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Vocabulaire de la botanique (9) : bourgeons
Date 18/12/2018
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Arbres et bourgeons en hiver, Sauvages du Poitou!

De gauche à droite et de haut en bas: Chêne pubescent, Saule marsault, Cornouiller sanguin, Aubépine à un style, Figuier commun et Noisetier.

Grandir apporte tellement d’inconvénients... Et de poussées de boutons!

(Peter Pan, Paul John Hogan)

Continuant notre tour d'horizon du vocabulaire permettant de décrire les plantes (feuilles simples ou composées, leur disposition sur la tige, fleurs régulières ou irrégulières, leur agencement en inflorescence, fruits), cet article vous propose une nouvelle activité propice en cette saison de repos végétal, mais pas de repos des méninges: l'observation des bourgeons.


Chez nos Sauvages, les bourgeons correspondent à de petites excroissances, composées de très jeunes pièces foliaires, qui peuvent évoluer pour donner naissance à un rameau feuillé ou à une fleur. On distingue le bourgeon apical (ou terminal), situé au sommet de la tige et les bourgeons axillaires, situés en dessous, aux aisselles des feuilles.


Bourgeons violets d'un rameau d'Aulne glutineux (Alnus vulgaris): l'apical en haut, les axillaires en dessous, à l'aisselle des feuilles.


Le développement d'une tige ou d'un rameau (principal ou secondaire) se fait via le bourgeon apical: c'est lui le patron. Dessous, les bourgeons axillaires attendent généralement leur heure, en embuscade. Le bourgeon apical libère une hormone végétale (l'auxine) qui inhibe leur croissance. De plus, il s’octroie une bonne partie des substances nutritives, au détriment des autres bourgeons. Si le bourgeon apical vient à disparaitre (arraché par une tempête, taillé, tondu, mordu...), les bourgeons axillaires les plus proches en profitent pour prendre le relais, devenant à leur tour des bourgeons apicaux chargés d'assurer le développement de leur propre rameau. Une plante peut aussi organiser un putsch en «destituant» un bourgeon apical (par le jeu des hormones végétales). Cette hiérarchie pleine de rebondissements s'appelle la dominance apicale.

- Aller, tout le monde va se coucher!

- Mais chef c'est le début de l'après-midi...

- J'veux pas le savoir, bonne nuit!

(RRRrrrr!!!, Alain Chabat)

Ainsi, plus la dominance apicale est forte, plus le végétal présente une silhouette triangulaire et un centre de gravité près du sol: depuis le sommet de son rameau, le bourgeon apical exerce son autorité sur les bourgeons les plus proches de lui, paralysés par la trouille (1). A l'inverse, plus le patron est complaisant, plus le végétal est ramifié, chaque bourgeon s'exprimant de son côté (2 et 3).


La dominance apicale, Sauvages du Poitou!


Le «style managérial» des bourgeons (autoritaire, participatif, permissif...) varie en fonction des espèces et façonne le port d'une plante, c'est à dire sa silhouette générale (bien sûr, l'environnement et les aléas de la vie participent aussi); une allure qu'il est utile de remarquer dans nos efforts d'identification.


Molène, Verbascum sp., Vouneuil-sous-Biard

Dominance apicale chez la Molène (Verbascum sp.): «Chef oui chef!»



Dominance apicale chez la Mercuriale annuelle (Mercurialis annua), ou l'art du management participatif. Son port ramifié nous permet de la différencier de la Mercuriale vivace (Mercurialis perennis) qui ne tolère aucune ramification.


La nature étant bâtie sur des exceptions, les végétaux ne présentent pas tous des bourgeons terminaux, la croissance pouvant se faire via les bourgeons axillaires seuls. Dans d'autres cas rares (les Palmiers par exemple), ce sont les bourgeons axillaires qui sont absents, la croissance étant assurée par un unique bourgeon terminal... Une stratégie hautement risquée: gare à la décapitation! Il existe également des bourgeons qui peuvent pousser n'importe où sur la tige, sur les rhizomes, sur les racines ou même sur les feuilles, qu'on qualifie d'adventifs.


Tilia sp, Tilleul, Poitiers bords de Boivre
Sur le tronc d'un Tilleul (Tilia sp.), ce petit rameau naît d'un bourgeon caché sous l'écorce. Soit ce bourgeon est apparu spontanément (suite à une blessure), auquel cas on dit qu'il est adventif; soit ce bourgeon est un vieux bourgeon axillaire en dormance qui a fini par être recouvert par l'écorce au fil des ans, auquel cas on dit qu'il est proventif. Bourgeons adventifs et proventifs permettent la régénération de l'arbre en cas de coupe sévère: ce sont les roues de secours!

Jusqu'à présent, les leçons de botanique joyeuse de Sauvages du Poitou se sont surtout intéressées aux détails morphologiques des végétaux, utiles sur le terrain car visibles à l’œil nu. Le bourgeon va nous permettre d'aller un peu plus loin et d'évoquer (en toute simplicité) quelques notions d'anatomie végétale, c'est à dire de dévoiler quelques secrets intimes de nos Sauvages. Très schématiquement, on pourrait représenter le bourgeon nu d'un végétal ainsi:


Le Bourgeon, Sauvages du Poitou!


Le bourgeon est un concentré de rameau feuillé, en miniature: on retrouve des nœuds, des entrenœuds, des ébauches de feuilles et leurs bourgeons axillaires associés. Ce minuscule paquet est rembourré d'un duvet cotonneux, la bourre, qui protège son contenu des rigueurs de l'hiver.


Au printemps suivant, lors du «débourrement», le bourgeon révèle sa véritable nature: un minuscule rameau feuillé se déploie. Le nouveau rameau grandit sous l'effet de l'allongement cellulaire, les jeunes entrenœuds pouvant plus ou moins s'étirer en fonction de l’espèce (les vieilles ramifications perdent cette souplesse). Puis le rameau, fier de ce nouveau prolongement, reprend sa croissance inexorable par le haut, grâce au travail incessant de son bourgeon apical que seul l'hiver freine.


Ailanthe, Ailanthus altissima, Poitiers bords de Clain

Sous les petits bourgeons hémisphériques de l'Ailanthe (Ailanthus altissima), les cicatrices foliaires en forme de cœur laissées par les feuilles qui sont tombées en automne. Au printemps suivant, le rameau qui naîtra de chaque bourgeon sera équipé de nouvelles feuilles. Ainsi, une feuille qui est tombée n'est jamais remplacée au même endroit, mais compensée par d'autres feuilles, qui apparaissent sur de nouveaux rameaux.


Au cœur du bourgeon, se cache un précieux trésor, emmitouflé parmi les ébauches d'organes: le méristème. Il s'agit d'un petit paquet de cellules indifférenciées, très actives. C'est le méristème qui a fabriqué le bourgeon et c'est lui qui fabriquera les rameaux, les feuilles et donc les bourgeons à venir, dupliquant indéfiniment le même schéma, depuis le bourgeon originel issu de la graine: le bourgeon devient rameau portant des bourgeons qui deviennent rameaux portant des bourgeons qui deviennent rameaux...

Tant qu’on ne choisit pas, tout le reste est possible.

(Mr. Nobody, Jaco Van Dormael)

Mieux encore: la force du végétal, c'est que rien n'est programmé à l'avance. Le méristème n'a pas encore choisit son orientation définitive. Son devenir est incertain, il peut devenir un nouveau rameau feuillé comme on l'a vu, mais aussi une fleur, en fonction des besoins et de la situation.


Bourgeon et méristème, Sauvages du Poitou!


Bien sûr, le méristème ne s'en remet pas au hasard pour décider de sa future vocation. Il est guidé par les régulateurs hormonaux de la plante qui assurent le rôle d'architecte et de chef de chantier. Ceux-ci distribuent les rôles, destinant certains bourgeons au développement du végétal (tige ou rameau) et d'autres à sa reproduction (fleur). En fonction des espèces, il faut commencer par réunir un certain nombre de conditions (âge et maturité de la plante, nombre d’entrenœuds, température, durée du jour...) pour qu'une floraison soit envisageable. Si c'est le choix de la fleur qui l'emporte, la croissance végétative du rameau arrive à son terme... Place à la sexualité! Notez que dans le fond, une fleur n’est jamais qu’un rameau « atrophié » munis de feuilles modifiées et optimisées pour la reproduction (voir notre article consacré aux fleurs).


Ainsi, la plante conserve tout au long de sa vie, et en tout point, la possibilité de modifier sa stratégie (continuer de pousser ou non, de grandir ici plutôt que là, de se reproduire ou non...). Les plantes n'ont pas la possibilité de se mouvoir comme les animaux, mais elles compensent grâce à une grande souplesse structurelle: face à une situation critique, l'animal bouge, la plante s'adapte!


Platanus x hispanica, Platane commun, Poitiers bords de Boivre
L'unique écaille soudée - sorte de carapace protectrice - du bourgeon du Platane commun (Platanus x hispanica).


Sous nos latitudes, les bourgeons des espèces ligneuses sont recouverts, à quelques exceptions près, d'écailles (ce n'est jamais le cas chez les herbacées) qui font office de carapace protectrice pour le précieux méristème. Il s'agit de feuilles modifiées, plus ou moins dures, imperméables à l'eau, chargées de préserver la promesse de rameau ou de fleur face aux rigueurs climatiques (le bourgeon est fortement déshydraté pour limiter au maximum les risques de gel).


La diversité d'aspect des bourgeons peut nous aider à identifier les arbres et arbustes au cœur de l'hiver, nous offrant de surcroît un spectacle très réjouissant. Avis aux amateurs de macrophotographie!


Pour ce faire, on prendra soin de noter le nombre d'écailles et la manière dont elles s'imbriquent, leur forme, leur couleur, leur texture (enduit, pilosité...) et bien sûr, comme pour les feuilles, la disposition des bourgeons sur les rameaux: sont-ils alternes ou opposés? Sous les bourgeons, les cicatrices foliaires ont des signatures caractéristiques qu'il est intéressant d'observer. Enfin on notera l'aspect des taches colorées sur l'écorce, nommées lenticelles (sortes de pores qui permettent la respiration de l'arbre). N'oubliez pas vos thermos, nous partons sans tarder pour une courte promenade, à la fraîche...


Fraxinus excelsior, Frêne élevé, Poitiers bords de Boivre
Bourgeons opposés aux écailles sombres et veloutées du Frêne élevé (Fraxinus excelsior), un des plus faciles à reconnaître!

Bougeons d'Erables (Acer spp), Poitiers bords de Boivre
Les bourgeons opposés de quatre Érables (respectivement): Érable de Montpellier (Acer monspessulanum, un peu aigus, 10-12 écailles brun foncé à marge sombre, poilues sur les bords) / Érable champêtre (Acer campestre, 4-6 écailles brun clair à marge ciliée blanchâtre) / Érable sycomore (Acer pseudoplatanus, 6-8 écailles vertes liserées de brun) / Érable plane (Acer platanoides, 4-6 écailles, renfermant un suc laiteux).

Fagus sylvatica, Hêtre commun, Poitiers bords de Boivre Carpinus betulus, Charme, Poitiers bords de Boivre
Comment différencier le Charme du Hêtre quand il n'y a ni poils, ni dents? Sur les jeunes rameaux, les bourgeons alternes et fusiformes du Hêtre commun (Fagus sylvatica) divergent nettement. Ceux du Charme (Carpinus betulus) sont appliqués contre les rameaux.

Sambucus nigra, Sureau noir, Poitiers bords de Boivre)
Les grosses lenticelles protubérantes - un peu comme des verrues - marquent l'écorce du Sureau noir (Sambucus nigra). Impatients, ses bourgeons rougeâtres, opposés, tous axillaires, débourrent au moindre redoux, sans attendre le printemps.

Juglans regia, Noyer commun, Poitiers bords de Boivre
Les cicatrices foliaires en forme de cœur du Noyer commun (Juglans regia) sont marquées d'un «U»; une signature qui nous permet de différencier Noyer et Ailanthe (voir plus haut) en hiver.

Aesculus hippocastanum, Marronnier d’Inde, Poitiers bords de Boivre
Les gros bourgeons opposés brun-rouge du Marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum) sont collants au toucher : leurs écailles sont recouvertes d'une substance résineuse, la propolis, une Super Glue utile aux abeilles pour l’entretien de leurs ruches.

Viburnum lantana, Viorne lantane, Poitiers bords de Boivre Viburnum lantana, Viorne lantane, Poitiers bords de Boivre

En l'absence d'écailles, on dit que le bourgeon est nu. C'est le cas (peu courant pour les arbres et les arbustes sous nos latitudes) des bourgeons opposés, couverts de poils gris, de la Viorne lantane (Viburnum lantana). On distingue sur le second cliché le renflement caractéristique du  bourgeon en passe de devenir fleur.


D'autres leçons de botanique joyeuse sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique : les feuilles, première leçon

- Le vocabulaire de la botanique : les fleurs, première leçon

- Le vocabulaire de la botanique : les fruits

- Le vocabulaire de la botanique : racines et rhizomes

Pour aller plus loin:

- La dominance apicale chez les Molènes sur le site Zoom Nature

- L'appareil végétatif des végétaux supérieurs par Jean-Marie Savoie

- Le système caulinaire sur le site Plantes et botanique


Référence bibliographique:
- Bourgeons et rameaux, un guide de Bernd Schulz
- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques
- Dans la peau d'une plante de Catherine Lenne
- La botanique pour les jardiniers de Brian Capon

Un grand merci à Dominique Provost (Vienne Nature/Société botanique du Centre Ouest), botaniste tout terrain 365 jours sur 365, qui m'a initié aux joies et aux frissons de la botanique hivernale ;)
>Voir le billet et ses commentaires...
 

Familles de la flore française (Game of thrones et botanique, épisode 3)
Date 29/10/2016
Ico Cours de botanique joyeuse!
Comms 3 commentaires

Cet article fait suite à deux épisodes déjà publiés, consacrés aux grandes familles en botanique. Nous avions croisé dans le premier les prestigieuses lignées Asterceae, Poaceae, Fabaceae, Rosaceae et Brassicaceae. Le second nous avait présenté les clans Apiaceae, Caryophyllaceae, Lamiaceae, Liliaceae, Ranunculaceae et Orchidaceae. Le feuilleton continue, avec six nouvelles familles plus modestes en terme d’espèces présentes sur le sol français, mais tout aussi remarquables de par leurs spécificités...


House Boraginaceae, Sauvages du Poitou!

Une barbe monumentale le couvrait des pommettes aux cuisses, tant et si bien qu’on pouvait difficilement dire où s’achevait le poil et où débutait la fourrure.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Boraginacées (100 espèces en France) présentent souvent des tiges et des feuilles recouvertes de poils rudes. Leur nom viendrait du latin burra, la «burre», une étoffe en laine rêche et grossière qui habillait jadis les moines. Leurs inflorescences affichent souvent un bleu céleste, intense, et forment une sorte de queue de «scorpion» (cyme scorpioïde, voir l'article consacré au sujet).


Borrago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain
Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain


C'est la clan de la Bourrache officinale (Borrago officinalis), symbole ancestral du courage, de la piquante et généreuse Vipérine commune (Echium vulgare), mais aussi des Myosotis (Myosotis sp), qui font office de bardes délicats dans cette fratrie de poilus au grand cœur!


Myosotis arvensis, Myosotis des champs, Poitiers bords de Clain

La «queue de scorpion» poilue du discret Myosotis des champs.


House Rubiaceae, Sauvages du Poitou!

En fait d’objets de valeur, je ne possède rien d’autre qu'une couronne.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Rubiacées (75 espèces en France) se distinguent de par leurs tiges carrées (tout ce qui a une tige carré n'est donc pas forcément une Lamiacée!), et surtout par leurs feuilles verticillées, c'est à dire disposées en couronnes ou en étoiles autour de la tige. Leurs fleurs sont généralement discrètes, à l'image des petites fleurs des nombreux Gaillets (Gallium sp) ou de la Garance voyageuse (Rubia peregrina).


Rubia peregrina, Garance voyageuse, Poitiers bords de Boivre

Feuilles coriaces, agrippantes et verticillées de la Garance voyageuse.


Les Rubiacées comptent dans leurs rangs des membres exotiques très célèbres: les Caféiers (Coffea sp). Ces derniers sont bien trop capricieux pour pouvoir tolérer les saisons françaises... Dommage pour nous, mais notez que les petits fruits du Gaillet gratteron (Galium aparine) grillés à sec, écrasés et finalement mis à bouillir dans de l'eau fournissent un excellent succédané de café... Un goût de famille?


Café de Gaillet gratteron, une recette Sauvages du Poitou!

Gaillet gratteron: le café à la française!


House Campanulaceae, Sauvages du Poitou!

Une douzaine de clochettes tintaient pour peu qu’il bougeât... C’est-à-dire en permanence, car il ne tenait guère en place.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Campanulacées (64 espèces en France) se distinguent par leurs fleurs à cinq pétales soudés, dont la corolle forme souvent une cloche: campanula est la «clochette» en latin. Leur tige renferme généralement un latex. C'est le clan des nombreuses Campanules (Campanula sp), difficiles à différencier (et pourtant, chaque cloche à son ton!), ou encore celui des Raiponces (Phyteuma sp).


Campanula portenschlagiana, Campanule des purailles, Poitiers Chilvert

Les clochettes du Campanule des murailles (Campanula portenschlagiana).


House Amaranthaceae, Sauvages du Poitou!


Dans les classifications les plus récentes, les Amaranthacées intègrent dans leurs rangs l'ensemble des Chenopodiacées. On retiendra les tendances suivantes pour ces deux clans (réunis aujourd'hui sous une seule et même bannière, Amaranthaceae): leurs fleurs, très petites, sont généralement dénuées de pétales (c'est donc avec l'aide des feuilles et des fruits qu'on les identifiera). Leurs feuilles sont généralement entières, pointues (elles dessinent parfois des flèches ou des hallebardes) et longuement pétiolées. Nombre d'entre elles affectionnent les terrains salés ou les sols riches en nitrates, ce qui en fait des locataires privilégiées des côtes, des rivages ou simplement des lieux fréquentés par l'homme.
Les bras costauds gouvernent ce monde: hors de cela, tu te goberges d’illusions.
(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

C'est le clan des Chénopodes (Chenopodium sp), des Arroches (Atriplex sp) ou des Amarantes (Amaranthus sp)... Des végétaux souvent bons pour la soupe! On ne s'étonnera donc pas de trouver dans ce clan de célèbres espèces potagères, cultivées pour leurs feuilles ou leurs graines, comme les Épinards, les Betteraves, les Bettes ou les Quinoas... Et les hommes trouveront peut-être parmi d'autres Amaranthacées des alliées de premier choix pour réanimer leur agriculture moribonde: la culture de certaines espèces d'Amarantes, par exemple, est déjà d'actualité en Afrique. Celles ci sont plus fournies en protéines que le soja, riches en vitamines A, C et en sels minéraux. Elles tolèrent les sols pauvres, secs (leur culture ne demande pas beaucoup d'eau), se montrent extrêmement résistantes face aux prédateurs et aux maladies. Certains ont accusé Popeye, le marin qui semblait tirer sa force d'une poignée d'Épinards, de charlatan... Mais après tout, le régime de Popeye n'était peut-être pas si farfelu (si les Épinards ne sont pas forcément riches en fer, ils restent eux aussi très fournis en vitamines et en minéraux)!


Amaranthus deflexus, Amarante couchée, Poitiers quartier gare

Minuscules fleurs vertes en panicule de l'Amarante couchée (Amaranthus deflexus), indétrônable bodybuildeuse du macadam et des trottoirs!


House Euphorbiaceae, Sauvages du Poitou!


Les Euphorbiacées (60 espèces en France) sont généralement glabres. Elles se distinguent par le suc laiteux, nommé latex, contenu dans leur tige, et par leurs l'originalité de leurs fleurs (généralement vertes ou jaunâtres, dénuées de pétales) organisées en ombelles. Une photographie valant mieux que de fastidieuses explications, l'observation de quelques membres de ce clan devraient vous permettre d'intégrer sans peine leur touche très... Personnelle!


De gauche à droite: Euphorbe d'Irlande (Euphorbia hiberna), Euphorbe petit-cyprès (Euphorbia cyparissias) et Euphorbe réveil matin (Euphorbia helioscopia).

- Comment, alors?

- Par le seul autre moyen : la magie!

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

C'est la famille des nombreuses Euphorbes (Euphorbia sp), mais aussi celle des Mercuriales (Mercurialis sp). Les latex des Euphorbes sont généralement toxiques et irritants par simple contact cutané. Mais ils intéressent souvent la médecine ou l'industrie pour les secrets qu'ils renferment, comme le latex de la discrète Euphorbe des jardins (Euphorbia peplus), dont on tire une substance utilisée pour des chimiothérapies (le mébutate d'ingenol), ou celui de l'Hévéa (Hevea brasiliensis), une Euphorbiacée originaire d'Amazonie, à partir duquel on fabrique le caoutchouc. C'est d'ailleurs à un ancestral médecin, Euphorbus (Grèce, 40-19 av. J.-C.), que cette famille doit son nom... Nul doute, les scientifiques feront à l'avenir de nombreuses autres découvertes en fouillant les entrailles de ce clan!


House Crassulaceae, Sauvages du Poitou!


Les Crassulacées (50 espèces en France) sont des végétaux glabres, à feuilles ou à tiges charnues. Leurs feuilles sont généralement simples, entières, sessiles ou munies d'un court pétiole. Leurs fleurs peuvent présenter des aspect variés, mais arbore souvent 5 pétales et 5 sépales. C'est le clan des nombreux Sédums (Sedum sp), délicats à différencier, mais aussi celui des Joubarbes (Sempervivum sp) ou du célèbre Nombril de Vénus (Umbilicus rupestris).


Umbilicus rupestris, Nombril de Vénus, Laval (53)

Feuilles ronds et charnues du Nombril de Vénus à flanc de falaise!

Je serai bientôt grosse, je vous le promets. J’en prie la Mère d’En-Haut, tous les soirs.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

On désigne souvent les membres de ce clan comme étant des plantes «grasses», «succulentes» ou «crassulescentes»; trois synonymes pour exprimer leurs vertes rondeurs (crassus signifie «épais» en latin). Leurs organes enflés et gorgés de suc assurent leur survie en situation misérable ou aride; c'est pourquoi elles colonisent les lieux misérables, souvent bien exposés: rochers, sables, murs ou toits. A travers le monde, les Crassulacées font parties des championnes de la survie en milieu hostile!


Ainsi se termine notre tour d'horizon des principales familles en botanique pour le territoire français. Vous vous en doutez, ce n'est que la face émergée de l'iceberg: les clans des Sauvages sont très nombreux, bigarrés, fascinants de par leurs coutumes, même lorsque qu'il ne sont composés que par un unique membre (comme le clan Aquifoliaceae dont le seul représentant en France est le Houx, Ilex aquifolium). Mais refermons cette trilogie fantasy pour l'heure et gageons que les Sauvages nous inspirerons d'autres thèmes hauts en couleur pour les prochains cours de botanique!


Lectures recommandées:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

- Petite flore de France aux éditions Belin, une flore élégante et une clé d'identification astucieuse qui met l'accent sur la reconnaissance des familles.

- Cours de botanique en ligne par Joël Raynaud: Classifications chez les angiospermes


Et pour le plaisir, le fil rouge de notre article...

- Le cycle fantasy Le Trône de fer par George R. R. Martin!


>Voir le billet et ses commentaires...
 

Familles de la flore française (Game of thrones et botanique, épisode 2)
Date 06/10/2016
Ico Cours de botanique joyeuse!
Comms Aucun commentaire



Cet article fait suite à notre premier épisode consacré aux grandes familles en botanique, où nous avions croisé les prestigieuses lignées Asterceae, Poaceae, Fabaceae, Rosaceae et Brassicaceae. Le feuilleton continue, avec six nouvelles familles incontournables...


House Apiaceae, Sauvages du Poitou!

Taratata, c’est le poison qu’y a fait le coup je vous dis, maintint l’aubergiste. Même qu’il a viré noir comme un pruneau, le môme.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Apiacées (ou Ombellifères, 180 espèces en France) présentent souvent des tiges striées ou cannelées, des feuilles aromatiques (ou à odeur marquée) dont les gaines sont bien développées. Elles sont célèbres pour leurs inflorescences en ombelles (voir l'article complet consacré à ce sujet), composées de petites fleurs à 5 pétales.


Angelica sylvestris, Angélique sylvestre, Poitiers bords de Boivre

Les ombelles d'ombellules (plusieurs petites ombelles réunies en une grosse ombelle) de la bien nommée Angélique sylvestre.


On y retrouve des espèces généreuses domestiquées par l'homme comme la Carotte (Daucus carotta), le Céleri (Apium graveolens), le Panais (Pastinaca sativa), le Persil (Petroselinum crispum) ou la divine Angélique officinale (Angelica archangelica)... Mais aussi de redoutables spécimens comme la titanesque et brûlante Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) ou la Grande Ciguë (Conium maculatum), une célèbre empoisonneuse. Une famille qui met à mal les adeptes de la cueillette sauvage, tant leur membres se ressemblent faute d'attention, et tant on ne sait jamais si l'on à affaire à un ange... Ou à un démon!


Angelica sylvestris, Angélique sylvestre, Poitiers bords de Boivre

Feuilles nettement «engainantes» de l'Angélique sylvestre, une signature de famille.


House Caryophillaceae, Sauvages du Poitou!


Les Caryophyllacées (225 espèces en France) se distinguent généralement par leurs feuilles opposées, entières, insérées le long de tiges cassantes sur des nœuds renflés. Leurs inflorescences sont souvent disposées en cymes bipares, c'est à dire ramifiées comme le chandelier représenté sur le blason ci dessus. Leurs fruits sont presque tous des capsules qui libèrent les graines qu'elles renferment en séchant.


Stellaria media, Mouron des oiseaux, Poitiers Chilvert

Ramifications à la mode Caryophyllacée (cymes bipares) du Mouron des oiseaux (Stellaria media)


C'est le clan des Saponaires (Saponaria sp), des Silènes (Silene sp), des Stellaires (Stellaria sp)... Autant de Sauvages adeptes de la haute couture sur pétale, aux floraisons parfois discrètes, mais toujours élégantes (souvent 5 pétales finement découpés ou échancrés), et dont les Œillets (Dianthus sp) font offices d'ambassadeurs raffinés auprès des jardiniers!

Il faut que tu sois aujourd’hui plus que jamais belle à couper le souffle, car on annoncera lors du banquet final que vous êtes fiancés...

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Silene latifolia, Lychnis flos-cuculi et Stellaria media

Floraisons élégantes des Compagnon blanc (Silene latifolia), Silène fleur de coucou (Lychnis flos-cuculi) et du petit Mouron des oiseaux (Stellaria media)


House Lamiaceae, Sauvages du Poitou!

Là, y a une tête d’ogre, vous voyez?

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Lamiacées (ou Labiées, 165 espèces en France) se distinguent avant tout par leurs fleurs caractéristiques, en forme de gueule ouverte (voir l'article complet sur le sujet). Elles doivent leur nom à l'ogresse Lamia dans la mythologie grecque, car elles semblent dévorer les insectes qui les visitent. En réalité, les Lamiacées n'ont rien de plantes carnivores; bien au contraire, elles sont souvent mellifères et généreuses à l'égard des butineurs.


Fleur de Romarin officinal (Rosmarinus officinalis) en train d'avaler (ou plutôt de régaler) une abeille!

Romarin officinal (Rosmarinus officinalis) en train d'avaler (ou plutôt de régaler) une abeille!


On retrouve à leur cour, aux effluves méditerranéennes, les Menthes (Mentha sp), les Lavandes (Lavandula sp), les Sauges (Salvia sp), les Thyms (Thymus sp), les Épiaires (Stachys sp)... Autant de Sauvages aux parfums uniques et aux essences recherchées, pour la cuisine, la cosmétique ou la médecine. On observe généralement chez les membres de ce clan des tiges carrées et des feuilles opposées décussées. On dénichera au fond de leur fleurs fanées quatre fruits (tetrakènes), une autre signature du clan.


Origanum vulgare, Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillère

Feuilles opposées décussées (chaque paire est disposée à 90 degrés par rapport à celle qui la précède) de l'Origan commun (Origanum vulgare).


House Liliaceae, Sauvages du Poitou!

Il lui a aussi poussé un nouveau nez... Et un plutôt bulbeux, je dirais.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Du point de vue de l'ancienne classification dite «classique», les Liliacées regroupent 150 espèces en France. Elles sont généralement vivaces par leur bulbe, et présentent des feuilles entières à nervures parallèles, ainsi qu'un port non ramifié. Leurs fleurs affichent souvent six tépales et six étamines. Les Liliacées comptent dans leurs rangs certaines des Sauvages les plus toxiques pour l'homme, comme le Muguet de mai (Convallaria majalis) ou le Colchique d'automne (Colchicum automnale); mais aussi des spécimens recherchés pour leur valeur gustative tel que l'Ail des ours (Alium ursinum), ou domestiqués au potager, tels que l'Oignon, l'Ail, le Poireau, la Ciboulette...


Ail des ours, Allium ursinum, Poitiers Chilvert

Fleurs en ombelle de l'Ail des ours: 6 pétales, 6 étamines. Une ex-Liliaceae, devenue aujourd'hui Amaryllidaceae...


Les classifications modernes ont pulvérisé ce clan en une multitude de familles, sur la base d'observations génétiques fascinantes quant à leur histoire, mais pas toujours pertinentes sur le terrain (du point de vue de l'identification). Dépouillée à grand coups de microscopes, la vieille lignée Liliacée a tout de même réussi à garder dans ses rangs officiels une des plus célèbres dames du Poitou, alias la Fritillaire Pintade (Fritillaria meleagris).


Fritillaria meleagris, Frtillaire pintade, Saint Benoît (86)

Les six tépales en forme de clochette et les six étamines de la Fritillaire Pintade.


House Ranunculaceae, Sauvages du Poitou!

C’est le plus haut niveau qu’ait atteint la rivière depuis le printemps. Et, si cette pluie persiste, elle montera encore davantage.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Renonculacées (140 espèces en France) tirent leur nom du latin rena, «grenouille», à cause de l'affection pour l'eau de certains membres de la famille. Elles peuvent afficher des atouts très différents d'une espèce à l'autre: «boutons d'or» de la Renoncule rampante (Ranunculus repens), lianes vigoureuse de Clématite vigne-blanche (Clematis vitalba), clochettes vertes de l'Hellébore fétide (Helleborus foetidus), collerette de dentelle de la Nigelle de damas (Nigella damascena)... C'est un clan fait d'exceptions, où l'originalité est de rigueur, même s'il existe quelques points communs dans ce grand barnum terrestre et aquatique: la plupart des Renonculacées présentent un nombre très élevé d'étamines, ainsi que des feuilles palmatiséquées. Si elles sont souvent belles et spectaculaires, la plupart sont toxiques, pour l'homme comme pour le bétail.


Ranunculus repens, Clematis vitalba, Helleborus foetidus et Nigella Damascena

Fleurs bardées d'étamines de la Renoncule rampante, de la Clématite vigne-blanche, de l'Hellébore fétide et de la Nigelle de Damas.


House Orchidaceae, Sauvages du Poitou!

La seule pensée de votre beauté m’empêche de dormir la nuit.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Orchidacées (120 espèces en France) représentent probablement le clan le plus séduisant pour nombre de botanistes. Elles fascinent, à cause de la beauté, de l'originalité de leurs fleurs et de la sexualité sophistiquée qui les accompagne. La famille doit pourtant son nom à une métaphore peu élégante: orchis est la «testicule» en latin une allusion à leurs paires de tubercules souterrains!


La survie et la reproduction des Orchidées reposent sur un équilibre naturel précis et précaire (voir l'article sur Himantoglossum hircinum, alias l'Orchis bouc pour plus de détails), ce qui fait que la compagnie humaine leur est rarement favorable (en France, une espèce sur six est menacée d'extinction). Si les membres de cette famille peuvent présenter des toilettes variées, leurs feuilles entières, souvent charnues et la structure à six tépales de leurs fleurs sont caractéristiques (voir l'article complet sur le sujet); de même que le pétale inférieur (nommé labelle) aux formes excentriques qui peut aller jusqu'à imiter l'aspect d'un insecte!


Ophrys apifera, Ophrys abeille, Biard aérodrome (86)

Ophrys abeille (Ophrys apifera), dont l'incroyable labelle imite le corps d'une abeille solitaire femelle pour inciter les mâles à venir la butiner!


Je vous donne rendez vous lors du prochain épisode de notre feuilleton qui nous emmènera à la rencontre de six maisons supplémentaires, plus modestes en terme de membres sur notre territoire, mais tout aussi remarquables de par leurs spécificités: Boraginaceae, Rubiaceae, Campanulaceae, Amaranthaceae, Euphorbiaceae et Crassulaceae... Botany is coming!


Lectures recommandées:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

- Petite flore de France aux éditions Belin, une flore élégante et une clé d'identification astucieuse qui met l'accent sur la reconnaissance des familles.

- Cours de botanique en ligne par Joël Raynaud: classifications chez les Angiospermes

- Les Apiacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Caryophillacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Lamiacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Liliacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Orchidacées, petite flore en ligne par Maurice Reille


Et pour le plaisir, le fil rouge de notre article...

- Le cycle fantasy Le Trône de fer par George R. R. Martin!

>Voir le billet et ses commentaires...
 


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