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Eupatoire à feuilles de chanvre: Legalize It?
Date 21/09/2017
Ico Zone humide
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Callimorpha quadripunctari sur Eupatorium cannabinum, Nouaillé-Maupertuis (86)

Eupatoire à feuilles de chanvre, un festival reggae pour les papillons! (L’Écaille chinée, Callimorpha quadripunctaria)


Eupatorium cannabinum (Eupatoire à feuilles de chanvre) appartient aux Asteraceae, le vaste clan des Sauvages à capitules et à fruits plumeux, celui du roi Pissenlit et de la reine Pâquerette. Selon certains auteurs, c'est à un tout autre souverain que l'Eupatoire emprunterait son nom de genre: celui de Mithridate VI Eupator (132-63 av.J.-C.). La tentative d'assassinat étant une tradition familiale chez les Mithridate, le roi s'intéressait de près à l'herboristerie, ne serait-ce que pour ne pas finir empoisonné par son entourage. On raconte qu'il consommait régulièrement diverses substances toxiques, à petite dose, afin de développer une résistance à leur égard; bien sûr, Mithridate «le grand» s'intéressait aussi à leurs antidotes. Plusieurs Sauvages ont hérité du nom du roi botaniste, à l'image de notre Eupatoire à feuilles de chanvre, qu'on a considéré jadis comme un remède aux morsures de serpent.


La Pyrale du buis (Cydalima perspectalis) observe de près les petits capitules allongés (chacun composés d'une dizaine de fleurs au plus), réunis en corymbes ramifiés, de l'Eupatoire à feuilles de chanvre.


La Sauvage doit son nom d’espèce (cannabinum ou «chanvrine» en français) à ses feuilles composées (en 3 à 5 folioles pétiolulées) et dentées, qui évoquent un peu les feuilles du cannabis. A vrai dire, cette comparaison reste un poil suspecte... Voir stupéfiante!


Eupatorium cannabinum, Legalize it! Sauvages du Poitou


Faut-il le préciser: malgré son nom, l'Eupatoire à feuilles de chanvre ne gagne pas à être fumée. Ni mangée d'ailleurs: à cause de la présence d'alcaloïdes, elle serait légèrement toxique (c'est à dire à dire à très forte dose ou en cas de consommation régulière). Les animaux la boudent généralement, à l'exception des chèvres qui manquent rarement d’appétit quel que soit la salade.


Eupatorium cannabinum, Eupatoire à feuilles de chanvre, Poitiers bords de Boivre

Feuilles de l'Eupatoire à feuilles de chanvre: Legalize It?


L'Eupatoire à feuilles de chanvre est une vivace pionnière caractéristique des marais, des bords des fossés et des lisières forestières humides. C'est une des «signatures» des mégaphorbiaies: dessinant les frontières entre zone humide et forêt, les mégaphorbiaies sont des prairies inondables peuplées d'une végétation dense, haute, luxuriante et colorée. Des milieux où la biodiversité explose, et où les naturalistes aiment flâner bottes aux pieds et appareil photo en bandoulière (voir également notre article «Le bonheur est dans la prairie humide»).


Eupatorium cannabinum, Eupatoire à feuilles de chanvre, Poitiers bords de Boivre

L'Eupatoire à feuilles de chanvre, quelque part entre rivière et forêt: un coin de paradis pour les amoureux de nature!

On n'est pas là pour se faire engueuler on est là pour voir le défilé!

(Boris Vian)

L'Eupatoire à feuilles de chanvre participe très généreusement au grand festin des praires humides: bien que n'intéressant pas spécialement les abeilles, la Sauvage est un véritable aimant à papillons. Sa richesse en nectar, le rose de ses fleurs, les plateformes d’atterrissage de ses corymbes sont autant d'atouts aux yeux et aux antennes des rhopalocères. A la belle saison, n'hésitez pas à planter votre chaise à ses côtés: 14 juillet ou non, défilé et feux d'artifices colorés sont assurés tout l'été! Les plus chanceux inviteront directement la Sauvage dans leur jardin, pour peu qu'ils disposent d'un coin de terre riche et humide, et pourrons alors remiser leur télévision au placard.


Vanessa atalanta sur Eupatorium cannabinum, Buxerolles (86) Aglais io sur Eupatorium cannabinum, Biard bords de Boivre Pyronia tithonus sur Eupatorium cannabinum, Biard bords de Boivre

Vulcain (Vanessa atalanta), Paon du jour (Aglais io) et Amaryllis (Pyronia tithonus) défilent sur le boulevard Eupatoire à feuilles de chanvre!


Une croyance populaire veut que les cerfs blessés au combat de l'amour soignent leurs plaies en se frottant contre la Sauvage. Ainsi, l'Eupatoire à feuilles de chanvre serait cicatrisante en usage externe (feuilles fraiches). En usage interne, feuilles et racines (infusion, décoction, poudres...) seraient digestives (des études récentes tendent à montrer que son usage faciliterait effectivement la sécrétion de la bile), stimulante pour le système immunitaire, anti-inflammatoire... La Sauvage est aussi une plante tinctoriale, permettant d'obtenir un colorant, à mi-chemin entre le jaune et le vert clair (la coloration dépend de la période de récolte).


Une palette bien fournie sur laquelle se sont greffé au cours des siècles de nombreuses légendes: portée sur soi, l'Eupatoire à feuilles de chanvre est sensée booster notre potentiel de séduction. Ainsi, on conseillait aux femmes d'en glisser un brin sous leur jupe les soirs de bal... Et qui sait, faute de ramener un(e) prétendant(e) à la maison, la méthode reste peut-être un bon moyen de s'offrir la compagnie d'une bande de papillons!


Eupatoire à feuilles de chanvre, soyez la reine (le roi) du bal! Sauvages du Poitou


Pour aller plus loin:

- Eupatorium cannabinum sur Tela botanica

- Eupatorium cannabinum: identification assistée par ordinateur

- L'entomofaune de l'Eupatoire chanvrine par André Lopez, sur le site de Société d'Etude des Sciences Naturelles de Béziers (page 9)

- L'Eupatoire à feuilles de chanvre: utilisation médicinale à travers l'histoire sur le blog Books of Dante


Eupatorium cannabinum, Eupatoire à feuilles de chanvre, Poitiers bords de Clain

Les fruits (akènes) de l'Eupatoire à feuilles de chanvre en automne, Poitiers bords de Clain

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Valériane officinale: je suis lombric!
Date 13/02/2017
Ico Zone humide
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Valériane officinale, Valeriana officinalis, Poitiers bords de Clain

Valériane officinale, Poitiers bords de Clain


Valeriana officinalis (Valériane officinale ou Ervant en poitevin-saintongeais) appartient à la famille Caprifoliaceae, parmi laquelle on trouve la Centranthe rouge ou la Cardère sauvage déjà rencontrées dans nos pages. La Sauvage doit son nom au latin valere, «bien se porter», non pas tant pour sa vigueur que pour son statut de légende parmi les plantes médicinales: jadis, Valeriana officinalis fut même surnommée Herbe-guérit-tout!

- Ce doit être absolument incurable et mortel!
- Mais non, mais non...
- Ah? Il y a un espoir de guérison? Ne me trompez pas docteur je veux savoir la vérité!
(Knock, Guy Lefranc)

Tout à tour philtre d'amour, aphrodisiaque, remède contre l'épilepsie, l'hystérie, la danse de Saint-Guy, l'asthme... L'utilisation médicale de Valeriana officinalis se précise et se recentre au fil des siècles autour de son action calmante et sédative (ce sont ses parties souterraines qui sont utilisées, généralement en tisane ou en lotion relaxante). Aujourd'hui, l'efficacité de Valeriana officinalis est contestée par les scientifiques, les essais cliniques à son sujet aboutissant à des résultats irréguliers et contradictoires. Son usage reste néanmoins répandu et apprécié: il n'est pas rare de retrouver la Sauvage dans les cocktails phytos des sachets de tisane «Bonne nuit»! La Valériane officinale est largement cultivée à des fins commerciales, la plus grosse partie de la production française se situant en Anjou.


Valériane officinale, Poitiers bords de Clain

Fleurs rosées de la Valériane officinale: une corolle en tube, 3 étamines autour d'un pistil surmonté de 3 stigmates.


Mais revenons à nos spécimens sauvages: Valeriana officinalis est une vivace qui fréquente les sols riches engorgés d'eau des prairies et des clairières alluviales. Elle dresse en été ses corymbes amples de fleurs rosées, au bout de longues tiges (plus de 1m de hauteur) creuses et cannelées.


Valériane officinale, Poitiers bords de Clain

Feuilles opposées et pennatiséquées de la Valériane officinale (la tige est creuse et cannelée).


Valeriana officinalis présente des aspects variables selon les régions, les milieux ou selon ses stades de développement. Elle peut être grêle en terrain sec ou robuste sur sol humide; généralement glabrescente, elle peut aussi se montrer très poilue... À tel point que de nombreuses sous espèces sont aujourd'hui recensées, voir de nouvelles espèces, ce qui cause parfois aux botanistes quelques nuits blanches, sapant un peu plus la réputation de somnifère de la Sauvage! Malgré leurs différences, tous ces spécimens conservent les qualités alimentaires (elles sont comestibles), médicinales et bio-indicatrices précitées.


Les fruits de Valeriana officinalis sont de petits akènes que le vent disperse (anémochorie), aux «plumes» finement découpées.


Valériane officinale, Poitiers bords de Clain

Akènes de la Valériane officinale en été.


Nous avions déjà évoqué l'effet attractif et euphorisant que produisent les effluves des racines des Valérianes chez les chats (voir Centranthus ruber, la Valériane rouge); c'est aussi le cas pour Valeriana officinalis, surnommée à l'occasion Herbe aux chats. Certains jardins botaniques cultivent leurs pieds de Valériane sous un grillage pour éviter que les félins accrocs ne les déterrent!


Les rats se passionneraient aussi pour la Sauvage. Vous connaissez l'histoire du joueur de flûte de Hamelin: le musicien libéra sa ville d'une invasion de rats en entrainant les rongeurs jusque dans une rivière, où ils se noyèrent. Selon la légende, le musicien tirait ses pouvoirs de sa flûte. Dans d'autres versions, on raconte que le musicien cachait dans ses poches quelques plantes pour appâter les rongeurs: Valériane?


Valeriana officinalis et le Joueur de flûte de Hamelin, Sauvages du Poitou!


Enfin, certains jardiniers pulvérisent des purins ou des infusions de Valeriana officinalis (diluées au 1/20) sur leurs planches ou sur leur compost pour encourager la présence de vers de terre (si quelqu'un est à même de m'expliquer le pourquoi du comment, j'en serais ravi). L'occasion de rappeler le rôle essentiel de ces ouvriers invisibles au jardin et sur terre: les vers de terre recyclent, compostent, retournent, aèrent et fertilisent le sol (les «turricules», leurs déjections, sont riches en azote, en phosphore, en potassium, en calcaire, en magnésium)... Malmenés par les labours, les intrants chimiques, les pesticides, la pollution, les sols laissés à nu (absence de couverture), les populations de vers s'amenuisent peu à peu, leur déclin coïncidant directement avec la perte de fertilité des sols cultivés. Autant dire que si le risque de disparition des abeilles est un drame pour l'écosystème, celui des vers de terre est potentiellement un séisme!


Je suis lombric... Sauvages du Poitou!


Qui sait, après l'opération «Sauvez une abeille, adoptez un Pissenlit» de Sauvages du Poitou, nous lancerons peut-être un jour une campagne «Sauvez un lombric, adoptez une Valériane»? Reste que les préparations à base de Valeriana officinalis sont riches en phosphore et donc intéressantes pour la croissance et la floraison de certaines plantes au jardin.


Valériane officinale, Poitiers bords de Clain

La Valériane officinale serait-elle un appât à chats, à rats et à vers de terre? Ce qui est sûr, c'est que le nectar parfumé, sucré et collant de ses fleurs attire et régale pléthore d'insectes.


Pour aller plus loin:

- Valeriana officinalis sur Tela-botanica

- Valériana officinalis: identification assistée par ordinateur

- La Valériane à travers l'histoire sur le blog Books of Dante

- Données pharmacologiques sur l’utilisation de la Valériane dans les troubles du sommeil de El Ouazani Mehdi


Valériane officinale, Poitiers bords de Clain

Valériane officinale, Poitiers bords de Clain

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Le bonheur est dans la prairie humide
Date 25/09/2016
Ico Rencontres et billets d'humeur
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Cet article fait écho à une sortie terrain, sur le thème de la (re)découverte des bords de Boivre, organisée par l'association du Triton de Vouneuil fin septembre 2016, animée par le technicien de rivière Nicolas Hutin. Protéger la nature, c'est aussi prendre le temps d'éduquer, de raconter et d'expliquer, encore et encore... Un grand merci à eux!

Populus sp, Peuplier du culture, bords de Boivre à Vouneuil-sous-Biard (86)

Bords de Boivre à Vouneuil-sous-Biard (86): des souches qui annoncent la fin du règne sans partage des grands Peupliers...


Dans le département de la Vienne, les habitant des communes de Poitiers et de Vouneuil-sous-Biard n'ont sans doute pas manqué les chantiers récents qui ont bouleversé les «forêts» longeant la Boivre (sous-affluent de la Loire par le Clain puis la Vienne). Peut-être même que certains d'entre eux se sont attristés en voyant les arbres abattus, laissant place à un paysage chaotique et dépouillé... Les apparences sont heureusement trompeuses, puisque c'est bien un travail de restauration des zones humides, et plus précisément des prairies humides, qui est en cours sur ces parcelles. L'occasion pour nous de revenir sur les particularités de ces coins de paradis pour les naturalistes en tout genre, et sur les étapes de leur renaissance.


Zone humide, le paradis des naturalistes et des moustiques!


Une zone humide est un milieu, comme son nom l'indique, marquée par l'eau, que celle ci soit présente de manière permanente (courante ou dormante) ou temporaire (zones inondables). L'eau seule ne saurait suffire à la définir: c'est également un milieu signé par une faune et une flore riches et singulières. En France, les zones humides ont reculées de 70% en un siècle, principalement face à l'urbanisation, aux drainages intensifs ou à l’avancée des  cultures (particulièrement celle du maïs, gourmande en eau). Il faut dire qu'aux yeux de nombre de gens, les zones humides représentent encore des espaces insalubres et improductifs (si ce n'est en larves de moustiques). Il n'en est rien: la zone humide est le milieu de la richesse et de la biodiversité par excellence!

Tous les trésors ne sont pas d'argent et d'or!

(Pirates des Caraïbes, la malédiction du Black Pearl, Gore Verbinski)

Les rôles des zones humides sont aujourd'hui mieux connus: en plus d'abriter une biodiversité exceptionnelle, elles régulent les flux d'eau (absorbant les excédants d'eau et redistribuant en période de sécheresse), dépolluent naturellement les eaux (particulièrement les nitrates issus de l'agriculture intensive), et offrent à l'observateur attentif un spectacle inégalé, le marais poitevin — huitième merveille du monde — en étant la preuve la plus touristique (même si le tourisme est une force comme une faiblesse dans la gestion des espaces naturels).


Populus sp, Peuplier du culture, bords de Boivre à Poitiers (86)

Les bords de Boivre à Poitiers, des forêts très «artificielles»: c'est même écrit dessus...


Au bord de la Boivre (comme ailleurs en France), les cultures de Peupliers (des arbres qui apprécient l'eau) ont colonisé une grande partie des zone humides. Des peupleraies où il fait certes bon se promener et observer la nature, mais où la monotonie de l'environnement reste un frein à la pleine expression du vivant.


Melasoma populi, Chrysomèle du peuplier, Poitiers bords de Boivre

La Chrysomèle du peuplier (Melasoma populi) risque fort de regretter la peupleraie, sa cantine géante!


Lorsque la peupleraie arrive à maturité, c'est l'heure pour l'exploitant de récolter le fruit (ou plutôt le bois) de son investissement. Ce qui va nous intéresser, c'est la suite des évènements: la volonté affichée ici n'étant pas de démarrer une nouvelle peupleraie, mais plutôt de favoriser la renaissance de zones humides dans toute leur ampleur.


Prairies humides: un monde riche en couleurs (Guimauve officinale, Épilobe hérissée et Eupatoire à feuilles de chanvre)


Vous vous en doutez, il existe sur le territoire français divers types de zones humides (des landes au marais, en passant par les tourbières...). Dans notre cas, l’objectif vise plus précisément la restauration de prairies humides, terrain de prédilection de sauvages spécifiques, vivaces et hautes (jusqu'à 2m), telles la Guimauve officinale (Althaea officinalis), l’Épilobe hérissée (Epilobium hirsutum), ou l'Eupatoire à feuilles de chanvre (Eupatorium cannabinum) pour les plus courantes... Qui sait, les plus chanceux croiseront peut-être à l'avenir sur ces parcelles la Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), dont les populations ne cessent de reculer en France, faute de trouver prairie à son bulbe!


Fritillaria meleagris, Fritillaire pintade, Saint Benoît (86)

Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), la reine des prairies humides poitevines!


Les prairies humides correspondent généralement à des zones ouvertes, pas ou très peu arborées, inondables, quelques semaines ou mois dans l'année; le sol y est souvent riche en nutriments (dépôt des alluvions), baigné par la lumière comme par l'eau. Au bord de la Boivre, dans les semaines qui suivent l’abatage des Peupliers, les rayons du soleil touchent le sol et les signes du renouveau pointent déjà. Sur la photo ci dessous, des jeunes pousses de Reine des prés (Filipendula ulmaria, au premier plan) et d'une Laîche (Carex sp, en arrière plan), deux locataires ordinaires de ce type d'habitat, se fraient un passage parmi les copeaux de bois fraichement déchiquetés.


Jeunes pousses de Reine des prés (Filipendula ulmaria) et de Laîche (Carex sp) après l'abatage des peupliers à Vouneuil-sous-Biard (86).


La prairie humide est donc un écosystème riche, spécifique de par sa flore et de par sa faune. Malheureusement, son équilibre reste précaire faute de soins adéquats, ce qui explique sa disparition progressive sur le territoire français. En effet, en plus des facteurs précités (urbanisation, drainages, cultures...), les prairies humides tendent à disparaitre lorsque l'homme les abandonne...


Étrange paradoxe que celui d'une zone naturelle dont la pérennité repose sur une intervention humaine! Allez savoir, ce sont peut-être les grands herbivores qui entretenaient jadis de tels espaces... Toujours est-il que de nos jours, faute de pâturages spécifiques (comme par exemple celui de la vache Maraîchine pour le marais poitevin), ou faute de fauches raisonnées, une prairie humide évolue vers d'autres milieux, où s'invitent les rejetons ligneux des géants du règne végétal: les arbres.

«Depuis 400 millions d'années, la nature comble les lacs et étangs de façon à mettre "hors d'eau" et permettre à la forêt de s'installer.»

(Encyclopédie des plantes bio-indicatrices vol 2 de Gérard Ducerf)

Ainsi, faute de pâturage ou de fauche, recommence une vieille et fascinante histoire, avec l'apparition du bois tendres et souples des Saules. Suivent sans tarder des arbres plus robustes, tels les Aulnes, rois ancestraux des rivières (bénéfiques pour le maintien des berges). Le couvert arboré s'épaissit, le milieu se ferme à la lumière. En même temps, l'apport de matières organiques ne cesse d'augmenter (chute des feuilles) et le niveau du sol se surélève peu à peu, perdant progressivement sa qualité humide. Le milieu se rapproche finalement d'une forêt alluviale, où les Frênes entament leur règne!


Salix sp, Alnus glutinosa et Fraxinus excelsior, bords de Boivre (86)

De gauche à droite: Saule (Salix sp), Aulne glutineux (Alnus glutinosa) et Frêne commun (Fraxinus excelsior) au bord de la Boivre (86).


Ce n'est qu'un conte rapide et mal dégrossi parmi les possibles, dont le déroulement pourrait être bouleversé par un millier d'évènements inattendus. Bien sûr, une saulaie, une aulnaie ou une frênaie représentent des milieux tout aussi précieux et importants qu'une prairie humide. L'important étant de comprendre que les écosystèmes sont des espaces vivants et changeants, à jamais susceptibles d'échapper à notre bon vouloir; il ne s'agit pas de privilégier tel milieu par rapport à un autre, mais plutôt de préserver, avec humilité et souplesse, leur diversité, et de par la même le champ des possibles pour la faune et la flore. A chacun d'entre nous incombe le lent (mais délicieux) apprentissage qui nous permet peu à peu de découvrir l'ampleur de cette diversité, de la reconnaître (des années d'idées reçues nous ont souvent éloignés de tout bon sens), de l'encourager et au bout du compte d'en tomber amoureux!


Lectures recommandées:

- Guide des plantes des milieux humides aux éditions Belin

- Les plantes sauvages et leurs milieux en Poitou Charentes d'Yves Baron


Liens recommandés:

- Association le Triton de Vouneuil, pour découvrir la patrimoine naturel de Vouneuil-sous-Biard et ses environs.

- La fiche du site de la Vallée de la Boivre, une Zones Naturelles d'Intérêt Écologique Faunistique et Floristique (86)

Oiseaux nicheurs en France, le déclin... Sauvages du Poitou


Les prairies humides, ce n'est pas que pour les fleurs...  Ci-dessous, trois exemples d'aménagements favorisant le retour de la faune après les chantiers de coupe: ici et là, des souches mourantes et des tas de bois serviront d'abri aux insectes et aux animaux (comme les chauves souris ou les hérissons). A l'arrière plan, des «chandelles» (des troncs morts laissés sur pied) sont érigées comme autant de totems érigés aux dieux Pics (Pics verts, etc.)!


Souches, tas de bois et chandelles, Vouneuil-sous-Biard (86).

Après l'exploitation de la Peupleraie à Vouneuil-sous-Biard (86)


Angelica sylvestris, Angélique sylvestre, Poitiers bords de Boivre

Addenda aout 2017 : un peu moins d'un an après la rédaction de cet article, la nature a repris ses droits sur les bords de Boivre. L'Angélique sylvestre (Angelica sylvestris) domine une prairie humide très fleurie et grouillante de vie!


Lycaena dispar, Cuivré des marais, Poitiers bords de Boivre

Addenda aout 2018 : deux ans après la rédaction de cet article, le retour du Cuivré des marais (Lycaena dispar), protégé en France, qui retrouve sont habitat. Une conclusion on ne peut plus heureuse!

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