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Vocabulaire de la botanique (6): inflorescences et capitules
Date 13/11/2017
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Inflorescences et capitules, Sauvages du Poitou

Après les articles consacrés aux fleurs régulières et aux fleurs irrégulières (Papilionacées, Lamiacées, Orchidées...), continuons notre promenade autour des mots qui nous permettent de décrire, et donc d'observer avec acuité, les fleurs de nos Sauvages. Notre vocabulaire est suffisamment fourni pour décrire les organes sexuels des plantes un par un, jusque dans le détail. Reste à prendre un peu de recul pour regarder l'ensemble: l'inflorescence. La fleur est-elle seule et isolée, tel un Robinson perché en haut de son cocotier? Ou les fleurs sont-elles au contraire nombreuses sur la tige, réunies en bande?
Rassemblez vos hommes. On se met en formation...
(Il faut sauver le soldat Ryan, Steven Spielberg)

Les inflorescences simples, Sauvages du Poitou

Grappe: ensemble de fleurs pédicellées sur un axe, le pédicelle étant la petite ramification qui porte la fleur, l'ultime pédoncule en quelque sorte (ex: Cardamine des prés).

Épi: ensemble de fleurs sessiles (dépourvues de pédicelle) sur un axe (ex: Verveine officinale).

Corymbe: les fleurs, aux pédicelles de plus en plus courts au fur et à mesure qu'on se rapproche du sommet, s'épanouissent toutes sur un même plan.

Les inflorescences simples, Sauvages du Poitou

Ombelle: les fleurs sont portées par des pédicelles rayonnants, égaux ou presque (ex: Ail des ours).

Cyme bipare: deux axes secondaires s'insèrent sous l'axe principal.

Cyme unipare: sous l'axe principal s'insère une seule ramification secondaire, qui porte elle-même une ramification, etc. Lorsque l'ensemble dessine une «queue de scorpion», on parle de Cyme scorpioïde (ex: Myosotis des champs).

Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive, et plusieurs combinaisons sont possibles. Vous connaissiez déjà les feuilles simples et les feuilles composées... Voilà maintenant les inflorescences simples et les inflorescences composées!


Les leçons de botanique de Sauvages du Poitou!


Exemple d'inflorescence composée: les grappes de grappes des fleurs du Troène commun (Ligustrum vulgare) qui forment ce qu'on appelle une «panicule». Ce n’est pas les butineurs qui se plaindront d'une telle surenchère, les fleurs du Troène commun étant aussi mellifères que parfumées.


Ligustrum vulgare, Troène commun, Poitiers Chilvert

Panicule dense du Troène commun, Poitiers quartier Chilvert


Il est une famille de Sauvages, les Apiaceae ou «Ombellifères», qui s'est fait une spécialité dans la confection d'ombelles sophistiquées. Certains membres du clan vont jusqu'à afficher des ombelles d'ombelles (on parle plutôt d'ombelles d'ombellules), à l'image de la divine Angélique des bois (Angelica sylvestris):


Angelica sylvestris, Angélique des bois, Poitiers bords de Boivre

Ombelle d'ombellules de l'Angélique des bois, Poitiers bords de Boivre


Je capitule! Vous m'avez conquis sans résistance!

(La Tulipe noire, Christian-Jacque)

Pourtant, même la plus inspirée des Ombellifères ne peut rivaliser avec l'ingéniosité des Asteracées (les «Composées») qui semblent atteindre des sommets d'astuce en matière d'inflorescence. Il faut dire que les Astéracées sont une des familles les plus récentes dans la grande histoire de l'évolution végétale, et qu'elles bénéficient à ce titre des trouvailles les plus modernes en matière de reproduction.


Le coup du capitule, Sauvages du Poitou!


Les Astéracées ont miniaturisé leurs fleurs, de manière à pouvoir en entasser le plus grand nombre sur un seul réceptacle... Jusque-là, rien d'extraordinaire. Mais elles ont aussi conçu un emballage marketing très particulier à destination des butineurs: les minuscules fleurs (les «fleurons») sont regroupées en une inflorescence qui prend l'apparence d'une grosse fleur unique, nommée capitule. Ainsi, certaines fleurs se chargent d'imiter les pétales à la périphérie (les fleurons ligulés), pendant que les autres dessinent un cœur au centre (les fleurons tubuleux). Le butineur, pensant plonger dans une fleur aux rondeurs généreuses, pollinise d'un coup d'un seul une myriade de fleurs...


Le Capitule par Sauvages du Poitou!

Si l'on appelle sépales les feuilles spécialisées qui entourent et protègent une fleur, on appelle bractées les feuilles spécialisées qui entourent et protègent une inflorescence (ou un capitule). La collerette formée par l''ensemble des bractées se nomme involucre.


Difficile de rendre hommage à la richesse des fleurs à capitule en quelques coups de crayons. Les variations sur ce thème sont nombreuses : les fleurons peuvent être stériles, mâles, femelles ou les deux en même temps. Le dessin ci-dessus pourrait illustrer, par exemple, le capitule du Séneçon jacobée, qui présente des fleurons tubuleux hermaphrodites (mâles et femelles) au centre de ses fleurs, et des fleurons ligulés strictement femelles à leur périphérie. 

En terme de pollinisation (et donc de reproduction) les Astéracées ont en quelque sorte initié l'ère industrielle du règne végétal! Marketing, efficacité, industrie... On ne fait pas dans la poésie champêtre, mais remarquez comme les fleurs à capitules vivent en parfaite adéquation avec leur temps (et donc le notre). Sur les 10 sauvages les plus fréquentes dans les villes françaises (source Sauvages de ma rue), la moitié sont des Asteracées: Pissenlit, Laiteron potager, Laitue scariole, Séneçon commun et Vergerette du Canada. Alors si vous découvrez avec cet article les subtilités du capitule, sachez que vous avez forcément observés ceux ci à maintes reprises, et ce depuis votre tendre enfance...


Leucanthemum vulgare, Taraxacum officinale et Lactuca muralis, Vienne (86)

De gauche à droite: capitules de la Marguerite commune, du Pissenlit et de la Laitue des murailles.


Ainsi, la Marguerite commune (Leucanthemum vulgare) présente des fleurons tubuleux jaunes en son centre, et des fleurons ligulés blancs à sa périphérie. «Je t’aime, un peu, passionnément, à la folie…». Vous l'aurez compris, nul amoureux (et surtout nul botaniste)  n'a jamais effeuillé les pétales de la Marguerite: ce sont les fleurons ligulés qu'on effeuille!


Le Pissenlit (Taraxacum officinale) ne possède aucun fleuron tubuleux: chez lui, tous les fleurons sont jaunes et ligulés. Son célèbre capitule, constitué d’innombrables languettes, ressemble un peu aux pompons de notre enfance.


La Laitue des murailles (Lactuca muralis), une locataire des trottoirs et des murs ombragés de nos cités, dresse ses petites fleurs jaunes à 5 pétales à l'entame de l'été... Sauf qu'il ne s'agit pas de fleurs, mais de capitules: ceux-ci sont constitués de 5 fleurons seulement, tous ligulés. L'illusion est totale, l'abeille et l'apprenti botaniste ne peuvent qu'applaudir la magicienne!


Terminons en regardant de près les fleurs de l'Achillée millefeuille (Achillea millefolium), à l'image de ce papillon, un Cuivré commun (Lycaena phlaeas), surpris en flagrant délit de révisions botaniques:


Achillea millefollium, Achillée millefeuille, St Gildas de Rhuis (56)

Achillée millefeuille, St Gildas de Rhuys (56)


Si l'Achillée millefeuille a l'allure d'une Ombellifère, elle n'en a que l'allure: chacune des petites fleurs de ses corymbes est en réalité un capitule constitué de fleurons tubuleux et ligulés blancs. On peut donc dire de la Sauvage (un membre de la famille Asteraceae en réalité) que ses inflorescences (composées) sont des corymbes de capitules... Rien que ça!

T’es comme Superman, mais sans les collants.

(90210 Beverly Hills, Rob Thomas)

Pourtant, même la légendaire Achillée millefeuille s'incline devant l’Edelweiss (Leontopodium nivale), une montagnarde qu'on rencontrera peut être si l'on parvient à passer la barre des 1200 mètres d’altitude (même avec une échelle de pompier, c'est impensable dans le Poitou). L'Edelweiss rassemble des capitules jaunes (composés de fleurons tubuleux) par paquet de cinq ou six, et les entoure d'une couronne de feuilles blanches pointues et duveteuses (des bractées) qui revêtent l'allure de pétales. En somme, l’Edelweiss, une super Sauvage, a inventé le capitule de capitules, le super capitule!


Leontopodium nivale, Edelweiss, Sauvages du Poitou!


D'autres leçons de botanique consacrées aux fleurs sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (4): les fleurs régulières

- Le vocabulaire de la botanique (5): les fleurs irrégulières

- Le vocabulaire de la botanique (7): Poacées, herbes, céréales, pelouses et gazons


Pour aller plus loin:

- L'inflorescence sur Wikipedia.

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Panicaut champêtre: le Chardon roulant
Date 15/08/2017
Ico Prairies
Comms 1 commentaire

Eryngium campestre, Panicaut champêtre, Biard Petit Mazay (86)


Eryngium campestre (Panicaut champêtre) appartient aux Apiaceae (ex Ombellifères), les Sauvages à fleurs en ombelles. Si, par maladresse, on s'assoit sur les feuilles coriaces et épineuses de la Sauvage lors d'un pique-nique, on pensera immédiatement qu'il s'agit d'un Cirse ou d'un Chardon, de la famille des Astéracées. Il n'en n'est rien: le Panicaut champêtre est bel et bien le frère des carottes, persils, cerfeuils, panais ou céleris... Un piège bien connu des apprentis botanistes qui retiendront à l'inverse que l'Achillée millefeuille (Achillea millefolium), avec ses airs de carotte, est en fait une Astéracée. Panicaut et Achillée ont-ils été échangés à la naissance, pour grandir chacun de leur côté dans un clan étranger?


Lycaena phlaeas sur Eryngium campestre, Biard Petit Mazay (86) Lycaena phlaeas sur Achillea millefolium, Saint Glidas de Rhyus (56)

À gauche, le Panicaut champêtre de la famille des carottes. À droite, l'Achillé millefeuille de la famille des chardons... Ce Cuivré commun (Lycaena phlaeas) essaie lui aussi de comprendre l'incompréhensible!

La peste soit de vos deux familles.

(Roméo + Juliette, Baz Luhrmann)

Une investigation botanique plus poussée nous apprendra que personne ne s'est trompé, et que tout le monde est à sa place: les fleurs à 5 pétales du Panicaut champêtre (qui apparaissent en été) sont bien organisées en ombelles d'ombellules, et l'analyse de ses fruits (diakènes) lèvera nos derniers doutes. De son côté, l'Achillée millefeuille regroupe des capitules, et non des fleurs, dans ses corymbes (voir notre article consacré à la Sauvage), une des signatures du clan Astéracée.


Eryngium campestre, Panicaut champêtre, Biard Petit Mazay (86)

Sous la garde d'une collerette de bractées épineuses, les fleurs à 5 pétales recourbés vers l'intérieur, regroupées en ombelles d'ombellules, du Panicaut champêtre.


Reste que le Panicaut champêtre est parfois surnommé Chardon Roland, Chardon à cent têtes ou Chardon d'âne. Dans le Poitou, il est le Chardon roulant («Chardon Roland» vient probablement de cette même origine), à cause de ses inflorescences séchées qui se détachent en hiver et roulent au sol, poussées par les tempêtes. C'est une forme d'anémochorie atypique (voyage des semences avec le vent), car rien ne prédispose les graines à quitter le plancher des vaches, comme le feraient les fruits plumeux d'un véritable chardon. Mais bref, chardon ou non, la Sauvage pique celui qui s'y frotte: un excellent moyen de défense contre les ruminants.


Panicaut champêtre, le Chardon roulant! Sauvages du Poitou


Le Panicaut champêtre est une vivace, qui installe durablement ses longues racines (jusqu'à 5 mètres de long) sur les sols misérables et déstructurés. On le croisera partout où la vie est mise à rude épreuve: terrains vagues, chemins piétinés, sableux, prairies usées par le surpâturage... Et surtout sur les plateaux calcaires brûlés par le soleil, un milieu très apprécié des papillons comme des lépidoptéristes de tout poil!


Polyommatus coridon sur Eryngium campestre, Biard Petit Mazay (86)

Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon) sur Panicaut champêtre: la Sauvage, très mellifère, intéresse de nombreux butineurs.


Si le Panicaut champêtre est comestible (Panicaut vient du latin médiéval pane cardus, le «pain de cardon»), ses piquants dissuaderont tous ceux qui n'ont pas une mâchoire de crocodile d'en faire leur repas, à l’exception des très jeunes feuilles qui peuvent se déguster en salade. La plante adulte peut toutefois servir de «bouquet garni» pour parfumer les sauces et les bouillons. Certains lui trouve un goût d’artichaut, et faute d'en avoir le cœur, elle en a au moins la douceur (sa saveur est légèrement sucrée).


Eryngium campestre, Panicaut champêtre, Couhé (86)

Pas sûr qu'on se risquera à croquer les feuilles coriaces et épineuses du Panicaut champêtre...


C'est surtout en tant que plante hôte d'un champignon que le Panicaut champêtre est connu: dans la partie sud de la France, pousse depuis la souche de ses racines la Pleurote du panicaut (Pleurotus eryngii). Cultivée dans le reste du pays (les kits de culture domestique sont assez faciles à dénicher), la Pleurote du panicaut présente une chaire tendre et savoureuse qui en fait un met de premier choix dans la cuisine méridionale.


Graphosoma lineatum sur Eryngium campestre, Biard Petit Mazay (86)
À la queue-leu-leu sur le Panicaut champêtre; les Punaises arlequin (Graphosoma lineatum) se bousculent souvent à la table des Apiacées!

Allez basta, roule, on y va!

(La Carapate, Gérard Oury)

Les racines bouillies du Panicaut champêtre ont autrefois été utilisés pour leurs vertus diurétique (calculs rénaux...) et apéritive. Mais c'est une toute autre coutume que retiendront les plus baroudeurs d'entre vous : jadis, celui qui partait à l'aventure loin de ses terres et loin des siens emportait avec lui une tête fleurie de Panicaut champêtre, cueillie dans son village; une manière de souhaiter bon voyage à celui qui roule vers de nouveaux horizons, comme une inflorescence de «Chardon roulant» emportée par les vents!


Pour aller plus loin:

- Eryngium campestre sur Tela-botanica

- Eryngium campestre: identification assistée par ordinateur

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (3): pétiole et phyllotaxie
Date 28/07/2017
Ico Cours de botanique joyeuse!
Comms 6 commentaires

Suite des cours de botanique joyeuse de Sauvages du Poitou!


Cet article fait suite à «décrire les feuilles (1)» et «décrire les feuilles (2)», où nous avions respectivement appris à décrire les feuilles simples, puis les feuilles composées. Pour rappel, une feuille se présente ainsi à nos yeux:


La feuille, Sauvage du Poitou


La forme du limbe de la feuille, ainsi que le dessin des nervures, n'ont plus beaucoup de secrets pour vous (bien sûr, il reste toujours des secrets quelque part!). Reste à regarder de près la répartition des feuilles sur la plante...


Mais avant tout chose, rapprochons nous de la base du limbe et pointons nos loupes en direction du pétiole... Si pétiole il y a!

Mais... Vous n’avez plus de pieds Lieutenant Dan!

(Forrest Gump, Robert Zemeckis)

Le plus souvent, il y a un pétiole, et il n'y a pas grand chose de plus à dire de plus que la feuille est pétiolée. Certains cas particuliers méritent d'être gribouillés:


Feuilles et pétioles n°1, Sauvages du Poitou!


Peltée: le pétiole est fixé au centre du limbe.

Perfoliée: la tige semble transpercer le limbe.

Sessile: absence de pétiole.


Feuilles et pétioles n°2, Sauvages du Poitou!


Embrassante (ou Amplexicaule): la base de la feuille entoure la tige qui la porte.

Engainante: la base de la feuille est enroulée autour de la tige, formant une gaine plus ou moins cylindrique et/ou fendue.

Décurrente: la feuille se prolonge le long de la tige, vers le bas.


Rangeons nos loupes pour regarder l'allure générale de la plante. Son architecture doit beaucoup à la répartition des feuilles sur sa tige...


Feuilles radicales et caulinaires, Sauvages du Poitou


Les feuilles qui semblent directement issues des racines de la plante (au niveau du sol) sont appelées «radicales», celles rattachées à la tige (en l'air) «caulinaires». Jusque là, rien de très sophistiqué...


La disposition des feuilles est pourtant un sujet d'étude aussi profond que sérieux; d'ailleurs, les botanistes ne parlent pas de «disposition», mais de «phyllotaxie». À matière honorable, mot honorable! Les première études passionnées de l'implantation des organes sur le végétal remontent à l’Égypte ancienne... Je vous propose donc de rentrer dans le vif du sujet en examinant quelques papyrus séculaires:


Phyllotaxie n°1, Sauvages du Poitou!


Prenez le temps qu'il faut pour retenir cette première ligne, qui recouvre tous les possibles:

Alternes: feuilles disposées une par une (une seule feuille par nœud).

Opposées: feuilles disposées deux par deux, face à face (deux feuilles par nœud).

Verticillées: feuilles disposées en couronne (au delà de deux feuilles par nœud).

Phyllotaxie n°2, Sauvages du Poitou!


La ligne suivante illustre quelques cas particuliers qui en découlent (la liste des cas particuliers, vous vous en doutez, n'est pas exhaustive):

Hélicoïdales: feuilles alternes disposées en spirale le long de la tige (disposition la plus courante).

Décussées: feuilles opposées, chaque paire est disposée à 90 degrés par rapport à celle qui la précède.

En rosette: feuilles regroupées et étalées à la base (au «collet») de la plante.

En dehors de la disposition verticillée (plus de deux feuilles disposées en couronne autour d'un nœud), l'ordonnance des feuilles dessine généralement une spirale le long de la tige. Peut être parce que les feuilles ainsi placées sont assurées d'un ensoleillement maximum... Quoi qu'il en soit, la nature semble avoir inventé les mathématiques: chaque espèce répond à une règle stricte, inscrite jusque dans ses gènes. Chaque feuille (ou chaque paire) pousse selon un angle précis par rapport à la feuille (ou à la paire) qui la précède.


Observons par exemple un pied de Grand Plantain: les feuilles forment une rosette au niveau du sol... Attention aux apparences! Celles ci ne sont pas verticillées, mais alternes: elles sont disposées une par une selon une spirale écrasée à la base (au collet) de la plante. Le long de cette spirale, chaque feuille s'écarte de la précédente selon un angle immuable de 144°.


Plantago major, Grand Plantain, Poitiers quartier gare

Grand Plantain (Plantago major): feuilles ovales et entières, aux nervures parallèles, disposées en rosette, longuement pétiolées (on dit aussi que les pétioles sont «ailés», car ils sont bordés par deux parties minces de limbe)


Chez l'Origan commun (Origanum vulgare), les feuilles sont opposées. Entre chaque paire de feuille, la rotation marque angle de 90°. Cet agencement est suffisamment courant pour porter un nom spécifique: on dit que les feuilles sont décussées.


Origanum vulgare, Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillière

Origan commun (Origanum vulgare): feuilles ovales ou elliptiques, entières ou denticulées, pétiolées, opposées décussées.


Avec tout ça, impossible de dire que la mauvaise herbe fait désordre! Et vous l'avez sans doute remarqué, cette rigueur géométrique ne s'applique pas seulement aux feuilles; c'est elle qui sublime les fleurs (à travers la disposition de leurs pétales), les fruits, les cônes, etc. Songez à l'incroyable «mandala» dessiné par les écailles d'une pomme de pin.


Le mandala géométrique de la pomme de pin!


Léonard de Vinci s'est intéressé en son temps à cette spectaculaire ordonnance du monde végétal. Il avait mesuré que dans la plupart des cas, l'angle («de divergence») entre deux feuilles ou deux pétales avoisinait les 137,5°. Dans le cas des feuilles, cet angle permet une occupation de l'espace et une exposition à la lumière optimales.


Certains d'entre vous auront peut-être reconnu un nombre célèbre: l'«angle d'or». Au même titre que le nombre d'or (1,618), à partir duquel il se calcule (angle d'or=360/nombre d'or²), l'angle d'or a permis aux architectes et aux artistes de s'appuyer sur les mathématiques pour insuffler la beauté harmonieuse du monde naturel dans leurs créations; et ce depuis l’Égypte ancienne (encore), les pyramides en étant la première application connue.


Le secret des pyramides d'Égypte? Sauvages du Poitou!


Nous voilà presque arrivés au terme de cette trilogie consacrée aux feuilles et au vocabulaire associé en botanique. Notez qu'au même titre que des adjectifs communs comme «court», «long», «vert», tous les mots que nous avons vus peuvent s'appliquer dans d'autres champs que celui de la feuille. Par exemple, le vocable étudié nous sera utile lorsque nous pointerons nos loupes du côté des fleurs: on observera des pétales lancéolés, d'autres obovales ou encore acuminés... Et après tout, libre à vous, au détour d'un périple en Égypte, de briller en disant des pyramides qu'elles sont parfaitement deltoïdes!


Il est temps de passer aux travaux pratiques, en reprenant l'ensemble des formules magiques qui ont été vues dans les trois articles consacrés aux feuilles. Prêts ? Abracadabra !


Lamium purpureum, Lamier pourpre, Poitiers Chilvert

Lamier pourpre (Lamium purpureum): feuilles ovales obtuses, cordées et crénelées, pétiolées, opposées décussées, comme souvent chez les Lamiacées.


Dipsacus fullonum, Cardère sauvage, Poitiers bords de Boivre

La Cardère sauvage (Dipsacus fullonum) dresse des feuilles opposées par paires, oblongues ou lancéolées, entières, dentées ou légèrement sinuées. les feuilles supérieures sont soudées à leur base (on peut aussi dire qu’elles sont connées), formant une coupe qui retient l'eau de pluie, pour mieux l'offrir aux insectes et aux oiseaux... D’où le célèbre surnom de la Sauvage: le «Cabaret des oiseaux»!


Angelica sylvestris, Angélique sylvestre, Poitiers bords de Clain

Angélique sylvestre (Angélica sylvestris): feuilles alternes bi ou tri-pennées en folioles ovales, lancéolées et denticulées, pétiole creusé «en gouttière», feuilles inférieures décurrentes ou engainantes.


Galium aparine, Gaillet gratteron, Poitiers bords de Clain

Gaillet gratteron (Galium aparine): feuilles linéaires oblongues, sessiles, verticillées par 6 à 9. Chaque feuille se termine par une petite pointe raide appelée mucron. Les parties aériennes et les fruits sont hérissés de minuscules aiguillons recourbés qui permettent à la Sauvage d'agripper tout ce qui lui tombe sous la feuille: plantes, fourrures des animaux, vêtements des promeneurs...


Sedum album, Orpin blanc, Poitiers chemin de la Cagouillère

Les feuilles charnues de l’Orpin blanc (Sedum album) ressemblent un peu à des saucisses... En botanique, il faut aussi savoir improviser! Elles sont sessiles et disposées un peu n'importe comment. On peut utiliser le mot éparse pour décrire ce genre de répartition anarchique.


Eucalyptus perriniana, Saint Benoît (86)

Eucalyptus perriniana, Saint Benoît (86)


En guise de conclusion, voilà un drôle d'arbre (une espèce australienne importée dans les parcs urbains français) qui va nous permettre de mesurer à quel point il est difficile de ranger le vivant dans des cases strictes... En voyant les feuilles du jeune Eucalyptus perriniana ci-dessus, on pourrait dire qu'elles sont (plus ou moins) orbiculaires (circulaires) et surtout perfoliées.

Mais au fur et à mesure que l'arbre grandit, les feuilles dévoilent leur vrai visage, ou plutôt, leur deux visages: elles sont en réalité disposées par paires, mais «soudées» par leur base. Elles sont orbiculaires, opposées et sessiles. Finalement, sur les rameaux les plus récents des arbres matures, les feuilles mutantes se découvrent un pétiole. Elle sont alors longuement lancéolées et même alternes... Au diable l'ordre, la nature, c'est aussi un grand et joyeux bazar!

Eucalyptus perriniana, gare à la mutante australienne! Sauvages du Poitou

D'autres leçons de botanique consacrées aux feuilles sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (1): feuilles simples

- Le vocabulaire de la botanique (2): nervures et feuilles composées


Pour aller plus loin:

- La feuille sur Wikipedia
- Les formes foliaires sur Wikipédia
- La phyllotaxie sur Wikipedia
- Fixation de la feuille sur la tige sur le site des Jardins du Gué
- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille

Référence bibliographique:
- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques
>Voir le billet et ses commentaires...
 

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