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Vocabulaire de la botanique (4): fleurs régulières
Date 07/09/2017
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Bouquet de fleurs sauvages régulières du Poitou!

Fleurs sauvages régulières (en tout point symétriques par rapport à leur centre)


Après la trilogie consacrée à l'étude du vocabulaire relatif aux feuilles en botanique, je vous propose de ressortir nos dictionnaires pour nous intéresser à la partie la plus solaire de nos Sauvages: la fleur. Si on devait définir cette dernière simplement, on pourrait dire:

Fleur: partie d'un végétal (souvent odorante et richement colorée) chargée de donner le sourire aux hommes et aux butineurs qui la contemplent.

Ce ne serait pas faux, mais incomplet. Pour que l'émerveillement soit total, il nous faut avancer plus loin... Ce qu'on appelle fleur renvoie à l'ensemble des organes de reproduction de la plante, ainsi que les diverses coquetteries qui les embellissent et les complètent.


Il faut se souvenir que tout ce qui est vert ne présente forcément de véritables fleurs (une fleur «vraie» est une fleur qui regroupe à la fois les organes de reproduction, mais aussi tous les accessoires sophistiqués — que nous allons énumérer dans cet article — qui les accompagnent). Les plantes à fleurs vraies (les angiospermes) sont apparues récemment dans la grande histoire de la vie, les premières remontant probablement au crétacé, il y a seulement une grosse centaine de millions d'années.


Bienvenue à Botanic Park avec Sauvages du Poitou!


Le plus souvent, les fleurs présentent à la fois des organes mâles et des organes femelles (lorsque c'est le cas, la fleur est dite «hermaphrodite»). Aussi, pour commencer notre exploration, emportons un couple de mots dans notre besace: Madame pistil et Monsieur étamine.


Le pistil est l'appareil reproducteur femelle de la fleur, les étamines en sont les organes mâles. La langue française n'étant pas à un traquenard près, notez que le pistil (femelle) est un nom masculin, alors que l'étamine (mâle) est un nom féminin. A ce point, deux voies s'offrent à vous: soit le simple souvenir de ce piège vous aide à retenir qui est qui, soit vous vous perdez définitivement! Reste à espérer que cette astuce orientera votre esprit dans la bonne direction...


Pistil et étamines, Sauvages du Poitou


Chaque fleur présente ses particularités, mais nous pouvons déjà imaginer une fleur «théorique», simple, comme la dessinerait un enfant :


La fleur théorique, Sauvages du Poitou

Pédoncule: petite tige ou «queue» qui porte la fleur ou l’inflorescence.

Réceptacle: sommet élargi du pédoncule sur lequel sont insérées les pièces florales.

Sépales: feuilles spécialisées qui supportent et protègent la fleur (l'ensemble des sépales est nommé calice).

Pétales: pièces chargées de protéger la fleur et surtout de la rendre attrayante pour les butineurs (l'ensemble des pétales est nommé corolle).

Retenez surtout deux points: les sépales sont des petites feuilles spécialisées (le plus souvent vertes) qui supportent et assurent un rôle de protection vis à vis du reste de la fleur, avant (et parfois même après) l'ouverture de celle ci.

Le rôle des sépales, Sauvages du Poitou

Les pétales sont aussi des feuilles spécialisées, aux formes variées et colorées. Leur rôle principal est d'attirer les insectes: chaque pétale est un panneau publicitaire à destination des butineurs!

Le rôle des pétales, Sauvages du Poitou!

Si l'on se penche d'un peu plus près sur ce puzzle, on observe d'autres pièces: les étamines (également appelées androcée, littéralement andros oikos «la maison de l'homme» en grec) sont composées d'une sorte de tige, appelée filet, au bout de laquelle se dresse l'anthère, un réservoir à pollen (le pollen est une sorte de véhicule dans lequel voyagent les spermatozoïdes, grâce au vent ou aux insectes).


Au centre de la fleur se trouvent un ou plusieurs carpelles. Chaque carpelle est une enveloppe foliaire qui protège un ovaire (contenant les ovules) surmonté d'un tube, le style. Ce dernier se termine en une extrémité visqueuse, le stigmate, chargé de capturer les grains de pollen qui lui passent sous le nez. C'est l'ensemble des carpelles qu'on appelle pistil (ou gynécée, littéralement gunè oikos, «la maison de la femme»). Résumons en image:


Psitil, carpelle et étamine, Sauvages du Poitou

L'ovaire peut être disposé au dessus des sépales et des pétales, auquel cas on dit qu'il est supère (et non pas super!): c'est par exemple le cas au potager pour les tomates, sur lesquelles on observe à maturité un fruit, issu de l'ovaire, placé au dessus des sépales. A l'inverse, un ovaire placé sous les sépales et les pétales est dit infère: c'est par exemple le cas sur les fleurs femelles des courgettes, où l'ovaire sous la fleur affiche une taille impressionnante (c'est lui qui grossira pour devenir une courgette après fécondation).


Ovaire supère et infère au potager, Sauvages du Poitou!

Elles sont belles mes tomates (ovaire supère), elles sont belles mes courgettes (ovaire infère)!


Il se peut que l'étude de ces mots savants vous procurent moins de plaisir qu'une promenade au grand air. Ce vocabulaire se révèle pourtant très utile lors de nos efforts d’identification sur le terrain: les mots vont nous aider à prêter attention a d'infimes détails (c'est peu de le dire, n'oubliez pas de vous munir d'une loupe), comme autant de signes indiens. En avant pour les travaux pratiques!


Vinca minor et Vinca major, Petite et Grande Pervenche, Poitiers


Petite pervenche (Vinca minor): la corolle présente cinq pétales tronqués au sommet, disposés au bout d'un «tube». Les cinq étamines et le pistil (tous très velus) sont difficiles à observer, car cachés à l'intérieur de la partie tubulaire de la corolle. C'est le calice qui va nous intéresser ici: les cinq sépales sont courts chez la Petite Pervenche (photo du centre), mais allongés chez la Grande Pervenche (Vinca major, photo de droite). Un élément qui va nous permettre (avec l'observation des feuilles) de distinguer l'une et l'autre.


Convolvulus arvensis, Liseron des champs, Poitiers Bellejouanne


Liseron des champs (Convolvulus arvensis): corolle composée d'une unique pièce en «entonnoir» (qui semble esquisser cinq pétales), cinq étamines soudées à la corolle entourent le pistil (constitué de deux carpelles soudés) au centre. Ces indices peuvent déjà nous mettre sur la piste du clan Convolvulaceae, dont les membres sont principalement des plantes grimpantes, des rampantes ou des lianes (Convolvere signifie «enrouler» en latin).


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers Bellejouanne


Hellébore fétide (Helleborus foetidus): cette Sauvage qui fleurit à la fin de l'hiver illustre bien le rôle protecteur des sépales. Ses grosses «clochettes» sont en réalité constituées de cinq sépales (bordés de rouge) chargés de protéger le reste de la fleur planquée à l'intérieur, bien à l'abri des intempéries et de la neige. Je vous l'accorde, ces sépales ressemblent fort à des pétales... On les qualifie pour cette raison de pétaloïdes! Les cinq véritables pétales se cachent sous les sépales. Ils ressemblent à des «cornets» et sont tous remplis d'un précieux nectar; les pétales ne sont guère visibles vus du ciel, mais ils remplissent leur rôle d’appât à butineurs en se comportant comme des cornes d'abondance. Le gynécée au centre est entouré par une armée d'étamines, bien plus longues que les pétales et disposées en spirale.


Hypericum perforatum, Millepertuis perforé, Poitiers Chilvert

Millepertuis perforé (Hypericum perforatum): cinq pétales à la symétrie imparfaite, denticulés d'un seul côté, ponctués de noir, trente à soixante étamines soudées entre elles par leur base entourent trois carpelles soudés entre eux (les trois styles divergent franchement). Ces signes (et d'autres, il convient toujours de croiser plusieurs éléments d'identification) nous mettent sur la piste du Millepertuis perforé, le seul parmi les nombreux Millepertuis à présenter de fortes qualités médicinales (anti-dépresseur).

Ornithogalum umbellatum, Ornithogale en ombelle, Poitiers brods de Boivre

Ornithogale en ombelle (Ornithogalum ombellatum): voilà un cas intriguant... Si vous observez les six pétales, blancs au dessus, verts «feuille» en dessous, vous serez bien en peine de dire s'il s'agit de pétales ou de sépales. Lorsque pétales et sépales sont indifférenciés, les botanistes ne tranchent pas, mais parlent plutôt... De tépales! Notez aussi les filets aplatis des six étamines libres (non soudées entre elles) qui entourent le pistil. Les Ornithogales empruntent leur nom à une expression grecque: ornithos est l'oiseau, gala le lait. Le lait d'oiseau étant chose fantastique, il désignait chez les grecs une chose rare et merveilleuse!

Colchicum autumnale, Colchique d'automne, Vouneuil sous Biard (86)

Les fleurs du Colchique d'automne (Colchicum autumnale) paraissent à la fin de l’été («Colchiques dans les prés, fleurissent, fleurissent, Colchiques dans les prés, c’est la fin de…»). Dépourvues de feuilles (feuilles et fruits sont visibles au printemps seulement), leurs fleurs reposent mollement au sol au bout d’une sorte de tige tubuleuse (la spathe). Elles aussi sont formées de six tépales: en fait trois pétales roses et trois sépales de même couleur et de même aspect. Six étamines, insérées sur deux niveaux différents, entourent trois styles aux stigmates recourbés en crochet. Une signature qui nous permettra de différencier Colchiques et Crocus, ces derniers affichant seulement trois étamines et un seul style.

Reste à digérer cette aventure en miniature avant d'aborder, dans un prochain article, quelques cas particuliers d'orfèvrerie végétale: les fleurs irrégulières (à la symétrie non radiale), les capitules et autres organisations spécifiques des inflorescences... En attendant, prenez votre temps et suivez les abeilles, elles connaissent forcément le chemin!

Suite des leçons de botanique consacrées aux fleurs sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (5): les fleurs irrégulières

- Le vocabulaire de la botanique (6): inflorescences et capitules

- Le vocabulaire de la botanique (7): Poacées, herbes, céréales, pelouses et gazons


Pour aller plus loin:

- La fleur sur Wikipedia

- La fleur sur Tela-botanica

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Vocabulaire de la botanique (2): nervures et feuilles composées
Date 20/07/2017
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Les cours de botanique de Sauvages du Poitou!


Cet article fait suite au premier billet consacré aux mots de la botanique, «décrire les feuilles (1)». Nous avions, en première exploration, découvert le vocabulaire rocambolesque relatif aux feuilles simples. Pour rappel, une feuille se présente ainsi à nos yeux:


Sauvages du Poitou: la feuille


Regardons maintenant le dessin des nervures qui parcourent le limbe: on appelle nervure principale la nervure qui prolonge le pétiole (c'est généralement la plus épaisse). Les nervures qui s'y rattachent sont les nervures secondaires, celles qui se rattachent à ces dernières les nervures tertiaires, etc. Un peu comme un grand fleuve, ses rivières et leurs petits affluents! La comparaison est intéressante, car chez une plante, la sève élaborée (issue de la photosynthèse) prend sa source au niveau des feuilles avant de s'écouler vers le reste de la plante (à l'inverse de la sève brute qui prend sa source dans les racines pour monter vers la plante et les feuilles).


La géographie, c'est quand même plus simple avec une carte épinglée au mur!


Les nervures des feuilles, Sauvages du Poitou


Pennées: nervures secondaires opposées deux par deux, de chaque côté d'un axe (comme des arrêtes de poisson).

Palmées: nervures primaires bifurquant depuis un seul point, comme les doigts autour de la paume de la main.

Pédalées: deux nervures principales divergent depuis le bout du pétiole.

Parallèles: nervures orientées dans l'axe de la feuille, sans intersection.

Arquées: nervures secondaires arquées vers le sommet de la feuille.

Réticulées: nervures formant un réseau complexe.


Sur la base de cette carte (aux trésors?), partons dénicher les adjectifs qui en découlent, afin de décrire des feuilles toujours plus spectaculaires... Forcément, le vocabulaire aussi risque de devenir spectaculaire!

Apprenez-moi des gros mots justement, c'est important les gros mots quand on découvre une langue!
(Bienvenue chez les Ch'tis, Dany Boon)

L'exercice devrait vous rappeler les briques de LEGO de notre enfance: les mots s'emboitent. Si la feuille présente des nervures pennées et des lobes peu marqués, on peut dire qu'elle est pennatilobée. Le même raisonnement avec une feuille aux nervures palmées aurait abouti à une feuille palmatilobée (palmée et lobée).

La botanique? Une partie de plaisir... Et de LEGO!

Ouvrons le coffre à jouets! Le début du mot décrit les nervures, comme vu précédemment:
Penna...: nervures pennées.
Palma...: nervures palmées.
Péda...: nervures pédalées.
La fin du mot décrit la nature et/ou l'amplitude du découpage de la feuille:
...lobée: feuille doucement lobée.
...fide: feuille découpée (environ jusqu'à la moitié du limbe).
...partite: feuille fortement découpée (au-delà de la moitié du limbe).
...sequée: feuille découpée jusqu'à la nervure principale (ou quasiment).
Ce qui nous donne par exemple (comme lors d'une partie de Scrabble, toutes les combinaisons sont possibles):

Les formes des feuilles, Sauvages du Poitou

Les feuilles au découpage le plus prononcé («-séquées») sont quasiment divisées en plusieurs parties séparées. Il suffirait de pousser le découpage d'un millimètre pour obtenir une feuille constituée de plus petites feuilles, distinctes les unes des autres (les «folioles»): une telle feuille est dite «composée». Notez qu'en pratique, ainsi que pour nombre d'auteurs respectables, feuille «-séquée» et feuille composée sont synonymes.


Notre carte des nervures est également utile pour comprendre le vocabulaire propre aux feuilles composées:


Feuilles composées, Sauvages du Poitou


Composée imparipennée : pennée et composée d'un nombre de folioles impair (présence d'une foliole au sommet).

Composée paripennée : pennée et composée d'un nombre de folioles pair (absence de foliole au sommet).

Composée pectinée : composée de fines lamelles disposées de part et d'autre de l'axe (comme un peigne).


Feuilles composées, Sauvages du Poitou


Composée palmée : composée de plusieurs folioles partant en éventail depuis le sommet du pétiole.

Composée trifoliée : composée de trois folioles (comme le célèbre Trèfle).

Composée pédalée : chaque foliole semble rattachée au petit pétiole (le pétiolule) du foliole précédent.


Ce n'est pas tout: une feuille composée pennée, dont chaque partie (ou foliole) est elle même composée de plusieurs petites parties (les foliolules), est dite bipennée (elle est pennée deux fois)... Et si les foliolules sont eux même composées? La feuille est tripennée!


Feuilles bipennées et tripennées, Sauvages du Poitou

Comment savoir s'il l'on observe plusieurs feuilles simples ou une seule feuille composée? C'est la présence ou non d'un petit bourgeon à la base du pétiole qui peut nous renseigner (munissez vous d'une loupe): à chaque feuille correspond un bourgeon (dont elle est issue). Si on trouve un bourgeon à l'origine de chaque feuille, il s'agit de plusieurs feuilles simples. Si pour plusieurs limbes distincts, on ne trouve qu'un seul bourgeon, c'est une seule et unique feuille composée.

Si vous êtes arrivé à ce point de l'article, vous méritez une récompense. Fermez les yeux (pas trop) et imaginez une feuille dont les nervures sont pennées, et dont les échancrures atteignent (ou presque) la nervure centrale. On pourrait donc dire qu'elle est pennatiséquée. Mais voilà, chaque partie dessinée par les échancrures est aussi découpée en de plus petites parties... Elles mêmes découpées en de minuscules parties... Holà, je crois qu'on tient un mot compte triple: tripennatiséquée!


Tripennatiséquée... Mot comptre triple!

Ne jouez jamais au Scrabble contre un botaniste!


Si vous avez compris le truc, vous pouvez explorer les guides botaniques en essayant de dessiner ou de traduire mentalement les descriptions en image. Reste à observer de plus près les particularités du pétiole et la disposition des feuilles sur la tige... Dans un prochain article! Car pour l'heure, je vous propose une promenade digestive...


Primula vulgaris, Primevère acaule, Poitiers bords de Boivre

Primevère acaule (Primula vulgaris): feuilles simples, inégalement denticulées, obovales (plus larges au sommet qu’à la base), à nervures réticulées.


Clematis vitalba, Clématite vigne blanche, Poitiers gare

Clematis vitalba, Clématite vigne blanche, Poitiers gare

La Clématite vigne blanche (Clematis vitalba) nous permet de rentrer en douceur dans le monde des feuilles composées, tout en révisant le vocabulaire étudié lors de l'article précédent : ses feuilles composées imparipennées affichent des folioles très polymorphes: ovales ou lancéolées, cordées ou non, entières, crénelées ou dentées... Une palette aussi variée que fournie!


Helleborus foetidus, Hellébore fétide, Poitiers bords de Boivre

Feuilles abracadabrantes d'une Sauvage qui ne l'est pas moins, l'Hellébore fétide (Helleborus foetidus): composées pédalées en 7 à 11 folioles lancéolées et dentées.


Vicia sativa, Vesce commune, Poitiers bords de Boivre

Vesce commune (Vicia sativa): feuilles composées paripennées en 6 à 10 paires de folioles légèrement tronquées ou échancrées. En réalité, la vrille au sommet de la feuille est aussi une foliole, même si elle est complètement transformée; c'est pourquoi on peut lire dans les ouvrages les plus tatillons que la feuille de la Vesce commune est... Imparipennée!


Phacelia tanacetifolia, Phacélie à feuilles de Tanaisie, Poitiers Chilvert

Phacélie à feuilles de Tanaisie (Phacelia tanacetifolia): feuilles deltoïdes, composées imparipennées en folioles eux mêmes pennatipartites.


Geranium robertianum, Herbe-à-Robert, Poitiers bords de Boivre

Herbe-à-Robert (Geranium robertianum): feuilles deltoïdes ou polygonales, palmatiséquées en 3 à 5 segments eux mêmes pennatifides. A ce stade, la gymnastique cérébrale commence à devenir diabolique pour les apprentis botanistes que nous sommes… Quoi de plus normal pour cette Sauvage surnommée «Fourchette du diable» (à cause des longues pointes qui terminent ses duo de fruits)?


Ne vous découragez pas si votre cerveau fume un peu: lorsqu'on compare les descriptions proposées dans les guides et les flores, on découvre qu'il n'existe pas une seule et unique bonne manière de décrire un végétal: tous les moyens sont bons! On fait comme on peut, avec le vocabulaire dont on dispose, l'objectif étant de rapprocher son discours au plus près de ce qui se présente à nous et surtout de réussir à se faire comprendre.


Sur ce, je vous souhaite d'agréables promenades botaniques... Entre deux victoires écrasantes au Scrabble!


D'autres leçons de botanique consacrées aux feuilles sur Sauvages du Poitou:

- Le vocabulaire de la botanique (1): feuilles simples

- Le vocabulaire de la botanique (3): pétiole et phyllotaxie


Pour aller plus loin:

- La feuille sur Wikipedia

- Les formes foliaires sur Wikipédia

- Description générale de la feuille sur le site des Jardins du Gué

- Vocabulaire illustré de la botanique par Maurice Reille


Référence bibliographique:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Anémone sylvie: un printemps à la fois
Date 19/03/2017
Ico Haies & forêts
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Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre


Anemone nemorosa (Anémone sylvie ou Anémone des bois) appartient au clan éclectique Ranunculaceae, dont la plupart des membres sont toxiques et recherchent la proximité de l'eau (rena est la «grenouille en latin). Anemone nemorosa n'échappe guère aux traditions familiales: sa consommation est proscrite pour l'homme comme pour les animaux, sa sève fraîche pouvant même provoquer des dermites de contact... On raconte que les habitants du Kamtschatka (Russie) badigeonnaient leurs flèches avec le suc extrait de ses racines pour les rendre mortelles!

Elle vit avec la forêt et mourra avec elle.

(Princesse Mononoké, Hayao Miyazaki)

Si l'Anémone des bois ne recherche pas à avoir les pieds dans l'eau, elle colonise les terres toujours fraiches des sous bois de feuillus. Rappelons au passage que le prénom Sylvie qu'on attribue à la Sauvage trouve ses origines dans le latin silva, la «forêt».


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre

Les fleurs de l'Anémone des bois bardées d'étamines, comme de coutume chez les renonculacées.


Forestière oblige, Anemone nemorosa programme sa floraison tôt dans l'année, dès le mois de mars: il s'agit de profiter des premiers rayons de soleil avant que le milieu ne se ferme avec le retour du feuillage des grands arbres. Histoire de ne pas perdre un photon, ses fleurs blanches suivent la course du soleil tout au long de la journée, un excellent moyen pour réfléchir la lumière et aguicher les premiers butineurs. Ces derniers ne sont d'ailleurs pas légions et la Sauvage doit se contenter de syrphes ou de minuscules coléoptères, d'autant plus que ses fleurs dénuées de nectar n'attirent guère les abeilles et les bourdons affamés au sortir de l'hiver.


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre

Sous chaque fleur de l'Anémone des bois, un trio de folioles palmatisequées.


Anemone nemorosa est une vivace (elle peut vivre plus d'une dizaine d'année) qui boucle son spectacle en quelques mois: fleurs, tiges et feuilles disparaissent bien avant l'arrivée de l'été. Sous le couvert impénétrable des forêts, la Sauvage attend sous terre le retour de la lumière programmé au printemps suivant. Seule sa souche subsiste, et c'est d'ailleurs à partir de ses parties souterraines qu'Anemone nemorosa assure discrètement sa reproduction végétative, bien plus efficace que sa reproduction sexuée.


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre
Anémone des bois (en blanc) et Petite Pervenche (en bleu) au printemps, «copines comme cochons»!

A l'image de sa meilleure copine, la Petite Pervenche (Vinca minor), l'Anémone des bois est capable d'occuper d'imposantes parcelles. Ses colonies les plus importantes attestent de l'ancienneté de la forêt (sa souche traçante croît de 2 à 3 centimètres par an). Ses fleurs se déplacent au fur et à mesure de l'avancée de son rhizome, n'apparaissant pas au même endroit d'une année sur l'autre... Qui a dit que l'immobilité est une caractéristique du monde végétal?


Tous en forme avec l'Anémone des bois, Sauvages du Poitou!


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Biard (86) bords de Boivre

Colonie d'Anémone des bois dans les forêts au bord de la Boivre, Biard (86)


Plus près de l'eau, on peut parfois apercevoir aux alentours des colonies d'Anémones des bois une autre renonculacée, l'Isopyre faux-pigamon (Isopyrum thalictroides), qui fleurit à la même saison. Cette dernière risque fort de passer inaperçue avec ses petites fleurs blanches, regroupées en inflorescences lâches. Les feuilles trilobées de l'Isopyre faux-pigamon (à la manière des ancolies) ne peuvent être confondues avec les feuilles palmatiséquées (en 3 à 5 segments) de l'Anémone des bois. L'Isopyre faux-pigamon est une Sauvage à la silhouette délicate, peu commune en France (absente au nord et dans la région méditerranéenne), à côté de laquelle il serait dommage de passer d'un œil blasé par tant de blanc!

Isopyrum thalictroides, Isopyre faux-pigamon, Biard bords de Boivre
Isopyre faux-pigamon (au premier plan) et Anémone des bois (au second plan): deux sœurs vernales (printanières), locataires des forêts toujours fraîches (mais jamais engorgées).
Le bon bois a toujours des fourmis!
(Proverbe camerounais)

Les fruits de l'Anémone des bois sont de petits akènes poilus regroupés au bout d'une tige recourbée. Surplombés d'un appendice huileux (élaiosome), le fruits appâtent les fourmis qui entrainent les générations futures vers de nouveaux horizons et de nouvelles aventures forestières (myrmécochorie)!


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Dagneux (01)

Fruits de l'Anémone des bois, Dagneux (01)


Pour aller plus loin:

- Anemone nemorosa sur Tela-botanica

- Anemone nemorosa: identification assistée par ordinateur

- Isopyrum thalictroides sur Tela-botanica


Anemone nomorosa, Anémone des bois, Dagneux (01)

Par mauvais temps, les fleurs de l'Anémone des bois referment leur pétales (en fait des sépales «pétaloïdes») et se tournent vers le bas afin de protéger leur pollen.

>Voir le billet et ses commentaires...
 

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