schizocarpe. Ainsi, le fruit des Ombellifères se divise en deux akènes à maturité (diakène), celui des Lamiacées ou des Boraginacées en quatre (tétrakène)... Ici, le schizocarpe de la Grande Mauve (Malva sylvestris) qui ressemble à un fromage dont chaque portion est un akène.

Reste à prendre son temps pour assimiler ce vocable fourni (qui est pourtant loin d'être exhaustif en la matière). Les fruits nous ouvrent un festival méconnu, spectaculaire, à l'heure où la plupart des fleurs ont quitté la scène... Ainsi parés, il n'y a plus guère le temps de s'ennuyer, et mille raisons de battre la campagne, quelle que soit la saison. Belle exploration!

D'autres leçons de botanique sur Sauvages du Poitou:
- Le vocabulaire de la botanique : les feuilles, première leçon
- Le vocabulaire de la botanique : les fleurs, première leçon
- Le vocabulaire de la botanique : les bourgeons
- Le vocabulaire de la botanique : racines et rhizomes
- Le grand voyage des Sauvages (dissémination des graines)

Pour aller plus loin:

- Le fruit sur Wikipedia

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille

- Les différents types de fruits sur le site de l'université de la Sorbonne

- Les différents type de fruits sur le site Floranet


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (1): feuilles simples
Date 10/07/2017
Ico Cours de botanique joyeuse!
Comms 13 commentaires

Ce billet est le premier d'une catégorie d'articles sur le blog, «La botanique pour les indiens», qui sera consacrée à l'initiation sauvage et décomplexée de la biologie végétale. L'occasion, j’espère, de faire quelques découvertes dignes de l'université de magie de Poudlard (l'école du jeune sorcier Harry Potter)... Car l'étude du vivant est rarement chose ennuyante!


La botanique est magique sur Sauvages du Poitou!


La botanique, à l’image de toutes les vénérables sciences, a composé son propre langage. L’initiation au monde végétal commence donc par l’apprentissage de ce dialecte savant, ce dernier n'ayant pas été inventé pour réjouir une poignée de vieux professeurs scotchés devant des herbiers séculaires, mais bel et bien pour servir le quidam curieux et amoureux de nature ! Et ce à plusieurs titres :


Premièrement, le vocabulaire nous permet de raconter aux autres ce que nous voyons... On ne peut guère se contenter de dire d'une feuille qu'elle est verte, ovale ou pointue : la nature possède un sens artistique infiniment développé, qu'il convient d'exprimer avec grande finesse !


Pour les apprentis que nous sommes, c'est aussi la possibilité de lire les descriptions proposées dans les livres et guides d'identification, et d'aller au delà des simples photographies qui s'avèrent souvent insuffisantes pour partir à la rencontre d'un spécimen inconnu.


Enfin et surtout, les mots guident notre pensée et notre attention : pour le profane, une feuille est verte, ovale ou pointue ; mais celui qui dispose d'un vocabulaire plus fourni remarquera d’emblée d'autres caractéristiques importantes : la feuille est-elle entière ou crénelée ? Hastée ou sagittée ? Est-elle sessile, embrasse-t-elle la tige ? Le simple fait d'étudier ces définitions nous incite à prêter attention à de nouveaux détails. Et quoi de plus merveilleux que pouvoir explorer jusque dans ses détails ?


Au bout du compte, chaque mot appris fait apparaitre à nos yeux un phénomène nouveau... Étudier le vocabulaire de la botanique revient à apprendre la magie ! Paradoxalement, c'est l'expérience et la connaissance qui nous permettent de renouer avec le regard émerveillé et contagieux de l’enfance, qui s’étonne à chaque instant devant le spectacle toujours renouvelé de la nature à jamais extraordinaire et omniprésente.

- Je suis un super tchatcheur, vous savez! Je tchatche depuis au moins... Je sais pas exactement depuis quand, mais ça fait des années et j’ai un paquet de mots dans mon vocabulaire. Comme «abivore», par exemple.
- Et qu’est-ce que ça veut dire?
- C’est quelqu’un qui mange des abeilles.
- Ah bon.
(Skins, Jamie Brittain et Bryan Elsley)

Dans cette première série de planches, nous nous intéressons à la forme des feuilles (ou plus exactement, à la forme de la partie principale et aplatie de la feuille qu'on appelle le limbe).


Sauvages du Poitou: la feuille


Notez au passage la notion de stipules : deux petites feuilles situées de part et d’autre du pétiole, miniaturisées ou absentes chez certaines espèces.


Nous commençons avec des adjectifs permettant de décrire des feuilles «simples», c'est à dire des feuilles dont le limbe est composé d'une seule et unique partie continue (une seule foliole). Et si les feuilles sont simples, le vocabulaire qui leur est associé ne l’est pas toujours… Notre imagination (dans imagination se cache le mot image) sera d’une grande aide pour mémoriser les planches suivantes :


Les formes des feuilles n°1, Sauvages du Poitou


Orbiculaire : de forme circulaire.

Elliptique : de forme ovale.

Réniforme : en forme de rein ou de haricot (arrondie au sommet).


Les formes des feuilles n°2, Sauvages du Poitou


Deltoïde : de forme triangulaire.

Spatulée : en forme de spatule (arrondie au sommet, graduellement rétrécie à la base).

Cunéiforme : en forme de triangle inversé.


Les formes des feuilles n°3, Sauvages du Poitou


Lancéolée : en pointe aux deux extrémités, plus large du côté de la base.

Cordée : dont la base forme deux arrondis, à l’image d'un cœur.

Ovale : en forme d’œuf (plus large à la base qu'au sommet).


Les formes des feuilles n°4, Sauvages du Poitou


Oblancéolée : en pointe aux deux extrémités, plus large du côté du sommet.

Obcordée : dont le sommet forme deux arrondis, à l'image d'un cœur.

Obovale : en forme d’œuf (plus large au sommet qu'à la base).


Les formes des feuilles n°5, Sauvages du Poitou


Aciculaire : en forme d'aiguille.

Oblongue : allongée, base et sommet presque parallèles ou arrondis.

Linéaire : allongée et étroite, bords parallèles.


Les formes des feuilles n°6, Sauvages du Poitou


Panduriforme : étranglée ou échancrée sur les côtés, à l'image d'un violon.

Sagittée : dont la base présente deux lobes étroits, en forme de fer de flèche.

Hastée : dont la base présente deux lobes divergents, en forme de fer de hallebarde.


Les formes des feuilles n°7, Sauvages du Poitou


Ensiforme: en forme de glaive, épaisse le long de la nervure centrale, tranchante sur les bords.

Lyrée: dont le lobe supérieur est arrondi et plus grand que les lobes inférieurs, à l’image d’une lyre.

Falciforme: en forme de faux.


Les formes des feuilles n°8, Sauvages du Poitou


Rhomboïdale : en forme de losange.

Flabellée : en forme d’éventail, semi circulaire.

Tronquée : dont le sommet est comme coupé.


Les formes des feuilles n°9, Sauvages du Poitou


Aristée : dont le sommet se termine par une arête (pointe longue et dure).

Acuminée : dont le sommet se termine brusquement en pointe.

Émarginée : dont le sommet est taillé en angle rentrant, comme coupé aux ciseaux.


La vie rentrant difficilement dans des cases bien rangées, un terme n'exclut pas forcément les autres. C'est pourquoi il est recommandé d'user et d'abuser de ce vocabulaire en combinant autant de mots que nécessaire pour parvenir à décrire ce qui se présente sous nos yeux (Quelle est la forme générale de la feuille? Comment est sa base? Son sommet?). Et avant de faire nos premiers travaux pratiques, observons également le bord du limbe (la marge):


Les bords des feuilles, Sauvages du Poitou


La liste est loin d'être exhaustive... Déjà, ces quelques définitions en appellent d'autres! Par exemple, en fonction du nombre de lobes sur le bord de la feuille, on parle de feuille bilobée (2 lobes), triolobée (3 lobes), quadrilobée (4 lobes), pentalobée (5 lobes ), etc. Le réservoir à mots semble inépuisable!


Afin d'éviter toute indigestion cérébrale, le vocabulaire relatifs aux feuilles «composées» — c'est à dire les feuilles dont le limbe est fractionnée en plusieurs parties distinctes (plusieurs folioles) —, les particularités des nervures, celles du pétiole ainsi que la dispositions des feuilles sur la tige seront abordées dans de futurs articles. Car il est maintenant grand temps de faire l'école buissonnière! Prêts pour quelques travaux pratiques sur le terrain?

Allium ursinum, Ail des ours, Exireuil (79)
Ail des ours (Allium ursinum): feuilles entières, ovales (plus larges à la base qu'au sommet) et plus précisément lancéolées... C'est plutôt facile pour commencer, et en plus, c'est délicieux!

Glechoma hederacea, Lierre terrestre, Poitiers Chilvert
Lierre terrestre (Glechoma hederacea) sur le pas de ma porte: feuilles crénelées, de forme générale quasi orbiculaire (circulaire), réniformes ou cordées.

Iris pseudocarus, Iris des marais, Poitiers bords de Boivre
Les feuilles de l’Iris des marais (Iris pseudacorus), la sauvage qui inspira le symbole royal de la fleur de Lys, dresse de longues feuilles entières, linéaires et ensiformes, pointues et effilées comme des glaives !

Arum italicum, Gouet d'Italie, Poitiers bords de Boivre
Gouet d'Italie (Arum italicum): feuilles entières, de forme générale deltoïde (triangulaire), hastées telles le fer d'une hallebarde.


Urtica dioica, Grande Ortie, Poitiers gare

Tout le monde connait les feuilles de la Grande Ortie (Urtica dioica): fortement dentées, ovales (plus larges à la base qu'au sommet), deltoïdes (triangulaire), acuminées, légèrement cordées à la base… Et bien sûr piquantes !


Rumex pulcher, Patience violon, Lyon Tête d'or

La Patience violon (Rumex pulcher) doit son nom vernaculaire à ses feuilles oblongues, cordées, panduriformes, c'est à dire rétrécies à la taille comme la caisse de résonance d’un violon.


Amaranthus blitum, Amarante livide, Poitiers Chilvert

L'Amarante livide (Amaranthus blitum), autrefois légume cultivé aujourd'hui vagabonde, dresse des feuilles ovales ou rhomboïdales, nettement émarginées.


C'est à vous de jouer les indiens maintenant, je vous souhaite une excellente promenade, à bientôt pour la suite!


Suite des leçons de botanique consacrées aux feuilles sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (2): nervures et feuilles composées

- Le vocabulaire de la botanique (3): pétiole et phyllotaxie


Pour aller plus loin :

- Les formes foliaires sur Wikipédia

- Description générale de la feuille sur le site des Jardins du Gué

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille

- L'appareil végétatif des végétaux supérieurs par Jean-Marie Savoie


Référence bibliographique:
- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques
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Gouet d'Italie, le kidnappeur de mouches
Date 23/07/2015
Ico Haies & forêts
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Arum italicum, Sauvages du Poitou


Arum italicum (Gouet d'Italie, Arum d'Italie ou Birette en poitevin-saintongeais) appartient à la famille Araceaedont les membres (souvent tropicaux) sont plus réputés pour leurs qualités ornementales que pour leur qualités gustatives.


Chez Arum italicum, feuilles et fleurs sont très toxiques et irritantes. Ses gros tubercules ont été consommés, épluchés et bouillis, en période de famine (révolution française), mais en notre ère d'abondance, on retiendra surtout que la Sauvage fait partie de la liste noire des centres anti-poisons. On ne peut pas dire qu'elle soit d'une apparence très appétissante (tout est affaire de goût!), mais elle abonde et ses baies rouges à maturité (entre juillet et aout) peuvent malheureusement tenter la gourmandise des plus jeunes. Le naturaliste anglais Gilbert White note dans son «Histoire naturelle de Selborne» que les grives sont friandes des racines et qu’elles grattent le sol pour les grignoter.

On dit que si elle vous touche des pustules vous jaillissent du corps, on perd ses cheveux et on pissoie de la boue!

(Les visiteurs, Jean-Marie Poiré)

Arum italicum, Gouet d'Italie, Poitiers bords de Boivre

Baies du Gouet d'Italie, Poitiers bords de Boivre


On croise le plus souvent deux Arums très proches dans nos forêt picto-charentaise: Arum italicum (Gouet d'Italie) et Arum maculatum (Gouet tacheté).


Arum maculatum, Arum tâcheté, Poitiers bords de Boivre

Inflorescence du Gouet tacheté, Poitiers bords de Boivre


Quelques détails nous permettent cependant de distinguer notre Sauvage «italienne»: chez Arum italicum, les feuilles matures sont triangulaires, le plus souvent hastées (en forme de fer de hallebarde). Elles apparaissent dès l'automne — elles sont bien visibles en hiver — avec des veines blanches plus ou moins marquées. Arum maculatum, le «tacheté», présente des feuilles souvent tâchées de noir (hastées ou sagittées), visibles à partir du printemps. Gare, ce ne sont que des pistes, pas des critères d'identification stricts, qui peuvent nous aider en l'absence de floraison. Car seule l'inflorescence nous permet de distinguer à coup sûr nos deux Gouets: la tige (spadice) au centre de l'inflorescence est jaune chez Arum italicum, contre un spadice violet chez Arum maculatum.


Arum italicum, Gouet d'Italie, Poitiers bords de Clain

Feuille hastée du Gouet d'Italie, Poitiers bords de Clain


Arum maculatum, Arum tâcheté, Poitiers bords de Boivre

Feuille sagittée du Gouet tacheté, Poitiers bords de Boivre


Arum italicum est une vivace qui se multiplie par son gros tubercule, tout en ressemant spontanément chaque année de nouvelles générations. Elle peut se montrer expansive en terrain forestier, riche en matière organique végétale. Difficile de l'évincer une fois qu'elle s'est installée: elle est capable de repartir depuis le moindre morceau de tubercule laissé en terre... Au point qu'elle est surveillée comme une espèce particulièrement invasive aux États-Unis. Mieux vaut réfléchir à deux fois avant de l'inviter chez soi! D'autant plus qu'on risque d'être surpris par son parfum...


Arum italicum, Gouet d'Italie, Béceleuf (79)

Inflorescence du Gouet d'Italie, Béceleuf (79)


La curieuse floraison en forme de massue (spadice) a lieu entre avril et mai. La reproduction sexuée d'Arum italicum est forcément croisée (deux plantes sont nécessaires, une plante ne peut se féconder toute seule). Et pour parvenir à ses fins, la Sauvage a mis au point un stratagème digne d'une plante carnivore.

Les vivants puent encore plus que les morts...

(Tremors, Ron Underwood)

Stimulée par les rayons du soleil, Arum italicum laisse échapper une odeur d'excréments et d'urine. Les effluves nauséabonds s'avèrent plaisantes pour les petites mouches qui viennent s'engouffrer jusque dans sa base. Une fois dans la base de l'inflorescence, les mouches se retrouvent piégées: des filaments situés à l'étranglement du «cornet» empêchent les insectes d'en ressortir.


Arum italicum, l'attrape-mouche! Sauvages du Poitou
 


Les mouches capturées s'agitent dans leur prison: ainsi, celles qui sont déjà porteuses du pollen d'un autre Arum fécondent les organes femelles de la plante (1). 24 heures plus tard, les fleurs mâles arrivent à maturité et les insectes captifs se couvrent de pollen (2). Finalement, les filaments flétrissent, libérant les otages qui se jetteront surement dans une autre embuscade végétale, un peu plus loin (3)... Ainsi, d'un kidnapping à un autre, les mouches assurent la fécondation des Arums qu'elles visitent, bien malgré elles.


Arum italicum, l'attrape-mouche! Sauvages du Poitou


Pour aller plus loin:

- Norb de Sauvages du Poitou raconte le Gouet d'Italie au micro de France Bleu Poitou

- Arum italicum: identification assistée par ordinateur

- Arum italicum sur Tela-botanica

- Le pollinisation des Aracées sur le site de l'INRA

- La fécondation de l'Arum à la loupe sur le blog botanique Sureaux


Arum italicum, Gouet d'Italie, Poitiers bords de Boivre

Colonie du Gouet d'Italie, Poitiers bords de Boivre

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