31/01/2021
Le 6 octobre 1793, au sortir de la Révolution française, le peuple français las de fêter les saints chrétiens et pressé de dessiner les contours de la République inaugure un nouveau calendrier, dit «républicain». Ce 6 octobre où Saint Bruno devait être célébré (le lendemain du jour rendant hommage à Sainte Fleur, il eût été dommage d'en faire l'impasse), le calendrier et le moine chartreux sont mis au placard alors que le soleil se lève sur le quinzième jour du mois de vendémiaire.

Vendémiaire est le premier des trois mois de l'automne dans le calendrier républicain, le mois du raisin des vendanges, qui sera suivit par les brouillards de brumaire puis les frissons de frimaire. L'année est alors découpée en douze mois de trente jours chacun et la part belle est faite à la nature: l'hiver traverse les mois de nivôse (la neige), pluviôse (la pluie) et ventôse (le vent). Le printemps se partage entre les mois de germinal (la germination), floréal (les fleurs) et prairial (les prairies). Finalement, l'été exprime l'aboutissement avec les mois de messidor (les moissons) thermidor (les chaleurs) et bien sûr fructidor (les fruits).
Une poésie naturaliste qui a de quoi réjouir les apprentis botanistes que nous sommes. D'autant plus que, cerise sur le gâteau (cerise est le nom du 19ème jour du mois de messidor), ce sont les fleurs qui remplacent les noms de saints du vieux calendrier grégorien. Ainsi, vendémiaire est le mois des Colchiques (4ème jour) ou de l'Amarante (8ème jour), brumaire celui de l’Héliotrope (6ème jour) ou de la Scorsonère (8ème jour), frimaire celui de la Chicorée (3ème jour) ou du Lierre (18ème jour)...

L'hiver célèbre l'étrange Fragon (3ème jour de pluviôse), la mystérieuse Hellébore (11ème jour de pluviôse), les Lichens (17ème jour de pluviôse) ou le délicieux Mouron (18ème jour de ventôse).

De haut en bas et de gauche à droite: Fragon, Hellébore fétide, Lichen (Usnea sp) et Mouron des oiseaux.
Le printemps, qui s'ouvre avec les bien nommées Primevères (1er jour de germinal) est une explosion de couleurs où se succèdent les vernales comme le Muguet (7ème jour de floréal) ou les Jacinthes (9ème jour de floréal). Suivent la merveilleuse Fritillaire (22ème jour de floréal) et la divine Angélique (4ème jour de prairial).


Peut-être vous demandez-vous sous les auspices quelle fleur êtes vous nés? Ou quelle Sauvage partage avec votre prénom sa journée sur le calendrier? Il est possible de trouver la correspondance entre une date de notre calendrier en vigueur - le grégorien - et celle du calendrier républicain grâce aux calculatrices en ligne; j’utilise celle du site de Patrick Lecoq, un passionné de généalogie. Puis en consultant le rapport historique fait à la Convention nationale relatif au calendrier républicain, trouvez quel acteur du vivant - animal, minéral ou végétal - est célébré en cette journée particulière. Notez qu'on fête également ici et là les outils qui honorent le lien entre l'homme et la nature (serpette, plantoir, arrosoir, ruche...), et que six jours surnommés «les sans culottes» célèbrent la vertu, le génie, le travail, l'opinion (jour où chacun est invité à s'exprimer librement), la récompense (gratitude) et bien sûr la Révolution.
Ainsi et par exemple, le blog Sauvages du Poitou a vu le jour le 17 mars 2015. L'outil proposé par Patrick Lecoq nous indique une correspondance au 26ème jour de ventôse. Dans le calendrier républicain, on découvre que ce jour célèbre notre star des herbes folles, le roi Pissenlit!

Pour aller plus loin :
- Calculatrice pour convertir les dates du calendrier Grégorien en dates du calendrier Républicain.
- Le calendrier républicain sur Wikipedia
13/04/2020

Jacinthe des bois, Poitiers bords de Boivre
Hyacinthoides non-scripta (Jacinthe sauvage ou Jacinthe des bois) appartient à la famille Liliaceae dans la classification classique, ou Asparagaceae dans la classification contemporaine. Elle rejoint donc le clan des Asperges (Asparagus, le genre type), du Muguet de mai, des Sceaux de Salomon, des Ornithogales («Dame d'onze heures» et «Aspergette») ou encore du Fragon.
Tous les trésors ne sont pas d'argent et d'or mon ami!
(Pirates de Caraïbes, Gore Verbinski)





Dieu, c’est un type hyper jaloux.(P.S. I Love You, Richard LaGravenese)

01/05/2018

Lathrée écailleuse (Lathraea squamaria), la star poitevine du 1er mai!
En ce premier mai, jour où il est bon de manifester son goût pour la nature, une trentaine de stagiaires attendent le botaniste Yves Baron (ancien maître de conférences en biologie végétale à l’université de Poitiers), route de la Cassette à Poitiers. Promesse est faite d'en apprendre un peu plus sur la Vallée de la Boivre (cette dernière est un petit affluent du Clain et emprunte son nom au vieux français «bièvre» désignant le Castor), sur un territoire classé Zone Naturelle d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique.

Les poitevins autour du professeur Yves Baron, serez-vous retrouver son chapeau?
Le groupe est conséquent, preuve s'il en fallait une de l'attrait pour la nature des poitevins. Pas de quoi décourager l'ancien professeur qui guidait autrefois les étudiants de l'université: parfois plus d'une centaine par sortie terrain! Quoi qu'il en soit, Yves Baron attire les botanistes comme les Lamiers attirent les bourdons: plusieurs groupes adaptés à l'étroitesse des chemins se forment naturellement autour du professeur et d'autres naturalistes éclairés.

La promenade débute sur les coteaux calcaires qui encadrent le fond de Vallée, royaume du Chêne pubescent (Quercus pubescens). C'est l'Aubépine monogyne (Crataegus monogyna) qui ouvre le cortège. Nous profitons de sa floraison parfumée tout en observant ses feuilles très découpée (pennatifides) qui la distingue de l'Aubépine à deux styles (Crataegus laevigata), aux feuilles doucement lobées, plus forestière, que nous croiserons plus tard en sous bois.

Un seul style au cœur des fleurs de l'Aubépine monogyne (en premier), 2 à 3 styles au cœur des fleurs de l'Aubépine à deux styles (en second).
Sur les coteaux, c'est encore l'heure de la discrète Potentille de printemps (Potentilla verna), première Potentille de l'année. Accrocheuse, la Garance voyageuse (Rubia peregrina) inaugure le défilé des Rubiacées qui suivront (Gaillets). Quelques Laitues sauvages (Lactuca serriola) orientent le groupe dans la bonne direction (on les surnomme les «Laitues boussole», voir l'article de Sauvage du Poitou). Au passage, Yves Baron nous apprend à faire un sifflet avec une tige de Pissenlit (Taraxacum sect. Ruderalia): la botanique s'apprivoise d'autant mieux avec le regard et le sourire de l'enfance.

De gauche à droite : Potentille de printemps, Garance voyageuse, Laitue scariole et Pissenlit.
En redescendant vers le fond de la Vallée, le milieu se referme; l'occasion de s'intéresser à quelques arbustes en passant: la Viorne lantane (Viburnum lantana) ouuvre ses jeunes feuilles comme une gueule de dragon. Quelques Cornouillers sanguins (Cornus sanguinea) bien exposés rougissent (de plaisir?). Le Troène d'Europe (Ligustrum vulgare) affiche des rameaux bigarrés, les feuilles d'hiver contrastant avec les nouvelles, plus claires. Au passage, on croise l'abracadabrantesque Daphné lauréole (Daphne laureola), une autochtone aux allures de plante exotique.

De gauche à droite : Viorne lantane, Cornouiller sanguin, Troène d'Europe et Daphné lauréole.
En bord de Boivre, la forêt alluviale reprend ses droits. C'est l'occasion de faire connaissance avec la Lathrée écailleuse (Lathraea squamaria, photo en tête d'article), une plante parasitaire, espèce déterminante pour la Vienne, rare sur le territoire français. Pas de Muguet de mai à l'horizon, mais le trésor du jour a pour compagnie le cortège des sauvages de sous-bois: Jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta), Lamier jaune (Lamium galeobdolon), Ail des ours (Allium ursinum) ou encore Sceau de Salomon (Polygonatum multiflorum).

De gauche à droite : Jacinthe des bois, Lamier jaune, Ail des ours et Sceau de Salomon.
Au détour d'un chemin forestier, les promeneurs remontent finalement sur un versant calcaire. Le milieu s'ouvre à la lumière, offrant une prairie où les Orchidées poussent comme des pâquerettes dans un jardin. Il n'en faut pas plus pour que le groupe s'éparpille à quatre pattes... A chacun sa loupe, à chacun sa dose d’émerveillement!

La tête cramoisie de l'Orchis brûlé (Neotinea ustulata)... La faute à la loupe?
Le défilé du premier mai se termine en un bouquet fantastique: Orchis bouffon (Anacamptis morio), Ophrys araignée (Ophrys aranifera)... Il n'y a guère que la peu courante Véronique prostrée (Veronica prostrata) et l'excentrique Muscari à Toupet (Muscari comosum) pour rivaliser avec le gang des Orchidacées et tirer quelques derniers crépitements aux appareils photos!

De gauche à droite: Orchis bouffon, Ophrys araignée, Véronique prostrée et Muscari à Toupet.
