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Lichens: une histoire d'amour et d'eau fraîche
Date 04/11/2016
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Lichens: une histoire d'amour et d'eau fraîche!

Pas besoin d'une machine à remonter le temps pour être témoin de la grande épopée végétale: roches, lichens, mousses, plantes pionnières... Un vieux mur près de chez vous, une loupe, un soupçon de curiosité, et c'est le début d'un fabuleux voyage!


Je vous propose de faire un court détour dans notre parcours botanique, le temps d'un article consacré à l'univers des lichens, qui ne nous rendra guère plus savants qu'avant sa lecture (je n'ai malheureusement rien d'un lichénologue), mais qui j'espère aiguisera notre curiosité et nous donnera envie d'aller fouiller un peu plus loin. Les lichens font partie de ce que certains surnomment la «biodiversité négligée»; une expression élégante pour désigner la part de nature qui ne passionne pas les foules, bien qu'omniprésente, belle et débordante. Regardez un peu autour de vous, les lichens sont partout! Sur les murs, les trottoirs, les rochers, les arbres, au sol... On en recense près de 2000 sortes en France, et de nouveaux lichens sont découverts chaque année.


Le mot «lichen» vient du grec leikhen désignant, en dermatologie, un dartre, c'est à dire une lésion colorée de la peau. Une comparaison peu flatteuse (les lichens n'ont rien d'une maladie et ne nuisent pas à leurs supports, minéraux ou végétaux, bien au contraire) qui s'inspire de l'apparence de certains lichens qualifiés de crustacés, parce qu'ils semblent incrustés à leur support.


Rhizocarpon geographicum, le lichen géographique, Ligugé (86)

Un lichen crustacé: Rhizocarpon geographicum, surnommé le «Lichen géographique». En milieu montagneux, ce lichen permet de suivre le mouvement des glaciers, sa taille indiquant depuis combien de temps la glace a déserté la roche.

Parle moi de l’amour sur ta planète...

(Pretty Little Liars, I. Marlene King)

Un lichen est une symbiose, c'est à dire une association autonome, intime et durable entre des espèces différentes. Dans le cas du lichen la symbiose réunit au moins un champignon (nommé mycobionte) et des cellules chlorophylliennes capables de photosynthèse (algues et/ou cyanobactéries, nommées phytobionte). Un lichen est donc une famille à lui tout seul, à l'image des célèbres coraux (les coraux sont une association entre des algues et des animaux, les polypes).


Lichen: une histoire d'amour, Sauvages du Poitou!


Dans ce mariage réussi, chaque partie remplit son rôle tout en subvenant aux besoins du partenaire. Les champignons (qui constituent plus de 90% du lichen) assurent le support, la protection, les sels minéraux et le milieu humide indispensable aux algues. Ces dernières partagent les nutriments (amidons ou lipides) issus de la photosynthèse. Et comme l'union fait la force, champignons et algues deviennent capables de prouesses inédites qu'ils ne pourraient accomplir s'ils étaient isolés, produisant par exemple des antibiotiques protecteurs, utiles au lichen comme à l'arbre qui le supporte.


Si l'ensemble du lichen peut se fragmenter ou se propager par reproduction végétative, les champignons seuls sont capables de reproduction sexuée, leurs spores dispersées par le vent devant dénicher et séduire une algue là où elles atterrissent pour espérer former un nouveau lichen!


Xanthoria sp, aérodrome de Biard (86)

Les disques à la surface de ce lichen (Xanthoria sp) sont ses organes de reproduction sexuée, nommés «apothécies», d'où jaillissent les spores célibataire du (des) champignon(s) en quête d'une algue à séduire.


Ainsi organisés, les lichens sont prêts à faire face aux situations les plus improbables: haute montagne, bords de mer, lave refroidie... D'autant plus qu'il sont très patients (ils peuvent stopper temporairement leur croissance en cas de coup dur) et peu gourmands. Certains lichens sont capables de trouver leur subsistance dans la roche même, le champignon lichenisé parvenant à en extraire les minéraux. La plupart des lichens se contentent du peu qu'ils trouvent dans la poussière, la rosée du matin ou les gouttes de pluie. Bref, les lichens vivent littéralement d'amour et d'eau fraîche!


Dès lors, on comprend pourquoi les lichens sont capables de coloniser un monde minéral, préparant le terrain aux mousses qui viennent à leur suite, et offrant finalement le substrat qui permet à l'ensemble du règne végétal de se déployer.


Graphis stricta, Poitiers bords de Boivre

Sur le tronc d'un Noisetier, les mystérieux hiéroglyphes dessinés par Graphis stricta... Et si les lichens avaient inventé l'écriture?


Si les lichens sont capables d'insuffler la vie à un paysage aussi moribond qu'un cailloux, chaque lichen se montre particulièrement exigeant quant à son milieu de prédilection (on reconnait bien là le caractère capricieux des champignons). Certains préfèrent les roches siliceuses, d'autres les roches calcaires, les troncs des feuillus ou des conifères, la sécheresse ou l'humidité...


Usnea sp, Usnée, Biard aéroport (86)

Une petite Usnée (Usnea sp) au bord du chemin? Inspirez, c'est peut-être le moment de prendre un bol d'air...


La plupart des lichens sont sensibles à la qualité de l'air. C'est pourquoi une faible diversité de lichens indique souvent un environnement pollué, où il ne fait pas bon respirer. A l'inverse, certains lichens sont les indicateurs d'un environnement sain, telles certaines Usnées (Usnea sp), dont les «barbiches» pendues aux branches peuvent être le signe indien d'un air pur et montagnard.


Evernia prunastri, Poitiers quartier Bellejouanne

Les lanières verdâtre dessus, blanches dessous d'Evernia prunastri, plus connu sous le nom de «Mousse de Chêne», un lichen fruticuleux utilisé dans la composition des parfums boisés (parfumerie et savonnerie).


La diversité des lichens s'exprime dans leurs formes multiples et spectaculaires. Leur thalle (c'est ainsi qu'on appelle un appareil végétatif ne possédant ni feuilles, ni tiges, ni racines) peut être crustacé (comme incrusté dans son support), foliacé (formant des sortes de «feuilles»), squamuleux (formant des «écailles», à mi chemin entre crustacé et foliacé), fruticuleux (formant des «lanières»), complexe (formant des «jambes» ou des «pieds»), gélatineux...


La conquête du minéral par les lichens se déroule selon une succession qui va des formes les plus simples jusqu'aux structures les plus spectaculaires. Chez les lichens, les crustacés sont les premiers à coloniser une terra incognita. Suivent les foliacés (en compétition avec les mousses), puis finalement les lichens complexes qui dessinent parfois des «forêts» lilliputiennes. Les végétaux continueront la colonisation bien sûr, les vivaces succédant aux petites plantes pionnières, puis les géants ligneux succédant aux vivaces... Comme souvent sur Terre (en tout cas sous nos latitudes), les histoires commencent par «Il était une fois trois fois rien...» et se terminent par «Ils vécurent heureux au cœur d'une forêt bien fournie»!

Cladonia sp, Jurassic park sur un vieux mur à Poitiers
Au centre, les incroyables «pieds» dressés (qu'on apelle podetium) d'un lichen complexe (Cladonia sp) sur un vieux mur: un vrai décor de cinéma!

L'identification précise d'un lichen est un travail minutieux qui repose sur l'utilisation d'une loupe, voir d'un microscope. Néanmoins, on peut déjà dégrossir le terrain et prendre plaisir à observer leur variété autour de nous, avec l'aide d'un ouvrage adéquat (voir liens en bas d'article) et d'un peu de vocabulaire. A la loupe, la partie visible - le thalle - d'un lichen pourrait se décrire ainsi:


Le thalle des lichens, Sauvages du Poitou!

Cortex supérieur : couche supérieure protectrice (la peau en quelque sorte).

Cils : ils permettent au lichen de retenir l'eau ou la rosée.

Apothécies : ce sont les organes de reproduction sexuée, des «coupoles» d'où jaillissent les spores du champignon lichénisé.

Soralies ou isidies : ce sont les minuscules organes de reproduction végétative qui permettent au lichen de se propager. On parle de soralies lorsqu'il s'agit de «déchirures» granuleuses à la surface du cortex, d'une couleur différente que celle du thalle, ou d'isidies lorsqu'il s'agit de petits bourgeons recouverts par le cortex, et dont la couleur est donc identique au thalle.

Cortex inférieur : suivant les formes, couche inférieure protectrice, qui porte les rhizines, les «fausses racines» qui permettent au lichen de s'accrocher à son support. Entre le cortex supérieur et inférieur se trouve généralement la couche algale et la couche formée par les champignons, nommée médulle, mélangées ou disposées en «lasagnes» l'une sur l'autre.

Pertusaria amara, Ligugé (86)

Le thalle recouvert de soralies granuleuses de Pertusaria amara, un lichen crustacé que l'on identifie entre autres signes à son goût fortement amer (attention, les lichens sont généralement toxiques, il suffit de l'effleurer du bout du doigt avant de porter le doigt à sa langue).


Ici s'arrêtent nos premiers pas timides et prudents dans le monde des lichens... Mais déjà, nous pouvons commencer à sentir que même lorsque nous sommes acculés face à un mur misérable, et en l'absence de toute végétation, jamais la vie ne cesse de nous offrir son incroyable récital!


Pour aller plus loin:

- Description des lichens de France sur le site de l'Association Française de Lichénologie

- Zoom sur les lichens sur le site de Bourgogne nature

- Les lichens sur Wikipedia


Lectures recommandées:

- Guides des lichens de France aux éditions Belin, trois volumes: lichens des arbres, lichens des sols, lichens des roches.

>Voir le billet et ses commentaires...
 

Familles de la flore française (Game of thrones et botanique, épisode 3)
Date 29/10/2016
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Cet article fait suite à deux épisodes déjà publiés, consacrés aux grandes familles en botanique. Nous avions croisé dans le premier les prestigieuses lignées Asterceae, Poaceae, Fabaceae, Rosaceae et Brassicaceae. Le second nous avait présenté les clans Apiaceae, Caryophyllaceae, Lamiaceae, Liliaceae, Ranunculaceae et Orchidaceae. Le feuilleton continue, avec six nouvelles familles plus modestes en terme d’espèces présentes sur le sol français, mais tout aussi remarquables de par leurs spécificités...


House Boraginaceae, Sauvages du Poitou!

Une barbe monumentale le couvrait des pommettes aux cuisses, tant et si bien qu’on pouvait difficilement dire où s’achevait le poil et où débutait la fourrure.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Boraginacées (100 espèces en France) présentent souvent des tiges et des feuilles recouvertes de poils rudes. Leur nom viendrait du latin burra, la «burre», une étoffe en laine rêche et grossière qui habillait jadis les moines. Leurs inflorescences affichent souvent un bleu céleste, intense, et forment une sorte de queue de «scorpion» (cyme scorpioïde, voir l'article consacré au sujet).


Borrago officinalis, Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain
Bourrache officinale, Poitiers bords de Clain


C'est la clan de la Bourrache officinale (Borrago officinalis), symbole ancestral du courage, de la piquante et généreuse Vipérine commune (Echium vulgare), mais aussi des Myosotis (Myosotis sp), qui font office de bardes délicats dans cette fratrie de poilus au grand cœur!


Myosotis arvensis, Myosotis des champs, Poitiers bords de Clain

La «queue de scorpion» poilue du discret Myosotis des champs.


House Rubiaceae, Sauvages du Poitou!

En fait d’objets de valeur, je ne possède rien d’autre qu'une couronne.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Rubiacées (75 espèces en France) se distinguent de par leurs tiges carrées (tout ce qui a une tige carré n'est donc pas forcément une Lamiacée!), et surtout par leurs feuilles verticillées, c'est à dire disposées en couronnes ou en étoiles autour de la tige. Leurs fleurs sont généralement discrètes, à l'image des petites fleurs des nombreux Gaillets (Gallium sp) ou de la Garance voyageuse (Rubia peregrina).


Rubia peregrina, Garance voyageuse, Poitiers bords de Boivre

Feuilles coriaces, agrippantes et verticillées de la Garance voyageuse.


Les Rubiacées comptent dans leurs rangs des membres exotiques très célèbres: les Caféiers (Coffea sp). Ces derniers sont bien trop capricieux pour pouvoir tolérer les saisons françaises... Dommage pour nous, mais notez que les petits fruits du Gaillet gratteron (Galium aparine) grillés à sec, écrasés et finalement mis à bouillir dans de l'eau fournissent un excellent succédané de café... Un goût de famille?


Café de Gaillet gratteron, une recette Sauvages du Poitou!

Gaillet gratteron: le café à la française!


House Campanulaceae, Sauvages du Poitou!

Une douzaine de clochettes tintaient pour peu qu’il bougeât... C’est-à-dire en permanence, car il ne tenait guère en place.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Campanulacées (64 espèces en France) se distinguent par leurs fleurs à cinq pétales soudés, dont la corolle forme souvent une cloche: campanula est la «clochette» en latin. Leur tige renferme généralement un latex. C'est le clan des nombreuses Campanules (Campanula sp), difficiles à différencier (et pourtant, chaque cloche à son ton!), ou encore celui des Raiponces (Phyteuma sp).


Campanula portenschlagiana, Campanule des purailles, Poitiers Chilvert

Les clochettes du Campanule des murailles (Campanula portenschlagiana).


House Amaranthaceae, Sauvages du Poitou!


Dans les classifications les plus récentes, les Amaranthacées intègrent dans leurs rangs l'ensemble des Chenopodiacées. On retiendra les tendances suivantes pour ces deux clans (réunis aujourd'hui sous une seule et même bannière, Amaranthaceae): leurs fleurs minuscules sont généralement verdâtres ou rougeâtres, desséchées. Amarantos en grec signifie «qui ne flétrit pas»: leurs fleurs sèches, même cueillies, ne risquent guère de faner. Leurs feuilles sont généralement entières, pointues (elles dessinent parfois des flèches ou des hallebardes) et longuement pétiolées. Nombre d'entre elles affectionnent les terrains salés ou les sols riches en nitrates, ce qui en fait des locataires privilégiées des côtes, des rivages ou simplement des lieux fréquentés par l'homme.
Les bras costauds gouvernent ce monde: hors de cela, tu te goberges d’illusions.
(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

C'est le clan des Chénopodes (Chenopodium sp), des Arroches (Atriplex sp) ou des Amarantes (Amaranthus sp)... Des végétaux souvent bons pour la soupe! On ne s'étonnera donc pas de trouver dans ce clan de célèbres espèces potagères, cultivées pour leurs feuilles ou leurs graines, comme les Épinards, les Betteraves, les Bettes ou les Quinoas... Et les hommes trouveront peut-être parmi d'autres Amaranthacées des alliées de premier choix pour réanimer leur agriculture moribonde: la culture de certaines espèces d'Amarantes, par exemple, est déjà d'actualité en Afrique. Celles ci sont plus fournies en protéines que le soja, riches en vitamines A, C et en sels minéraux. Elles tolèrent les sols pauvres, secs (leur culture ne demande pas beaucoup d'eau), se montrent extrêmement résistantes face aux prédateurs et aux maladies. Certains ont accusé Popeye, le marin qui semblait tirer sa force d'une poignée d'Épinards, de charlatan... Mais après tout, le régime de Popeye n'était peut-être pas si farfelu (si les Épinards ne sont pas forcément riches en fer, ils restent eux aussi très fournis en vitamines et en minéraux)!


Amaranthus deflexus, Amarante couchée, Poitiers quartier gare

Minuscules fleurs vertes en panicule de l'Amarante couchée (Amaranthus deflexus), indétrônable bodybuildeuse du macadam et des trottoirs!


House Euphorbiaceae, Sauvages du Poitou!


Les Euphorbiacées (60 espèces en France) sont généralement glabres. Elles se distinguent par le suc laiteux, nommé latex, contenu dans leur tige, et par leurs l'originalité de leurs fleurs (généralement vertes ou jaunâtres, dénuées de pétales) organisées en ombelles. Une photographie valant mieux que de fastidieuses explications, l'observation de quelques membres de ce clan devraient vous permettre d'intégrer sans peine leur touche très... Personnelle!


De gauche à droite: Euphorbe d'Irlande (Euphorbia hiberna), Euphorbe petit-cyprès (Euphorbia cyparissias) et Euphorbe réveil matin (Euphorbia helioscopia).

- Comment, alors?

- Par le seul autre moyen : la magie!

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

C'est la famille des nombreuses Euphorbes (Euphorbia sp), mais aussi celle des Mercuriales (Mercurialis sp). Les latex des Euphorbes sont généralement toxiques et irritants par simple contact cutané. Mais ils intéressent souvent la médecine ou l'industrie pour les secrets qu'ils renferment, comme le latex de la discrète Euphorbe des jardins (Euphorbia peplus), dont on tire une substance utilisée pour des chimiothérapies (le mébutate d'ingenol), ou celui de l'Hévéa (Hevea brasiliensis), une Euphorbiacée originaire d'Amazonie, à partir duquel on fabrique le caoutchouc. C'est d'ailleurs à un ancestral médecin, Euphorbus (Grèce, 40-19 av. J.-C.), que cette famille doit son nom... Nul doute, les scientifiques feront à l'avenir de nombreuses autres découvertes en fouillant les entrailles de ce clan!


House Crassulaceae, Sauvages du Poitou!


Les Crassulacées (50 espèces en France) sont des végétaux glabres, à feuilles ou à tiges charnues. Leurs feuilles sont généralement simples, entières, sessiles ou munies d'un court pétiole. Leurs fleurs peuvent présenter des aspect variés, mais arbore souvent 5 pétales et 5 sépales. C'est le clan des nombreux Sédums (Sedum sp), délicats à différencier, mais aussi celui des Joubarbes (Sempervivum sp) ou du célèbre Nombril de Vénus (Umbilicus rupestris).


Umbilicus rupestris, Nombril de Vénus, Laval (53)

Feuilles ronds et charnues du Nombril de Vénus à flanc de falaise!

Je serai bientôt grosse, je vous le promets. J’en prie la Mère d’En-Haut, tous les soirs.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

On désigne souvent les membres de ce clan comme étant des plantes «grasses», «succulentes» ou «crassulescentes»; trois synonymes pour exprimer leurs vertes rondeurs (crassus signifie «épais» en latin). Leurs organes enflés et gorgés de suc assurent leur survie en situation misérable ou aride; c'est pourquoi elles colonisent les lieux misérables, souvent bien exposés: rochers, sables, murs ou toits. A travers le monde, les Crassulacées font parties des championnes de la survie en milieu hostile!


Ainsi se termine notre tour d'horizon des principales familles en botanique pour le territoire français. Vous vous en doutez, ce n'est que la face émergée de l'iceberg: les clans des Sauvages sont très nombreux, bigarrés, fascinants de par leurs coutumes, même lorsque qu'il ne sont composés que par un unique membre (comme le clan Aquifoliaceae dont le seul représentant en France est le Houx, Ilex aquifolium). Mais refermons cette trilogie fantasy pour l'heure et gageons que les Sauvages nous inspirerons d'autres thèmes hauts en couleur pour les prochains cours de botanique!


Lectures recommandées:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

- Petite flore de France aux éditions Belin, une flore élégante et une clé d'identification astucieuse qui met l'accent sur la reconnaissance des familles.

- Cours de botanique en ligne par Joël Raynaud: Classifications chez les angiospermes


Et pour le plaisir, le fil rouge de notre article...

- Le cycle fantasy Le Trône de fer par George R. R. Martin!


>Voir le billet et ses commentaires...
 

Familles de la flore française (Game of thrones et botanique, épisode 2)
Date 06/10/2016
Ico Cours de botanique joyeuse!
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Cet article fait suite à notre premier épisode consacré aux grandes familles en botanique, où nous avions croisé les prestigieuses lignées Asterceae, Poaceae, Fabaceae, Rosaceae et Brassicaceae. Le feuilleton continue, avec six nouvelles familles incontournables...


House Apiaceae, Sauvages du Poitou!

Taratata, c’est le poison qu’y a fait le coup je vous dis, maintint l’aubergiste. Même qu’il a viré noir comme un pruneau, le môme.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Apiacées (ou Ombellifères, 180 espèces en France) présentent souvent des tiges striées ou cannelées, des feuilles aromatiques (ou à odeur marquée) dont les gaines sont bien développées. Elles sont célèbres pour leurs inflorescences en ombelles (voir l'article complet consacré à ce sujet), composées de petites fleurs à 5 pétales.


Angelica sylvestris, Angélique sylvestre, Poitiers bords de Boivre

Les ombelles d'ombellules (plusieurs petites ombelles réunies en une grosse ombelle) de la bien nommée Angélique sylvestre.


On y retrouve des espèces généreuses domestiquées par l'homme comme la Carotte (Daucus carotta), le Céleri (Apium graveolens), le Panais (Pastinaca sativa), le Persil (Petroselinum crispum) ou la divine Angélique officinale (Angelica archangelica)... Mais aussi de redoutables spécimens comme la titanesque et brûlante Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) ou la Grande Ciguë (Conium maculatum), une célèbre empoisonneuse. Une famille qui met à mal les adeptes de la cueillette sauvage, tant leur membres se ressemblent faute d'attention, et tant on ne sait jamais si l'on à affaire à un ange... Ou à un démon!


Angelica sylvestris, Angélique sylvestre, Poitiers bords de Boivre

Feuilles nettement «engainantes» de l'Angélique sylvestre, une signature de famille.


House Caryophillaceae, Sauvages du Poitou!


Les Caryophyllacées (225 espèces en France) se distinguent généralement par leurs feuilles opposées, entières, insérées le long de tiges cassantes sur des nœuds renflés. Leurs inflorescences sont souvent disposées en cymes bipares, c'est à dire ramifiées comme le chandelier représenté sur le blason ci dessus. Leurs fruits sont presque tous des capsules qui libèrent les graines qu'elles renferment en séchant.


Stellaria media, Mouron des oiseaux, Poitiers Chilvert

Ramifications à la mode Caryophyllacée (cymes bipares) du Mouron des oiseaux (Stellaria media)


C'est le clan des Saponaires (Saponaria sp), des Silènes (Silene sp), des Stellaires (Stellaria sp)... Autant de Sauvages adeptes de la haute couture sur pétale, aux floraisons parfois discrètes, mais toujours élégantes (souvent 5 pétales finement découpés ou échancrés), et dont les Œillets (Dianthus sp) font offices d'ambassadeurs raffinés auprès des jardiniers!

Il faut que tu sois aujourd’hui plus que jamais belle à couper le souffle, car on annoncera lors du banquet final que vous êtes fiancés...

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Silene latifolia, Lychnis flos-cuculi et Stellaria media

Floraisons élégantes des Compagnon blanc (Silene latifolia), Silène fleur de coucou (Lychnis flos-cuculi) et du petit Mouron des oiseaux (Stellaria media)


House Lamiaceae, Sauvages du Poitou!

Là, y a une tête d’ogre, vous voyez?

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Lamiacées (ou Labiées, 165 espèces en France) se distinguent avant tout par leurs fleurs caractéristiques, en forme de gueule ouverte (voir l'article complet sur le sujet). Elles doivent leur nom à l'ogresse Lamia dans la mythologie grecque, car elles semblent dévorer les insectes qui les visitent. En réalité, les Lamiacées n'ont rien de plantes carnivores; bien au contraire, elles sont souvent mellifères et généreuses à l'égard des butineurs.


Fleur de Romarin officinal (Rosmarinus officinalis) en train d'avaler (ou plutôt de régaler) une abeille!

Romarin officinal (Rosmarinus officinalis) en train d'avaler (ou plutôt de régaler) une abeille!


On retrouve à leur cour, aux effluves méditerranéennes, les Menthes (Mentha sp), les Lavandes (Lavandula sp), les Sauges (Salvia sp), les Thyms (Thymus sp), les Épiaires (Stachys sp)... Autant de Sauvages aux parfums uniques et aux essences recherchées, pour la cuisine, la cosmétique ou la médecine. On observe généralement chez les membres de ce clan des tiges carrées et des feuilles opposées décussées. On dénichera au fond de leur fleurs fanées quatre fruits (tetrakènes), une autre signature du clan.


Origanum vulgare, Origan commun, Poitiers chemin de la Cagouillère

Feuilles opposées décussées (chaque paire est disposée à 90 degrés par rapport à celle qui la précède) de l'Origan commun (Origanum vulgare).


House Liliaceae, Sauvages du Poitou!

Il lui a aussi poussé un nouveau nez... Et un plutôt bulbeux, je dirais.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Du point de vue de l'ancienne classification dite «classique», les Liliacées regroupent 150 espèces en France. Elles sont généralement vivaces par leur bulbe, et présentent des feuilles entières à nervures parallèles, ainsi qu'un port non ramifié. Leurs fleurs affichent souvent six tépales et six étamines. Les Liliacées comptent dans leurs rangs certaines des Sauvages les plus toxiques pour l'homme, comme le Muguet de mai (Convallaria majalis) ou le Colchique d'automne (Colchicum automnale); mais aussi des spécimens recherchés pour leur valeur gustative tel que l'Ail des ours (Alium ursinum), ou domestiqués au potager, tels que l'Oignon, l'Ail, le Poireau, la Ciboulette...


Ail des ours, Allium ursinum, Poitiers Chilvert

Fleurs en ombelle de l'Ail des ours: 6 pétales, 6 étamines. Une ex-Liliaceae, devenue aujourd'hui Amaryllidaceae...


Les classifications modernes ont pulvérisé ce clan en une multitude de familles, sur la base d'observations génétiques fascinantes quant à leur histoire, mais pas toujours pertinentes sur le terrain (du point de vue de l'identification). Dépouillée à grand coups de microscopes, la vieille lignée Liliacée a tout de même réussi à garder dans ses rangs officiels une des plus célèbres dames du Poitou, alias la Fritillaire Pintade (Fritillaria meleagris).


Fritillaria meleagris, Frtillaire pintade, Saint Benoît (86)

Les six tépales en forme de clochette et les six étamines de la Fritillaire Pintade.


House Ranunculaceae, Sauvages du Poitou!

C’est le plus haut niveau qu’ait atteint la rivière depuis le printemps. Et, si cette pluie persiste, elle montera encore davantage.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Renonculacées (140 espèces en France) tirent leur nom du latin rena, «grenouille», à cause de l'affection pour l'eau de certains membres de la famille. Elles peuvent afficher des atouts très différents d'une espèce à l'autre: «boutons d'or» de la Renoncule rampante (Ranunculus repens), lianes vigoureuse de Clématite vigne-blanche (Clematis vitalba), clochettes vertes de l'Hellébore fétide (Helleborus foetidus), collerette de dentelle de la Nigelle de damas (Nigella damascena)... C'est un clan fait d'exceptions, où l'originalité est de rigueur, même s'il existe quelques points communs dans ce grand barnum terrestre et aquatique: la plupart des Renonculacées présentent un nombre très élevé d'étamines, ainsi que des feuilles palmatiséquées. Si elles sont souvent belles et spectaculaires, la plupart sont toxiques, pour l'homme comme pour le bétail.


Ranunculus repens, Clematis vitalba, Helleborus foetidus et Nigella Damascena

Fleurs bardées d'étamines de la Renoncule rampante, de la Clématite vigne-blanche, de l'Hellébore fétide et de la Nigelle de Damas.


House Orchidaceae, Sauvages du Poitou!

La seule pensée de votre beauté m’empêche de dormir la nuit.

(Le Trône de Fer, George R.R. Martin)

Les Orchidacées (120 espèces en France) représentent probablement le clan le plus séduisant pour nombre de botanistes. Elles fascinent, à cause de la beauté, de l'originalité de leurs fleurs et de la sexualité sophistiquée qui les accompagne. La famille doit pourtant son nom à une métaphore peu élégante: orchis est la «testicule» en latin une allusion à leurs paires de tubercules souterrains!


La survie et la reproduction des Orchidées reposent sur un équilibre naturel précis et précaire (voir l'article sur Himantoglossum hircinum, alias l'Orchis bouc pour plus de détails), ce qui fait que la compagnie humaine leur est rarement favorable (en France, une espèce sur six est menacée d'extinction). Si les membres de cette famille peuvent présenter des toilettes variées, leurs feuilles entières, souvent charnues et la structure à six tépales de leurs fleurs sont caractéristiques (voir l'article complet sur le sujet); de même que le pétale inférieur (nommé labelle) aux formes excentriques qui peut aller jusqu'à imiter l'aspect d'un insecte!


Ophrys apifera, Ophrys abeille, Biard aérodrome (86)

Ophrys abeille (Ophrys apifera), dont l'incroyable labelle imite le corps d'une abeille solitaire femelle pour inciter les mâles à venir la butiner!


Je vous donne rendez vous lors du prochain épisode de notre feuilleton qui nous emmènera à la rencontre de six maisons supplémentaires, plus modestes en terme de membres sur notre territoire, mais tout aussi remarquables de par leurs spécificités: Boraginaceae, Rubiaceae, Campanulaceae, Amaranthaceae, Euphorbiaceae et Crassulaceae... Botany is coming!


Lectures recommandées:

- La botanique redécouverte de Aline Raynal-Roques

- Petite flore de France aux éditions Belin, une flore élégante et une clé d'identification astucieuse qui met l'accent sur la reconnaissance des familles.

- Cours de botanique en ligne par Joël Raynaud: classifications chez les Angiospermes

- Les Apiacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Caryophillacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Lamiacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Liliacées, petite flore en ligne de Maurice Reille

- Les Orchidacées, petite flore en ligne par Maurice Reille


Et pour le plaisir, le fil rouge de notre article...

- Le cycle fantasy Le Trône de fer par George R. R. Martin!

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